Josman tient un potentiel classique avec JO$

Le premier album studio de Josman, J.O.$. est enfin disponible! Suite à trois projets qui suivent une progression artistique remarquable, le rappeur d'Aubervilliers tient à nous faire part de sa pièce de musique la plus professionnelle (et personnelle).

Tu lances l’album et tu te retrouves instantanément immergé dans une ambiance sombre, malaisante de par la prod phénoménale proposée par STU dans Fucked Up 3. L’atmosphère est vite accentuée par des éléments retentissants qui partent et reviennent en arrière-plan. Une réelle expérience débute à ce moment.

« J’ai vidé tout ce que j’avais dans les burnes, j’ai crié douté frappé dans les murs, car j’évacue la tristesse par la colère, quand Dieu est en colère pas de para-tonnerre. »

Dès les premières paroles du projet nous ressentons un certain mal-être chez le protagoniste ; attitude qui revient régulièrement et nous était déjà transmise via l’instrumentale dans un premier temps. Car il est primordial de préciser que pendant tout le projet, Josman va retranscrire la manière dont il se sent par des punchlines, il s’agit d’un travail personnel dans le fond.

L’intro enchaîne avec son premier single, qui fut fortement acclamé par ses fans : Loto. Il s’agit de la première prod d’Eazy Dew qui domine largement la tracklist dans l’aspect instrumental, il a 13 prods sur 16. Le single commence par un refrain extrêmement catchy où il raconte qu’il veut plus voir son daron jouer au loto, et qu’il sort pour rentrer avec le butin. Par le couplet qui suit nous retrouvons directement l’univers du rappeur : de l’ego-trip, des femmes, du blé, de la drogue et un discours sur la vie sous forme consciente. Des vocals autotunés maîtrisés à la perfection précèdent un pont qui place bien le domaine du refrain : différent du premier mais identique dans l’idée.  Le son se termine avec le refrain coupé en deux de manière symétrique, accompagné par des vocals encore une fois maîtrisés.

Suite à ce hit nous avons affaire à deux chansons qui s’enchaînent à merveille : DLVrai et Fais Avec. Cet enchaînement est pour moi un des highlights de cet album. Dans la première de ces deux pistes nous entendons pour la première fois Shay prononcer, avec sa voix si caractéristique, le tag du producteur : « Eazy Dew, pétasse ». L’ambiance posée de la prod accompagne harmonieusement la performance du rappeur, proprement mélodieuse pendant tout le long, et bourrée de punchlines. Il faut souligner que Josman a tendance, dans sa musique, à couper l’instrumentale par moments pour donner de l’importance aux punchlines prononcées à ces moments. Juste avant d'enchaîner avec le prochain morceau, la prod se coupe. Et là nous entendons un morceau tant baladeur que luxueux dans le rythme et l’instrumentale mais plus sale et sécant dans la performance du parisien. Nombreuses sont les punchlines qui font référence à l’argent et au sexe, via des versets blindés de rime et un flow énervé qui ramène un contraste avec l’instrumentale, qu’il a d’ailleurs faite lui-même. Le son se termine par le refrain ce qui donne une impression de continuité par rapport à la chanson qui enchaîne par la suite. À noter aussi la petite référence au rappeur masqué Kekra et ses projets VRÉEL dans sa punchline :

« J’suis comme le crack dans la vréalité, car sévère est la réalité, il y a pas d’anges dans les télé-réalités »

Le fameux son qui enchaîne est son quatrième et plus grand single : V&V. Les deux consonnes font référence au vert et au violet qui sont deux couleurs que nous retrouvons tant dans les sachets de beuh que dans les billets d’argent. Il s'agit d'un hit, et si nous écoutions que la prod d’Eazy Dew on pourrait penser que nous faisons face à une chanson d’un trappeur d’Atlanta. La facilité qu’a eu Josman pour s’approprier de la prod tant par ses vocals entraînants que par des punchlines qui accompagnent chaque élément du morceau est perplexante. Le flow chanté qu’il prend pour raconter ses expériences avec la beuh nous montre l’affection qu’il a réellement pour cette drogue et à quel point c’est important pour lui. Encore une fois le son se termine par le refrain, et nous avons encore une référence à un de ses collègues du 93 dans le deuxième couplet, Vald :

« J’aime ma mif il faut que je l’entretienne… comme V.A.L.D. faut que j’entertain »

La sixième chanson de l’album, TIM€, est une chanson spéciale. Les ticks d’horloge qu’on entend à plusieurs reprises lui servent à insister sur les paroles du refrain :

« L’argent avant le temps c’est de l’argent, j’ai pas trop le time »

Car le concept de la chanson se base sur la fameuse phrase indiquant que le temps est de l’argent. Il n’a pas le temps pour ces pussy boys et pour ces bitches : il doit faire de l’argent. Sous forme de flows chantés mélodieux, Josman nous explique qu'il est coincé dans un engrenage où il a pas besoin de toutes ces pertes de temps par rapport aux femmes et la beuh, mais qu’il y investit du temps quand même. C'est ce qui lui permet tout simplement de rapper et d’ainsi ramener l’argent. Vous remarquerez la structure des rimes qui ne se limitent pas à deux syllabes à chaque fin de verset, mais plutôt à plusieurs syllabes différentes placées au milieu des phrases.

Les pistes sept et huit sont similaires dans la forme. La première, BIZ, commence par une instrumentale sombre et malaisante qui pose une atmosphère inquiétante. Les effets qui sont rajoutés sur la voix de Josman tant lors du refrain que pour certains backs dans les couplets alourdissent l’aspect sombre du morceau. Encore un titre qui fait référence à l’argent ; il indique dans le refrain qu'il fait son biz, son biff et son bail. Le flow nonchalant emprunté pour parler d’argent donne cette impression qu’il serait prêt à tout pour en faire, et nous donne parfois l’impression qu’il ne va pas très bien, chose qui peut se calquer sur d’autres sons. Le passage de cette prod à la suivante est incroyable. Sourcils Froncés, récemment clipé, est sans doute un de mes morceaux préférés de l’album. L’instrumentale d’Eazy Dew est simple mais marquante, avec un synthé qui sonne deux fois par loop et des 808 légèrement distorsionnés, ce qui donne un aspect électronique discret. Pour ne pas parler du fait qu’il change de hats sans raison en plein milieu de la paterne. Pour ce qui est de la performance de Josman nous avons affaire à de l’ego-trip pour la plupart du morceau. Le refrain reste dans la tête et nous entraîne par la répétition riche en rimes des mots défoncé, foncé, froncés et enfoncer. La folie dans la performance est parfaitement illustrée par le clip qui correspond au moreau.

Les trois titres qui suivent peuvent tout aussi bien être regroupés dans la même catégorie de par l’atmosphère. Le neuvième morceau, Un Zder et Un Thé nous offre un changement d’ambiance par rapport à ce qui précédait la chanson. Les premières notes de l’instrumentale contenant des notes d’organe jazzy nous rappellent un son sur lequel Jay-Z pourrait poser. Le refrain fidèle au titre fait référence à sa consommation de beuh. Un lien existe dans le sens où tant un zder qu’un thé sont faits pour apaiser le consommateur. D’où les notes d’organe jazz qui posent une ambiance apaisée dès le début du son. Le son se termine par l’instrumentale qui continue seule accompagnée une énième fois par la magnifique voix de Shay qui prononce : « Eazy Dew pétasse ». Je me permets de placer une punchline que j’ai personnellement bien apprécié :

« Je suis au charbon je fais deux, trois ronds comme un de ces vendeurs de marrons je fume car le monde ne tourne pas rond un grand pardon à mes darons »

Le titre suivant, WOW, est le deuxième single de l’album. Celui qui, incompréhensiblement à mon goût, a connu le moins de succès parmi les quatre. L’espèce de son de cloches qui retentissent derrière cette sorte de flûte retouchée et ces violons stridents nous donnent un aspect mystique sur des sonorités orientales. Le refrain accrochant de cette chanson passerait parfaitement sur un hit américain, plutôt R&B que trap, où un chanteur comme Usher, Nelly ou T-Pain nous parlerait d’une fille qui lui a marqué. Nous avons encore ici une paterne de rimes dans le refrain où chaque verset est plus court et les dernières syllabes sont reprises pour en faire une rime au verset suivant. Il raconte là justement l’histoire d’une fille qui lui a marqué dans un club et qu’il essaye de draguer à sa manière. Les flows chantés lors des couplets nous rappellent encore une fois des flows de R&B américain mais la plupart du temps il aborde le sujet avec un flow nonchalant. Dans le premier couplet Josman explique comment il l’a remarqué et comment ça se passe au début niveau repérage, tandis que dans le deuxième couplet il raconte comment il passe à l’acte en l’abordant. C’est donc un story telling.

Le morceau qui suit, dans un environnement beaucoup plus plaisant et détendu nous explique son histoire d’amour avec sa copine/femme, qui est de petite taille : la chanson s'appelle XS. Pendant tout l’album nous avons des morceaux qui pourraient être caractérisés comme hit mais celui-ci est à mon goût le plus exploitable pour faire percer Josman à un niveau plus mainstream. Rien que l’instrumentale suffit pour nous mettre dans un mood de vouloir tomber amoureux. Ensuite dès que Josman débarque… j’ai jamais entendu un artiste donner envie aux auditeurs d’avoir une go qui fasse du XS. Au-delà d’un refrain riche en rimes qui reste en tête, sa performance tout le long est parfaite par rapport au délire du morceau tant vocalement que dans l’écriture. Il nous raconte passionnément comment se passe sa relation avec sa compagne et en remet une couche à chaque couplet niveau disquettes. On a l’impression qu’il tient réellement à nous prouver qu’il l’aime.

« Rejoins-moi en vitesse, avec toi moins de tristesse. T’es pas comme toutes ces petites pestes, avec toi je suis dans l’ivresse. »

L’Occasion. Le troisième single de l’album, succès énorme. Si le morceau précédent nous donnait envie de tomber amoureux, celui-là n’est pas du tout dans la même longueur d'onde. La prod boom bap d’Eazy Dew nous annonce la couleur dès le début, on sait qu’on va entendre Josman kicker comme à l’ancienne, et ça nous attise une certaine curiosité car ça lui change. Mais même en changeant de style il donne l’impression d’être dans sa zone de confort. L’album était déjà riche en rimes mais là c’est un récital. Nous avons affaire à une des performances les plus marquantes du projet dans le flow, mais dans l’écriture c’est la plus marquante. Nous écoutons Josman dénoncer un monde problématique en restant dans son ego-trip, en parlant de drogue et de femmes sur une basse groovy, un des nombreux risques qu’il assume sur la pièce de musique. Une partie qui plait tant à entendre qu’à lire :

« Eh, merci maman, pour le dictionnaire. T’as été visionnaire peut-être que ça me rendra millionnaire. Eh, désolé maman, pour la fumette, je suis plus le gentil gosse noir à lunettes, aujourd’hui je veux voir le monde brûler. Mais à l’échelle du monde je suis qu’une vulgaire allumette, et si le monde écarte les jambes j’hésiterais pas à lui mettre. »

L’album continue sur un flow sans fautes et enchaîne avec le treizième titre : Jeune N****. Encore une fois une prod phénoménale d’Eazy Dew qui nous plonge dans une ambiance violente, similaire à celle du morceau précédent. Dans l’écriture de ce morceau Josman nous donne comme une impression de ras-le-bol, où on peut interpréter qu’il raconte comment c’était désespérant pour lui de percer dans le rap game. L’artiste du 93 explique qu’il a dû être très patient pour en arriver là où il en est et qu’il avait hâte de faire du sale. Ce qui lui a fait réfléchir à la société dans laquelle et on vit, et lui a permis d’obtenir cet aspect critique du sens du monde, il faut faire du cash à tout prix pour avoir son poids dans le monde. Toutes les paranoïas expliquées ici nous rappellent fortement ce qu’il racontait sur l’intro par rapport à son mal-être pendant les débuts. Le refrain répétitif où il rapporte à plusieurs reprises comment il veut faire du sale nous instaure un effet d’insistance, il cherche à nous faire comprendre qu’il en peut plus.

Par la suite cette expérience suit avec un autre potentiel hit, la balade, pas si allègre : J’aime Bien ! La prod de Josman pose un côté mélancolique au morceau, rythmé par un bpm lent et des drums qui frappent fort. Dans sa performance, sa façon d’aborder la prod, il utilise des vocals mélancoliques pour parler d’une femme, on pourrait croire qu’il l’a perdu au vu du ton emprunté. Néanmoins, cette chanson est comme un prologue à l’énorme hymne XS. Il y parle encore une fois de sa copine, sa femme, sa go, en exposant au max son amour pour elle. Si XS était une piste plus pudique pour parler des qualités de sa compagne, ici les références au sexe sont nombreuses et ce surtout à partir du second couplet, encore une fois riche en rimes. Comme pour toute bonne balade, le refrain est entraînant et reste dans la tête. Le flow qu’il entreprend dans les couplets est progressif, il termine ses versets sur un ton plus fort que lorsqu’il commence, ce qui colle avec le refrain. Le son nous met dans une humeur totalement différente de XS mais le message que l’on capte est similaire.

« J’aime bien quand tu te désapes dans mon pieux. J’aime bien quand on est deux. »

Pour la quinzième, avant-dernière chanson, nous sommes soumis une énième fois à une ambiance malaisante, qui va se retranscrire encore une fois dans les paroles. Cette instrumentale d’Eazy Dew est à mon goût une des plus créatives, les différents instruments se complètent pour donner un aspect angoissant, et elle contient même un sample dans l’intro. Ce soir j’achèterai un flash est une chanson qui ressemble à ce que nous avons pu entendre auparavant dans le fond, mais différente dans la forme. C’est le refrain le plus court, il y porte pas autant d’importance que d’habitude. Même si les couplets alternent dans la détente, Josman les aborde avec un flow plus monotone que la normale, il y parle de façon plus blasée, il y parle qu’il rêve de canner. Tous ces éléments se rejoignent et vont accentuer l’atmosphère du morceau qui est d’autant plus sombre que tout ce qui le précédait.

L’album se termine sur une balade carrément joyeuse mélodiquement : La Plaie. Contrairement à J’aime Bien ! le contraste ici vient du fait que Josman aborde, raconte des sujets moins plaisants avec une instrumentale et une performance vocale plus joyeuse dans la mélodie. Beaucoup de punchlines où il parle par moments de son dégoût pour l’Homme, par d’autres d’un tas de sujets qui le rongent de l’intérieur, d’où le titre de cette chanson. Josman tient absolument à refermer la plaie, qui concerne son mal intérieur comme celui de la société qui va de pire en pire. Il y place une jolie métaphore en déclarant qu’il recherche la clé pour fermer cette plaie, en parlant d’amour précédemment comme pour indiquer que c’est ce qu’il manque à ce monde. Un de ses morceaux les mieux écrits, avec un troisième couplet touchant qui contient des paroles telles que :

« Mon cœur n’est pas rose il est noir. Et dans le noir j’allume un spliff sous ma lueur d’espoir. »

Ou les quatre derniers versets du projet :

« J’ai le cafard, la vie c’est la vie c’est quoi ? La vie c’est la vie c’est des choix. Entre les peines et les joies, des chemins des sentiers des voies. Et même si au fond j’ai la foi, c’est de trop loin que je vois. Le ciel est beaucoup trop grand, je tiens pas le futur entre mes doigts. »

En conclusion : Josman a fait un step-up remarquable avec cet album. Comment réussir à rester soi-même en arrivant à innover dans chaque aspect de sa musique et prouver qu’on a encore une marge de progrès ? Nous avons la réponse devant nos yeux. Un projet tant personnel qu’innovateur et avant-gardiste, qui rentre dans les discussions d’album de l’année. Pour un premier album c’est absolument réussi et il est tout aussi bon de remarquer que le rappeur de Seine-Saint-Denis a réussi à maîtriser un tel travail sans aucun featuring. Josman sera-t-il capable de garder ce rythme et poser la barre une énième fois plus haute ? Il en est capable.

J.O.$. disponible en physique et sur toutes les plateformes digitales ici : http://idol.lnk.to/JOS

Orlando
Représentant de la street malgré moi, retrouvez-moi sur Twitter sous @orlandead

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