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2020, Jul le meilleur malgré lui

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L’année 2020 a été particulière. La plupart des sorties mainstream ont été décevantes, ne serait-ce que par leur manque évident d’ambition. La scène des rookies a, de son côté, été active, avec de très beaux projets. Et puis il y a eu ces quelques surprises avec des artistes qui changent brutalement de statut, délaissant le succès d’estime pour l’or et le platine.

Et puis il y a Jul. Le rappeur de Saint-Jean est un monolithe. Cette année encore, les travaux sont immenses, avec un double album (la Machine), un album (Loin du monde) et une compilation rassemblant 50 rappeurs marseillais (13 Organisé). Loin d’avoir été des projets de seconde zone, chacun a occupé le sommet des charts. Jul finit une année de plus avec un bilan démentiel… Et pourtant il est toujours absent des discussions et des classements de fin d’année. Comment un rappeur qui propose de manière aussi régulière des succès critiques et publics, et ce depuis plus de 5 ans maintenant, peut-il être regardé d’aussi loin? Appréhender ce que propose Jul et la façon dont il est reçu par le public nécessite probablement de remettre en question beaucoup de discours sur le rap, la musique et l’art en général.

Du crosse volé à la machine

Elle peut paraître loin l’époque où Jul était sujet de moqueries basées sur son orthographe, sa simplicité, son autotune. Cette époque où l’idée que le rap pouvait faire danser semblait impie – enfin ça, avant que tout le monde suive.
Petit à petit on a entendu une inflexion dans le discours. Des gens qui s’intéressaient à son écriture. Des personnes qui relevaient ses inspirations ouvertement old school. Et, in fine, s’est popularisée l’idée qu’on était face à plus qu’un faiseur de hit pour l’été. Pourtant on l’oublie immanquablement à chaque fin d’année ?

Dans la Machine et Loin du Monde, Jul se repose sur une formule. Mais elle ne sort pas de nulle part. Il l’a travaillée, polie, revue et modifiée, plus ou moins fondamentalement, au cours des années. Sur sa carrière, qui commence à être suffisamment longue, on identifiait un premier tournant en 2015 au moment de My World. C’est dans cet album qu’il semble définitivement faire le choix d’un rap axé vers la variété et aux sonorités plus ouvertes, sans jamais renier une forme de rap assez rugueuse.

Depuis, il a continué sur ce chemin et 2020 pourrait être un second tournant. Cette fois il n’est plus question de se réorienter mais plutôt de maitrise totale. La répétitivité et la lassitude qui menaçaient sur les cuvées 2018/2019 semble dépassées, reléguées par une capacité accrue à mettre en cohérence différentes ambiances et à jouer des subtilités de son approche pour nous garder attentif – y compris sur un double album.

Photo : Mohamed Bourouissa

La force du son de Jul c’est qu’il n’appartient qu’à lui. Nombreux sont ceux qui ont tenté de décoder sa formule mais il manque toujours quelque chose, qui en creux vient se nicher en nous, pour nous convaincre que, oui, on écoute le J. Et il suffit de regarder la déroute de SCH, pourtant sur une année sans faute, sur leur feat de fin d’année pour comprendre que le jeu est loin d’être simple : même un rappeur aguerri peut s’y casser les dents, laissant Jul surnager, seul, intraitable, inénarrable.

Enfant de Top 50 et d’Umberto Tozzi

On peut tourner l’affirmation comme on le souhaite : Jul est reconnaissable entre mille. Et à l’heure où le rap, surtout à ce niveau-là des charts, s’uniformise, être capable de se faire reconnaitre est une qualité.

Dans le son Jul, il y a la production d’abord. Délibérément tirée vers la musique populaire et la variété côté Eurovision, percutée de A à Z avec une subtilité variable, à chaque instru on pense être lassé et pourtant…pourtant on y revient. Et dans le même temps, il est capable de produire ou de choisir le son qui conviendra le mieux à un invité. Une capacité qu’il pousse au maximum sur 13 Organisé en faisant montre d’un sens de l’alchimie rapologique étonnant mais efficace.

A l’opposé des formes plus prisées de production actuelles, entre minimalisme à la Flem ou formes hyper léchées (Guilty, Varnish…), Jul puise dans une tradition de la musique populaire du Sud, quelque part entre Marseille et l’Italie, où l’apparente simplicité de la mélodie et des arrangements cherche avant tout à se rendre accessible, offrir une première approche jouissive de la musique. Loin d’une facilité cela permet de créer ce rapport hyper direct et solaire que Jul a su établir avec son (immense) public. Et il suffit de voir la précision avec laquelle il est capable de faire infléchir sa formule selon ses intentions pour s’en convaincre.

DOZ (Death of Zumba)

Le terme de « zumba » appliqué à tout ce qui propose une caisse vaguement rythmée selon des standards plus dansants (dancehall, reggaeton, zouk, afrobeat…) est une ineptie. Et quand il sert à décrier le travail de Jul, il révèle uniquement une forme de méconnaissance – voire ? de mépris – pour des formes musicales qui ont pourtant toujours irriguées le rap marseillais, dont ses plus grands architectes sonores comme Pone.

Car contrairement à beaucoup du travail de prod et de construction des morceaux récents, qui tend à une forme très précise calibrée pour le streaming en playlist et les radios, Jul sait très clairement ce qu’il fait. Croire le contraire revient à s’aveugler et à ignorer la diversité qu’il est capable de proposer – et on ne parle là toujours que de la partie instrumentale de sa musique.

Car il est important de changer d’angle et de s’intéresser au cœur du « problème Jul » : est-ce qu’il est si insipide qu’on se plait à le dire ?

De la planète Mars

Son écriture reste évidemment structurée autour de poncifs du genre, particulièrement sur ses sons les plus ouverts. Mais on peut déjà voir une vraie capacité à récupérer ci et là des constructions et des images qui lui donnent une vraie personnalité. Loin des rimes alambiquées et des envolées lyriques, Jul trace son sillon dans une écriture assez directe. Les rimes sont rapprochées, on trouve quelques allitérations mais pas tant d’autres figures de style, et puis des images mais qui ne tombent jamais dans la métaphore et les jeux de langue version Boulogne.

Pour mettre en avant son écriture, nombre de personnes se réfèrent aux freestyles Planète Rap du marseillais – un des seuls à jouer pleinement le jeu de l’émission. Et il serait dommage de passer à côté de ce qui est une part complète de l’œuvre du J, avec des morceaux de bravoure incroyables comme son passage sur le mythique Demain c’est loin. Pourtant le « Jul lyrical » ne s’arrête pas aux portes de Skyrock. On le retrouve sur nombre de morceaux, à fortiori lorsqu’il est accompagné par un maitre du genre (avec Nessbeal et le Rat Luciano, par exemple, pour cette année).

Jul a ses thématiques propres. Il parle de sa contradiction entre sentiment de victoire et paranoïa, l’honnêteté derrière son humilité, la situation de ses proches… Loin d’être un simple faiseur de tubes– ce qu’il est aussi – Il propose aussi des récits, de soi, des autres, qui mêlent sensibilité et authenticité dans un exercice intimement li au genre. La touche Jul c’est ce surplus de sincérité, cette façon de se livrer, qu’importe la sonorité. La cover d’Emotions est une des belles illustrations de l’écriture de Jul : sensible et colorée.

Comment faire un tube (de l’été)?

Et puis il est justement aussi ce faiseur de paroles de tube. Mais à l’heure où la « technique » est tant mise en avant, il faut s’arrêter sur ce point.

Shkyd écrivait il y’a quelques années sur le fameux « en catchana » d’Aya Nakamura et rappelait, qu’en musique, le but n’est pas de vouloir dire quelque chose au sens littéraire mais de créer une langue qui produise du rythme. Savoir choisir les mots, les inventer parfois, selon leur cadence, selon la manière dont ils s’enchainent … c’est ça, bien écrire en musique. Et le débat sur la technicité des rappeurs semble vouloir échapper à cette réalité. Etre technique ne consiste pas à aligner des schémas complexes et réciter des homonymes depuis son dictionnaire. C’est un exercice à part entière, mais pas le seul.

Etre technique, c’est aussi cette capacité à s’adapter en permanence. Le rappeur technique, c’était avant tout celui qui savait prendre une instru au vol et s’y nicher, injectant autant de lui qu’il s’adapte. Et Jul, en la matière, est un maitre. Il est tout à la fois capable de créer un refrain inoubliable sur BPM élevé et strié d’accords criards que de rimer au kilomètre sur une bonne vieille instru boom-bap. Son flow n’est pas le plus virtuose et peut avoir tendance à rester un brin statique, surtout dans ses accentuations, mais il est toujours dans le bon temps et avec une vraie marque personnelle.

Portrait de l’élu en enfant du peuple

Toutes ces lignes ne servent qu’à dire que Jul est un bon producteur ainsi qu’un bon lyriciste. Sur ce point, 2020 est une année exemplaire pour lui avec de vrais moments de grâce.

Mais le Jul de 2020 va plus loin.

Marseille est la seconde terre du rap français, et d’une courte tête. Depuis les origines de cette musique par chez nous, les marseillais ont été présents, traçant une route pas exactement parallèle à celle des parisiens. Marseille a une culture rap, éloignée de celle de Paris et alentours ayant donné le La pour la culture hip-hop en France, mais néanmoins véritablement présente. On peut tout à fait tracer des lignes générationnelles, des liens entre un tel et une telle, dans le son, les thèmes… On reconnaitra l’accent évidemment, mais aussi les sonorités, cette manière de parler de prolo et de bandit, de la mer et de la Plaine. Marseille a sa grammaire.

Rien qu’a la vue du tracklisting, tu saignes du nez

Alors quand Jul propose de rassembler 50 MCs de la cité Phocéenne (et alentours, désolé SCH) de toute génération, le projet fait envie. Il fait envie parce que, depuis quelques années, le rap marseillais savait placer quelques pions sur la scène nationale mais ne parvenait plus nécessairement à faire résonner son nom. Alors quelle transe d’entendre Bande Organisé tout l’été ; entendre rimer sur Notre Dame et le Vieux Port, contre Paris, aussi, contre la France.

13 Organisé propose plus qu’une simple compilation de rappeurs marseillais : il met en avant une histoire. Un passe-passe Le Rat/SCH ou Akh/Jul, ce n’est pas juste un plaisir de puriste, c’est un vrai petit événement, c’est un message. Dans son article pour Mouv, Genono ne s’y trompe pas : 13 Organisé est le meilleur mouvement de la carrière de Jul. Sans même entrer dans les détails de conception et d’équité de rétribution des artistes, ou encore cette volonté de  redynamiser le réseau rap de Marseille et d’y faciliter le travail des plus jeunes, 13 Organisé replace Marseille sur la carte.

Autoritaire comme le MRS Independanza d’Akhenaton, le projet dirigé par Jul ne laisse plus de place au doute. Après des années de marasme et d’absence relative, il faudra accepter que Marseille est une place forte du rap.

. Que penser alors de ce projet, où derrière des prods plutôt modernes, on retrouve l’ambiance pleine d’une session freestyle ? L’album pue l’envie de placer une meilleure rime tout en dédicaçant les illustres noms qui partagent la tracklist. Sous la forme d’un défi et d’un hommage, d’un son de l’été et d’une détermination froide, 13 Organisé est un des grands actes de 2020 mais aussi de la décennie.

The hero we need and the hero we deserve

Alors, avec une année pareille, comment éviter Jul quand on parle d’artiste de l’année ? Cela en dit beaucoup de la manière dont on a voulu parler de rap.

A trop chercher le savant, à prendre pour argent comptant des termes marketing (« univers », « technique », « sans promo »…), on ne se verrait pas juste parler de ce qu’on aime. Pourtant Jul est aimé. Il est le plus gros vendeur de ce genre, et ce n’est pas un effet de mode estival – les gens l’écoutent, toujours, par-delà les saisons et le réécoutent. Mais il reste cette gêne. Comment accepter que le meilleur rappeur de l’année soit ce petit gars, fier de ce qu’il fait sans être tapageur, artisan quasi monomaniaque, qui cherche avant tout à faire de la musique pour tous ? Il ne cherche pas à faire de l’art. Il ne cherche pas à révolutionner. Ou alors peut être bien qu’il le fait en restant humble.

Cette difficulté à accepter Jul en dit bien plus sur nous que sur lui et sa musique. Elle dit à quel point on ne parle plus tant de musique que de marketing. Elle dit à quel point le plaisir devient secondaire. Elle dit le classisme et l’envie de se distinguer. Elle dit le mépris – jamais étranger à la plus vieille ville de France, regardée de haut par sa cadette de capitale. Mais elle ne dit pas une vérité qui cette année aurait dû être limpide : Jul est le meilleur rappeur de l’année 2020. C’est l’artisan du soleil un peu renié, à la manière d’un Superman auquel on préfère son frère psychotique.

L’année 2020 appartient pourtant à Marseille quand toute la France fait le signe. Et mercé.

 

Le 2020 de Jul

16 Janvier : Invité sur LDS, Jul offre à Maes un incroyable single. Si la rime du refrain est (tristement) évidente, reste une belle partition à l’extérieur pour le marseillais.

Février : En couverture du numéro 228 de Trax, magazine dédié à la musique électronique, Jul affiche une magnifique chapka et parle de sa venue à la musique, de ses influences et de ce qu’il aime. C’est une bouffée d’air frais de voir parler de Jul sérieusement dans une publication de presse.

26 Mars : La France est confinée. Mais un irréductible gaulois décide de nous faire danser malgré tout. Premier tube de l’année avec Sousou. Pas la meilleure piste de l’année pour le J mais qui sommes-nous pour cracher sur un si joli présent ?

29 Avril : Annonce de l’album de Juin, La Machine. Un titre qui saura inspirer les fans pour fournir la cover à la demande du J. Un procédé pas top niveau rémunération du travail mais qui donne de beaux résultats.

Cover de la Machine (2020)

14 Mai : Parce que le confinement a dû l’inspirer ou lui donner pitié de nous, Jul annonce qu’on aura un double album. Un vrai roi.

27 Mai : Clip confiné mais pas trop pour la reprise du tube des années 80. Avec Folie, Jul s’adonne à son exercice favori et le fait toujours bien en évoquant sa hantise de la trahison tout en nous faisant tourner la tête.

19 Juin : Italia est probablement le meilleur son de Jul cette année. Déjà il invoque Dalida. Ensuit le refrain est divin, le clip est joli et on y voit de belles fleurs. Et puis il invoque Dalida. Avec La Machine, Jul propose un de ses meilleurs projets, malgré sa longueur. Et on y trouve Nessbeal. Décidément il sait comment faire pour qu’on l’aime.

21 Juin : L’absence de concerts cette année aura été douloureuse, bien que probablement nécessaire. Et Jul propose un petit show pour la fête de la musique, à savourer chez soi, à l’abri. Parce que rien ne peut arrêter la musique.

15 Aout : Huit rappeurs et 6 minutes 13. Il n’en fallait pas plus pour terrasser 2020. On se sentait invincible à faire cracher les enceintes à n’importe quelle heure de l’été. Aucun classement des couplets ne sera proposé, ici on savoure chaque gorgée sans faire la fine bouche.

10 Septembre : Jul reprend le Bando d’Anna comme nombre d’artistes mais offre un couplet assez incroyable. Il sera difficile de le prendre en défaut cette année.

9 Octobre : Sortie de 13 Organisé et promo avec le clip de l’Etoile sur le Maillot. En plus de la meilleure entrée sur un son de l’année avec l’Algerino, on profite de la présence du Rat et d’images bien sympathiques. Le projet défonce et si on peu râler sur quelques couplets, la somme du plaisir dépasse le tout.

On regrettera les phrases décevantes et racistes sur les chinois ainsi que quelques rimes plus que douteuses sur les femmes et une, assez infâme, sur Je suis Marseille concernant les personnes trans. Quand on aime, il faut savoir dire aussi ce qui ne va pas. 

19/22/24 Octobre : A travers trois sessions live, magnifiquement animées par Narjes Bahhar et Tarek Chakor, le projet 13 Organisé est présenté plus en profondeur. L’occasion d’apprendre que Jul adopte les principes du communisme en établissant l’égalité dans les droits touchés pour le projet. Ou alors de l’existence d’un groupe Whats App sur lequel tout était organisé. Ou bien que le J a mis le projet en place en un mois et demi, directement après son double-album. Puis il y a des tablées légendaires. Et le tout se termine sur un freestyle de plus de 40 minutes. Un des grands moments de l’année.

 6 Novembre : Annonce de l’album hivernal annuel. Ce sera Loin du monde. Jul est bien inspiré côté titres mais encore une fois ce procédé pour la cover qui fait (un peu) grincer des dents.

20 Novembre : Fin de l’exercice 13 Organisé avec le clip du déjà mythique Je suis Marseille qui propose l’enchainement d’artiste le plus ambitieux de l’année et quelques moments magnifiques. Regardez SCH venir poser sa main sur l’épaule du Rat Luciano, voyez l’émotion.

3 Décembre : Petit plaisir de Noël ? Jul s’offre l’instru de Beat It et propose un petit clip qui rend hommage au plus grand. Une belle fête marquée du sceau de la roublardise puisque le clip ne sort pas sur sa chaine…une histoire de droits probablement…Mais une belle fête pour une superbe année. Puis cette année les clips de Jul sont vraiment beaux. Parfois kitsch. Mais beaux.

17 Décembre : lancement d’un drôle de live pour préparer l’arriver de Loin du monde. Ce sera finalement l’occasion de suivre la montée d’un album dans l’espace. Une forme de simplicité dans la démesure, une belle définition du travail de Jul. Et finalement un bon album en guise de conclusion d’une année grandiose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Des mots avec du cœur, du rap avec les tripes. Partageur de réflexions formées à deux s/o Hereiskame.

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Maes est de retour avec Réelle Vie 3.0

Lucas

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Presque deux ans après la sortie de son dernier album « Les Derniers Salopards », Maes est de retour et nous présente le troisième volet de sa série de mixtapes avec « Réelle vie 3.0 ».

(suite…)

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Aladin 135 et son nouvel EP X2

Lucas Ivanez

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Après un retour envisagé du Panama Bende par PLK, c’est un projet solo que nous délivre Aladin 135, qui ne prend pas de pause.

En effet, le rappeur qui représente le 13ème est très actif depuis 2020 est son très bon album Phantom. Après son EP X1 sorti plus tôt dans l’année, Aladin remet le couvert avec X2. Un 5 titre qui s’écoute tout seul. Le rappeur du Panama Bende et sa voix si spécifique est toujours aussi talentueux, que ce soit sur des prods mélancoliques ou encore de la drill.

Un format qui change

Il est clair que les LP sont majoritaires dans le rap français actuel, et ce n’est pas forcément positif. Il est commun aujourd’hui de retrouver des projets de 20 titres, si ce n’est plus lorsqu’une réédition est publiée. Ces formats, bien que pouvant être très intéressants lorsqu’ils sont bien fait peuvent être aussi plus difficiles à la réécoute à cause de leur longueur. Avec ces EP, Aladin 135 prend ce mouvement à contrepied : Le projet s’écoute en moins de 15 minutes, et peut donc s’insérer dans un trajet de métro, une pause au travail, quand on veut !

« beaucoup m’ont déçu, certains m’ont trahi, j’oublie tout au 13ème étage du tel-hô, j’préfère avancer qu’supporter leur manie, sur le rooftop je regarde le très-haut »

Ces lignes, tirées du titre « Le passé » en featuring avec Hatik représentent très bien l’évolution et le caractère musical d’Aladin. Fidèle à son quartier et à son arrondissement, il place une référence à chez lui tout en nous montrant qu’il a su prendre de la hauteur et évoluer en se consacrant à ce qui est important : Avancer, continuer dans la musique et le très-haut, donc la religion.

Le premier titre du projet « Noche« est à mettre en avant. Sur un magnifique air de piano, Aladin nous montre de quoi il est capable avec un refrain plus qu’accrocheur déjà prêt à tourner dans toutes les voitures « dans un Clio ou dans un bolide allemand » comme nous dit l’artiste.

Après deux EP de qualité, on peut se demander quelle est la prochaine étape pour Aladin 135. Va t-il sortir un long projet ? Peut-être la préparation du retour du Panama Bende après plus de 5 ans d’absence ? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, nous vous invitons à streamer X2 et à regarder le clip du titre « le passé » avec Hatik, déjà disponible.

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So La Lune ou la rue vue du ciel

AlphaKilo

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La Lune, la lune, la lune..

So La Lune est un rappeur de la région parisienne , dans la longue lignée de rappeurs originaire des Comores.

Tout comme ses compatriotes Soprano, Alonzo ou encore Rohff, Tsuki possède un don certains dans le « 8ème art ». 

En effet, le rappeur signé chez Low Wood après avoir fait parler de lui avec « Tsuki » son premier projet (retrouvez le ici https://raplume.eu/article/so-la-lune-un-premier-projet-abouti-a-decouvrir-durgence/) a fait du bruit tout au long de cette année.

 

« Ça parle pas love mais de pierres et de briques
Et quand j’suis dans la G le teu’ calé au bec
Le teuteu calé au bec et j’suis paré au pire, sa mère »

 

En 2021, So La Lune  a envoyé pas moins de six EP:

  • Théia
  • 1ère faille
  • Satellite Naturel
  • Orbite
  • Apollo 11

Et 2ème faille, sorti aujourd’hui.

Dans ceux ci, beaucoup de morceaux notables mais on choisira « Rodé » en guise de carte de visite 

Fissure de vie y en plus d’une

Sorti quasiment coup sur coup ils ont été rejoint par « 1ere Faille (L’Afar) » annoncé comme un des derniers projet avant l’album a venir « Fissure de vie« .

Le concept de fissure de vie est inhérent avec la musique si particulière que nous propose cet artiste.

Effectivement, si La Lune est si reconnaissable c’est avant tout grâce à la densité de l’univers développé dans ses œuvres.

D’abord c’est sa voix qui va attirer ou bien repousser aux premiers abords, nasillarde et blasé elle retranscrit généralement à la perfection les émotions véhiculées dans ses titres.

Et quelles émotions…

Ensuite on pénètre dans un monde où les influences et les couleurs se multiplient et s’entrechoquent, liés entre elles par So la Lune lui même, bien conscient des tumultes que cette vie entraine.

« Installez-vous, installez-vous,mettez-vous à l’aise
Ouais
On est pas pressés, y a-t-il un point par lequel vous désirez commencer ?
Euh… Non, pas vraiment
Vous en êtes sûr ? Ce n’est pas anodin ce qu’il vous est arrivé, ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est le déni.
Est-ce que vous vous rendez bien compte de ce qui vous arrive ?
Vous venez d’être diagnostiqué schizophrène »

Ce passage en introduction du projet « Satellite Naturel » est extrêmement révélateur de choses qui sont seulement sous entendus le reste du temps. Intitulé « Diagnostic » dans un projet au titre si évocateur, ce morceau semble mettre en scène une psychanalyse dans laquelle (Ver)So La Lune s’exprime dans les couplets alors que sporadiquement on retrouve des commentaires du thérapeute (sans doute aussi interprété par l’auteur de ce son).

« Heu… Ok
Avez-vous des antécédents ?
Un moment de votre vie où vous auriez ressenti je sais pas
Une fissure ? »

 

La rue vue par la Lune

Enfin on touche à ce qui fait toute la saveur de la musique de Tsuki, sa fabuleuse capacité à transmettre toute la douleur, la lassitude que Charles Baudelaire et tant de rappeur appelle le spleen.

Alors qu’on différencie généralement assez aisément les morceaux tristes de ceux qui nous donne la pêche, il existe un groupe d’artistes ayant la capacité d’opérer dans une zone grise entre ceux ci.

Ademo & NOSStromae, Oxmo Puccino, Nekfeu ou encore JUL, voila des noms qui pourrait sembler aux antipodes. Mais qui lorsqu’on se penche sur leur art partage tous la faculté à nous faire bouger les épaules même sur le(ur)s plus grands malheur tout en vous faisant ressentir la lassitude et la souffrance dans des morceaux entrainants.

Sans conteste So la Lune est de cette trempe et on a pu constaté à quel point il a réussi à affiner sa lame cette année avec ses projets accrochant aussi le légendaire Aketo, membre du groupe Sniper, à la liste de ses collaborations.

« Tu vois, j’ai passé toute l’année à faire l’rappeur, ah ouais
Dis-moi , pourquoi t’es plus pareil quand ça rapporte, ah ouais
J’suis dans le bain, je fume le blunt et j’fais des bombes
Je viens d’en bas, j’ai tous les dons, monte dans le train (Tsuki, wagon)
Mais j’ai tout vu dans la ville , donc j’vais m’poser dans la jungle
J’dors mal quand j’insulte pas la jugе , un vrai chasseur rentre pas sans la viandе »

Alors que le projet « 1ère Faille (L’Afar)«  vient de sortir, So la Lune brille encore par sa capacité à rapper la rue depuis La Lune https://youtu.be/iHTFC-3uJBc

 

En attendant « Fissure de vie » , on vous laisse découvrir So la Lune et regardez le ciel.

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