Beeby nous fait decouvrir son EP « Morningstar »

Beeby est un rappeur originaire du 93, plus précisément d'Aubervilliers, une ville bien installée dans le paysage du rap français. Avec plus d'une dizaine de projets à son actif, il nous emmène une fois de plus dans son univers avec le projet "Morningstar", un EP de sept sons qui se distinguent de ce qui est sorti ces derniers temps avec des instrus novatrices et une ambiance unique.

Un EP singulier

Accompagné de la guitare de Kedy, présente sur l'intégralité de ce projet, Beeby a composé toutes les instrumentales sous le nom de "Mala 808" (une référence à son quartier de la Mala800) avec un autre beatmaker qu'on retrouve souvent aux côtés du $aigneur, Kage.

On retrouve Donatien  pour la pochette

Tout comme son dernier projet "Genesis", composé exclusivement par Har2nok, on obtient donc un projet ultra cohérent, aussi bien dans le propos que musicalement.
"Morningstar", c'est avant tout un EP qui détonne par la simplicité de son originalité, dans le choix des prods (avec des touches acoustiques) mais aussi et surtout grâce à son interprète.

Une écriture à la patte très reconnaissable, des schémas de rimes d'une précision d'orfèvre, et un amour profond du double sens. Les fans de la première heure du rappeur d'Aubervilliers retrouveront ici tous les éléments qui les ont attiré, mais avec une maturité encore plus présente. Pour ceux qui le découvre sur ce projet ou bien avec les extraits qui sont sortis cette année ("Répondeur", "Larme de Lave" et la version live de "Avant l'hiver"), on vous encourage à faire un tour sur Rap Genius pour profiter pleinement de celui ci.

MorningStar, en détail

Attaquons le projet plus en profondeur maintenant. L'intro "5eme niveau" s'ouvre avec Beeby qui se rend compte que "plus le temps passe et plus je m'adouci" et que même sans prendre de "raccourcis", "le temps c'est de l'argent et la te-cha c'est pas ta p*ssy".

"Yeux rougis par les bougies, pas les soucis non, les journées sont noirs, les nuits blanches les bousillent"

Le TripleDollarBoy se livre sur ce morceau, on comprend que "prendre ce qu'il y a à prendre et fuck les promesses" c'est la "doctrine". Et pour appuyer celle-ci, le morceau suivant "Larmes de Lave" semble tout indiqué.

"Tu sais, d'où on vient dignité c'est pire que l'égo. Entre misère et souffrance, dans le vice on est devenu fou"

Ce titre laisse à Beeby la possibilité d'expliquer plus sa vision, dans laquelle ne faire que se plaindre des injustices du monde ferait de lui son "pire ami". En effet, même le "troisième œil ouvert, les dex premiers sont fermés face à la tyrannie" car "la monnaie, c'est ça la therapie". Mais loin du simple raisonnement matérialiste ou égoïste : "J'ai dit qu'j'étais un ange, poto, l'enfer a ri , tu sais, ici, pécher c'est pas denrée rare, j'arrêterai l'jour où j'me f'rai sucer dans ma Ferrari", on retrouve aussi : "quelques millions d'euros pour recouvrer la vue" qui fait directement écho aux yeux qui étaient clos face à la "tyrannie". Le morceau se conclut :

"Tous ces drames me navrent, l'impression que mon âme s'élève mais trop tard pour qu'le mal se lave. Pas d'pression, tous les pleurs me blessent, quand je chiale, c'est des larmes de lave"

C'est ensuite sur son "Répondeur" que Beeby nous renvoie, dans lequel il nous rappelle sur un superbe air de guitare : "J'suis pas seulement hyper méchant, j'crois qu'j'suis trop sincère. Et pour trouver une paix décente, j'irai jusqu'en enfer". S'il nous rappelait l'importance et surtout la place de l'argent dans le morceau d'avant, celui-ci remet l'humain au centre du débat :

"Tu sais qu'tu sois en haut ou en bas, y'a des gens qui t'aiment, donc tricher, en gros, pas rentable, hey meilleure antisèche, y a pas d'gentille peur, hein, tout le monde fait ci, fait ça, wesh, ferme ta gueule, c'est toi qui fait rien, y'a pas de petits terriens, donc si t'as une grande mission, wesh, fais la seule"

Un message d'une importance capitale à rappeler sans cesse et à tous. Le morceau qui suit a eu droit à une version live sur "Station", on retrouve Beeby avec son morceau qui aurait sa place dans un salon lounge. Fidèle à l'esprit du projet, on se retrouve attablé de nouveau avec le $aigneuri, entre tribulations et leçons :

"Le succès en attente je suis sur la pente, le diable derrière, y a rien a vendre façon j'aime pas sa demande"

Toujours dans un questionnement sur sa manière de vivre et de gérer son parcours musical, il nous rappelle que s'en sortir n'est pas une option "quitte à faire feu juste pour passer l'hiver" :

"Mais bon, ils veulent nous prendre pour leurs tepu, frérot j'en peux plus, je suis convaincu j'ai pris le plus long des chemins, là ou on peut pas me baiser par le cul, malgré que j'sois têtu, le $aigneur guerrier au grand destin"

L'interlude de ce projet, "Cloud Atlas", est guidée par la guitare de Kedji et je vous laisse apprécier vous-même celui-ci. Je me contenterais de le résumé a une phrase :

"Et si je meurs jeune, laisse les tej des fleurs, mais pas trop près de la tombe, il y a que la mort qui pourra nous rendre immortels"

On approche de la fin du projet avec le seul et unique feat de celui ci, "Ciel Gris", et il est loin d'être anecdotique. En effet, on retrouve Beeby accompagné d'un newcomer rempli de talent du nom de Malo, rappeur du 100-5, qui a sorti plusieurs extraits cette année ("Cali", "Béni") et c'est ce dernier qui nous rappelle qu'il a "le même seum depuis Fifa 12". Ce morceau détonne de par son énergie dans le projet, avec une guitare électrique en fond mais le (sous) texte nous remet vite à bord de "Morningstar".

"C'est : ou j'maille, ou je fais la merde, ou je crève, où je créé c'est la même qu'où je crèche. Who's bad c'est des mecs sous stress, il y en a deux, trois qui aurait pu se faire soustraire"

Beeby lui nous rappelle que "si tu tires comme nous, première mi-temps c'est les ligaments" et que c'est "Six chiffres minimum sinon on kill la vente". L'association de ces 2 artistes a donné un cocktail étonnant, qu'on aimerait beaucoup revoir dans le futur.

"Ici, ça vit salement, et la putain de sa mère c'est radicale, wallay billaye la drogue est médicale, trois grammes indica dans le Backwood moi franchement je dis pas non"

Conclusion

Après ce voyage, cette épopée à ses côtés, le TripleDollarBoy nous donne sa "vue sur la Morningstar" dans le dernier morceau éponyme de son EP.

"Le Biff et la famille" et le tout sans "baigner dans l'eau crade", voilà le leitmotiv. Et cela, alors que "la misère veut me revoir à l'occas', je parle pas donc peu de gens le savent"

"J'souris pas pour un peu de thune et fuck un betu je garderais mon fut"

Cette chanson nous apprend que ce projet est en fait le récit d'une des (nombreuses) nuits blanches de son auteur. La "Morningstar" étant donc le nom que Beeby a trouvé juste d'utiliser pour le soleil, qui se lève à la fin de ce projet.

Un EP dense, avec une écriture et des placements uniques, une touche acoustique du plus bel effet. On crédite une nouvelle fois Kedy et Kage, mais aussi Beeby pour le travail de composition.
Le $aigneur termine quant à lui très fort sur cette année 2020, dans laquelle son évolution musicale s'est encore bien faite ressentir, on restera aux aguets pour la suite.

MorningStar, le dernier projet de Beeby est disponible sur toutes les plateformes de streaming en cliquant ici.

Regardez le ciel.