En esprit, le premier album d’Heuss L’enfoiré

Sorti ce vendredi 25 janvier, le premier projet d'Heuss L'enfoiré s'avère être directement un album, à l'heure où de multiples rappeurs s'adonnent d'abord à quelques EP ou mixtapes. Et c’est une réussite.

Avec seulement une dizaine de morceaux et freestyles sortis depuis 2015, Heuss est loin d'être un exemple de productivité musicale. Pourtant, son apparition dans Rentre dans le Cercle fin 2017 l’a propulsé au rang de révélation, si bien qu’il est la tête d’affiche des 11 rappeurs à suivre en 2019 de Booska-P.

Alors pourquoi un tel engouement autour du rappeur de Villeneuve-la-Garenne et que vaut En esprit, son premier album ?

Il y a quatre ans, c’est sous le pseudonyme d’ Heustleur qu’Heuss débarque sur YouTube avec quelques titres pour tenter sa chance. Malheureusement, le succès n’est pas au rendez-vous et il faudra attendre 2017 et sa série BX Land pour obtenir le déclic. Grâce à Soolking, qu’il connaissait de longue date, L’enfoiré est repéré par Sofiane qui le fait exploser via "IDF" sur son album Affranchis, puis en le faisant participer au titre phare de l’album 93 Empire : "Woah". Dans la foulée, il apparaît également sur les albums Johnny de Janeiro de Sadek et Dans les yeux d’Hornet La Frappe.

Ce qui fait la particularité d’Heuss L’enfoiré, c’est qu’il casse certains codes du rap tout en étant validé par la rue.

Bien qu’il aborde les thèmes récurrents du rap comme la rue, la drogue, la prison, l’alcool, l’argent ou encore les femmes, Heuss L’enfoiré se démarque par son attitude unique et décalée. Il semble authentique à tout le monde et arrive à être validé par la street tout en affirmant, par exemple, ne pas être un excellent rappeur.

J'suis dans la street, j'suis pas sur Booska P
J'vais tout casser même si j'sais pas rapper

Il a su créer un univers entier avec son vocabulaire, ses personnages, son imaginaire et surtout, ses expressions. Le nom de l’album, En esprit, provient d’ailleurs d’un de ses gimmicks favoris, tout comme les titres "SKCH", "Benda" ou "Léger". Être « en esprit », c’est avoir une bonne mentalité et être dans une bonne ambiance. Et c’est ce qui prévaut pour cet artiste qui ne se prend pas la tête et qui trace sa route sans trop se soucier des autres.

Mais alors, cet album ?

Annoncé officiellement le 22 décembre 2018, En esprit comptait déjà trois gros hits publiés pendant l’automne : "L’addition" (avec Vald), "L’enfoiré" et "Les méchants". Pourtant, c’est bien le dernier clip sorti avant la sortie de l’album, "George Moula", en featuring avec Koba LaD, qui pourrait devenir l’un des plus gros succès de la chaîne YouTube d’Heuss, avec plus d’un million de vues en à peine 48 heures.

Pour la promotion d’En esprit, Heuss s’est appuyé sur Skyrock et son Planète Rap, émission qu’il connaît bien, puisqu’il y est déjà apparu à de multiples reprises en 2018 pour la promotion des albums La tête dans les nuages de Jul, Affranchis de Sofiane, 93 Empire, Dans les yeux d’Hornet La Frappe et Fruit du démon de Soolking. Pendant toute la semaine précédant la sortie de l’album, les artistes en featuring se sont relayés pour interpréter en live leurs morceaux : Sofiane lundi (ça ne s’invente pas), Soolking mardi, Koba LaD mercredi et Vald jeudi. Si la présence de ses acolytes de "Woah" était évidente, la collaboration avec Koba LaD est une surprise.

On peut pourtant rapprocher les deux artistes par leur accessibilité réduite pour n’importe quel non-amateur de rap. En effet, même s’ils sont très différents musicalement, ils ont la similitude de devoir s’y attarder un peu pour comprendre et apprécier.

Mes esprits ont timba la hnoucha, j'ai benda, stenda, j'suis réglo, c'est réglé

Argot des cités, langue de gueu, verlan et noms de villes néerlandaises, tout cela est mixé et pourrait sembler incompréhensible pour quelqu’un qui écoute Heuss pour la première fois. Pourtant, on s’y fait vite et après quelques morceaux, vous pourrez même traduire « J'vais à Rogotteger, j'vais la chégué-chèguère, elle est paga chèguère, placard, hôpital et cimetière ».

Un vocabulaire propre à L’enfoiré mais qui permet de le distinguer tranguiquiguillougou des autres.

Un univers unique

À côté de ce vocabulaire, il y a un énorme recueil d’expressions, mais également de personnalités et d’endroits qui sont développés tout au long de l’album.

« Midi-midi », « c’est carré comme en Corée du Nord », « Hiza Guruma », « Maroki 43 », « 9-2 département », « Heuss L’enfoiré, bande d’enfoirés » ou encore  « c’est léger » sont revisités à toutes les sauces suivant les morceaux, sans qu’on s’en lasse jusqu’à présent.

La Sinaloa, le Cartel de Medellín, les Corleone, El Chapo, Pablo Escobar, Provenzano et évidemment, Totò Riina, sont repris très régulièrement. On oublierait presque qu’il s’agit de grands criminels et d’association de malfaiteurs.

Heuss s’inspire également beaucoup de la culture populaire, allant généralement d’un extrême à l’autre, comme avec Jacques Brel et Metallica en musique, Robert de Niro et Vincent Cassel au cinéma, mais aussi avec de nombreuses références à la série The Wire.

Même s’il a également l’air d’apprécier le basket (Lakers) et les courses hippiques (Sébastien Guarato), c’est probablement le football qui obtient le plus de points au classement des références, avec Lewandowski, Neymar, Cesc Fàbregas, Hakan Şükür et le fameux Suarez, Mahrez, James qu’on ne présente plus.

Heuss nous permet également de faire le tour du monde avec ses morceaux, de la Colombie à Zanzibar en passant par Naples, Rotterdam, Bruxelles, Charm el-Cheick, Shangaï et Salvador de Bahia.

Pour finir, ce qui complète cet univers, c’est tous ceux qui sont En esprit, les gars de L’enfoiré et leurs surnoms : Many, Pabliito, NYMA, Bandito, Zepek, Mosko et tous les autres. Si l’on a pu découvrir Heuss, c’est grâce à l’équipe d’Affranchis Music, Sofiane et Soolking, mais L’enfoiré est attaché à tous les quartiers qu’il a habités : La Sablière (Villeneuve-la-Garenne), les Boute-en-train (Saint-Ouen) ou encore Schaerbeek (Bruxelles). C’est d’ailleurs de là que démarre sa série BX Land, dont le clip de la troisième partie est sorti le 28 décembre. La quatrième partie, présente sur l’album, pourrait également faire l’objet d’un clip, tout comme le morceau "Les méchants". À suivre donc…

D’ici là, chacun se fera un avis sur l’album En esprit. Ce qui est sûr, c’est qu’il est très complet et que chaque morceau apporte une vibe particulière. Privilégiez "Hakan Sukur", "En esprit" ou "BX Land #4" pour du kickage, tandis "Khapta", "Aristocrate" et "Anita" sont plus dansants. Les prod, signées Zeg P (Sofiane, Hornet La Frappe, Lefa), Yasser Beats (Médine, Niska, Siboy) ou encore RDS (Rim’K, Niro, Ash Kidd) se mêlent parfaitement à l’ambiance du projet.

Restera à voir si Heuss L’enfoiré est désormais parti vers une dynamique productive ou si ce projet restera sans suite imminente. "Tikka", le featuring avec Lartiste sur son album Quartier Latin vol. 1 (qui paraîtra le 1er février 2019) est plutôt de bon augure.

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