PLK, à cœur ouvert dans Polak

Quelques mois seulement après la sortie de Platinum, le rappeur du Panama Bande nous sort son premier album : Polak.

Celui qui n'a cessé de progresser ces derniers mois, nous dévoile le premier projet qu'il sortira en physique. Avec ses deux premières mixtapes il a su prouver son aisance et son éclectisme en terme de flow. Il s'est même constitué une fanbase solide, toujours en démontrant qu'il était capable de progresser de projet en projet.

À cœur ouvert

Si PLK s'était déjà confié en musique, dans des morceaux comme Du Mal, dans cet album son vécu reste un des sujets dominants.

Si on parlait de progression en intro, on pensait notamment à son écriture. En effet entre Platinum et Polak, PLK a réellement su aiguiser sa plume. Maniant les mots avec plus de facilité, lui donnant de l'aisance pour se confier.

D'après ses dires, le morceau qu'il a eu le plus de mal à écrire n'est autre que Bunkoeur.  Et on comprend pourquoi.

En effet, de manière poétique, PLK va s'ouvrir à nous tout le long du morceau. Il ne va pas se contenter de raconter son passé, son vécu, mais va le faire usant à la perfection la langue Française.

Le titre en dit déjà beaucoup. En effet, avec ce néologisme / mot-valise, PLK nous dit que ce n'est pas dans son habitude de s'ouvrir. Il se protège, protège son coeur dans un bunker pour ne pas avoir à souffrir, mais aussi pour ne pas laisser paraître ses sentiments; le bunker a donc deux utilités.

"Devant mon cœur, y'a un guerrier qui brandit les armes : des flammes, des lames, des cris, des larmes, mon cerveau crie, mon corps reste calme"

Ici, avec la métaphore du guerrier posté devant son coeur, il nous explique que même si intérieurement il souffre, il ne laissera rien sortir. Et ça se confirme avec l'accumulation qui suit, puis la conclusion "Mon cerveau crie, mon corps reste calme". 

Cette dernière phase nous démontre encore plus la difficulté qu'a eu PLK à écrire ce morceau : Ce n'est pas quelqu'un qui a l'habitude de montrer ce qu'il ressent.

"Froid comme soleil de décembre"

Antithèse qui met en opposition soleil et froid, montrant qu'il peut-être chaud, proche à certains moments, et froid dans d'autres, notamment avec les femmes, comme le soleil en Décembre.

"Dans ma folie et dans mon âme, j'reste incompris, j'me comprends mal"

En bref, ce morceau nous a fait découvrir un PLK qu'on connaissait mal et que lui même ne comprend pas réellement.

Mais ce n'est pas le seul morceau de l'album dans lequel il va se confier à nous. Si ici il nous a parlé de son mal intérieur, il va également nous parler de souvenirs très personnels. Comme dans le morceau Idiote.

"Pendant que maman sur lit d'mort et sans ma présence
...
Pour ça, j'm'en voudrai à vie, heureusement, s'en est sortie"

Dans ce morceau il va beaucoup nous parler de ses parents, et des regrets qu'il peut avoir vis à vis d'eux.

L'unique couplet de ce morceau va d'ailleurs traiter de ce sujet, et de ce que ses expériences ont créé en lui.

"Donc depuis, je m'attache pas trop aux gens, on m'sali facilement comme auto blanche"

"Du mal à faire confiance en la race humaine, j'aurais dû t'en parler mais j'ai pas su l'faire, me renfermer dans l'silence, c'est mon seul repère"

Il nous explique donc qu'il ne s'attache plus aux autres, depuis ces évènements avec ses parents, mais aussi qu'il a dû mal à s'ouvrir. On pourrait presque y voir un préquel à Bunkoeur, dans lequel il nous explique donc le fondement même de ce mal-être : son enfance. Mais les évènements familiaux ne sont pas la seule cause, et nous parle aussi de son expérience avec la police.

"Grandi entouré de bleus comme jeune homme Chypriote"

Thème qui est également très évoqué dans l'album.

En effet, au delà de ses sentiments propres, il va aussi s'ouvrir sur son expérience dans son quartier. Nous évoquant son quotidien monotone et les injustices qu'il a subit, et ce dès l'intro.

"Maintenant, faut même s'méfier des policiers, c'est trop risqué, parce que ces fils de pute nous tirent dessus pour rien. L'État les protège et tu vas en prison si tu protestes, j't'en fais la promesse : s'ils tuent un frère à moi, j'fumerai un de leurs collègues et j'finirai ma vie au frais, ça, sur ma mère, je te l'promets"

Il nous parlera aussi de sa vie aujourd'hui, précisant que la célébrité ne l'a pas tant changé que ça...

"Arrête de croire que j'suis une star, j'suis tous les jours en bas d'chez moi"

Son vécu, ce qu'il ressent, mais aussi le travail en silence, voilà le dernier sujet prédominant dans son album

"Richesse à celui qui sait s'taire, la mort à celui qui parle fort"

"Faut réfléchir avant d'parler, garder tes ambitions pour toi"

"Tu veux vraiment réussir ? Faut y aller, on veut devenir boss, fuck être salarié"

Si on fait un rapprochement avec ses anciens projets, on remarquera que les sons et les thèmes sont très liés entre eux.

Dans Platinum, il parlait déjà de La Rue, s'ouvrait déjà dans C'est grave..

Un flow flexible

Je ne vous apprend rien en vous parlant de l'éclectisme de son flow. C'était déjà le cas dans ses précédents projets, comme dans Platinum, capable d'adopter un flow à la brésilienne dans Dis moi oui puis se mettre à kicker dans Pas les mêmes.

Et ce n'est certainement dans Polak que ça a changé. Comme on l'a évoqué précédemment, il s'est beaucoup ouvert dans cet album. Forcément, son flow a du s'adapter.

Dans Bunkoeur par exemple, au-delà des mots il a réussi à transmettre ses émotions par son flow, par sa voix. Sans que cela ne l'empêche de kicker dans des morceaux plus égotrip comme Monégasque ou 250.

Le projet compte également trois featurings (sans compter la voix de Yseult dans Weed). C'est d'ailleurs un élément qui avait fortement servi la promo du projet. L'engouement autour des featurings avec Nekfeu et SCH a été conséquent.

Et cet engouement ne s'est pas fait autour du vide. Les featurings sont clairement réussis et apportent réellement quelque chose au projet.

Il ne s'est pas contenté d'inviter des gros noms de la scène francophone dans son projet, il s'est adapté à leur manière de poser.
Dans Waow comme dans Hier, PLK a su adapter son flow à son invité, nous proposant à chaque fois une symbiose quasi parfaite avec celui-ci. Les ad-libs de la personne avec qui il est en featuring durant son propre couplet auront pour incidence de confirmer cette symbiose.

On le retrouve également en featuring avec Paluch, un des grands noms du rap Polonais. Dans un morceau dans lequel il adopte un flow plus décomplexé que d'habitude, il nous propose donc un mélange assez atypique dans le rap Français. Si il est de plus en plus fréquent de voir des collaborations entre rappeurs de différentes nationalités, ce n'est pas forcément le cas pour les rappeurs polonais !

Enfin, impossible pour nous de terminer cet article sans évoquer le potentiel hit du projet : Weed.

Sur une prod de DSTprod, Diabi, Le Motif, Junior Alaprod et Wladimir Pariente le jeune Polak a tout cassé : Texte efficace, flow percutant, refrain entrainant.

Suivi de la sublime voix de Yseult en fond (Celle que l'on retrouvait déjà dans Helsinki de Dinos), le morceau nous emporte, et permet à Polak de se conclure en beauté (si on ne compte pas le bonus track).

Conclusion

Pour conclure, PLK a su entrainer un engouement, une attente, grâce à ses deux premières mixtapes solo. Il a su se démarquer de la masse, et nous démontre encore une fois pourquoi.

Accompagné de beatmakers de talent,  il nous a encore une fois montré sa capacité à s'adapter à tout type de flow. Du kickage pur avec Intro, à la mélancolie dans Bunkoeur.
Ce flow éclectique qu'on lui connaissait, combiné avec son énorme progression en terme d'écriture, le résultat ne pouvait-être que probant.

En gardant en tête que ce n'est ici que son premier album, la performance n'en est que plus impressionnante.
Un des rookies du rap Français donc, qui confirme l'attente autour de lui, et qui sera très certainement une des têtes d'affiche du rap Français dans le futur.

 

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