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Interview de Majeur-Mineur

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Majeur-Mineur est un beatmaker de rap français en pleine ascension grâce à la qualité de ses productions mais aussi grâce à sa forte productivité. Nous vous proposons, à travers cette interview, de découvrir un peu plus cet artiste qui se cache derrière les instrus de la grande majorité des morceaux de Lord Esperanza mais aussi de « Bécane » de Lomepal.

  • RP : C’est un réel plaisir de pouvoir discuter avec toi et nous te remercions de nous accorder cette interview.

M-M : « Merci beaucoup à vous pour l’intérêt porté à ce que je produis et pour votre beau travail. »

  • RP : Pour commencer, peux-tu te présenter brièvement ?

M-M : « J’ai 23 ans, je suis originaire du sud-ouest et je suis arrivé à Paris il y a 5 ans pour faire mes études. J’ai fait de nombreuses années de conservatoire, ainsi que quelques années dans un orchestre junior quand j’étais plus jeune, avant de me lancer dans la production électronique il y a 3 ans. »

  • RP : D’où te viens ce nom d’artiste (référence aux gammes « majeure » et « mineure » au piano à première vue) ?

M-M : « Ahah yes ! Le nom vient d’un petit délire que j’ai eu avec Sam, un de mes meilleurs amis. Il était 7 heures du matin, on rentrait de soirée, on était bien, bien allumés et en arrivant on s’est dit « viens on fait un piano à 4 mains, tu feras les accords mineurs et moi les accords majeurs ». On était persuadés d’avoir fait une dinguerie, persuadés qu’on allait devenir les Chopins du 21ème siècle. Le lendemain matin, le projet a tout de suite été supprimé mais le nom est resté. »

  • RP : Peux-tu nous parler du beatmaking ?

M-M : « Pour moi le beatmaking est un des nombreux exercices de la production musicale. Cela consiste au fait de construire une instru en ayant principalement en tête, lors de tout le processus, que ce que tu fait doit être au service du rap qui sera dessus. C’est un super exercice mais qui peut devenir abrutissant à la longue, d’où l’envie de produire d’autres délires musicaux (pour des chanteuses, chanteurs, musique de pub etc…). 

Notre pote et ingé « IBØ »  avec qui Lord et moi bossons là dessus est un exemple sur ce domaine ! C’est un vrai tueur, autant en prod qu’en musique de pub ! »

IBØ

  • RP : Est-ce ta profession ? Suis-tu des études en parallèle ?

M-M : « Je suis en dernière année d’étude yes ! Je termine en ce moment mon mémoire de Master 2 afin de valider un double diplôme d’école de commerce / fac de socio. Je suis passionné par la géo-politique, les enjeux économiques de notre monde et tout ce qui tourne autour de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’économie sociale et solidaire » (les sociaux-entrepreneurs, associations, fondations etc…). »

  • RP : Quelle est ta manière de produire ? Tu utilises toujours le même processus de création ou tu varies ?

M-M : « Je n’ai pas du tout de manière prédéfinie de production. J’essaye de suivre l’inspiration du moment. Je suis à fond dans le sample de batterie depuis quelques temps. Je bosse également avec plein de producteurs qui ont beaucoup de talents et qui viennent de plusieurs horizons comme mon pote Jones Blanke de mon duo Itzama avec qui on a produit notamment « Drapeau Noir » , le feat avec Roméo Elvis dans « Polaroïd » ou encore Eylia, la chanteuse avec qui je prépare un projet en ce moment.

Il y aussi mes potes Rusty Hook et Khamsin du groupe « Slow Hours » (les prochains grands noms de l’électro en France c’est certain !). »

  • RP : Je voudrais revenir sur un morceau qui m’a marqué en 2017, il s’agit de « L’insolence des élus » qui a récemment dépassé le million de vues sur YouTube. Tu as réalisé la prod de ce morceau. Peux-tu nous raconter l’histoire de ce morceau, ce qui a donné ce résultat final ?

M-M : « Merci pour ton retour sur ce morceau ! C’est vrai que c’est un morceau vraiment important car, au-delà de la force de la musique et de l’interprétation assez incroyable que Lord peut avoir sur le son,  il représente des heures de discussion entre nous sur des sujets et thématiques qui nous passionnent. On passe autant de temps à parler musique qu’à parler de tous les sujets qu’aborde le morceau quand on est ensemble avec Lord. C’est quelque chose de très profond en nous et on se voit bien s’investir sérieusement dans ces problématiques plus tard. On a déjà des idées de projets assez précis même. »

L’insolence des élus

  • RP : Comment décrirais-tu le binôme que tu entretiens avec Lord Esperanza ? (pour qui tu as produit la totalité de l’EP Drapeau Noir, une grande partie de Polaroïd et de nombreux autres morceaux)

M-M : « C’est plus qu’un binôme. c’est une connexion bien au-delà de la simple musique et de simples passions communes. Je suis persuadé qu’il y a quelque chose de bien plus profond mais complètement intangible qui nous relie. Comme si nos âmes sont faites pour être connectées. »

  • RP : De nouveaux projets sont prévus avec lui ?

M-M : « Yes plusieurs ! J’ai bossé sur 70% de la série de freestyles « Lord Esperanza dans ta ville » qui est une série de streets clips réalisée lors des concerts de notre tournée que l’on réalise tous les trois avec Nelick. Et apparemment on serait en train de bosser sur la suite de Drapeau noir… »

  • RP : J’ai cru comprendre que tu aimerais faire des prods pour d’autres styles musicaux que le rap, t’ouvrir à de nouvelles sonorités, pourquoi ?

M-M : « Yes c’est même ce que je fais depuis le début seulement ce que je sors pour le moment n’est que RAP. Je termine en ce moment un album sortant au printemps, avec une amie chanteuse se nommant « Eylia » qui a une voix tout simplement incroyable. Seulement 50% de ce que je produis sont des instru rap, je fais plein d’autres choses à côté que je prendrais soin de sortir quand ça sera le bon moment. »

  • RP : Tu fais partie du label Modulor, en quoi consiste t-il ?

M-M : « Modulor était une maison de disque indépendante avec laquelle on a bossé sur « Drapeau Noir » et « Polaroïd » mais on ne bosse plus avec eux maintenant. Ils ont signés Lord quand il avait 18 ans donc c’était une sacrée marque de confiance mais on prend des chemins différents. »

  • RP : Lomepal vient d’être certifié platine avec son premier album « FLIP ». Il faut savoir que tu as réalisé la prod du morceau « Bécane » avec Superpoze. Comment réagis-tu à tous les retours que tu as pu avoir concernant ce morceau ?

M-M : « Oui c’est la folie ! Mon premier disque de platine à 23 ans c’est beau ahah. C’est une connexion qui remonte à il y a plus de deux ans avec Lomepal. On s’était vu plusieurs fois pour bosser sur 3 morceaux qu’il avait sélectionné. Finalement un seul est tombé dans FLIP ! Mais les retours sont assez incroyables, car « Bécane » revient souvent comme un des morceaux que les gens préfèrent dans cet excellent album. »

Lomepal – Flip

  • RP : As-tu un morceau peu connu que tu écoutes en ce moment et qui, selon toi, mérite d’être partagé ?

M-M : « Pour mes amateurs de douceurs, allez écouter le morceau « Blue Sky » d’Eylia & Lou Berry. En rap français je suis à fond sur Nelick, Youri, Loud, Slimka en ce moment. Oh si ! allez écouter le projet  « Colère calme » de mon gars Verso c’est assez fort ! Le feat avec Lord est magnifique et le son « Jusqu’au bout » est une vraie gifle. »

Colère calme – Verso

  • RP : Une anecdote pendant la tournée du « Polaroïd Tour » avec Lord Esperanza et Nelick ?

M-M : « Ouais ahah, comme je m’occupe pas mal de l’intendance et de l’organisation sur place, pendant les concerts, Kiwi et Lord m’appellent « Manager-mineur« . »

  • RP : Je pense que la prod d’un morceau est, maintenant, devenue aussi importante que le texte. Qu’en penses-tu ?

M-M : « Yes je pense également que la prod a une part de  plus en plus grande dans les sons, je dirais même que dans certains cas la prod peut faire 70% d’un son. »

  • RP : Côté écriture, pour toi, qui a la meilleur plume du rap francophone ?

M-M : « Je ne sais pas si il y a une meilleure plume dans le rap fr et je ne suis pas un assez fin connaisseur. Au contraire je dirais qu’on a la chance immense de vivre dans un pays qui est un vivier de belles plumes. Mais en essayant de rester complètement subjectif je dirais Lord Esperanza ! »

Lord Esperanza

  • RP : Si tu devais faire un bilan de l’année 2017 pour le rap francophone, quel serait ce bilan ? Des artistes talentueux que tu aimerais voir exploser en 2018 ?

M-M : « 2017 était une année assez incroyable pour le rap. « Rap » ne veut plus rien dire réellement car maintenant tu écoutes du rap aussi bien sur Skyrock que sur France Inter  (NDLR : Orelsan, Damso, Nekfeu et Lomepal sont par exemple entrés en playlist sur la radio publique). Mes parents écoutent du rap depuis 2017 (seulement Lomepal et Orelsan mais ça compte!). Il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les styles c’est vraiment une époque incroyable.

Mes plus grosses attentes de 2018 sont notamment sur les premiers projets de nombreux producteurs fr de talents (STWO, IKAZ BOY, MYTH SYZER…), le retour de Joke et le premier album de Josman ! »

  • RP : As tu déjà eu comme idée de proposer un projet uniquement composé de prods ?

M-M : « Proposer un projet fait uniquement de prods n’est pas à l’ordre du jour non, mais pourquoi pas car je commence à avoir de nombreuses choses qui dorment dans mon disque dur et j’ai beaucoup, beaucoup de demandes… »

  • RP : Quels sont tes projets pour cette année 2018 ?

M-M : « Un album avec Eylia pour le printemps + la tournée + les freestyles Lord Esperanza dans ta ville + plein de festivals pour cet été tel que Bourges, Marsatac, Les ardentes, Montreux jazz…. et la suite de Drapeau Noir avec Lord pour l’automne ainsi qu’une nouvelle tournée ! »

  • RP : Peux-tu nous citer un artiste que tu aimerais voir en interview sur Raplume ?

M-M : « J’aimerai beaucoup voir une interview croisée avec un autre new média du milieu comme Hiphopinfosfrance ou Views car je pense que ce qui peut en sortir sera incroyable en terme d’infos, de réflexions et de découvertes.»

Views

  • RP : Nous te remercions pour tes réponses intéressantes et pertinentes !

M-M : « Merci beaucoup à vous pour votre intérêt et votre travail ! »

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Moha MMZ démarre fort en solo avec « EUPHORIA »

Antoine

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Connu pour sa carrière de groupe aux côtés de son acolyte Lazer, Moha MMZ débute aujourd’hui son parcours solitaire avec EUPHORIA.

Dans la musique, le passage d’un projet de groupe à une carrière solo s’avère souvent quitte ou double. Après avoir fait ses armes avec plusieurs projets de groupe, celui qui se faisait appeler Pti Moha en 2015 sur Que la mif de PNL sort aujourd’hui son premier album solo : EUPHORIA. Un nouveau challenge pour le rappeur, challenge qu’avait aussi entrepris son acolyte Lazer l’année dernière avec un EP Zéro Pression.

Respire, demain sera meilleur ou juste moins pire

Réputé pour sa maîtrise de la mélodie, le jeune homme originaire des Tarterêts n’y déroge pas et conserve toute son ADN au sein de son premier album en solitaire. Variant les ambiances et les flows, le rappeur propose également plusieurs prises de risque réussies, du refrain de DORE à celui de BUG pour ne citer qu’eux. « Toujours les mêmes pâtes dans les mêmes plats » … Imprégné de la fibre QLF, on retrouve également N.KF au mix de l’album et BBP dans certaines productions.

Au nombre de 2, les featurings savamment choisis s’intègrent sans faute dans la tracklist, que ce soit l’ensoleillé VIBES avec RKM de DTF ou le mélancolique GALERES aux côtés de Zed, membre éminent du collectif 13 Block.

Au delà des textes, son univers se révèle également via ses clips, en témoigne le dernier en date tourné dans les forêts norvégiennes, illustration de la froideur du titre CAUCHEMAR.

Très attaché à l’indépendance, Moha a fondé son label SPRT ZOO et son studio La Salle Du Temps, et a accompagné la sortie de son album d’un merchandising exclusif. Etape importante dans son parcours artistique, le jeune artiste délivre un premier album solide et prometteur à seulement 24 ans, annonciateur de belles choses pour la suite de sa carrière.

L’album EUPHORIA de Moha MMZ est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

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Oldpee revient encore plus « Dur »

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Dans ce nouveau visuel réalisé par Alan Cohen, le rappeur sevrannais continue d’affirmer son identité, à coups d’égotrip sur sonorité trap mêlés à une attitude et des flows nonchalants. La performance du rappeur doit être autant soulignée que la production minimaliste mais efficace de DJ Morex & B.A.

Si j’pose mes péchés sur la table, j’suis presque sur qu’elle s’fissure

La D.A du clip permet à Oldpee d’exprimer sa singularité, notamment par sa gestuelle. Ce visuel continue de dessiner les contours de la direction que va prendre le rappeur pour 2022. Il semble très à l’aise dans une ambiance sombre et sobre à la fois. L’aspect nonchalant de l’artiste donne du relief à des références qui se veulent plus légères :

Ca t’allume au clair de la lune

Nous pouvons également souligner la présence de Da Uzi aux côtés d’Oldpee. 3 ans après la compilation « 93 Empire », la scène sevrannaise montre sa facilité pour collaborer. Peut-on y voir un potentiel feat sur le premier projet solo du membre de 13Block ? Au final, ce visuel, avec le morceau qui l’accompagne, semble être le parfait compromis pour Oldpee. D’un côté, il ne devrait pas perdre les fans l’ayant découvert en groupe, et de l’autre côté, il affirme lentement et sûrement son attitude plus singulière.

Le morceau IGGY de Oldpee est disponible sur toutes les plateformes en cliquant ici.

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