Oboy nous apporte un vent frais du Sud

De drogue dans des vestes, de cowboys, de yayo dans le nez, de sale, de pétasses (mais pas de rendez-vous) et de balades nocturnes dans des voitures allemandes. À première vue, la dernière œuvre du jeune rappeur parisien Oboy ne diffère pas énormément de ce qu'a fait le reste du game ces trois dernières années, si ce n'est que par le vocabulaire utilisé. Et c'est exactement à ce genre de détails que l'on voit l'écart entre un rappeur qui veut vendre son vécu et un artiste qui veut s'exprimer selon les règles de l'art, en gardant toujours un sens de l'esthétique soigné au maximum.

Une ambiance sombrement cohérente

C'est dès les premières notes de la stridente boucle de piano inversée dans Hot Sauce qu'on réalise l'ambiance qu'Oboy a voulu placer dans son premier mini-album. Lorsque la basse arrive l'auditeur se retrouve imprégné d'un sentiment obscur, visuellement il se retrouve dans une voiture chère en train de rouler dans la nuit, entouré de femmes au goût pour le luxe. Cette ambiance générale va le suivre tout le projet, mais cette sensation sombre s'accentue sur les deux premières chansons.

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Ensuite Oboy nous choque avec deux bangers que nous connaissions avant la sortie de l'album, étant donné qu'ils faisaient partie des quatre singles de promotion. D'un côté avec Cobra il nous propose un raw banger avec une instrumentale agressive (mais simple), des punchlines incisives et un flow énervé. De l'autre côté avec Extra il nous propose une chanson plus mélodieuse à sonorité plus luxueuse, que ce soit dans les punchlines, dans la sonorité ou même l'esthétique du clip, tout en gardant ce côté banger qui transporte l'écoute de l'auditeur vers d'autres dimensions. Deux bangers qui restent conformes à l'ambiance du projet ; ici il montre la folie dans l'ombre.

Après ce trip accéléré, l'artiste va tout ralentir d'un coup en nous suggérant par la suite trois chansons plus calmes, en confondant exprès obscurité et mélancolie. On le retrouve ici dans une optique plus consciente, où il aborde le sujet des femmes de façon différente à ce qui précédait ce passage ; il est plus doux. Encore une fois nous le voyons capable de jouer sur plusieurs terrains: il nous présente un hymne mélodieux tel que Geronimo, fortement basé sur l'esthétique du son que ce soit dans l'instrumentale ou sa propre prestance vocale, que l'on entend inspirée de mélodies provenant du mainstream du début des années 2000, ce qui donne par conséquent un refrain extrêmement accrocheur. Il peut aussi nous partager une chanson dans le registre dancehall qui est susceptible de faire bouger des hanches en boite, aussi bien qu'elle l'est de faire rappeler l'auditeur d'anciennes prouesses amoureuses comme l'est Cabeleira. Cette partie pourrait représenter la sensibilité dans l'obscurité.

L'ouvrage se conclut donc avec son hit le plus prometteur SLS. Il nous montre ici un aspect, pour la première partie, bien moins sombre que le reste du projet... et même comme ça il a trouvé un bon moyen de conclure cet album. Pendant tout le long nous l'avons vu expérimenter de diverses manières, étant donnée sa polyvalence dans son art, et ici nous nous trouvons face à une chanson fort expérimentale. Il commence par une première partie simple où il pose de manière aisée sur une instrumentale à sonorité plutôt joyeuse, suivie d'une sorte de pont-refrain où il rend sa voix plus grave, pour après reprendre sa voix normale, puis arrêter de chanter et repartir sur une autre production à sonorité orientale, et finalement reprendre l'instrumentale de base et poser sa voix sous forme de scratch. Cela résume ce qu'Oboy nous a prouvé avec cet opus : il a une portée artistique énorme dans le rap et même parfois hors du rap.

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Un sens de l'esthétique remarquable

Nombreuses sont les remarques, dans les commentaires sous ses clips, à propos de l'utilisation d'effets de lumières, de néons, des angles de cadrage et surtout de son style vestimentaire. Pour ne pas parler de la stupéfiante tenue qu'il porte dans le clip de Cobra. Mais l'esthétique, surtout dans le rap, ne se limite pas à ce que l'on peut voir sur Youtube.

Nous savons qu'Oboy a fait, et participé à plusieurs des instrumentales utilisées dans ses chansons précédentes, qu'il maîtrise la production en fait. Ici il est à notre portée d'observer que le jeune rappeur a eu son mot à dire sur l'aspect non-vocal de la pièce, et il faut le noter.
Nous avons précédemment précisé que l'ambiance générale est un point important dans la réussite du projet. Cette ambiance, en plus de par la prestance vocale émanant de la voix grave et particulière de l'artiste, s'impose par rapport à la puissance de la production, la profondeur de l'instrumentale et s'accentue encore avec les rythmes lents qui concernent plus de la moitié de la tracklist. Si la production ressort autant c'est parce qu'en plus des basses et des instruments d'ambiance qui nous conduisent tous dans la même direction, il y a derrière énormément de détails, de sonorités courtes qu'Oboy n'a pas laissé au hasard. Tous les sons relèvent d'une esthétique propre à lui, qui fait la différence, et sans laquelle tout ça ne serait pas si spécial.

Si nous ajoutons à ça une prestance vocale qui comprend des mélodies mélancoliques mais jolies, des punchlines visuelles mais riches, des refrains graves mais accrocheurs, et toute sorte de backs chantés ou ad-libs qui rajoutent de la profondeur à l'ambiance, nous avons un album clairement réussi.

Southside est dehors.

« Southside » lien dans la bio

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Orlando
Représentant de la street malgré moi, retrouvez-moi sur Twitter sous @orlandead

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