Interview de Da Uzi : l’architecte à la langue de souffre

Fin 2018, Da Uzi raconte sa sale vie dans le RER. Moins de deux ans plus tard, il sort son premier album, Architecte. Auréolé d’un succès critique pour sa mixtape Mexico, sortie en 2019, le rappeur sevranais semble prêt à entrer dans la lumière. Après des passages toujours remarqués dans différents Planète Rap et une nouvelle série de freestyles, les We la rue, Da Uzi est attendu au tournant. Architecte est un album réussi qui reprend là où nous laissait Mexico. Discussion par-delà le confinement avec un des rappeurs les plus talentueux de cette génération.

Il y a un an donc tu sortais Mexico. Le projet tourne bien, on te voit un peu partout. Et gros succès critique. D’ailleurs toi qui disait que Nessbeal était ton rappeur favori, aujourd’hui on te compare à lui. Comment t’as vécu cette année ? T’es heureux des retours ?

Je la vis bien, je suis carrément content. Je le vois comme une évolution. J'ai l'impression que j'ai atteint une certaine reconnaissance.

Y’a un son en particulier de Mexico que tu retiens ?

Moi personnellement j'aimais beaucoup "Mal Aimé", je l'aime toujours. Tous les sons de la mixtape en vrai. On a essayé de bien construire le truc, t'as capté. Ça veut dire que c'est carré. Je suis assez fier de Mexico, toujours un an après.

Je t’ai vu sur scène au Nouveau Casino. La performance était vraiment bonne ! C’est un exercice que tu as apprécié ?

De ouf ! J'ai grave kiffé la scène. Après, on a pas eu la chance d'avoir beaucoup de dates parce qu’on n’a pas encore fait les arrangements nécessaires... Mais c'est un moment que j'ai vraiment aimé.

Sur Mexico tu te présentais, on voyait ta palette de flows, de mélodies, de thèmes... J'ai l'impression que sur Architecte on a la même structure mais en beaucoup plus développée, plus approfondie.

C'est exactement ce que j'ai essayé de faire. Mexico à la base c'est mon délire. C'est ma carte de visite dans le rap mais c'est vraiment mon délire, t'as capté… C'est ce que j'aime faire comme musique. Dans Architecte j'ai essayé d'aller encore plus loin là-dedans, pousser les trucs que j'aimais bien à faire, chercher encore plus de mélodies, chercher des textes encore plus précis pour que les gens comprennent bien. Et puis voilà.

Un son qui démontre bien ton évolution : "En avance". On trouve ta patte, vraiment, avec ce flow si particulier et le cri. Mais beaucoup plus maîtrisé, surtout sur le travail de la mélodie du refrain. Comment tu taffes tout ça ?

Ouai c'est vrai. Franchement, je te jure, c'est venu naturellement. Je l'ai pas fait en me disant que j'allais travailler le truc pour faire mieux que d'habitude. C'est venu tout seul et après ça a donné un bon petit morceau. Moi je trouve que le morceau qui montre qu'il y a eu une vraie évolution c'est "Laisse Tomber". Je le vois comme une évolution de Mexico, c'est une sorte de "Mal Aimé" mais à ma sauce d'Architecte, tu vois.

Un autre son que j'ai vraiment aimé c'est Tommy Shelby. On sait que t'es un gros fan de série. T'as aimé Peaky Blinders j'imagine ?

De ouf.

Pourquoi Thomas Shelby ?

Parce que les Shelby ils sont très famille. Tommy il est grave famille même si parfois on dirait qu'il s'en fout. Après quand tu regardes toute la série tu comprends qu'il fait tout pour eux. Très famille, beaucoup de principes aussi. Je me reconnais dans ça, à des degrés différents. Même moi j'suis comme ça, j'suis très famille. Je peux aussi être dans mon coin... Des fois Tommy Shelby il paie pas de mine, les gens ils croient pouvoir se le faire alors que non. C'est tout ça que j'aime bien.

Ce qui est intéressant dans le son et dans la façon dont tu appréhendes le personnage c'est que tu parles aussi du passé qui a été dur, qui a traumatisé.

De ouf. Parce que Tommy Shelby on voit qu'il a des stigmates du passé. Quand il revient de la guerre, ça se voit qu'il est froissé de l'intérieur le mec. Il a des tourments. Moi c'est là aussi que je me reconnais grave. Dans la série il y a des moments où il se retrouve tout seul, face à lui-même, il réfléchit. C'est une situation où je me reconnais.

C'était une bonne idée cette mise en parallèle.

A la base moi dans mon rêve j'ai toujours fait ça. Je suis un fan de séries, je trouve facilement un personnage qui a mon caractère à peu près. Ça veut dire que je me mets - je sais pas si ça se dit - "en introspection". Je me mets direct dans sa peau. Mais en vrai je fais que décrire des points communs qu'on a lui et moi.

On parle série. T’as participé à la BO de Validé. T’as kiffé la série ?

J'ai pas encore regardé, je vais pas te mentir... Mais à ce qu'il parait c'est bien donc on va dire comme tout le monde que c'est bien. [Rires] Non j'ai pas encore regardé mais je vais le faire là. En ce moment, avec le confinement tout ça, je suis dans Murder et je suis pas trop dans le délire de mater plusieurs séries en même temps.

Dans l'album tu fais aussi une grosse référence à Camelia Cabello. Et il y a quelques sonorités latines tout le long de l’album. C’est quoi cette passion pour la musique latine ? On en avait déjà sur Mexico avec "Bonita", là on s’y retrouve encore avec "Camila".

Moi j'aime bien. C'est des sons d'ambiance, tu connais. T'écoutes ça le soir, t'as capté ? [rires] C'est cool.

En parlant de soir, y a "soirées de cité". On a eu "Je danse le Mia", Wati B pour notre génération, récemment le "Switch Up" de Maes. Et dans chaque cas ça décrit des soirées hyper galères. Toi c’est ça, fois 1000. Comment t’expliques cette contradiction entre le côté hyper festif et ce que tu racontes dans le son ?

Ouais. [rires]. A la base pourquoi j'ai voulu raconter comme ça ? Pour que le morceau il me ressemble beaucoup. Il fallait que je le mette en mode DA Uzi. Nous les soirées où on s'amuse des fois ça part en couilles. A la base on était venu pour s'amuser mais au final, comme je dis dans "Soirées de cités", le mec il te sort une arme, il tire sur l'autre, si ça se trouve on va finir en mandat de dépôt... Ça c'est les soirées des cités. Alors qu'à la base on était juste posés dans le hall de la tour et c'est parti en couilles.

 

Sur les featurings, on a des rencontres assez attendues : N.I, Maes…

C'est la famille.

Mister You aussi. Et là on peut clairement voir une filiation avec toi. C'est un gars que t'écoutais? Comment t'as connecté avec lui?

De ouf, j'écoutais grave du Mister You quand j'étais petit. Il m'a trop matrixé dans ma vie. La rue puis la prison ... C'est des sons je les connais par cœur. Là, premier album… c'est vraiment mon album, j'ai envie d'inviter ces gens-là, des gens comme Mister You, Alonzo... Les mecs je les ai écouté dans le fin fond de la galère.

J'allais parler d'Alonzo. Marseille, tu lâches une belle référence dans un son. Et puis on a deux featurings donc, SCH et Alonzo.

Ouai, j'aime bien les marseillais ! A chaque fois que je vais à Marseille je suis trop bien accueilli.

La plus belle ville de France.

Hohoho j'irai pas jusqu'à dire ça. [Rires] Moi je suis un sevranais, on n'ira pas jusqu'à dire ça. En tout cas à chaque fois que j’suis allé dans les quartiers nord et tout, ils m'ont donné trop de force, ils m'ont donné grave d'amour. J'avais l'impression d'être dans mon 93, ça faisait kiffer. Depuis que je suis petit les rappeurs marseillais j'ai l'impression que certains vivent la même réalité que moi. Dans leurs quartiers il se passe... Sans abuser du truc, hein ! Mais des fois on a les mêmes galères. C'est pour ça que j'aime bien la façon des marseillais de raconter le truc.

T'as écouté qui à l'ancienne comme rappeur marseillais?

Y'en a beaucoup que j'aime ! Alonzo j'ai beaucoup écouté, surtout à l'ancienne.

Les Psy 4 en général t'écoutais ?

Ouais obligé ! Mais dans Psy 4 celui que j'aimais le plus c'était Alonzo. J'aimais bien Soprano parce qu'il avait des mélo incroyables mais Alonzo j'aimais vraiment. Il avait un truc un peu commercial...enfin pas commercial parce qu'il disait des réalités d'en-bas. Ils ont commencé avec Le monde est stone et c'était pas forcément commercial. Mais ils ont réussi à se commercialiser et lui il a toujours eu ce truc crû. Ça a toujours été la branche sombre du groupe. C'est ce que j'ai beaucoup aimé. Après j'ai découvert SCH en prison aussi. Je l'écoutais beaucoup, j'aimais bien son phrasé. C'est pour ça que j'ai voulu faire un feat avec lui. En plus, je l'ai rencontré et c'est un bon gars de ouf. J'aime beaucoup le rap marseillais. Il y a plein de marseillais, surtout en ce moment, que j'aime beaucoup ! J'écoute du JUL depuis longtemps. Soso Maness j'aime bien aussi. Kofs... J'aime la scène marseillaise, ça se voit ils ont des trucs à dire les mecs !

Soso, j'ai vu la vidéo où vous vous êtes rencontrés pour un jeu et j'aurai vraiment vu une connexion sur un son !

De fou ! Son album il a été repoussé j'ai vu mais à la base j'étais dessus. On a fait un morceau, il est super lourd. Après on va voir... J'ai vu qu'il avait des galères, j'espère que ça va s'arranger et qu'il va sortir ça. Son album il est lourd, il va sortir, il est juste dans les starting blocks.

Petite question Raplume. On aime bien les histoires de love. T’en parles moins dans Architecte. C’est toujours un sujet important pour toi ?

Ouais, les histoires de love, non... Comment dire avec des bons mots? [Rires] T'as vu à l'époque de Mexico j'étais dans une période de ma vie où je voulais me marier et tout. Ça s'est pas fait... J'étais encore dans la réflexion de pourquoi ça a pas marché. Là j'ai passé une autre étape. Je suis en mode tranquille.

Ça fait plaisir à entendre.

Oui c'est cool. Et je souhaite du bien aux personnes qui étaient dans mon cœur.

T’es aussi un grand auditeur de rap. T’écoute quoi pendant le confinement ?

Là pendant le confinement... Et tu sais j'écoute qui?  Hier sous khapta, j'aimais trop Gips, le pote de JUL. J'étais saucé sur Gips. Et Leto ce qu'il vient de sortir j'aime bien aussi. En ce moment franchement j'écoute tout ce qui sort. Je suis un auditeur comme « jamain ».

La promo est lancée, Planète Rap, interview… T'es chaud pour ce qui arrive ?

Ouais je suis chaud. On est là, on est sous confinement, on est là à regarder de loin un peu. [Rires] On va voir. C'est une période difficile. C'est pas la meilleure période pour sortir un CD mais on est là, il y a des gens qui nous soutiennent, qui nous ont donné de la force et on a essayé de leur donner un bon travail. On va essayer de pas les décevoir et j'espère qu'ils vont apprécier le boulot. C'est ma vie, c'est la musique que j'aime et j'espère qu'ils vont continuer à kiffer avec nous.

Merci DA Uzi. Force pour l’album

Merci, force à vous aussi.


Architecte est disponible le 03/04/2020 sur toutes les plateformes de streaming. 

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