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« JVLIVS » de SCH : Quand le rap rejoint le 7ème art

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Parmi ceux qu’on ne présente plus, SCH en est. Avec son 3ème album studio intitulé « JVLIVS« , le premier sous son label Maison Baron Rouge, le S est de retour avec un projet de grand cru. Révélé au mois de septembre, le titre de l’album, JVLIVS, donne le ton d’un album personnel puisque le prénom du S s’avère être Julien.

A partir de là, il pourrait sembler compliqué de faire un lien avec la cover. Seulement, SCH et son label ont parfaitement travaillé la communication autour du projet. La cover incarne toute l’idée de « mise en scène » cinématographique du personnage SCH. Les idées d’impérialisme et de matérialisme sont ajustées à chaque support. Ainsi, lorsque son équipe se lance dans un court-métrage, la maturité artistique leur permet de développer l’univers derrière une caméra. Notamment, avec les plans siciliens qui sont sans  pas rappeler la saga du « Parrain » de F.F. Coppola. L’interprétation pourrait même aller jusqu’à comparer la relation de SCH et son père avec celle de Don Corleone et Michael Corleone.

Après avoir fait une minute de silence pour les projets sortis le même jour, on distingue trois arcs narratifs, séparés les uns des autres par des interludes narratives.

L’arc Romain

La première partie de l’album est une continuité de la mise en scène « romanesque« . Dès l’introduction, le monologue écrit par Furax et interprété par José Luccioni, la voix française d’Al Pacino, qui lui permet d’évoquer tout le sang répandu et le chemin parcouru.

Dans cet arc, la noirceur de VNTM est un ovni par sa puissance. Le trio Pharmacie TokarevOtto porte ce début d’album. En plus des prods, le flow enivrant sur Tokarev et bestial sur Otto développent une atmosphère saisissante. Tout ceci servant à honorer la mémoire d’Otto.  Sa mort est un tournant dans sa vie, comme dans sa carrière. La figure paternelle qui était encore un modèle hier, oblige SCH à reprendre le flambeau.

L’arc sale

Le second acte casse la dynamique romaine. Après cette atmosphère tragique, SCH semble revenir à lui-même, d’abord par Skydweller évoquant le jeune SCH plein d’espoir, puis par l’évocation des thèmes qui lui sont actuels. De retour sur des productions trap sombres, le matérialisme touche à son apogée dans le refrain de Facile, avec beaucoup de name dropping de marques luxueuses. Le SCH superficiel et mafieux est de retour, et en tant que numéro 1, il compte bien le faire savoir. Mort de Rire, premier clip envoyé, et Prêt à partir, le feat avec Ninho, amènent logiquement le double morceau Ivresse & Hennessy.

Celui-ci effectue une bascule entre le sale et le début d’une remise en cause de Julien. Commencé sur une trap efficace, un piano mélancolique prend le relais. Ce qui pourrait passer pour un morceau caché continue sa dynamique sur J’t’en prie.

Il y a encore 5 minutes, dans Mort de rire, SCH évoquait le retour prévisible d’une femme qu’il avait jeté, sans trop de remords. Maintenant, il commence à prendre conscience de l’image qu’il renvoie, du temps qui passe, des choses qui peuvent lui échappent malgré sa situation financière. On assiste à la création d’un véritable personnage cinématographique.

L’arc intérieur

Bien que ce soit de la fiction, la dernière interlude explicite les capacités de SCH à connaître l’authenticité des gens qui l’entourent dans son entourage professionnel. Il connait la galère, toutes ses artifices ne sont qu’une façade. Le morceau Le Code explicite cette dissociation entre Julien et SCH qui se caractérise par l’autotune. La présence d’une guitare n’est pas anodine, on peut y voir une forme de réminiscence de l’arc romain.

Après cela, chaque morceau va démontrer l’élévation, la lucidité de SCH. Incompris évoque sa réussite commerciale dans le rap. Il est venu le chercher car il a compris ce qu’il fallait faire pour augmenter sa condition de vie. Toujours selon lui, il restera incompris par ceux qui ne sont pas en phase avec sa vision :

« J’ai tout compris, mais pour eux j’reste un incompris »

Ciel Rouge crée la rupture avec le personnage pour rentrer dans la psychologie de Julien uniquement. Ce morceau semble hors du temps, il ouvre les yeux sur certaines de ses erreurs, comme lorsqu’il parle de la beauté de sa femme, qu’il n’a découvert que lorsqu’elle est partie.

Enfin, le chef d’œuvre de l’album, Bénéfice, et certainement un des meilleurs morceaux de la carrière du S. La production aérienne, qui transmet la hauteur que le temps lui a permis d’acquérir, entrevoit un SCH très lucide sur le monde qui l’entoure. Celui-ci n’a qu’un seul mot d’ordre : Bénéfice.

Longtemps, SCH a pensé la vie comme une obligation de réussite économique, dans le seul but d’améliorer sa qualité de vie. Mais cette dernière année écoulée lui a appris que le bénéfice était avant tout moral. En effet, il veut simplement entendre sa mère dire :

 » Mon fils, t’es un homme  »

Si on veut aller encore plus loin, on peut voir une référence à l’arc romain dans l’idée d’un bénéfice d’héritage entre son père et lui-même. Celui-ci n’ayant pas hérité de terres, mais bien de valeurs qui lui ont permis de surmonter des épreuves personnelles.

Conclusion

SCH a sorti un des plus gros albums rap de ces dernières années. Avec un album très personnel, capable de porter un regard sur lui-même et sur ce qu’il est devenu. Tout cela accompagné par des prods impeccables.

On vous invite vivement à quitter cet article et ouvrir Spotify.

 

Les meilleures phrases de l’album JVLIVS sont disponibles ici.

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1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Avatar

    Oden

    31 octobre 2018 à 10 h 03 min

    Très bon article

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Oldpee revient encore plus « Dur »

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À l’occasion de sa série « Binbinks », Oldpee veut marquer les esprits de ce début d’année avec le cinquième opus de la saga.

Dans ce nouveau visuel réalisé par Alan Cohen, le rappeur sevrannais continue d’affirmer son identité, à coups d’égotrip sur sonorité trap mêlés à une attitude et des flows nonchalants. La performance du rappeur doit être autant soulignée que la production minimaliste mais efficace de DJ Morex & B.A.

Si j’pose mes péchés sur la table, j’suis presque sur qu’elle s’fissure

La D.A du clip permet à Oldpee d’exprimer sa singularité, notamment par sa gestuelle. Ce visuel continue de dessiner les contours de la direction que va prendre le rappeur pour 2022. Il semble très à l’aise dans une ambiance sombre et sobre à la fois. L’aspect nonchalant de l’artiste donne du relief à des références qui se veulent plus légères :

Ca t’allume au clair de la lune

Nous pouvons également souligner la présence de Da Uzi aux côtés d’Oldpee. 3 ans après la compilation « 93 Empire », la scène sevrannaise montre sa facilité pour collaborer. Peut-on y voir un potentiel feat sur le premier projet solo du membre de 13Block ? Au final, ce visuel, avec le morceau qui l’accompagne, semble être le parfait compromis pour Oldpee. D’un côté, il ne devrait pas perdre les fans l’ayant découvert en groupe, et de l’autre côté, il affirme lentement et sûrement son attitude plus singulière.

Le morceau IGGY de Oldpee est disponible sur toutes les plateformes en cliquant ici.

Dans le reste de l’actualité : TUNNEL, l’exposition du photographe Fifou du 21 au 23 janvier

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Jazzy Bazz revient avec Memoria

Noa

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L’année démarre sous le meilleur des auspices pour le rap français, puisque Jazzy Bazz nous dévoile en ce 21 Janvier son dernier album : Memoria.

 Composé de 17 tracks, ce projet riche en featurings conquiert déjà les fans et trouvera forcément de nouveaux adeptes grâce à ses différents titres, mais également de par la versatilité de ses nombreux invités. En effet, on peut y retrouver des collaborations venant directement de l’Entourage proche du rappeur, tel que Alpha Wann ou Nekfeu, mais également EDGE ou plus récemment Rodbloc ainsi que d’autres invités un peu plus surprenants mais tout aussi intéressants comme Laylow et Josman. 

3 ans, 4 mois et 14 jours, c’est le temps qu’il aura fallu à Jazzy Bazz pour se livrer à l’exercice d’un nouvel album solo, son précédent projet Nuit étant sorti le 7 septembre 2018. Cependant durant cette période, le rappeur originaire du nord est parisien ne s’était pas reposé sur ses acquis , se renouvelant constamment et nous proposant divers aperçus de ce que pouvait laisser entrevoir la suite, avec notamment les 3 minis EP Mémento ainsi que le projet Private Club, en collaboration avec EDGE & Esso Luxueux.

Comme à son habitude avant la sortie d’un album, Jazzy Bazz annonçait la couleur avec son freestyle sobrement nommé 1989, ou encore Panorama et son clip avec Alpha Wann, que l’on retrouve à la track n°3 de Memoria.

Se montrant plus égo trip que jamais mais également introspectif, l’ancien membre de l’Entourage débite ses flows avec polyvalence sur des prods riches et variées de 13 différents beatmakers. Parmi eux, sur l’équivalent de 7 tracks, on retrouve Johnny Ola dont l’emprunte se retrouve dans le projet.

Désormais disponible sur toutes les plateformes, Memoria est un album qui a su nous convaincre et qui, nous en sommes persuadés, vieillira certainement très bien avec le temps. 

Dans le reste de l’actualité : Qu’attendre du retour de PNL ?

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Kikesa fait son retour pour « L’Anniversaire de Julie »

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2 ans après son premier album Puzzle, Kikesa revient en solo avec un long couplet introspectif sur « L’Anniversaire de Julie ».

Originaire de Nancy, le rappeur s’était mis en retrait fin 2020 pour des soucis de santé. Ce dernier avait rempli l’Olympia en fin d’année 2019, salle qu’il retrouvera très vite avec une date programmée pour le 27 novembre prochain.

Accompagné de Rubi, son amie d’enfance, Kikesa raconte autant son attraction que son dégoût pour la solitude. Ce personnage fictif pourrait dessiner le fil rouge du prochain album du rappeur. Si Rubi l’accompagne déjà dans ses visuels, pourquoi ne pas imaginer une collaboration sur plusieurs sons ? De plus, Kikesa se sert de cette personnification pour rapper ce qui lui traverse l’esprit avec un ton acerbe :

« Bienvenue dans le milieu, où dire j’aime bien ton taf, c’est sucer des bites »

Le visuel gagne en efficacité en n’ayant pas surjouer les effets techniques, que ce soit sur le tournage ou au montage. L’idée de retranscrire l’émotion du rappeur fonctionne. S’il est constamment entouré, le monde qui l’entoure renfonce la sensation d’être seul, parfois incompris.

Bien que ce titre se veut introspectif, il ne devrait pas manquer de toucher la fanbase de l’artiste par son aspect universel. Avec ce premier titre, Kikesa pose les premières pierres de l’univers de son prochain projet qui devrait sortir pour le premier semestre 2022.

Le morceau L’ANNIVERSAIRE DE JULIE de Kikesa est disponible sur toutes les plateformes.

Dans le reste de l’actualité : TUNNEL, l’exposition du photographe Fifou du 21 au 23 janvier

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