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Juice : Rap fleuri – Interview

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Crédits Photo : Johan Dorlipo

C’est une affaire d’abnégation. De doutes et de beaucoup de réussites. D’indépendance, aussi. Juice dévoile le 4 Mars sa nouvelle Mixtape et sa cinquième sortie, Pas de Fleurs sans Pluie, et semble plus que jamais sûr de la direction à emprunter. « On marche sous le ciel gris en espérant qu’il devienne coloré. En espérant voir des fleurs éclore sur le chemin » dit-il dans une vidéo de présentation du projet. Il n’oublie rien de ce qu’il a amené jusqu’à ce moment, son entourage qui se tient à ses côtés, la fragilité du statut de rappeur et les épreuves qu’il évoque sans détour. Pour enfin entrevoir une éclaircie ? Et alors qu’il est coutumier, sans pour autant s’y limiter, des titres festifs aux refrains accrocheurs, il annonce la Mixtape avec un clip en noir et blanc, introspectif, où il se confie sur sa peur de l’échec et ses doutes.

Tour d’horizon d’un artiste aux influences multiples, avec la rage au ventre et la tête dans les nuages.

Le choix du premier aperçu de la Mixtape, « La Lumière des Spots » est intéressant. C’est le dernier titre de l’album et pourtant le premier extrait.

C’est un format particulier. Je n’avais rien sorti depuis deux ans, et là j’envoie un son qui n’a pas de refrain, un peu conceptuel. Comme ça faisait longtemps que je n’étais pas là, je ne voulais pas revenir avec un son au format classique : refrain, couplet, du type single. Je voulais mettre un petit teaser sur le retour. Et quel meilleur morceau pour introduire le projet que celui qui le clôture ?

C’est une démarche presque risquée. Tu aurais pu sortir un gros tube, et il y en a sur l’album. Mais tu as pris le risque de faire autre chose.

Le retour, je le voulais sur un format court et particulier. Je ne comptais même pas mettre le clip sur YouTube de base.

Cette Mixtape semble dans le prolongement de ton EP Shadow, en termes de production et de textes. Même au niveau de l’esthétique.

C’est à la fois voulu et pas voulu. Pas voulu car je me différencie vraiment de Shadow. Le contraste avec Shadow est à faire avec Guayaba, qui était très « été » alors que Shadow était plus « Rap », plus froid. Il y a un peu d’influence de chacun de ces projets sur ce que j’ai fait ensuite, mais pour moi cette Mixtape n’a plus rien à voir avec Shadow. On sort complètement de ça, même si elle est liée à tout ce que j’ai fait avant.

Et ce qui l’illustre est le son « Blow ». Il y a du chant, des moments rappés, c’est un titre où tu dis des choses plus personnelles, peut-être plus que sur les précédentes sorties. Pourquoi est-ce que tu fais cette Mixtape-là, à ce moment de ta carrière ? Qu’est-ce qu’elle signifie pour toi ?

Elle tranche avec les autres à plusieurs niveaux. D’abord dans mon aisance et ma connaissance de moi-même, de ce que je fais. J’ai progressé là-dessus. Je sais ce que je veux faire et ce que je ne veux pas faire, en termes de musique et pour ma carrière. J’ai l’impression que mes projets précédents étaient du brouillon et de l’échauffement. Là ce sera le projet sur lequel j’ai le moins de doutes sur ce que je propose. A partir de cette sortie, il y a eu un changement dans ma manière de travailler. Avant je bossais en flux tendu. Je sortais presque tout ce que je faisais. Là je suis dans un rapport inverse. Je sors seize sons mais j’ai dû en faire 40 ou 45.

Ça veut dire que tu as tenté plus de choses que sur les sorties précédentes ?

Oui, je pense. Ça vient du fait que j’ai l’impression d’avoir trouvé une porte dans ma direction artistique. Je ne me cherche plus autant qu’avant.

Même après cinq sorties, tu ne sais pas encore trop où tu vas ?

Si, c’est maintenant que ça commence. Le concept des Multifruits était « j’aime tout faire donc je fais un peu de tout ». J’avais du mal à mettre des mots sur ma direction artistique et sur ce que je faisais, quel type de son je produisais. Je me trouve de plus en plus, mais c’est normal que tout ça prenne du temps.

Justement, par rapport à ces changements : cet album est assez sombre, au niveau des thèmes, après un début de carrière assez festif et plus ouvert. Qu’est-ce qu’il s’est passé entre temps, dans ta vie et dans ta carrière de rappeur pour arriver à cette évolution ?

Au début, il y avait peut-être la naïveté de faire du son et de voir ce que ça allait donner, sans trop réfléchir derrière. Après ma première sortie, je me suis rendu compte qu’il se passait quelque chose, j’ai connu un joli succès d’estime. J’enchaîne avec un deuxième projet, qui a plutôt bien marché, à mon échelle. J’ai pu faire des concerts. Le fait que ça devienne professionnalisant t’offre un nouveau regard sur ta carrière d’artiste.

Au début tu ne voyais pas une carrière dans le Rap, c’est ça ?

Il faut savoir que je rêve d’être rappeur depuis que j’ai huit ans (rires). Mais quand j’ai envoyé Multifruits, c’était vraiment juste du kiff, pas de réflexion. On l’a fait avec Yvick, tous les deux en studio. Je choisissais des prods, et il m’enregistrait parce que je ne savais pas m’enregistrer à l’époque. Et ce qui sortait était brut. Je faisais des trucs festifs, sans vraie réflexion artistique, mais en même temps il n’y avait pas d’attente. Un jour je me suis réveillé un matin et un mec sur Twitter m’écrit « trop lourd le projet », mais moi je ne savais même pas qu’il était sorti. On en était à ce niveau de battage des couilles.

C’était ton école : tu as essayé plein de choses, et finalement ça t’a servi car on retrouve des influences de Multifruits sur cette nouvelle Mixtape. Du coup quelle a été la direction artistique ?

Il n’y en a pas forcément une. Ma démarche, et ça va peut-être paraître un peu banal de dire ça, mais ça a toujours été de parler de ce que je vis, de ce qu’il se passe dans ma tête, avec un petit peu de romance, bien sûr, sur certains sons. Je ne me suis pas dit « Ok, je vais créer ça » et c’est pour ça que je n’ai pas vraiment envie d’appeler cette Mixtape un « album ». De base je voulais sortir un EP 10 titres et j’ai rajouté des sons, avec une intro et d’autres titres, et des liens entre les chansons. Je pourrais appeler ça un album mais ma démarche n’était pas « album » à la base. Mais que je fasse une Mixtape ou un EP 5 titres, je trouve important qu’il y ait du lien entre mes sons.

Ça se ressent, sur « Peu de Love ». Le titre crée une rupture dans le projet, et il arrive après une longue période d’introspection.

C’est voulu. Il y a un concept de lien, avec une meuf, qui revient régulièrement, notamment sur « Augmente », où je l’introduis, en lui promettant des choses. Sur « Adrénaline » et « Cœur Froid » je lui dis que j’ai du mal à l’emmener où je voudrais. Et « Tic-Tac », c’est la relation qui devient terne, qui s’étiole. Le réveil de fin signifie le déclic, puis arrive « Peu de Love » et « Calls », où je regrette, sans la fille.

Justement sur « Peu de Love », tu as l’air plus énervé, ton flow évolue, il y a des ruptures, des changements et des ad-libs. Il y a beaucoup de nuances. Comment as-tu travaillé ce titre ?

J’ai travaillé dessus avec Basile Peter. C’est lui qui a fait « Tic-Tac » aussi par exemple. On a fait une session où je lui disais que j’avais envie de rapper et de faire un banger. J’avais toutes les idées pendant la session, je suis rentré chez moi, me suis mis dans mon home studio et ai posé direct. Le truc fait archi travaillé, élaboré, mais c’est plus dans le mix et les effets que dans le texte, car là c’était instinctif. En revanche sur le mix avec Tyrax on s’est bien pris la tête parce qu’on voulait que ça ressorte bien, et j’adore faire ça.

J’ai beaucoup de choses à dire sur moi mais je n’arrive pas à les dire autrement qu’en musique

C’est toi qui travaille tes mix ?

Mon processus de création a changé à ce niveau-là aussi. Je ne prends plus trop des prods qu’on m’envoie, même si ça m’arrive parfois. Je commence à apprécier les sessions studio où j’arrive avec une idée en tête et où on crée quelque chose ensemble. Je fais des toplines ou j’écris direct. La deuxième étape dans laquelle je suis très impliqué est le mix. Je mixe totalement certains titres, mais comme je ne suis pas ingé son, j’envoie certains tracks au mix mais je leur propose une version déjà pré-mixée très précise. Je dois faire partie de la caste des immenses casse-couilles là-dessus. Dès que j’entends des trucs qui ne sonnent pas exactement comme je veux, j’essaye de les corriger. Dès que je commence et écris, je sais ce que je veux à quel endroit et « Peu de Love » est la bonne illustration.

Dès l’intro, tu annonces en effet dans quelle direction tu vas aller. Tu dis « je peux faire péter des nuques et te faire danser la samba ». Tu te situes souvent entre ces deux extrêmes. Est-ce que c’est intentionnel ou c’est un fil rouge ?

Je me laisse porter par ce que je veux faire. Le fait que je joue sur les deux plans n’est pas intentionnel, c’est qui sort de moi. Je ne me limite pas : si j’aime faire quelque chose, je le fais. C’est avec cet album que j’ai commencé à comprendre la dimension « intro ». L’intro est le dernier track que j’ai fait. Je ne faisais que bouger la tracklist et je me suis rendu compte qu’il manquait une introduction.

C’est logique que tu l’aies faite en dernier, car elle résume tout.

Parce que je savais de quoi allait parler le projet. C’est aussi le cas de l’outro qui résume la Mixtape d’une autre manière, plus posée, plus calme, avec un peu plus de questionnements que dans l’intro où je suis plus sûr de moi.

Tu parles beaucoup du temps qui passe sur cette Mixtape. Sur « Cœur Froid », tu rappes : « où est-ce que je serai dans trois ans ? ». Tu te demandes si tu seras sur le podium ou sur le bas-côté. Est-ce que cette notion de temps est importante pour toi ?

Carrément. Il y a cette réflexion de « j’en suis à mon cinquième projet et il faut que ça passe un cap ». J’ai bientôt trente piges, la vie à côté passe et c’est la belle vie d’être en mode artiste, d’être libre de faire ce que tu veux, mais à un moment tu te retrouves forcément face à la réalité : il faut payer les factures, il faut songer à l’avenir, etc. Tu passes par tous ces questionnements, parce qu’on est conditionnés à ça. Même si je ne suis pas en train de dire que je veux m’acheter une maison en banlieue, avoir un chien et des enfants tout de suite, ce sont des réflexions qui rentrent en compte surtout dans une société où on te rappelle souvent tout ça. Quand tu es avec des potes qui ont des taffs « normaux », ou que tu vis avec quelqu’un ou avec ta famille, tu peux parfois ressentir que t’es sur un chemin sinueux. Mais faut s’armer de patience, et surtout apprécier le chemin, l’arrivée n’en sera que plus belle.

Tu dis aussi des choses personnelles, mais qui peuvent trouver un écho chez les autres. En racontant ton histoire, tu racontes celle des autres.

Après « Rêves 2 » sur Multifruits 2, plein de gens m’ont fait ce genre de retour, alors qu’ils sont étudiants ou n’ont pas le même métier que moi. Ils me disent que ce titre et ce que je dis dessus leur parle et j’avoue que ce genre de retour est très touchant.

Est-ce que ça t’étonne ?

Au début, oui. Parce que je me demandais pourquoi ce texte faisait écho à tant de gens, car je n’y parlais que de moi. Mais j’ai fini par comprendre que, comme moi à l’époque, les rêves de gamin sont parfois refoulés chez beaucoup de gens, quoi que tu choisisses comme voie. Ça fait plaisir de savoir que tu réveilles certains instincts chez des gens. Quand ils me disent « je voulais me lancer dans ça et ton son m’a fait réfléchir et je me suis dit « let’s go » », je me dis qu’il y a un vrai impact. Après peut-être qu’il y a un mec au chômage à cause de moi (rires).

Crédits Photo : Faïd Hadji

Sur la tracklist, il y a un son avec Yvick. Tu as déjà fait des sons avec lui, mais ils étaient plus lumineux. Sur « Miroir », vous parlez de faiblesse, de solitude, de dépression. Est-ce que ce contrepied était intentionnel ?

Non, ça s’est vraiment fait dans l’instant. La prod est arrivée très vite. On a fait ça avec Geronimo Beats et Tigri, qui sont des tueurs. On était en studio toute la nuit. Eux ont taffé les vingt premières minutes et après on était en mode enregistrement et écriture. Ce sont des thèmes qui viennent de manière récurrente. Le refrain est venu tout de suite et j’ai voulu mettre des paroles dessus direct. J’ai commencé à écrire en premier, et ça un peu donné la direction et le thème, mais je n’ai pas dit à Yvick quoi écrire.

Cette envie de parler de choses sombres et profondes commence à prendre de plus en plus de place dans le monde du Rap. Il y a beaucoup de vulnérabilité dans certaines sorties aujourd’hui, et dans ta Mixtape également. Est-ce que c’est quelque chose auquel tu penses ?

Oui, et je crois que j’ai parfois tendance à plus me focaliser sur les échecs que sur mes victoires car j’ai envie d’apprendre. Je me dis « Ok, c’est fait, à quand la prochaine victoire ? ». Après je fais tout au feeling. J’ai écrit une partie du projet sous confinement. Puis il y a eu une période de ma vie et de ma carrière où je ne savais pas trop où j’allais, je n’étais pas sûr de ma musique. Ça se ressent dans la Mixtape, mais il y aussi cent pour cent de chance que quand les beaux jours reviennent et que ça aille mieux, je ressorte des sons plus festifs. Ça va même arriver cet été.

Justement, sur « Spectres », un des sons les plus sombres de l’album, tu dis « on pense qu’à gâcher nos vies en pensant qu’on dormira mieux ». Est-ce que tu dirais que ce son-là représente la Mixtape ou juste l’état d’esprit dans lequel tu l’as écrite ?

Il faut prendre ce son-là comme la suite du mec qui est énervé sur « Peu de Love », et qui regrette sur « Calls ». Sur « Paradoxe », il commence à phaser un peu et sur « Spectres », il fait le contraire de l’apologie de la boisson. « Spectres » est le point le plus bas de ce gars. Mais c’est juste un passage de l’album qui illustre totalement ce truc de « bad » complet. « Après l’Orage », c’est le retour de l’éclaircie et « Crésus » est carrément festif dans les sonorités. Au début du projet, je suis très déterminé. Puis cette relation arrive et me fait un peu tomber. Et à la fin je reviens à la raison, j’ai l’impression d’être plus posé.

Cette progression, on la ressent sur « La Lumière des Spots ». Sur ce titre, tu parles de ton héritage, de ton futur fils, de remplir des stades… Et on a l’impression que c’est une ouverture vers quelque chose de positif. Comme si tout l’album t’avait servi à réfléchir sur ce que tu voulais vraiment.

C’est exactement ça, cette réflexion sur ce que je veux. Au début je n’en suis pas certain, mais après je sais vers quoi je vais. Et même si je ne suis pas sûr de l’avoir, je fais tout pour y arriver. Pour revenir sur le titre de la Mixtape, Pas de Fleurs Sans Pluie, j’ai bien compris que je n’atteindrai pas mes objectifs sans galérer et passer par des moments sombres, donc qu’il n’y a pas de fleurs sans pluie. J’accepte cette pluie parce que je sais, du moins j’espère, qu’elle amènera des fleurs par la suite.

Justement, ce que tu dis fait penser à un son de Shadow, « Cauchemar ». Tu y disais que tu espérais que le Rap allait soigner tes blessures. Est-ce que cette Mixtape est un moyen de faire ça ?

Je pense que non. Tu le vois dans l’album, je suis encore plein de doutes et de blessures. Je vais faire une phrase de rappeur un peu bateau mais c’est une thérapie d’écrire sur ses problèmes. Ce sont les seuls moments où je me livre vraiment. Je ne parle jamais de ça en face à face avec les gens. C’est en ça que je dis que si le Rap ne m’apporte pas ce que je recherche, j’espère au moins qu’il aura fait office de « psychologue ». J’ai beaucoup de choses à dire sur moi mais je n’arrive pas à les dire autrement qu’en musique.

Un autre thème est récurrent dans l’album : ton entourage du MQEEBD (Tortoz, Yvick, Samy et toutes les personnes affiliées). Ils semblent avoir une énorme importance pour toi et ta carrière. Comment est-ce que vous travaillez ensemble ?

On fait tous notre truc de notre côté et quand il y a besoin d’un avis, on demande en premier lieu à ce groupe-là. Les deux seules fois où on a vraiment travaillé en équipe étaient pour l’album MVP d’Yvick et sa réédition. On a fait des séminaires où on était tous les quatre dans une maison avec des compos qui passaient. Le MQEEBD est très important et il est plus large qu’Yvick, Tortoz et Samy, les têtes connues. Ce sont mes reufs, les gens avec qui j’ai grandi à Grenoble. C’est un socle pour ma carrière et surtout dans ma vie perso. C’est un thème vital qui reviendra forcément.

Un autre thème est le fait que tu parles ouvertement du fait d’être connu, d’avoir une audience, mais qu’en même temps tu dois te battre pour exister en tant qu’artiste. Comme s’il y avait un côté presque schizophrène. Sur tes réseaux tu fais plein de blague et tu arrives avec un album dont les thèmes sont parfois sombres. Comment est-ce tu jongles entre ces deux facettes-là ?

Je ne sais pas trop comment je jongle avec ça. Je n’ai pas envie d’arrêter de faire le con sur les réseaux, ça m’amuse et je kiffe faire rire les gens. Si je sais que j’arrive à faire rire quelqu’un, c’est du bonheur apporté, c’est lourd. D’un autre côté je n’ai pas envie juste parce que je suis marrant en story, de devoir faire de la musique qui corresponde à une image de mec drôle. Et inversement. J’avais lu une interview de Tyler, The Creator, qui disait qu’on a commencé à le prendre au sérieux dans la musique au moment où il a arrêté de faire le con sur les réseaux. La phrase m’a marqué parce que j’avais l’impression qu’il parlait de moi. J’ai eu une période où je ne mettais plus de vannes sur les réseaux. Mais ça ne me convenait pas, ni à moi ni aux gens qui me suivent.

J’accepte cette pluie parce que je sais, du moins j’espère, qu’elle amènera des fleurs par la suite

Tes influences semblent plus américaines que françaises. Les américains ont beaucoup fait d’albums concepts, et cette Mixtape en est un, finalement. Est-ce que tu avais ça en tête au moment de la faire ?

Je ne l’avais pas en tête car je réfléchis très peu les choses en les faisant, finalement. Je ne me suis pas dit que j’allais rendre hommage aux albums concepts, car je suis tellement influencé par ça de base que ça coule de source. Pour moi, un album n’est pas autre chose qu’un truc un minimum conceptualisé. Aujourd’hui j’ai presque l’impression que tout le monde sort des Mixtapes, comme si juste les gens de ma génération sont encore dans le délire « album à l’ancienne » : les Laylow, Jazzy Bazz etc, mais ce n’est plus la norme. Quand tu écoutes 50Cent par exemple, il y a une direction artistique qui fait que ses deux premiers albums sont très différents, et tu le sens.

Est-ce que c’est important pour toi, de te réinventer comme ça ?

Je pense que c’est important pour tout artiste de se réinventer. Plus que de la réinvention, c’est un besoin de ne pas stagner, de ne pas rester dans sa zone de confort. En fait le bon mot est plutôt « évoluer ». Et je pense que c’est cette recherche d’évolution et cette curiosité de tester des nouvelles choses qui garde la flamme des artistes allumée. Si tu fais la même chose tout le temps, tu finis par te faire chier. Après selon moi, c’est tout aussi important de rester fidèle à soi-même, c’est à dire chercher à évoluer, à prendre des risques mais toujours en s’écoutant. Si tu prends l’exemple avec la fameuse Drill depuis qu’elle est arrivée en France, je pense que c’est très bien que des artistes tentent des choses et essayent de créer là-dedans s’ils en ont envie, ça reste de la musique donc le but c’est de kiffer, mais je suis un peu contre la démarche de « gars il faut faire de la drill (ou faire n’importe quel type de son) parce que ça marche bien« . C’est pas naturel comme démarche. Le but c’est que ton art attire les gens, pas que tu fasses ton art pour plaire aux gens, mais c’est mon point de vue, personne n’a raison ou tort la dessus. Le plus important à mes yeux c’est que la musique que tu fais ne soit pas forcée, qu’elle coule naturellement. Et de rester fidèle à soi-même.

Pas de Fleurs sans Pluie de Juice est disponible sur toutes les plateformes de streaming en cliquant ici.

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