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2020, Jul le meilleur malgré lui

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L’année 2020 a été particulière. La plupart des sorties mainstream ont été décevantes, ne serait-ce que par leur manque évident d’ambition. La scène des rookies a, de son côté, été active, avec de très beaux projets. Et puis il y a eu ces quelques surprises avec des artistes qui changent brutalement de statut, délaissant le succès d’estime pour l’or et le platine.

Et puis il y a Jul. Le rappeur de Saint-Jean est un monolithe. Cette année encore, les travaux sont immenses, avec un double album (la Machine), un album (Loin du monde) et une compilation rassemblant 50 rappeurs marseillais (13 Organisé). Loin d’avoir été des projets de seconde zone, chacun a occupé le sommet des charts. Jul finit une année de plus avec un bilan démentiel… Et pourtant il est toujours absent des discussions et des classements de fin d’année. Comment un rappeur qui propose de manière aussi régulière des succès critiques et publics, et ce depuis plus de 5 ans maintenant, peut-il être regardé d’aussi loin? Appréhender ce que propose Jul et la façon dont il est reçu par le public nécessite probablement de remettre en question beaucoup de discours sur le rap, la musique et l’art en général.

Du crosse volé à la machine

Elle peut paraître loin l’époque où Jul était sujet de moqueries basées sur son orthographe, sa simplicité, son autotune. Cette époque où l’idée que le rap pouvait faire danser semblait impie – enfin ça, avant que tout le monde suive.
Petit à petit on a entendu une inflexion dans le discours. Des gens qui s’intéressaient à son écriture. Des personnes qui relevaient ses inspirations ouvertement old school. Et, in fine, s’est popularisée l’idée qu’on était face à plus qu’un faiseur de hit pour l’été. Pourtant on l’oublie immanquablement à chaque fin d’année ?

Dans la Machine et Loin du Monde, Jul se repose sur une formule. Mais elle ne sort pas de nulle part. Il l’a travaillée, polie, revue et modifiée, plus ou moins fondamentalement, au cours des années. Sur sa carrière, qui commence à être suffisamment longue, on identifiait un premier tournant en 2015 au moment de My World. C’est dans cet album qu’il semble définitivement faire le choix d’un rap axé vers la variété et aux sonorités plus ouvertes, sans jamais renier une forme de rap assez rugueuse.

Depuis, il a continué sur ce chemin et 2020 pourrait être un second tournant. Cette fois il n’est plus question de se réorienter mais plutôt de maitrise totale. La répétitivité et la lassitude qui menaçaient sur les cuvées 2018/2019 semble dépassées, reléguées par une capacité accrue à mettre en cohérence différentes ambiances et à jouer des subtilités de son approche pour nous garder attentif – y compris sur un double album.

Photo : Mohamed Bourouissa

La force du son de Jul c’est qu’il n’appartient qu’à lui. Nombreux sont ceux qui ont tenté de décoder sa formule mais il manque toujours quelque chose, qui en creux vient se nicher en nous, pour nous convaincre que, oui, on écoute le J. Et il suffit de regarder la déroute de SCH, pourtant sur une année sans faute, sur leur feat de fin d’année pour comprendre que le jeu est loin d’être simple : même un rappeur aguerri peut s’y casser les dents, laissant Jul surnager, seul, intraitable, inénarrable.

Enfant de Top 50 et d’Umberto Tozzi

On peut tourner l’affirmation comme on le souhaite : Jul est reconnaissable entre mille. Et à l’heure où le rap, surtout à ce niveau-là des charts, s’uniformise, être capable de se faire reconnaitre est une qualité.

Dans le son Jul, il y a la production d’abord. Délibérément tirée vers la musique populaire et la variété côté Eurovision, percutée de A à Z avec une subtilité variable, à chaque instru on pense être lassé et pourtant…pourtant on y revient. Et dans le même temps, il est capable de produire ou de choisir le son qui conviendra le mieux à un invité. Une capacité qu’il pousse au maximum sur 13 Organisé en faisant montre d’un sens de l’alchimie rapologique étonnant mais efficace.

A l’opposé des formes plus prisées de production actuelles, entre minimalisme à la Flem ou formes hyper léchées (Guilty, Varnish…), Jul puise dans une tradition de la musique populaire du Sud, quelque part entre Marseille et l’Italie, où l’apparente simplicité de la mélodie et des arrangements cherche avant tout à se rendre accessible, offrir une première approche jouissive de la musique. Loin d’une facilité cela permet de créer ce rapport hyper direct et solaire que Jul a su établir avec son (immense) public. Et il suffit de voir la précision avec laquelle il est capable de faire infléchir sa formule selon ses intentions pour s’en convaincre.

DOZ (Death of Zumba)

Le terme de « zumba » appliqué à tout ce qui propose une caisse vaguement rythmée selon des standards plus dansants (dancehall, reggaeton, zouk, afrobeat…) est une ineptie. Et quand il sert à décrier le travail de Jul, il révèle uniquement une forme de méconnaissance – voire ? de mépris – pour des formes musicales qui ont pourtant toujours irriguées le rap marseillais, dont ses plus grands architectes sonores comme Pone.

Car contrairement à beaucoup du travail de prod et de construction des morceaux récents, qui tend à une forme très précise calibrée pour le streaming en playlist et les radios, Jul sait très clairement ce qu’il fait. Croire le contraire revient à s’aveugler et à ignorer la diversité qu’il est capable de proposer – et on ne parle là toujours que de la partie instrumentale de sa musique.

Car il est important de changer d’angle et de s’intéresser au cœur du « problème Jul » : est-ce qu’il est si insipide qu’on se plait à le dire ?

De la planète Mars

Son écriture reste évidemment structurée autour de poncifs du genre, particulièrement sur ses sons les plus ouverts. Mais on peut déjà voir une vraie capacité à récupérer ci et là des constructions et des images qui lui donnent une vraie personnalité. Loin des rimes alambiquées et des envolées lyriques, Jul trace son sillon dans une écriture assez directe. Les rimes sont rapprochées, on trouve quelques allitérations mais pas tant d’autres figures de style, et puis des images mais qui ne tombent jamais dans la métaphore et les jeux de langue version Boulogne.

Pour mettre en avant son écriture, nombre de personnes se réfèrent aux freestyles Planète Rap du marseillais – un des seuls à jouer pleinement le jeu de l’émission. Et il serait dommage de passer à côté de ce qui est une part complète de l’œuvre du J, avec des morceaux de bravoure incroyables comme son passage sur le mythique Demain c’est loin. Pourtant le « Jul lyrical » ne s’arrête pas aux portes de Skyrock. On le retrouve sur nombre de morceaux, à fortiori lorsqu’il est accompagné par un maitre du genre (avec Nessbeal et le Rat Luciano, par exemple, pour cette année).

Jul a ses thématiques propres. Il parle de sa contradiction entre sentiment de victoire et paranoïa, l’honnêteté derrière son humilité, la situation de ses proches… Loin d’être un simple faiseur de tubes– ce qu’il est aussi – Il propose aussi des récits, de soi, des autres, qui mêlent sensibilité et authenticité dans un exercice intimement li au genre. La touche Jul c’est ce surplus de sincérité, cette façon de se livrer, qu’importe la sonorité. La cover d’Emotions est une des belles illustrations de l’écriture de Jul : sensible et colorée.

Comment faire un tube (de l’été)?

Et puis il est justement aussi ce faiseur de paroles de tube. Mais à l’heure où la « technique » est tant mise en avant, il faut s’arrêter sur ce point.

Shkyd écrivait il y’a quelques années sur le fameux « en catchana » d’Aya Nakamura et rappelait, qu’en musique, le but n’est pas de vouloir dire quelque chose au sens littéraire mais de créer une langue qui produise du rythme. Savoir choisir les mots, les inventer parfois, selon leur cadence, selon la manière dont ils s’enchainent … c’est ça, bien écrire en musique. Et le débat sur la technicité des rappeurs semble vouloir échapper à cette réalité. Etre technique ne consiste pas à aligner des schémas complexes et réciter des homonymes depuis son dictionnaire. C’est un exercice à part entière, mais pas le seul.

Etre technique, c’est aussi cette capacité à s’adapter en permanence. Le rappeur technique, c’était avant tout celui qui savait prendre une instru au vol et s’y nicher, injectant autant de lui qu’il s’adapte. Et Jul, en la matière, est un maitre. Il est tout à la fois capable de créer un refrain inoubliable sur BPM élevé et strié d’accords criards que de rimer au kilomètre sur une bonne vieille instru boom-bap. Son flow n’est pas le plus virtuose et peut avoir tendance à rester un brin statique, surtout dans ses accentuations, mais il est toujours dans le bon temps et avec une vraie marque personnelle.

Portrait de l’élu en enfant du peuple

Toutes ces lignes ne servent qu’à dire que Jul est un bon producteur ainsi qu’un bon lyriciste. Sur ce point, 2020 est une année exemplaire pour lui avec de vrais moments de grâce.

Mais le Jul de 2020 va plus loin.

Marseille est la seconde terre du rap français, et d’une courte tête. Depuis les origines de cette musique par chez nous, les marseillais ont été présents, traçant une route pas exactement parallèle à celle des parisiens. Marseille a une culture rap, éloignée de celle de Paris et alentours ayant donné le La pour la culture hip-hop en France, mais néanmoins véritablement présente. On peut tout à fait tracer des lignes générationnelles, des liens entre un tel et une telle, dans le son, les thèmes… On reconnaitra l’accent évidemment, mais aussi les sonorités, cette manière de parler de prolo et de bandit, de la mer et de la Plaine. Marseille a sa grammaire.

Rien qu’a la vue du tracklisting, tu saignes du nez

Alors quand Jul propose de rassembler 50 MCs de la cité Phocéenne (et alentours, désolé SCH) de toute génération, le projet fait envie. Il fait envie parce que, depuis quelques années, le rap marseillais savait placer quelques pions sur la scène nationale mais ne parvenait plus nécessairement à faire résonner son nom. Alors quelle transe d’entendre Bande Organisé tout l’été ; entendre rimer sur Notre Dame et le Vieux Port, contre Paris, aussi, contre la France.

13 Organisé propose plus qu’une simple compilation de rappeurs marseillais : il met en avant une histoire. Un passe-passe Le Rat/SCH ou Akh/Jul, ce n’est pas juste un plaisir de puriste, c’est un vrai petit événement, c’est un message. Dans son article pour Mouv, Genono ne s’y trompe pas : 13 Organisé est le meilleur mouvement de la carrière de Jul. Sans même entrer dans les détails de conception et d’équité de rétribution des artistes, ou encore cette volonté de  redynamiser le réseau rap de Marseille et d’y faciliter le travail des plus jeunes, 13 Organisé replace Marseille sur la carte.

Autoritaire comme le MRS Independanza d’Akhenaton, le projet dirigé par Jul ne laisse plus de place au doute. Après des années de marasme et d’absence relative, il faudra accepter que Marseille est une place forte du rap.

. Que penser alors de ce projet, où derrière des prods plutôt modernes, on retrouve l’ambiance pleine d’une session freestyle ? L’album pue l’envie de placer une meilleure rime tout en dédicaçant les illustres noms qui partagent la tracklist. Sous la forme d’un défi et d’un hommage, d’un son de l’été et d’une détermination froide, 13 Organisé est un des grands actes de 2020 mais aussi de la décennie.

The hero we need and the hero we deserve

Alors, avec une année pareille, comment éviter Jul quand on parle d’artiste de l’année ? Cela en dit beaucoup de la manière dont on a voulu parler de rap.

A trop chercher le savant, à prendre pour argent comptant des termes marketing (« univers », « technique », « sans promo »…), on ne se verrait pas juste parler de ce qu’on aime. Pourtant Jul est aimé. Il est le plus gros vendeur de ce genre, et ce n’est pas un effet de mode estival – les gens l’écoutent, toujours, par-delà les saisons et le réécoutent. Mais il reste cette gêne. Comment accepter que le meilleur rappeur de l’année soit ce petit gars, fier de ce qu’il fait sans être tapageur, artisan quasi monomaniaque, qui cherche avant tout à faire de la musique pour tous ? Il ne cherche pas à faire de l’art. Il ne cherche pas à révolutionner. Ou alors peut être bien qu’il le fait en restant humble.

Cette difficulté à accepter Jul en dit bien plus sur nous que sur lui et sa musique. Elle dit à quel point on ne parle plus tant de musique que de marketing. Elle dit à quel point le plaisir devient secondaire. Elle dit le classisme et l’envie de se distinguer. Elle dit le mépris – jamais étranger à la plus vieille ville de France, regardée de haut par sa cadette de capitale. Mais elle ne dit pas une vérité qui cette année aurait dû être limpide : Jul est le meilleur rappeur de l’année 2020. C’est l’artisan du soleil un peu renié, à la manière d’un Superman auquel on préfère son frère psychotique.

L’année 2020 appartient pourtant à Marseille quand toute la France fait le signe. Et mercé.

 

Le 2020 de Jul

16 Janvier : Invité sur LDS, Jul offre à Maes un incroyable single. Si la rime du refrain est (tristement) évidente, reste une belle partition à l’extérieur pour le marseillais.

Février : En couverture du numéro 228 de Trax, magazine dédié à la musique électronique, Jul affiche une magnifique chapka et parle de sa venue à la musique, de ses influences et de ce qu’il aime. C’est une bouffée d’air frais de voir parler de Jul sérieusement dans une publication de presse.

26 Mars : La France est confinée. Mais un irréductible gaulois décide de nous faire danser malgré tout. Premier tube de l’année avec Sousou. Pas la meilleure piste de l’année pour le J mais qui sommes-nous pour cracher sur un si joli présent ?

29 Avril : Annonce de l’album de Juin, La Machine. Un titre qui saura inspirer les fans pour fournir la cover à la demande du J. Un procédé pas top niveau rémunération du travail mais qui donne de beaux résultats.

Cover de la Machine (2020)

14 Mai : Parce que le confinement a dû l’inspirer ou lui donner pitié de nous, Jul annonce qu’on aura un double album. Un vrai roi.

27 Mai : Clip confiné mais pas trop pour la reprise du tube des années 80. Avec Folie, Jul s’adonne à son exercice favori et le fait toujours bien en évoquant sa hantise de la trahison tout en nous faisant tourner la tête.

19 Juin : Italia est probablement le meilleur son de Jul cette année. Déjà il invoque Dalida. Ensuit le refrain est divin, le clip est joli et on y voit de belles fleurs. Et puis il invoque Dalida. Avec La Machine, Jul propose un de ses meilleurs projets, malgré sa longueur. Et on y trouve Nessbeal. Décidément il sait comment faire pour qu’on l’aime.

21 Juin : L’absence de concerts cette année aura été douloureuse, bien que probablement nécessaire. Et Jul propose un petit show pour la fête de la musique, à savourer chez soi, à l’abri. Parce que rien ne peut arrêter la musique.

15 Aout : Huit rappeurs et 6 minutes 13. Il n’en fallait pas plus pour terrasser 2020. On se sentait invincible à faire cracher les enceintes à n’importe quelle heure de l’été. Aucun classement des couplets ne sera proposé, ici on savoure chaque gorgée sans faire la fine bouche.

10 Septembre : Jul reprend le Bando d’Anna comme nombre d’artistes mais offre un couplet assez incroyable. Il sera difficile de le prendre en défaut cette année.

9 Octobre : Sortie de 13 Organisé et promo avec le clip de l’Etoile sur le Maillot. En plus de la meilleure entrée sur un son de l’année avec l’Algerino, on profite de la présence du Rat et d’images bien sympathiques. Le projet défonce et si on peu râler sur quelques couplets, la somme du plaisir dépasse le tout.

On regrettera les phrases décevantes et racistes sur les chinois ainsi que quelques rimes plus que douteuses sur les femmes et une, assez infâme, sur Je suis Marseille concernant les personnes trans. Quand on aime, il faut savoir dire aussi ce qui ne va pas. 

19/22/24 Octobre : A travers trois sessions live, magnifiquement animées par Narjes Bahhar et Tarek Chakor, le projet 13 Organisé est présenté plus en profondeur. L’occasion d’apprendre que Jul adopte les principes du communisme en établissant l’égalité dans les droits touchés pour le projet. Ou alors de l’existence d’un groupe Whats App sur lequel tout était organisé. Ou bien que le J a mis le projet en place en un mois et demi, directement après son double-album. Puis il y a des tablées légendaires. Et le tout se termine sur un freestyle de plus de 40 minutes. Un des grands moments de l’année.

 6 Novembre : Annonce de l’album hivernal annuel. Ce sera Loin du monde. Jul est bien inspiré côté titres mais encore une fois ce procédé pour la cover qui fait (un peu) grincer des dents.

20 Novembre : Fin de l’exercice 13 Organisé avec le clip du déjà mythique Je suis Marseille qui propose l’enchainement d’artiste le plus ambitieux de l’année et quelques moments magnifiques. Regardez SCH venir poser sa main sur l’épaule du Rat Luciano, voyez l’émotion.

3 Décembre : Petit plaisir de Noël ? Jul s’offre l’instru de Beat It et propose un petit clip qui rend hommage au plus grand. Une belle fête marquée du sceau de la roublardise puisque le clip ne sort pas sur sa chaine…une histoire de droits probablement…Mais une belle fête pour une superbe année. Puis cette année les clips de Jul sont vraiment beaux. Parfois kitsch. Mais beaux.

17 Décembre : lancement d’un drôle de live pour préparer l’arriver de Loin du monde. Ce sera finalement l’occasion de suivre la montée d’un album dans l’espace. Une forme de simplicité dans la démesure, une belle définition du travail de Jul. Et finalement un bon album en guise de conclusion d’une année grandiose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Des mots avec du cœur, du rap avec les tripes. Partageur de réflexions formées à deux s/o Hereiskame.

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Yvnnis et la fougue d’une jeunesse éternelle

Clementeee

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Yvnnis photo Eternal Youth

(Crédit photo: Yvnnis par @heyimleaaaa sur Twitter et Instagram)

Avec deux excellents projets et quelques apparitions sur les projets de NeS, Lyre et SYDS, 2022 est déjà une année charnière dans la discographie de Yvnnis. Avec PARHELIA et ETERNAL YOUTH, Yvnnis se place comme un artiste extrêmement prometteur, fort d’une proposition artistique singulière. Effectivement, le rappeur originaire du Val-de-Marne surprend par sa grande versatilité, capable d’exceller sur des sons mélodieux autotunés comme sur des sons kickés percutants. Alors que le jeune rappeur nous a déjà teasé un retour très prochainement, revenons plus en détail sur sa discographie.

(Crédit photo : tiré du clip « Vin italien » réalisé par Alexandre Carel)

Un artiste en constante expérimentation

Pour revenir aux premières traces encore trouvables de la carrière musicale de Yvnnis, il faut retourner début 2020. Alors en plein confinement, Yvnnis en a profité pour enregistrer et partager ses premières expérimentations. Si ces premiers sons restent relativement en deçà de ses propositions actuelles, on décèle toutefois les prémices de ce qui fait sa force aujourd’hui. En effet, on y retrouve un Yvnnis mêlant mélodies et toplines diablement efficaces, voix autotunée et lyrics traitant de relations amoureuses notamment autour d’échecs sentimentaux.

Si les relations amoureuses et le sentiment de solitude vont continuer à l’inspirer pendant un certain temps, Yvnnis va faire évoluer ses thèmes. Sans se reposer sur cette recette, il va la peaufiner et aborder d’autres sujets. Effectivement, s’il y a bien un élément qui marque véritablement en écoutant sa discographie, c’est son envie d’expérimenter sur tous types de prods et de sortir de sa zone de confort. Tout en étant conscient de ses points forts, Yvnnis ne se cantonne pas à ses acquis et montre une versatilité relativement impressionnante avec des sons aux ambiances très variées dans chacun de ses projets.

D’une ambiance estivale dans la SUMMER EMOTIONS TAPE avec le très efficace « CROISETTE », aux ambiances nocturnes mélancoliques de « NIGHT MODE », en passant par une intense session de kickage sur « FAKE », l’auditeur est transporté dans une grande diversité d’expériences, avec un excellent niveau de rap et de prods comme fil conducteur. Mention spéciale pour cet extrait nous renvoyant directement dans les années 90 :

Si les titres planants représentent toutefois une grande partie de son œuvre, les amateurs de kickage seront servis puisque le jeune rappeur nous a promis un prochain projet où le cassage de cervicales sera au programme.

Yvnnis, un artiste tourmenté, rongé par le déni et la solitude

Naviguant sur des instrus planantes, on retrouve un jeune adulte, en proie à des tourments sentimentaux qui hantent sa vie. Ces troubles deviennent obnubilants, ce spleen devenant étouffant au point d’en perdre l’espoir.

Cependant, à l’image de tant d’artistes rongés par leurs maux, Yvnnis plonge dans une introspection pour exorciser ses démons, transformant cette douleur en inspiration. À l’image du triangle dramatique de Karpman, Yvnnis se retrouve emprisonné dans un piège duquel il est à la fois la victime, le sauveur et le persécuteur. Représentation d’une relation abusive, on y retrouve une victime passive dans son malheur, se plaisant dans l’attention qu’elle obtient, un sauveur aidant la victime profitant d’une forme de dépendance de cette dernière et enfin un persécuteur tirant son intérêt du sentiment de supériorité obtenu. Chacun y trouve son bonheur amenant à une situation qui n’évolue pas, amenant à une fin destructrice où les trois subissent une relation empoisonnée. Dans son cas, Yvnnis se serait emprisonné lui-même, à la fois geôlier et prisonnier de cette relation amenant à une tristesse insurmontable.

Le titre « LE SOIR » illustre parfaitement ce tableau, on y retrouve Yvnnis comme une victime résignée cherchant de l’aide que lui-même présente aux autres comme un sauveur, en étant lui-même son propre persécuteur.

« Trouver l’bonheur j’en ai perdu l’espoir, mes tourments m’empêchent de rêver le soir »

« Au fond, j’accumule les pertes. À tout le monde, je souhaite le bonheur mais j’ai pas l’impression qu’le contraire est vrai »

« J’crois que j’ai brisé tous les liens, même ceux que j’ai avec les miens »

Alors enfermé dans cette auto-relation toxique, il se retrouve dans une situation destructrice où la quête de son bonheur passe par son malheur.

Au-delà de ses tourments internes, Yvnnis enchaîne des relations sentimentales houleuses, le renfermant davantage sur lui-même trouvant son réconfort dans son entourage proche et ses expéditions en voiture nocturnes. Submergé par ses malheurs dans « NIGHT MODE », le rappeur semble sombrer dans une dépression où seules les balades en voiture, ses proches et la solitude peuvent atténuer ses malheurs. La voiture est omniprésente dans le projet de la cover aux lyrics. En effet, les balades nocturnes en voiture y sont souvent présentées comme une manière d’échapper à ses soucis comme dans le son « LE SOIR » :

« J’veux plus repenser à demain, j’veux plus penser au futur comme un devin donc j’augmente la vitesse à 220 »

Tout au long de l’EP, Yvnnis va soigner sa peine dans des évasions en voiture, lancé à pleine vitesse, provoquant pics d’adrénaline et risques inconsidérés. Yvnnis, rongé par ses tourments se transforme en tant qu’être désabusé, trouvant sa seule stimulation dans des expériences extrêmes où son instinct de survie est provoqué.

« Grâce à notre histoire que j’ai des sons dans la tape. Si c’est ça j’aurais préféré la page blanche » – « Poison »

Un semblant d’egotrip, le rap et l’argent comme un exutoire mais pas un remède

PARHELIA marque une immense transition dans les thèmes abordés par Yvnnis, on le retrouve bien plus épanoui et animé d’une confiance insoupçonnée après les premiers projets. L’EP produit en collaboration avec le producteur, beatmaker et graphiste multi-casquette Lil Chick s’ouvre sur le titre « LE PASSE » dans lequel on ressent une vraie libération face à la souffrance passée.

« Fuck mes démons et leurs cœurs sournois »

« J’ai trouvé le salut dans ses bras mais pas dans l’ivresse »

Toutefois, si la transition n’est pas totale puisque Yvnnis reste attaché à sa solitude et à un rejet des relations amoureuses, on y voit un choix délibéré. En effet, si cette solitude était précédemment subie par les multiples revers subis, elle est désormais l’incarnation de sa détermination à réussir. Alors que les relations amicales et amoureuses quittent ses pensées, Yvnnis se focalise sur le rap avec une confiance et une envie de réussir presque insolente. Le rap devient alors une obsession et reprenant les codes de l’egotrip, le représentant du 94 extériorise sa hargne et sa détermination à réussir dans le rap.

« Frérot j’ai plus rien à perdre, j’ai la rage, tu l’entends dans ma voix
J’ai même pas le choix, j’veux que ce soit ma musique et mes textes qui paient mon toit » – GOYARD

ETERNAL YOUTH continue dans cette même énergie avec un Yvnnis encore plus sûr de lui. Conscient de sa progression au niveau de l’écriture ainsi que dans les flows, le rappeur réalise un quatre-titres en total egotrip. Le niveau de rap proposé est toujours plus convaincant tant au niveau du kickage que sur les mélodies.

« C’qui font c’est pas trop ma cam, sur la prod c’est trop macabre » – « KALI UCHIS »

La puissance de l’entourage

Difficile de parler de Yvnnis sans mentionner son entourage, tant celui des producteurs que celui des rappeurs. Kodgy, Kosei, Maë, Arturo, Shepherd, Mela, Nizz, l’immanquable Lil Chick et plein d’autres excellents beatmakers forment une line-up véritablement talentueuse et pleine de promesse. Ces derniers offrent un excellent niveau de production, accompagnant le feu du rappeur avec merveille.

“J’reste toujours avec les mêmes Gs. Regarde mon équipe, c’est la same, toujours les mêmes” – « FAKE »

Si les projets communs entre beatmakers et rappeurs sont souvent gage de qualité, alors l’association de Lil Chick et de Yvnnis sur Parhelia ne déroge absolument pas à la règle. Le duo se marie à la perfection et se subliment pour tous deux offrir un résultat envoutant. Cette association fonctionne d’autant plus que Yvnnis sait laisser de la place à la prod au travers de silences bien placés. Ainsi, cela permet à l’auditeur d’apprécier le délice des instrumentales tout au long de ses projets. Le tout culminant dans l’excellent « MEKTOUB OUTRO » co-produit par Maë, où le piano de la productrice accompagne la voix de Yvnnis, utilisée comme instrument au même titre que ce piano. La production de Parhelia est tout aussi riche qu’efficace, nos oreilles sont ballotées entre couplets rappés monstrueux et refrains où la voix est utilisée comme outil mélodique avec des expérimentations variées sur l’autotune.

On retrouve cette formule sur l’EP ETERNAL YOUTH où le niveau des prods est encore monté d’un cran. Lil Chick accompagné par du talentueux Nizz délivrent un résultat magique. De la sobriété de Certifié permettant aux trois amis Lyre, NeS et Yvnnis de proposer une alchimie délirante au micro, au flamboyant de la prod de « Vin italien », avec une mélodie qui nous transporte au coeur de l’Italie. En quatre titres, nous avons une preuve de l’étendue de la palette musicale du jeune rappeur.

Enfin, impossible de ne pas mentionner sa grande complicité avec son compère du 94 NeS, rappeur extrêmement talentueux, auteur de l’excellent EP La Course ou celle avec Lyre, rappeur et ingénieur son originaire d’Orléans, à l’origine de l’EP INTUITION que je recommande vivement. Ce trio s’échange les feats sur chacun de leurs projets et laisse entrevoir une belle entente entre les trois membres.

Pour poursuivre l’expérience, Yvnnis et NeS viennent de réaliser un freestyle brûlant sur le Grünt #52 avec Deemax et Gius et gardez un œil sur Yvnnis, une nouvelle fulgurance devrait sortir d’ici à fin 2022/début 2023.

Dans le reste de l’actualité : Raplume dévoilera « Le soleil se lèvera à l’ouest » le 21 octobre 2022

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La F balance le visuel de « Trapstar »

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Une des voix de la drill lyonnaise

Multipliant les collaborations que ce soit avec Zeu, JMKS, Nosacce, Sasso et bien d’autres, La F se distingue par sa faculté à s’adapter et froisser les prods.

Avec trois volumes de son projet The no face, le rappeur a su gagner en visibilité, en expérience. Toujours masqué afin de garder son anonymat, le Lyonnais a également été convié sur l’un des projets de l’année 2020 LMF de Freeze Corleone.

« J’suis un gamin : j’insulte les morts, j’fais la guerre pour un code postal
Et eux ils parlent de fame, personne connaît leurs blazes »

Annonçant un projet commun avec Zeu, La F nous a livré un album intitulé King of Drill, et s’affirme comme l’un des principaux visages de la drill française.

Néanmoins, La F ne se résume pas à ce courant. Ne se contentant pas de la drill, il est capable d’aller chercher plus de légèreté. Et il nous le montre sur le projet avec les titres Off-white et Que D’la Mula aux sonorités plus estivales. Les prods collent parfaitement aux envies et aux ambitions de l’artiste : Flem, Congo Bill et le duo Tha Trickaz n’y sont pas étranger.

Dans le reste de l’actualité : « Le soleil se lèvera à l’ouest » disponible le 21 octobre

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Naza & Koba la D profitent sur « Comme ça »

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Après avoir passé un été chaud et coloré avec son dernier album B.I.G Daddy Vol.1 sorti le 24 juin 2022, Naza vient ponctuer la saison avec Koba La D dans Comme ça, un clip festif, diffusé le 2 octobre dernier.

Un hit pour prolonger l’été

L’esthétique du clip respecte à la lettre la règle officieuse des quatre B : Banquets , Billets, Bolides et Belles femmes sont de sortie. Naza y ajoute sa touche décalée et invite Koba la D à venir profiter avec lui de la vie de César.

« Le bénéfice est intéressant mais on s’ra tous enterrés sans
À la base, j’voyais pas tout ça mais au fil du temps, j’ai dû prendre sur moi »

Naza et ses mélodies efficaces s’allient à un Koba la D en forme pour un refrain endiablé. Deux des plus gros vendeurs actuels se retrouvant sur un morceau calibré mais bien exécuté, le succès du morceau ne fera aucun doute dans les semaines qui arrivent.

La D se fait rare depuis ses projets Cartel dont le second volume est paru en décembre 2021. Cependant, les fans de Koba pourront le retrouver à l’écran dans la série Or Noir, diffusée le 7 octobre prochain sur 6play.

Les places pour la tournée de Naza sont à retrouver juste ici.

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