Damso évite la redondance avec Lithopédion

Pochette sombre, titre mystérieux, discours soi-disant misogynes, remises en question à plusieurs niveaux… je vous ai prescrit en attendant l’album studio Lithopédion de Damso, et (peut-être sous peu) QALF du même artiste. Après les succès stratosphériques qu’étaient Batterie Faible (2016) et Ipséité (2017), place à Lithopédion pour faire parler une énième fois du rappeur bruxellois comme la relève du rap francophone.

Progression artistique claire

Au fur et à mesure des sorties, la tendance musicale de Damso a changé plusieurs fois et même si on a pu apprécier sa palette artistique exceptionnellement variée, elle s’est vu converger vers une direction donnée. En effet, si sa première mixtape Sale d’attente et son premier album Batterie Faible penchaient plutôt pour le sale avec plus de sonorités sombres, ses deux albums plus récents Ipséité et Lithopédion penchent plutôt vers le propre avec des mélodies plus rayonnantes musicalement, faisant preuve de calme dans son flow la plupart du temps. Il est important de le préciser car ce style se confirme davantage sur Lithopédion que sur Ipséité et il est bon de rappeler que Raplume avait déjà abordé le sujet l’année dernière.

Pour pas dire que l’artiste belge a progressé dans tous les aspects de sa musique. On le voit prendre des risques tant à niveau lyrique qu’à niveau du chant qu’au niveau des instrumentales, et il marque encore une fois une évolution dans tout ce qu’il entreprend.

Les beatmakers sont, comme à l’habitude de Damso, nombreux : Pyroman dans « Smog », Ponko dans « Perplexe », Twinsmatic dans « NMI », IkazBoi dans « Baltringue », Benjay dans « Festival de rêves » et « 60 années », DoubleX dans « Feu de bois »… la crème de la production française est au rendez-vous. Nous constatons que les instrumentales sont en général moins agressives qu’auparavant, même si la marque sombre du congolais reste présente. Dès l’introduction nous sommes dans le bain et nous passons, dans le noir, de prods planantes sévères comme celle de « Festival de rêves » à sonorités africaines comme dans « Même issue », en passant par des hits avant-gardistes comme « Aux paradis ».
Les deux singles « Smog » et « Ipséité », qui ont eu beaucoup de succès, annoncent bien la couleur de l’album et sont fidèles à l’ambiance.

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Dans ce projet Damso nous parle beaucoup. Que ce soit de façon introspective comme dans « William » et « Dix leurres » ou dans le but de critiquer autrui comme dans « Baltringue » et « NMI », l’intellectuel bruxellois s’ouvre à l’auditeur de distinctes manières. La piste lyriquement plus marquante est sans aucun doute « Julien ». Dans ce titre, Damso nous raconte l’histoire d’un pédophile appelé « Julien » qui mène une vie répugnante en espérant se faire comprendre sous prétexte qu’il a un vécu compliqué. Le son est surligné par une instrumentale qui pourrait nous rappeler une chanson française du début des années 2000. Dans ce texte jugé ignoble par plusieurs amateurs de sa musique, Damso transmet un message important en avisant que la pédophilie pourrait concerner n’importe qui dans notre entourage, le tout accompagné d’un refrain mal-sainement entraînant :

« Fait le vide… fait le vide… il fait le vide, Julien aime les gosses »

Contrairement à Ipséitéou BatterieFaible, cet album ne contient qu’une chanson pour laquelle une femme est le sujet principal : le court interlude « Silence », avec la talentueuse Angèle en featuring. À ce sujet, Damso nous place quelques phases le long du projet mais n’en donne pas une importance majeure. À part ça comme déjà précisé, les sujets abordés son variés : ses origines africaines, sa carrière en général, le racisme, la tromperie, les disputes, la drogue, son vécu et bien évidemment de l’ego-trip. L’écriture nous fait penser à celle d’un artiste confortablement inculqué dans le game qui s’ouvre des portes vers d’autres univers, tout en ayant compris de nouvelles choses qu’il illustre ici de manière créative. Sommes-nous en train de témoigner l’apogée de Damso?

Mystère

Le mystère entoure ce projet. Une promo sans trop de communication. Des images sombres sur Instagram. Ici Damso a opté pour faire parler de sa musique, en sortant quelques hors-séries par ci par là. Le mystère autour d’une éventuelle mixtape QALFannoncée tant à la fin d’Ipséité que dès le début de Lithopédion, avec une tracklist apparemment connue d’avance. Plusieurs théories ont eu lieu à ce propos. La date de sortie de cet album a d’ailleurs été dévoilée grâce à une fan sur Twitter, qui a réussi à décoder une photo de Damso où se trouvaient des lettres de l’alphabet grec, les lettres manquantes par rapport à celles de la tracklist d’Ipséité.

Pour ne pas parler de la phrase qui clôt l’album, si on enlève les chansons bonus :

« Dernier album ou peut-être pas, la vie nous le dira »

Croyez-vous à la sortie de la mixtape QALF d’ici peu? Pensez-vous que c’est son dernier album? Est-ce que nous avons affaire au meilleur Damso? NoirVie est-elle devenue totalement Rose? Tant de questions qu’on se pose…
En tout cas Lithopédionest disponible partout : http://damso.lnk.to/Lithopedion

Orlando
Représentant de la street malgré moi, retrouvez-moi sur Twitter sous @orlandead

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