Review RK : « Insolent » de réussite ?

Avec la sortie de son premier album « Insolent », RK continue sa montée en puissance avec un projet réussi. Depuis son premier son « 1ère mi-temps » sorti en janvier 2017, le protégé de Sofiane est assurément l’un des phénomènes de 2018.

Une première semaine hors-norme

Le rappeur de Meaux (77) comptabilise 20 245 ventes dès la première semaine, dont 3554 en physique, 934 en digital et 15 765 en streaming.
Beaucoup d'auditeurs sont impressionnées par ce chiffre, jusqu'à en lever des soupçons sur leur fiabilité. Seulement, il suffit de regarder ses performances streaming/clip pour comprendre le phénomène.
Sur les réseaux sociaux, RK est suivi par 330 000 personnes sur Instagram et 8 500 sur Twitter. Mais son succès s’opère davantage sur Youtube, notamment Tierquar et ses 12 millions de vues, ainsi que sur Spotify, dont « 24 carats » qui compte plus de 5 millions d’écoutes. Signé sur le label indépendant 3.5.7 Music, l’un de ses principaux faits d’arme est d’être rentré dans le cercle, précisément dans l’épisode 8 de la saison 1.
Une voix distincte et une palette musicale allant du banger au tube : son premier album devait confirmer les attentes. Le contrat est rempli, avec 8 producteurs différents (dont Lil Ben ou Dayzer Beat) et aucun feat, RK prouve qu’il mérite sa place sur le devant de la scène.

Hypothèse de la cover

Comme tout album, la cover n’est pas à négliger. Pour cet album, on peut voir RK au centre de l’attention. Toutefois, on peut distinguer une différence enter son humeur et sa popularité, représenté par les mains venant de toutes parts.
Même si on peut y voir une forme de malaise du MC, le titre de l’album étant « Insolent », il convient aussi d’y voir cette pochette comme la représentation de son égo surdimensionné.

A la hauteur des attentes

Cette interprétation se confirme dès la première écoute. En effet, « Insolent » est construit de manière manichéenne. Deux thèmes sont prédominants : lui-même et le reste du monde.
RK utilise énormément l'égo trip. Des phases comme "Y'a personne au-dessus de moi" sont présentes tout au long du projet. Néanmoins, cet égo surdimensionné cache en réalité un manque d'estime de soi-même.
Certes, RK cherche sa place dans ce monde, mais il se questionne davantage sur son identité, sans forcément être capable d'y amener des réponses. C’est pourquoi l’outro « Qui je suis » répond à l’intro de l’album. Dans celle-ci, RK se veut sûr de lui, violent en surface :

"On sait qui fait quoi, on sait qui dit vrai
On sait qui s'pé-ta et qui parle après
J'te rappelle, j'ai pas qu'ça à faire
J'sors le fer si ça dégénère »

Alors que l’outro semble révéler tous les doutes, et toutes les questions, parfois existentielles, qu’il peut se poser :

« Qui je suis ? Qui je suis ? Qui je suis ?
Dis-moi, dis-moi qui je suis »

Cette opposition très manichéenne ramène RK à son humanité, dont il ne semble plus faire partie avec sa médiatisation.

D'autre part, RK développe sa relation avec le monde extérieur. Que ce soit avec les femmes dans "Bae", avec ses proches "Mon reuf", ou avec la société "J'repars à la guerre".
Sans jouer du stéréotype du jeune de quartier défavorisé, RK préfère se concentrer sur sa réussite professionnelle. Cette même réussite l'obsède. Il n'y a pas un seul morceau du projet sans une référence à celle-ci. Il est tombé dans le syndrome d'Alpha Wann, quand ce dernier dit "J'rappe sur le rap, parce qu'à cause de lui j'ai plus de vie".

Elle va même jusqu'à déteindre sur ses relations avec les autres. Le morceau "Bae" monter cette dualité. D'un côté, un jeune homme lambda naturellement attiré par l'amour, et de l'autre, l'artiste qui ne peut se permettre d'entraver sa réussite professionnelle par des relations personnelles.

« Elle me répète d'arrêter
Tous les soirs, elle m'prend la tête
Rends pas fou, on s'voit après
Et j'sais très bien qu'l'amour rend bête »

Toutefois, il serait naïf de penser que RK n'est devenu qu'une machine à streaming. Le morceau
Suivant, "Mon reuf", prend à contre-pied cet aspect. L'importance des proches ne lui est pas devenu étrangère :

« J'fais pas la fête quand t'es mal, mon reuf »

Si un évènement néfaste se passe dans son entourage, RK est touché au point d'entraver sa productivité. Néanmoins, il ne présente pas cela comme un obstacle, puisque c'est l'une des seules choses qui le ramène à son humanité. En fin de compte, il est hors de propos de dire que le rappeur du 77 n’est qu’un rappeur énervé, sans développement de fond.

Un MC irréprochable ?

Sur la forme, RK possède une vraie musicalité. Avec un flow varié, il a une vraie palette qui peut lui donner de grandes perspectives d’avenir.
D’un point de vue technique, RK semble encore se chercher. Sa rime se voulant fluide et assez riche, la tentation de la technique n’est jamais bien loin, que ce soit avec rimes internes, paronymie ou encore rimes multi syllabiques. Et c’est bien sur ce point que le MC possède une vraie marge de progression. Quand on voit sa productivité et sa musicalité, le temps devrait logiquement lui donner raison.

Conclusion

En conclusion, RK nous livre un premier album réussi. Au-delà de ses chiffres impressionnants, ce projet permet au rappeur de se détacher de l’étiquette de Rookie. Des flows entêtants, du banger, une voix singulière, une détermination remarquable, nul doute que le rap français n’a pas fini d’entendre parler de cet MC insolent.

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