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Soso Maness : la fierté de ses pairs

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« Nous sommes les enfants des Quartiers Nord, et à pied ça fait loin jusqu’au Vieux Port »

Nos musiques sont nos histoires. Entre les notes et les textes se loge quelques chose de plus, un esprit partagé, qui se transmet. Marseille est une ville à la mémoire contrastée, tissée entre les différents ports de la Méditerranée et la France.

A Marseille, les cinquante dernières années ont surtout été celles de la discrimination et de l’abandon d’une immense partie de la population. Quand Soso Maness décide d’ouvrir son album sur la Chanson des enfants des quartiers nord, il trace un pont qui raconte cette histoire. Interprétée par des élèves des quartiers nord dans les années 80 avant d’être reprise au cours de la Marche contre le racisme de 1983, Soso s’approprie par le sampling un morceau de l’histoire d’une génération. Et il l’utilise comme base pour raconter ses propres errances, ses espoirs et sa tristesse sur 16 morceaux.

Bien aidé par le single So Maness, Mistral a été relativement attendu. Déjà remarqué sur Rescapé (2019), le rappeur marseillais a cherché avec Mistral une formule somme toute classique pour le rap actuel. On y trouve des morceaux courts sans refrain, d’autres plus calibrés, des moments de chant et une forme de versalité établie comme standard depuis quelques années.

« Sur le bitume depuis tant d’années que d’rapper la rue, c’est une habitude »

Pourtant, si cette forme semble trouver ses limites pour plusieurs artistes, Soso Maness parvient à lui conférer suffisamment de personnalité pour éviter ce sentiment de lassitude. L’histoire qu’il raconte, on la connait. Soso Maness parle de la place du trafic de drogue dans sa vie. Mais il le raconte en ne cherchant jamais à masquer ses sentiments et ses questionnements.

Il y a probablement une spécificité marseillaise, qu’on pourrait étendre à l’ensemble du pourtour méditerranéen, à ces récits de violence qui donnent la part belle aux sentiments.  Ademo affirme que ses larmes restent en privé et que la rue est muette. Soso Maness fait parler et pleurer ses rues.

Evidemment, ces idées passent par ses textes. Les occurrences des pleurs ou de la peur sont multiples. Le récit de la vente devient quasi chirurgical – l’exemple suprême de cette démarche restant TP. Moins que créer un fantasme, Soso Maness cherche à rendre tangible son vécu. Il ne brille pas par la qualité intrinsèque de ses rimes mais elles ont un quelque chose qui fait qu’on ne les oublie pas. Peut être que c’est la simplicité crue de certaines lines, à laquelle il faut ajouter l’interprétation.

C’est aussi cette capacité à trouver la bonne formule. Plus que la recherche d’une multi syllabique, c’est dans les images et une sincérité marquée – un terme plus important à Marseille qu’ailleurs – que Soso Maness déploie son art.

Mistral gagnant

Et puis il y a le son. On retrouve dans ses productions cette « vulgarité » que Jul a su rendre tendance ces dernières années. Par vulgarité il faut entendre la célébration de formes populaires de musique et d’une esthétique qui cherche moins à être classieuse qu’à se donner entière dans une forme de communion simple. Un plaisir qui atteint son paroxysme quand, comme son compère de La Puenta, Soso se joue de classiques de la chansons françaises, d’Aznavour à Renaud. En puisant dans les musiques de boite des années 2000, dans les chants de stade et dans le grunge, Soso confère à son album une ambiance étonnamment rafraîchissante.

« Et le soir, je gamberge au temps qui passe
Y a plus personne dans la zone, c’est muerto
Des flashs de souvenirs d’amis, d’enfance
J’entends les échos de ton rire dans l’ghetto »

Et derrière tout ça, il y a les histoires. Soso Maness est un conteur de son temps. Il le montre à de multiples reprises sur Mistral, même lorsqu’il se contente de raconter le sens derrière la pochette de son album. Derrière le drap, sa place sur la photo…tous ces éléments disent quelque chose de lui et de son quartier, de sa ville. On trouve chez lui cet amour de la petite histoire qui faisait déjà rimer les membres d’IAM.

Même lorsqu’il s’agit de dénoncer les exactions de la police, Soso évoque directement la bac nord des années 2010. A l’opposé d’un SCH qui intercale l’intime dans un film de mafieux, le rap de Soso Maness se nourrit de son terrain pour parler aux autres et voir plus loin.

Et puis il y a Bilal et la volonté de raconter encore une autre histoire. Ce pas de côté par rapport au trafic vient rétrospectivement teinter tout son propos d’une forme de politique subtile mais précieuse. Soso Maness raconte la politique des corps, de celleux qui n’ont pas le droit d’avoir des histoires. C’est celle des bandits, des rescapé.es, de leurs parents, de leurs enfants et de ceux qui viennent chaque jour grossir les rangs des damné.es de la terre.

« Relève la tête, sois fier, tu peux le faire j’en suis sûr »

Et pourtant Mistral n’est pas un album triste. On y sent avant tout le plaisir d’un homme, fier de ce qu’il représente et de ce qu’il porte, fier de partager et d’être entendu. Ce qu’on retient de Mistral c’est que Marseille est une ville difficile mais belle. Et en sur impression sur tout ça, on voit le sourire de Soso, dansant après avoir exhibé son disque d’or, au milieu des siens. Et c’est bien lui qui en a le mieux parlé  dans son couplet magnifique sur Combien (13Organisé, 2020).

Mistral c’est un petit morceau de la fierté de Marseille et de ses habitant.es.

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Des mots avec du cœur, du rap avec les tripes. Partageur de réflexions formées à deux s/o Hereiskame.

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Oldpee revient encore plus « Dur »

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À l’occasion de sa série « Binbinks », Oldpee veut marquer les esprits de ce début d’année avec le cinquième opus de la saga.

Dans ce nouveau visuel réalisé par Alan Cohen, le rappeur sevrannais continue d’affirmer son identité, à coups d’égotrip sur sonorité trap mêlés à une attitude et des flows nonchalants. La performance du rappeur doit être autant soulignée que la production minimaliste mais efficace de DJ Morex & B.A.

Si j’pose mes péchés sur la table, j’suis presque sur qu’elle s’fissure

La D.A du clip permet à Oldpee d’exprimer sa singularité, notamment par sa gestuelle. Ce visuel continue de dessiner les contours de la direction que va prendre le rappeur pour 2022. Il semble très à l’aise dans une ambiance sombre et sobre à la fois. L’aspect nonchalant de l’artiste donne du relief à des références qui se veulent plus légères :

Ca t’allume au clair de la lune

Nous pouvons également souligner la présence de Da Uzi aux côtés d’Oldpee. 3 ans après la compilation « 93 Empire », la scène sevrannaise montre sa facilité pour collaborer. Peut-on y voir un potentiel feat sur le premier projet solo du membre de 13Block ? Au final, ce visuel, avec le morceau qui l’accompagne, semble être le parfait compromis pour Oldpee. D’un côté, il ne devrait pas perdre les fans l’ayant découvert en groupe, et de l’autre côté, il affirme lentement et sûrement son attitude plus singulière.

Le morceau IGGY de Oldpee est disponible sur toutes les plateformes en cliquant ici.

Dans le reste de l’actualité : TUNNEL, l’exposition du photographe Fifou du 21 au 23 janvier

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Jazzy Bazz revient avec Memoria

Noa

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L’année démarre sous le meilleur des auspices pour le rap français, puisque Jazzy Bazz nous dévoile en ce 21 Janvier son dernier album : Memoria.

 Composé de 17 tracks, ce projet riche en featurings conquiert déjà les fans et trouvera forcément de nouveaux adeptes grâce à ses différents titres, mais également de par la versatilité de ses nombreux invités. En effet, on peut y retrouver des collaborations venant directement de l’Entourage proche du rappeur, tel que Alpha Wann ou Nekfeu, mais également EDGE ou plus récemment Rodbloc ainsi que d’autres invités un peu plus surprenants mais tout aussi intéressants comme Laylow et Josman. 

3 ans, 4 mois et 14 jours, c’est le temps qu’il aura fallu à Jazzy Bazz pour se livrer à l’exercice d’un nouvel album solo, son précédent projet Nuit étant sorti le 7 septembre 2018. Cependant durant cette période, le rappeur originaire du nord est parisien ne s’était pas reposé sur ses acquis , se renouvelant constamment et nous proposant divers aperçus de ce que pouvait laisser entrevoir la suite, avec notamment les 3 minis EP Mémento ainsi que le projet Private Club, en collaboration avec EDGE & Esso Luxueux.

Comme à son habitude avant la sortie d’un album, Jazzy Bazz annonçait la couleur avec son freestyle sobrement nommé 1989, ou encore Panorama et son clip avec Alpha Wann, que l’on retrouve à la track n°3 de Memoria.

Se montrant plus égo trip que jamais mais également introspectif, l’ancien membre de l’Entourage débite ses flows avec polyvalence sur des prods riches et variées de 13 différents beatmakers. Parmi eux, sur l’équivalent de 7 tracks, on retrouve Johnny Ola dont l’emprunte se retrouve dans le projet.

Désormais disponible sur toutes les plateformes, Memoria est un album qui a su nous convaincre et qui, nous en sommes persuadés, vieillira certainement très bien avec le temps. 

Dans le reste de l’actualité : Qu’attendre du retour de PNL ?

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Kikesa fait son retour pour « L’Anniversaire de Julie »

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2 ans après son premier album Puzzle, Kikesa revient en solo avec un long couplet introspectif sur « L’Anniversaire de Julie ».

Originaire de Nancy, le rappeur s’était mis en retrait fin 2020 pour des soucis de santé. Ce dernier avait rempli l’Olympia en fin d’année 2019, salle qu’il retrouvera très vite avec une date programmée pour le 27 novembre prochain.

Accompagné de Rubi, son amie d’enfance, Kikesa raconte autant son attraction que son dégoût pour la solitude. Ce personnage fictif pourrait dessiner le fil rouge du prochain album du rappeur. Si Rubi l’accompagne déjà dans ses visuels, pourquoi ne pas imaginer une collaboration sur plusieurs sons ? De plus, Kikesa se sert de cette personnification pour rapper ce qui lui traverse l’esprit avec un ton acerbe :

« Bienvenue dans le milieu, où dire j’aime bien ton taf, c’est sucer des bites »

Le visuel gagne en efficacité en n’ayant pas surjouer les effets techniques, que ce soit sur le tournage ou au montage. L’idée de retranscrire l’émotion du rappeur fonctionne. S’il est constamment entouré, le monde qui l’entoure renfonce la sensation d’être seul, parfois incompris.

Bien que ce titre se veut introspectif, il ne devrait pas manquer de toucher la fanbase de l’artiste par son aspect universel. Avec ce premier titre, Kikesa pose les premières pierres de l’univers de son prochain projet qui devrait sortir pour le premier semestre 2022.

Le morceau L’ANNIVERSAIRE DE JULIE de Kikesa est disponible sur toutes les plateformes.

Dans le reste de l’actualité : TUNNEL, l’exposition du photographe Fifou du 21 au 23 janvier

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