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Alvin Chris : « Après-Vous » – Interview

Antoine

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Auteur mais aussi compositeur, Alvin Chris est avant tout un passionné de rap multi-facettes, ayant fait ses premiers pas dans le boom-bap et la multi-syllabique avant d’ouvrir sa palette artistique à d’autres sonorités. De sa musique naitra les EP « Amour Amer » en 2018 et « Enchanté » en 2020. Deux ans plus tard, l’artiste présente son nouvel EP « Après-Vous » qui synthétise ce qu’il sait faire de mieux. Intimistes et sincères, ses textes prônent la réconciliation et l’acceptation de soi, portés par des sonorités riches en influences, du RNB à la House en passant par la Funk. Rencontre avec un rappeur à la croisée des styles.

Ton nouvel EP s’appelle « Après-Vous » et sonne comme la suite logique de « Enchanté » . A quel moment l’as-tu conçu par rapport au premier ?

En fait, je les ai pensé simultanément. Le premier, c’était un ensemble de morceaux que j’avais déjà et que j’ai rassemblé. C’est un exercice qui n’est pas simple car je suis très attaché au format (EP / Mixtape / Album). Comme cette suite de morceaux me permettait de me présenter, je l’ai appelé « Enchanté » . Et celui d’après, j’ai voulu l’intituler « Après-Vous » pour mettre une esthétique autour des titres, sans forcément qu’il y ait un concept lourd à porter dans les morceaux.

Le projet s’ouvre sur « Ça m’arrange » , un morceau turn up totalement rap. Est-ce que tu te souviens de ton premier rapport à l’écriture ?

Les premiers moments où j’écrivais seul de mon côté, ça remonte au collège. C’était des écritures d’invention, des histoires… Les exercices qu’on nous faisait faire à l’école quoi, ça j’aimais bien. J’avais aussi un carnet où j’aimais bien écrire. Puis le rap est arrivé très vite, je devais être en 4ème ou 3ème. Ça me faisait kiffer d’écrire des rimes, j’écrivais même sur ma copie double.

Tu prends souvent des flows très mélodieux et on sent un vrai travail sur ta voix. A quel moment le chant est rentré dans l’équation ? Comment tu le travailles aujourd’hui ?

Si tu veux, ma construction artistique, elle est un peu bizarre (rires). J’ai toujours aimé la musique au sens large, et ma première approche avec ce domaine en tant que tel, c’est la guitare. A l’époque où je commençais à écrire, j’apprenais la guitare en parallèle et je faisais pas mal de covers. Des sons de Ben Harper, de soul, d’Alicia Keys… Mais pendant longtemps, je séparais cet aspect là de l’écriture. Pendant longtemps j’ai fait du rap, mais de manière isolée du chant et de la musique, qui sont pourtant des choses qui ont toujours été en moi. Mais avec l’évolution du rap, il y a eu un moment où j’ai eu envie de faire un pont entre les deux. Et lorsque la trap s’est installée vers 2013 – 2014, j’ai dû poser sur des BPMs plus lents qui t’obligent à mettre de la musicalité. Et c’est à ce moment là que j’ai compris que je pouvais faire un pont entre la musicalité que j’ai toujours eu au fond de moi et le rap, pour faire des morceaux qui me ressemblent.

J’ai cette exigence quand je fais des titres de « mettre un bout de mon âme dedans »

S’agissant du rap, est-ce que tu as été influencé par des rappeurs en particulier ?

Bien sûr ouais ! LE rappeur qui m’a donné envie d’écrire, c’est Youssoupha, surtout en 2007 quand je me prends « Eternel Recommencement » . Je m’identifie beaucoup à lui car c’est un mec qui est congolais comme moi, et ça me faisait kiffer d’entendre un mec avec la même identité que moi rapper en français et raconter ses histoires de « mec du bled » . Je suis aussi un grand fan de Doc Gyneco. « Première Consultation » , c’est un album qui m’a matrixé et même encore aujourd’hui. Sinon, mes bases en rap français c’est toute l’école MC Solaar, Oxmo Puccino. J’ai été biberonné à ce que certains appellent « le rap à l’ancienne » , celui des années 90. Puis ça évolue avec le reste… J’ai autant pu être inspiré par des mecs comme Booba que Orelsan, Féfé du Saïan Supa Crew… Dans la musicalité du rap américain aussi, je me retrouve beaucoup chez Anderson .Paak, Kendrick Lamar, Mac Miller, Kanye West…

Il y a un fil conducteur qui ressort de l’EP : l’acceptation de soi, notamment sur le dernier morceau. Est-ce que tu penses t’être d’avantage trouvé avec ce projet là ?

Oui bien sûr, y a ce sentiment là. Ça fait plus de 10 ans que je rap maintenant, et quand t’as rappé dans tous les sens, y a un moment où tu te demandes « qu’est-ce que j’ai à faire maintenant ? » . Et maintenant, j’ai cette exigence quand je fais des titres de « mettre un bout de mon âme dedans » . Je sais que je pourrais faire plein de morceaux, mais j’ai vraiment envie que ce que je sors soit empreint de mon état d’esprit. Et j’ai ce sentiment qu’avec ce projet là, j’ai enfin réussi à faire quelque chose qui me ressemble et qui digère toutes les influences dont je t’ai parlé. Aussi, je me pose plus vraiment de questions sur la direction artistique et je commence à faire naître la couleur que j’essaye de développer depuis longtemps.

Tout ça passe aussi par ma rencontre avec Make A Meal, qui est un producteur avec qui j’ai vraiment une très bonne alchimie, parce qu’il m’a permis de faire évoluer ma musique et d’aller artistiquement jusqu’au bout de mes envies.

Crédits Photo : Pierre-Alain Mambou

En parlant de la production, est-ce que ton processus créatif a évolué depuis cette rencontre ?

Je parle beaucoup avec lui et il sait exactement ce que j’aime. On a écouté beaucoup de prods ensemble et c’est aussi un artiste, donc il connaît mes goûts. Je lui ai beaucoup parlé de comment je faisais de la musique et qu’est-ce que j’avais envie de faire. Comme je suis aussi producteur, je peux carrément lui dire le nom du preset du synthé que j’aime dans Omnisphere. On partage beaucoup de points communs, donc il sait le genre de basse que j’aime, les textures de son qui me plaisent et qui vont bien avec ma voix… Donc nos discussions sont super techniques et à la fois y a mille façons de faire différentes. Parfois je lui envoie juste un acappella sur une production qui m’a inspirée. Parfois on est en studio, il part sur des accords qui me parlent et j’écris directement dessus, comme pour « Séquence Emotion » par exemple. On a fait l’instru la veille de l’enregistrement et c’était les dernières sessions avant qu’on rende les pistes. Donc voilà, y a vraiment pleins de façons différentes de fonctionner avec lui !

Tu sembles aussi accorder une place importante aux visuels, je pense notamment au clip de Bug et à la place de la danse dans ta musique. C’est quelque chose que tu réfléchis pas mal en amont ?

Carrément, c’est quelque chose que j’ai appris avec le temps et que j’apprends encore. Aujourd’hui la musique s’écoute en grande partie avec les yeux, et pour moi, le visuel que tu accordes à ta musique c’est comme la façon dont tu t’habilles quand tu sors de chez toi. Tu peux très bien faire le choix de ne pas y faire attention, mais dans tous les cas, on retiendra quelque chose de toi, comment t’es habillé. Donc autant essayer de s’orienter vers quelque chose qui te ressemble. Sur mes clips y a trois réalisateurs différents, mais c’est toujours des gens avec qui j’ai de très bonnes relations. En fait je fais des moodboards et je leur montre des choses auxquelles je m’identifie. Notamment le clip de Bug réalisé par Johane RIACHY, qui est une amie architecte de formation. Mais vu qu’on discutait beaucoup de l’image et que je la sentais passionnée, j’ai senti que ça pouvait donner un truc sympa. Tout ça pour dire que oui, la danse, je trouve ça cool ! Parce que mes refs c’est aussi Michael Jackson, des artistes complets. Et j’ai vraiment envie qu’à terme, toutes les petites oeuvres dans lesquelles je peux mettre mes mains puissent avoir quelque chose qui soit travaillé et sympa.

Est-ce que tu écris tes morceaux dans l’optique de la scène ?

C’est pas un aspect qui rentre en compte, mais je devrais peut-être ! Plus j’en fais et plus je me dis que je devrais y penser d’avantage, mais je préfère faire mes morceaux comme je les sens, puis les retravailler ensuite pour la scène. Parce que parfois, ce qui fonctionne sur scène ne passe pas aussi bien à l’écoute. Et tu peux aussi te priver d’un morceau qui s’écoute bien pour privilégier des sons plus « bourrins » sur scène. Or c’est pas vraiment dans mon ADN, donc je fais attention à ne pas mélanger les deux.

On note un seul featuring sur ce projet, et c’est le chanteur canadien David Campana. Comment est-ce que tu choisis tes connexions ? Est-ce que c’est des personnes que tu connaissais déjà personnellement ?

Dans ce cas là, c’est pas quelqu’un que je connaissais personnellement. J’étais en contact avec une émission au Québec, et on a dû y faire un live et une interview ensemble. J’ai parlé de la scène rap québécoise que je connais un peu et je leur avait fait comprendre que je kiffais ce qu’il s’y passait. On nous a mis en contact et je suis direct tombé sous le charme de son travail, je le trouve vraiment chant-mé, il a grave un truc. J’aime bien découvrir de nouvelles vibes et je rêve qu’il se passe au Québec un peu ce qu’il s’est passé pour Bruxelles en 2016.

Loud avait pas mal fait de bruit à un moment !

C’est vrai, y a eu un élan mais il est arrivé un peu seul. Ca aurait pu être le capitaine d’un grand raz de marée mais on sait jamais, ça va peut être se produire ! En tout cas j’avais envie de mettre en avant la scène québécoise, et c’est quelque chose qui se fait pas tant que ça finalement.

Crédits Photo : Pierre-Alain Mambou

Dans le dernier morceau du projet K.O, tu dis « peut être que ma réussite est une putain d’erreur » avant de préciser « j’ai rien réussi, c’est moi la putain d’erreur » . Est-ce que ça t’arrive encore de douter ?

Tout le temps, constamment même j’ai envie de te dire. Ma carrière avance petit à petit, mais je suis pas non plus un mec archi identifié. Maintenant, j’ai pensé cette phrase pendant les phases de doute où t’arrives à cracher sur tous tes accomplissements et où tu te dis que plus rien n’a de valeur. Et j’avais envie de mettre en relief ce truc là, parce qu’on est tout le temps biberonné à la réussite des autres, notamment avec les réseaux sociaux… C’est aussi une partie de moi que je montre pas, et que les artistes ne montrent pas non plus généralement. J’avais envie d’être sincère et de montrer aussi cet aspect là.

 J’aimerais revenir sur le morceau « Coucou c’est encore moi » de ton précédent projet, qui était devenu viral sur TikTok. Est-ce que tu t’y attendais, et est-ce que c’est un paramètre qui rentre dans ton calcul maintenant ?

C’est un morceau qui m’a beaucoup apporté, mais je suis pas un utilisateur régulier de TikTok. Après, je reste à l’affut des outils et des opportunités que ça peut engendrer. Un peu comme Twitch maintenant, je pense que les artistes devraient y aller, y a un vrai créneau ! Pour revenir à TikTok, j’étais conscient qu’il y avait un truc à faire avec, mais pas du tout que ce titre là allait faire ce qu’il a fait. A cette époque là, je sortais des vidéos toutes les semaines, des freestyles d’une minute, et lui c’était l’épisode 2. Donc c’était même pas un morceau à la base, c’est qu’après que je l’ai mis sur les plateformes. Du coup forcément, j’ai essayé de le refaire plein de fois, mais ça n’a jamais fonctionné (rires). J’ai juste accepté que ce morceau là a trouvé un public au bon moment, et c’est pas quelque chose que tu peux reproduire quand tu veux. C’est la magie d’Internet, et par définition, quelque chose de viral ne repose pas sur un calcul.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

Que la suite d’Après-Vous soit sortie avant l’été !

Après-Vous d’Alvin Chris est disponible sur toutes les plateformes de streaming en cliquant ici.

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Bolémvn & Koba la D sont « Sur Paname »

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Originaires d’Evry, les 2 rappeurs du 91 représentent la capitale sur le premier exrait de la compilation parisienne.

Premier extrait de Ici c’est Paris

Le retour en grâce des compilations n’est plus à prouver. Depuis quelques années, les compiles s’enchaînent, nous permettant de nous délecter de titres inédits, de collaborations originales ou attendues comme le Niro x Ninho par exemple.

Certains médias comme nos confrères de 1863, sont également de la partie, ou encore les labels comme Rec 118. Après de nombreux projets Marseillais, c’est la ville de Paris qui remet le couvert. Les projets Sevran, 93 Empire étant déjà du côté de la capitale.

« Chaque week-end, j’suis booké, gros bisous aux bookeurs
J’m’endors dans une drôle de booking, kichta balaise comme un bouquin »

Au programme 14 rappeurs allant de Mig à Koba LaD en passant par Bolemvn, Ckay, Vegedream mais aussi Leto, Timal, Guy2Bezbar, Hornet La Frappe, Omah Lay, Capo Plaza, Naza, Driks, ou encore Da Uzi seront dessus.

Le morceau Sur Paname de Bolémvn et Koba la D est à retrouver sur toutes les plateformes de streaming ici.

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ZeGuerre revient en kickant avec « Bezef »

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Le 5 août dernier, ZeGuerre a envoyé un nouveau clip, Bezef, en direct des locaux de la radio Skyrock.

Un extrait avant l’album ?

Si la scène musicale Lyonnaise se fait de plus en plus présente avec Chilla, Anton Serra, Lucio Bukowski, Vrax, La Famax, Lyonzon, ou encore Pouya ALZ, c’est bel et bien ZeGuerre qui semble armé pour représenter l’étendard de la ville rhodanienne.

Découvert et mis en avant par Fianso, l’artiste désormais chez Affranchis, aura pris le temps de se faire un nom avec notamment une série de freestyles Corsé comprenant 6 titres.

« Fais une seule phase et j’oublie cash qui t’es et tombe par terre, tu verras cash qui t’aides
Ouais, j’mets l’shit sous l’appuie-tête, gros, regarde bien, y en a p’t-être un qui t’aime »

Continuant de fidéliser une fan base qui grandit jour après jour, ZeGuerre, a décidé de franchir un cap et de balancer le premier single d’un futur projet.

Le morceau Bezek de ZeGuerre est toujours disponible sur toutes les plateformes ici.

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Zuukou Mayzie la joue collectif avec « True Romance »

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Sorti le 22 juillet, Zuukou Mayzie continue de défendre son album en dévoilant un nouveau clip : True Romance.

Il rappe des images, on voit des mots

Nous emmenant dans des univers toujours très vastes, mais si précis à la fois, et construisant ses lyrics autour de multiples références souvent associées à l’univers des jeux-vidéos, des mangas, des films, Zuukou Mayzie est un rappeur à part entière dans le Game.

Cet album conceptuel livre sa note d’intention dès la lecture de la tracklist : Maman j’ai raté l’avion, Parasite, Le Tombeau des Lucioles, Training Day … il s’agit d’un énorme hommage au cinéma, étalé sur 25 pistes.

Véritable amoureux du grand écran, Zuukou s’est positionné en réalisateur, donnant la direction à suivre et choisissant les couleurs, tout en laissant les premiers rôles à ses invités.

« Si mon compte bancaire explose, bébé je ne dirais pas Ciao
Mon couplet dans 669 allait sauter, mais mes négros m’ont convaincu du truc alors j’ai dit ok« 

Après deux projets intitulés Primera Temporada, puis Segunda Temporada, le tout ponctué de featurings, et d’inédits, c’est avec Le film, que le rappeur poursuit une carrière déjà bien ficelée !

Le merchandising de Le film : le commencement de Zuukou Mayzie est toujours disponible ici.

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