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Les Fleurs du mal 2.0

Alvaro Mena

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Aujourd’hui, il est de moins en moins rare de voir les rappeurs parler des les lectures qui les ont inspirées dans leurs morceaux. Nombreux sont les auteurs évoqués par ces artistes, et Charles Baudelaire est sûrement l’un des plus cités, sûrement de part les fortes ressemblances entre la poésie et le rap…

Que ce soit dans le chef d’oeuvre 64 Mesures de Spleen de Jazzy Bazz ou Fleurs Du Mal de Columbine, on peut dire que le poète en a inspiré plus d’un, et ce ne sont certainement pas les seuls, puisqu’il son oeuvre et ses thématiques sont reprises dans de nombreux sons.

Mais, au-delà d’un titre, de simples phases étroitement liées à Baudelaire on retrouve surtout deux rappeurs, qui sans forcément avoir besoin de le citer nous font ressentir une écriture semblable, ou du moins un sentiment et des thèmes quasi identiques à ceux des Fleurs du Mal.

Je parle bien entendu ici de Georgio et de Lonepsi.

 Les Fleurs du Mal 2.0

Les Fleurs du Mal est sûrement un des recueils de poèmes les plus célèbres. Il est constitué de thèmes récurrents tel que l’évocation constante du Spleen (état de dépression, de profonde angoisse existentielle), de la mort, de l’idéal, de l’amour, la drogue ou du vin… Ces différents thèmes étroitement liés entre-eux sont très présents chez Georgio et Lonepsi, d’ailleurs, on pourrait trouver une organisation très ressemblante entre celle des Fleurs du Mal et Bleu Noir, premier album de Georgio.

Des thèmes récurrents chez certains, l’exemple de Georgio:

« Les fleurs du mal ne poussent pas qu’dans les poèmes de Baudelaire » – Rose Noire (Bleu Noir)

Il n’est pas rare de voir des évocations au célèbre recueil baudelairien, ayant une tournure propre à notre époque, en effet ici l’artiste utilise le terme de « Fleurs du mal » pour évoquer l’emprise des vices – la drogue par exemple.

Mais même sans être directement évoqué on retrouve totalement le spleen qui a caractérisé l’oeuvre de Baudelaire dans Bleu Noir, où la noirceur semble être le fil conducteur.

La solitude est belle, tel un cheval au galop un soir de pleine lune

Oui, j’en suis accro… un peu comme à la thune

Bonheur artificiel, infidélités, plus que d’artifices

Tu veux pas qu’il te ramène du vice

Tu connais la chanson : « laisse pas traîner ton fils »

Les objectifs qui défilent, le sablier qui te dis : « va-t-en ! »

Une nuit, une fille, l’eau et le feu

Couchent ensemble dans des draps blancs

Des valises sous les yeux, pourtant les voyages qu’on entreprend

Ne sont que des vœux, des promesses, perdues à travers le temps – Dépression

Il suffit de prendre la moitié d’un couplet pour comprendre ; la majorité des thème du recueil de Baudelaire sont repris ici -> la beauté, les paradis artificiels, l’addiction, les vices, la fuite du temps, la figure féminine, le voyage + la phase finale, qui exprime cette idée de fatalité tragique, de fin inévitable.

Le rappeur comme le poète, voué à s’ennuyer, à l’exception des voyages et de l’amour?

Baudelaire avait sa Vénus Noire; Georgio a Héra, la déesse grecque du mariage et de la fécondité qui est en fait une allégorie de l’amour. Le rappeur l’a dit à maintes reprises : c’est sous l’impulsion d’Héra que son deuxième album est né. En effet, seules deux choses semblait pouvoir aider Baudelaire de sortir de son éternel ennui, la mer, et la femme qui l’aime. Ce qui a l’air d’être également le cas pour Georgio, puisque dans l’album « Héra » il semble être apaisé, et cela, grâce à la fille qu’il aime.

« Un jour j’ai rencontré Héra et depuis j’vous emmerde »

Il est également intéressant de noter le son « L’or de sa vapeur rouge« ; morceau totalement dédié au Vin qui était un des paradis artificiel décrit par Baudelairetout deux ont fait un parallèle avec ce plaisir artificiel; et celui de l’amour :

« Ma femme est morte, je suis libre !
Je puis donc boire tout mon soûl. » Baudelaire.

« Je souhaiterais te perdre dans le silence, si tes lèvres pouvaient mordre ma bouche
Ou bien dans l’vin tu sais, dans l’or de sa vapeur rouge. » Georgio.

Et puis tout simplement le titre qui n’est autre qu’un vers de Le poison, de Baudelaire.

« Et fait surgir plus d’un portique fabuleux
Dans l’or de sa vapeur rouge »

Pour la mer, bien que l’on retrouve le voyage très souvent dans les textes de Georgio, on aura plutôt tendance à penser à Lonepsi ici.

En effet, ses sons ont tendance à nous donner envie de juste partir, et de seulement arrêter de penser. Mais là n’est pas la seul raison, en effet, la mer semble comme pour Baudelaire, être pour Lonepsi son lieu de plénitude.

Et; il n’est certainement par rare de la voir évoqué dans ses textes…

« Géante comme la mer, incontrôlable comme l’humeur »

« J’entends les bruits des pas dans la gare comme on entend le bruit de la mer »

Et ce ne sera certainement pas contraire à Baudelaire;

« Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes »

« Berçant notre infini sur le fini des mers »

Une définition de la jeunesse similaire

« Ma jeunesse est un soleil traversé par des orages drôlement lumineux »

« Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils »

La première est de Lonepsi, la seconde de Charles Baudelaire. Impossible donc de n’y voir aucun rapprochement. L’inspiration prêté par Lonepsi à Baudelaire paraît indéniable, et leur philosophie de vie comme leur manière d’écrire présentent une certaine similitude.

De, plus, il ne semble  pas être le seul a avoir puiser son inspiration sur la jeunesse dans L’ennemi. L’évocation récurrente de Georgio au « Cimetière de sa jeunesse« , n’est pas s’en rappeler les « tombeaux » du « jardin » de Baudelaire.

On aurait encore pus tirer des dizaines de citations, mais en bref, que ce soit sur l’évocation d’un spleen émotionnel, d’une envie perpétuelle de voyage et d’évasion, du bonheur alternatif que représentent les drogues et alcool ou encore l’amour, tous paraissent cité avec énormément de similitude entre Baudelaire et nos deux rappeurs.

Nous ne pourrons terminer sans rappeler que le rap n’est que le poésie du XXIème siècle… 😉

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2 Commentaires

2 Comments

  1. Avatar

    Flavie Rcr

    20 juillet 2017 à 18 h 51 min

    N’hésitez pas à nous laisser vos commentaires et observations (:

  2. Avatar

    Matias Bento Erica

    21 juillet 2017 à 0 h 58 min

    Mon dieu j’ai adoré cette acticle est je trouve très bien que vous m’étais des citations j’ai aussi bcp aimer le rapport entre l’écrivain et le rappeur. Bravo

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IAM poursuit sa série d’EP avec “Troisième Vague”

Alexis

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IAM - Troisième Vague

Sortie sans promotion particulière, la série d’EP Vague du groupe marseillais s’agrémente de son troisième volet, presque cinq mois après sa première partie.

Le temps n’a donc aucun effet sur l’un des plus grands groupes de rap français. IAM continue d’étoffer sa discographie année après année. Après 30 ans de carrière et dix albums, l’Imperial Asiatic Men sort encore un nouveau projet tous les trois ans en moyenne ! Cette année, la formule choisie est un peu différente : trois EP (pour le moment) de 6 titres chacun.

Dévoilés depuis juin 2021 et répartis sur cinq mois, on dénombre également 9 clips réalisés jusqu’ici. Dernièrement, c’est celui d’Au Final, en featuring avec leur backeur habituel Saïd et produit par Akhenaton et Imhotep, qui a été publié.

Retour aux bases

Avec cette série de projets aux abords confidentiels, les membres d’IAM font exactement ce qu’ils savent faire. Sur les prods Boom-bap de Khéops et Imhotep, les flows d’Akhenaton et du Shurik’n glissent sur des textes techniques et sophistiqués. À noter la présence dominante d’AKH sur les trois volets, tant sur l’interprétation des morceaux avec plusieurs solo, que dans leur production et composition. 

La direction artistique des EP s’oriente donc encore vers un rap des années 1990. Leurs compositions habituelles se retrouvent dans l’identité musicale de chaque morceau ou presque, et les covers rendent hommage à leurs albums précédents. Quand celle de Deuxième vague illustre clairement le samouraï de l’Ecole du micro d’argent (1997), la Troisième vague laisse un discret petit micro sur le bas de l’illustration : celui de Rêvolution (2017).

C’est un souffle de nostalgie que nous offre le groupe en cette fin d’année, avec une suite de projets aussi légère que qualitative. Un bon compromis qui laissera un retour aux bases pour les auditeurs de la première heure. Mais c’est également une porte d’entrée pour les plus jeunes d’entre nous qui souhaitent découvrir les légendes du rap français !

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Django sort du four avec Athanor

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Un an après la sortie de S/O le Flem, véritable tournant dans la carrière de Django, le rappeur est de retour avec un premier vrai projet personnel, Athanor. Il y dévoile dix titres incisifs et plus introspectifs que jamais, alors même qu’il avait déjà évoqué sa personnalité névrosée.

Fidèle à lui-même

Même si le style de Django était difficile à cerner à ses débuts, en particulier au vu de la transition musicale entre l’EP Anthracite et le suivant, Tue-moi, Mon Amour, S’il Te Plaît, on peut dire que Django a une identité artistique plutôt bien définie depuis 2019-2020. Après quelques collaborations réussies, en particulier sur le projet S/O le Flem, Django se recentre à 100 % sur lui-même dans cet album. Au niveau des textes, on retrouve toujours de nombreuses références au cinéma, à la musique, à la mythologie, à l’univers des mangas ainsi qu’à la littérature classique. Pourtant, on sent que la plume de Django s’est acérée et qu’il arrive à se livrer complètement. Athanor est donc une véritable introspection dans la tête (et dans le corps) de l’artiste.

Au niveau de cette fidélité, on peut noter que Django a une fois encore fait appel au producteur Flem, qu’il connait depuis de nombreuses années. Les beatmakers Alpraz et Cellulaire, notamment connus pour avoir travaillé avec Doc OVG, Zeu ou encore Ashe 22, sont aussi de la partie.

Enfin en interview

Avec la sortie de ce quatrième projet, Django entre dans une toute nouvelle dimension, notamment au niveau des médias. Après être resté silencieux ces cinq dernières années, que ce soit dans la presse mais aussi sur les réseaux sociaux, il a accordé deux grosses interviews pour la promotion d’Athanor. Ainsi, il s’exprime sur différents éléments-clés de sa carrière durant le reportage Django, l’autodestruction de Booska-P. Quelques jours plus tard, il apparaît dans l’émission Le Code avec Mehdi Maïzi pour Apple Music. Les fans sont visiblement ravis d’en apprendre plus sur Django et son lourd passé.

Pour écouter l’album Athanor, rendez-vous ici !

Dans le reste de l’actualité : BEN plg et Djalito sont clairement « Les préférés de la cantinière »

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Chilla x Hatik : ils nous dévoilent « Demain »

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Après avoir teasé leur collaboration, attirant la curiosité de leurs communautés respectives, ils dévoilent (enfin) leur feat. 

Ils avaient déjà annoncé la date. Sur un post, l’artiste Chilla avait publié une photo avec en légende « Rdv vendredi Chi & Hatik ». Une collaboration inattendue pour leurs communautés mais finalement… pas tant que ça. 

Deux mondes se rejoignent

Hatik comme Chilla sont déjà très actifs depuis quelque temps.  Le premier a annoncé la sortie de son prochain album « Noyé », et la deuxième est revenu dans le game en sortant un clip récemment intitulé « Pas de limites ». 

Le point commun entre ces deux activités récentes sont l’univers profond et émouvant qui font leurs marques de fabrique. 

La collaboration entre les deux artistes n’est donc finalement pas vraiment surprenante : tous deux ont des univers similaires, où des flows mélodieux accompagnent un contenu profond et mélancolique. 

Si demain tout s’arrête,

Qu’est ce qu’il restera de moi ?

Qu’est ce qu’il restera de toi ?

Le clip intitulé « Demain » fait ressortir cet univers sombre et mélancolique. Dans une ambiance, avec motos noires et habits noirs dans la nuit noire (ouais on fait dans la rime) qui ne fait pas ressortir que le côté émotion et mélancolique mais aussi un côté badass. Leurs deux voix qui font dans la mélodie, et leurs deux sensibilités s’accordent bien. On dirait même qu’il forme une seule et même voix en reprenant le refrain. La rappeuse nous conforte dans la sensibilité et la douceur des sons qu’elle produit. 

 

Et ensuite ? Chilla n’a encore communiqué aucune date sur son prochain projet. Chilla est déterminée et compte donc faire patienter sa communauté, encore un peu, à travers de nouveaux singles efficaces.

En attendant, je vous propose de regarder le clip de « Demain » juste en dessous : 

 

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