Voyages et douceur avec Hotel Paradisio

Rencontre avec l'artiste

Hotel Paradisio
Il y a trois ans, le 24 décembre 2015, Ash Kidd dévoilait son deuxième projet, CRUISE. Sur celui-ci, un seul featuring : Hotel Paradisio dans "Cocaïne". C’est là que débute notre histoire, celle d’un rappeur français à l’univers unique. Ici, pas de clash dans l’arène, juste des clips où la nuit est reine. Car malgré un beau succès sur SoundCloud, c’est bien sur YouTube que le jeune homme a décollé : 300 000 vues pour chacun de ses trois plus gros succès.
En août 2017, il sort son premier EP, Reveri, suivi par Magnetic en mars 2018. Dans le second, on retrouve le morceau "Sierra" dont le clip, réalisé par Sohaïb Atoini, a été tourné au temple du Donon, dans les Vosges. Un bon exemple de ce qu’Hotel Paradisio peut proposer, autant musicalement que visuellement.

Baie Vitrée sur Baie Sauvage
Ce qui fait la force de l’artiste, c’est tout l’imaginaire qui influence ses textes et mélodies. Les registres les plus utilisés sont ceux des voyages, de la mer, du ciel ou encore de l’amour. En bref, pas grand-chose à voir avec le rap mainstream actuel. Comme le disent très bien les commentaires sous ses morceaux, la musique d’Hotel Paradisio fait « planer, voyager et naviguer ». Chaque son transporte l’auditeur vers un endroit paradisiaque : on peut facilement s’imaginer sur une plage, cocktail à la main, petit palmier dans le verre.

Tour du monde
Outre tout l’imaginaire quasi céleste qui tourne autour de ses morceaux, Hotel Paradisio fait référence à tout un tas d'endroits réels où chacun rêve d’aller au moins une fois dans sa vie. De la plage de Copacabana au Brésil à centre-ville de Manhattan en passant par les ruelles de Milan, c’est encore une fois l’occasion de fermer les yeux et se laisser bercer par la musique. Vous aimez voyager ? Le billet Air Paradisio est gratuit jusqu’à nouvel ordre et vous emmènera à Hawaï, aux Maldives, à Bangkok, en Colombie et même, en passant par le Panama et en utilisant les « liens du Costa Rica », jusqu’aux États-Unis. De New York à la Californie en passant par le Nebraska, le rêve américain n’a jamais été aussi accessible. L’AF66 vous dépose directement à Los Angeles, à côté des palmiers. Essayez de ne pas rester coincés sur Neptune !

Dans les mélodies également, on fait le tour du monde. Les sonorités sont variées et agréables à entendre, avec parfois un soupçon de déjà-vu, encore mieux que l’original, comme avec les morceaux "Eclipse" et "Plata", respectivement samplés de "Waves" (Mr. Probz) et "Bongo Bongo" (Manu Chao).

Amityville
Après Reveri et Magnetic, Hotel Paradisio est de retour pour signer l’un des tout derniers projets de 2018 : Amityville. Cette localité en banlieue de New York est associée à l’une des maisons hantées les plus connues (top 1 au classement des lieux hantés les plus célèbres selon Topito !), qui a notamment engendré une multitude de livres et de films (plus d’une dizaine depuis le premier long-métrage en 1979). Rassurez-vous, l’EP d’Hotel Paradisio n’est pas aussi sombre qu’un film d’horreur, mais c’est l’occasion d’aborder des thèmes qui lui sont chers. Le premier extrait, "Cali", est sorti le 29 septembre 2018. Hotel Paradisio signe lui-même la prod et propose une nouvelle dose de cette vibe enchanteresse dont il a la recette. Pour en savoir plus, Raplume a posé quelques questions à l’artiste…

Bonjour Hotel Paradisio, merci de prendre le temps pour répondre à nos questions ! Pour commencer et pour te présenter, comment définirais-tu ta musique en quelques mots ?

Je dirais que ma musique, c’est une voix parmi tant d’autres mais si elle arrive à te faire rêver, écoute-la attentivement.

Tes influences, qu’on distingue autant dans les mélodies que dans les paroles, tournent plutôt autour du rap US. Mais qu’est-ce que tu écoutes en France ?

C’est vrai que j’écoute essentiellement du rap américain et canadien et c’est un peu ma boussole. Le rap français, j’écoute un peu moins, je le trouve trop ancré dans la réalité, celle qu’on voit tous les jours. C’est comme souvent les films français, t’as l’impression qu’ils ont été tournés au coin de ta rue, je préfère rêver. Après, il y a des artistes que j’aime bien écouter de temps en temps, comme PNL, Booba, Maes, et Kalash Criminel. Je trouve son morceau "Encore" incroyable.

Dans l’un de tes premiers morceaux solo, "Neptune" (sorti début 2016), tu disais « Je rêve de Cali, Cali » qu’on retrouve mot pour mot dans refrain du morceau "Cali", premier extrait de ton nouvel EP. Dans le clip de ce dernier, on retrouve la mention de "Vol AF66" (auquel tu avais déjà consacré un morceau en 2017) et qui fait référence à la liaison Paris – Los Angeles. Cette attirance pour la côte Ouest des États-Unis (et ce pays en général), c’est plutôt une ambition musicale de percer outre-Atlantique ou simplement une envie de vivre là-bas ?

Oui, c’est vrai, j’ai fait une fixation dessus un peu. En fait, Los Angeles, et les États-Unis en général, ce sont des endroits qui me font grave rêver : les paysages, la culture, tout est authentique, je trouve. Je n’y suis encore jamais allé et c’est mon projet de tenter l'expérience et d'y faire un grand tour, peut-être même d’y vivre, qui sait. Mais il y a tellement d’endroits qui m’attirent : Los Angeles, La Nouvelle-Orléans, le Colorado, le Grand Canyon, l’Oregon, la Floride, le Maine, bref, je pourrais continuer encore longtemps.

La nuit est un thème omniprésent dans tes textes. Suivant les morceaux, tu la qualifies de "belle", "noire", "reine" ou encore "douce". Tu sembles même la préférer au jour. Comment cela influence ton écriture ? La nuit est-elle le moment où tu profites ou plutôt celui où tu écris ?

La nuit, j’en parle souvent parce qu’elle est révélatrice, elle peut t’emmener dans sa folie et réveiller tes démons, comme elle peut, de son silence, déterrer tes peurs. Une ville, par exemple, montre un visage tellement différent la nuit. Tout change : les couleurs, les sons, l’ambiance. J’aime beaucoup écrire ou composer la nuit, je me laisse porter, je m’imprègne, j’oublie un peu toutes les barrières qu’on s’impose à nous-mêmes.

Entre mars et septembre 2018, tu as sorti un son durant chaque mois. Est-ce lié à ton rythme d'écriture et d'enregistrement ou plutôt une volonté de disséminer des morceaux afin de raviver l'étincelle chez ton public ?

En fait, mes sorties étaient dépendantes des productions, mix, mastering, tournages de clips, etc. Aujourd’hui, j’ai une meilleure organisation et le fait que je produise beaucoup moi-même me permet de ne pas dépendre des autres et de leurs prérogatives. Pour 2019, je vais essayer de sortir beaucoup plus de choses pour les gens qui m’écoutent, j’ai vraiment envie qu’ils découvrent ce sur quoi je travaille tous les jours.

Ton nouvel EP s’intitule Amityville. La cover et le titre pourraient annoncer quelque chose de plus sombre que ce qu’on pouvait trouver dans tes projets précédents, et pourtant, ce n’est pas vraiment le cas. Pourquoi ce titre ?

Amityville, c’est une légende inspirée de faits réels. Mais en gros, c’est l’histoire d’un mec qui se fait posséder par la maison où il vit et qui tue sa famille. J’ai appelé l’EP comme ça parce que je voulais illustrer un peu comment notre environnement social, que ce soit familial, amical, professionnel ou des simples rencontres, peut finir par déteindre sur nous. Certaines relations peuvent devenir toxiques, on peut finir déçu, les gens transmettent leurs peurs, leur négativité. Dans cet EP, j’ai essayé un peu d’aborder ça, et même si c’est que dans quelques phases, c’est pour moi l’idée qui en ressort le plus.

Dans "Guillotine", tu dis « recherche amour, recherche soleil, ça doit v’nir d’ma génétique ». En effet, tu parles souvent des femmes et de destinations de rêve dans tes textes, mais tu parles peu de tes origines. Pourtant, on sent que ça te tient à cœur, comme quand tu expliques dans "Entourage" « Dans ton fleuve comme un piranha, j’aimerais bien revoir la mer et ma ville natale ». D’où viens-tu et en quoi ça influence ta musique ?

En fait, je ne parle pas vraiment de femmes, mais plutôt d’amour, ou des relations en général et des fois, je m’adresse même à une personne directement. Mes origines, c’est simple : je viens d’ici. Je suis d’origine marocaine du côté de ma mère et française du côté de mon père. Ce qui influence ma musique, ce serait plus le fait que, justement, je ne sais pas trop où me placer. J’ai l’impression de comprendre un peu tous les milieux, mais de n’appartenir à aucun.

Jusqu'ici, tu n'as annoncé ni signature en maison de disques, ni featuring. Pourquoi ce choix de rester solo musicalement ?

Je ne fais pas confiance à grand monde, je travaille en fait uniquement avec quelques personnes en ce moment : Sohaïb, qui réalise notamment mes clips, et un rappeur avec qui on bosse sur quelques sons. En plus, il y a des producteurs, comme JackMoe, par exemple, qui a mixé et masterisé Amityville. Je pense aussi le fait d’être solo, c’est un peu par défaut. Je suis, de nature, timide et réservé et du coup plutôt isolé. J’ai l’impression d’être dans une autre dimension. On est à côté, on se voit, mais nos mondes ne communiquent pas.

Tu t'étais déjà occupé de la prod sur plusieurs de tes morceaux (comme "Eclipse" ou "Ashitaka"), mais c'est Alexandre Larochelle, un jeune producteur guadeloupéen, qui composait la majorité des beats. Sur ton nouveau projet, Amityville, la majorité des sons viennent de toi (et les autres de JackMoe et Daltons). Comment es-tu passé de l'autre côté de la barrière en devenant toi-même compositeur ?

En fait, j’ai toujours un peu tâté les prods, mais essentiellement les accords et la mélodie. Avec Alexandre (S/O à lui), soit je venais avec une idée, des accords, ou un truc déjà entamé, soit on prenait direct un truc à lui, ça dépendait de notre vision du que-tru. Mais depuis un moment, j’ai essayé de me perfectionner dans tous les aspects de la production. Souvent, quand je fais un son, je commence avec une idée de mélodie, il faut qu’elle soit parfaite et à partir de là, je fais un refrain, le drum, la basse, le 808, tout ça. Mais des fois, comme dans l’EP, j’aime bien avoir une autre interprétation, un autre regard sur l'idée de base du son. Pour "Spaceship" (JackMoe), "Guillotine" et "Moto" (Daltons), je trouve que les producteurs ont vraiment su trouver la composition parfaite pour les sons.

Pour terminer, un mot sur tes ambitions pour 2019 ?

Mes ambitions pour 2019 : sortir du son encore, partager avec les gens qui m’écoutent et essayer de plus me livrer, donner une voix aux gens qui m’entourent et à leurs histoires. J’aimerais aussi me préparer pour faire plus de scènes, c’est un domaine que je ne connais pas encore très bien. Merci beaucoup pour cette interview !

L'EP Amityville est disponible sur toutes les plateformes de streaming depuis ce vendredi 28 décembre 2018. Il contient 7 morceaux dont 6 inédits. Une bonne dose de douceur pour terminer l'année avec l'un des artistes les plus sous-côtés de France. Vous pouvez le retrouver sur les réseaux sociaux :

Amityville EP : https://fanlink.to/Amityville
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