Jeannine de Lomepal

Un album mélancolique & intime à travers lequel le rappeur rend un bel hommage à sa grand-mère

Ce vendredi 7 décembre est sorti, quasiment 1 an après la réédition de son premier album FLIP, le deuxième album de Lomepal intitulé Jeannine.

 

 

Cet album nous montre un rappeur qui se dévoile encore un peu plus à nous, son public, et, au final, connaissait-on vraiment Lomepal ?

 

Antoine Valentinelli

 

De son vrai nom, il est né en 1991 à Paris. Il a grandi dans le 13ème arrondissement de la capitale et s’est passionné pour le skate, une passion qui l’anime encore aujourd’hui. Il a par ailleurs fait ses débuts sur YouTube avec des vidéos de skate où l’on peut voir un Lomepal encore adolescent, qui a notamment fréquenté le même lycée qu’Alpha Wann, Nekfeu ou encore Sneazzy (à noter qu’il entretient toujours de très bonnes relations avec l‘Entourage).

C’est aussi durant cette période qu’il commence à réellement s’intéresser au rap en écrivant quelques textes, jusqu’en 2011 où il vient à sortir son premier projet 20 mesures (avec DJ Luni et aussi Walter). Il rencontre le rappeur belge Caballero, qui est encore un grand ami pour lui aujourd’hui, avec qui il sort un second EP en 2012 et produit par l’incontournable Hologram Lo’ : Le singe fume sa cigarette.

Ont suivi ensuite d’autres projets tels que 22H-06H, Cette foutue perle, Seigneur, Majesté et ODSL. En bref : le rappeur parisien a sorti un projet par an, et ce depuis 2011, la productivité de celui qui se faisait appeler “Jo Pump” était déjà forte a ses débuts, et elle a persisté au fil des années.

 

Chaque année j’suis meilleur (R2D2)

 

 

L’année 2017 a marqué un véritable tournant dans sa carrière puisque Flip, son premier album, est sorti le 30 juin. Ce projet a tout simplement fait exploser sa notoriété et l’a placé au devant de la scène rap française. En effet, pour un premier album, Lomepal a su proposer un projet qui a touché beaucoup de gens, ce qui lui a valu d’être certifié disque de platine. Le 1er décembre, il a sorti la réédition de cet album Flip Deluxe, en ajoutant des versions acoustiques de quelques sons de son désormais considérés comme « classiques ».

 

2018, une année réussie :

Mais alors, après une si belle année pour Lomepal, comment a-t-il pu continuer son ascension fulgurante ? Comment faire que 2018 soit mieux que 2017 ?

Si s’améliorer sur le plan musical ne pouvait être que la suite logique de sa carrière, le rappeur a varié ses projets en visant très grand, et ce, aussi en dehors du rap.

En effet, il a été invité sur quelques sons cette année, notamment sur l’album de Lefa avec « Paradise », morceau qui a tout simplement marqué 2018. D’autres collaborations ont vu le jour, avec notamment Alt-J sur le remix de leur 3ème album solo avec 3WW, ou encore L’Impératrice et le morceau Là-Haut.

Mais le projet auquel il a sans doute le plus travaillé cette année est la création de sa chaîne de vêtements « Flip change le monde », une collection qu’il a tout d’abord mis en vente en magasin sur Paris et qui a créé un engouement hors-norme sur la capitale, avec des files d’attentes qui n’en finissaient plus, puis en la vendant sur son site Internet, où les ruptures de stock arrivaient dix minutes après la mise en ligne des produits.

 

Un carton plein sur cette année, il ne suffisait plus qu’un nouvel album pour que cette année soit parfaite pour Lomepal, et ce qui devait arriver arriva.

 

Jeannine, un tournant musical

 

 

 

Pas d’énorme promo pour ce projet si ce n’est la sortie que de « 1000°C » où l’on retrouve le rappeur belge Roméo Elvis (après « Billet » sur Flip), et un titre qui a pu étonner beaucoup de ses fans de prime abord. Lomepal a annoncé par la suite que le nom de cet album est un hommage à sa grand-mère, dans un texte qu’il a dévoilé avant la sortie de son album, qu’il a ensuite transmis dans la version physique de celui-ci, où il veut que l’on lise ce texte pendant le morceau qui constitue l’outro du projet Dans le livret :

 

 

Dans son premier album, Lomepal nous avait démontré sa capacité technique en ce qui concerne la dynamique rappée de son album, mais il avait réussi à transposer son style dans des sonorités mélodieuses, en adoptant une voix chantée, tout en ayant toujours une même qualité d’écriture. Nous pouvions constater cela sur des morceaux tels que Danse, Sur le sol ou encore Bécane, qui avaient été particulièrement appréciés. Le style des sonorités utilisées sur ces tracks est semblable à la plupart de celles du nouvel album.

Lomepal avait osé sortir de sa zone de confort. Il nous a montré une facette un peu plus cachée de lui sur le plan musical, mais aussi stylistique, comme le prouve d’ailleurs le choix de sa cover. De plus, c’est le même designer qui réalisé la cover de Jeannine, Samuel Lamidey (il a également réalisé la cover d’UMLA ou encore de Cyborg par exemple.)

Ces dernières années, le rap moderne se caractérise par le fait que les artistes cherchent à se démarquer les uns les autres en proposant chacun son style musical. Si certains mélangent des styles entre rap et rock, ou encore rap et reggae, d’autres arrivent directement à puiser quelque chose de nouveau, en apportant leur propre touche à leur création. Les rappeurs parvenant à trouver un style accrocheur à l’oreille marquent les esprits, et ceux qui arrivent à nous transporter facilement dans leur univers sont de loin les plus talentueux, et c’est ce que Lomepal a réussi à faire.

Par ailleurs Lomepal lance une pique dans cet album à tous ceux et celles qui cherchent à vouloir devenir de grands rappeurs. Ce thème est introduit par Skit Roman, qui est une interlude avec un monologue qui n’est autre que celui de Roman Frayssinet, l’humoriste français qui apparaît régulièrement sur la chaîne Clique : il aime le rap (et est peu fou lui aussi). Dans cet extrait, il nous dit que c’est l’entourage, les amis  qui doivent directement faire comprendre au débutant qu’il est « éclaté », en d’autres mots, il faut mettre terme à une carrière qui n’a pas encore commencé pour quelqu’un qui n’est pas assez bon pour se lancer. Une fois introduite, la track qui vient ensuite dans l’album correspond au son La vérité, qui tourne autour de ce phénomène. Lomepal a invité OrelSan avec une alchimie bien présente, ils critiquent ce que font beaucoup de jeunes rappeurs encore débutants, ou encore les rappeurs un peu plus confirmés qui essayent tant bien que mal d’avoir de la visibilité. On comprend qu’ils visent directement ces rappeurs qui cherchent à se trouver un style pas forcément original ou qui copient désespérément pour se démarquer.

 

Mais alors, pourquoi cet album marque t-il une véritable étape dans la carrière de Lomepal ?

 

Cet album constitue en quelque sorte la version finale du style de Lomepal, qui tendait à se développer dans Flip. Aujourd’hui, si l’on doit distinguer Lomepal des autres, on y arrive très facilement, il a finalement terminé son « évolution » : un rappeur mélodieux, avec une voix hors pair, il peut rapper et chanter sur des instrus avec des sonorités agréables, reposantes, planantes. Dans l’écriture, on a toujours sa marque de fabrique avec sa plume, avec bien sur des rimes riches, mais aussi des multisyllabiques et même de la prose. Un rappeur qui ose, et élargit son champ des possibles.

Ce côté plus chanté est omniprésent dans l’album, Le lendemain de l’orage, Le vrai moi ou Trop beau en sont de très bons exemples, mais Évidemment nous montre à quel point l’album est abouti sur la musique en elle-même de l’album, on passe du piano à la guitare, puis une nouvelle fois au piano. Ray Liotta et Bryan Herman sont remplacés par le rockeur Dave Grohl, l’aspect musical est bel et bien plus présent que jamais.

Ne me ramène pas, de par sa mélodie et le ton de Lomepal qui va crescendo durant le son, suscite notre attention dès le début de l’album. Il est aussi assez rythmé, Lomepal nous démontre toute son ambition à travers ses mots, et le fait que le son vienne de plus en plus fort dans nos oreilles renvoie une ambiance motivante. Tandis que le dernier son de l’album, Dans le livret, lui, est plus calme. Une instru, sans paroles, est suffisante pour terminer l’album sur de bonnes ondes, cela apporte une touche d’originalité en plus, notamment aussi avec les notes que l’on doit lire pendant le son.

 

Nous avons donc la version finale de Lomepal, reste à savoir maintenant si dans ce style, il continuera à nous surprendre musicalement parlant, chose dont il est difficile de douter.

 

Pour analyser l’album en lui-même désormais, on peut relever les différents thèmes qu’a abordé Lomepal à travers sa création.

 

« C’est beau la folie »

 

Ces mots qu’a crié Lomepal en concert, ont constitué le fil conducteur de son album. Une signification ressortant de cette phrase est la folie en elle-même, qui lui a été donnée par une certaine Jeannine.

 

« Ma grand-mère était folle et elle m’a transmis son pouvoir »

 

Dès le morceau introduisant l’album Ne me ramène pas, Lomepal nous fait comprendre l’influence directe de sa grand-mère et ce « pouvoir« , il a donné une signification bénéfique à la folie, ce n’est pas quelque chose de très bien en soi mais le fait de comparer cela à un mot mélioratif fait ressortir les bons côtés de la folie. Il ne s’agit pas seulement d’un hommage ici, mais aussi d’une façon pour Lomepal de faire vivre cette dernière à travers ce projet, en témoigne sa seule déclaration le jour de la sortie de Jeannine :

 

 

On aurait déjà pu se douter que Lomepal était un peu fou depuis Flip avec l’extravagant Palpal.

Dans cet album, on peut écouter quelques passages de monologue au long de l’écoute de Jeannine, des extraits de discussion, cette voix qui nous raconte des anecdotes, c’est Pascale Valentinelli, la mère de Lomepal, qui parlait de Jeannine.

Sur l’outro de Plus de larmes, de Dans le livret, tout le morceau Skit Mamaz qui est la seconde interlude après Skit Roman, grâce à sa mère on fait un peu plus connaissance avec Jeannine en écoutant cet album. À l’image de Skit Roman qui introduit le thème des rappeurs qui veulent devenir connus, Skit Mamaz introduit la folie, et en suit le son qui correspond à ce thème : Beau la folie.

Le morceau Beau la folie, est directement adressé à sa grand-mère. On retrouve une nouvelle fois sa mère dans l’outro du son. Lomepal nous y parle de folie de Jeannine, cette femme qui « marchait nue en criant des mots magiques » voulait aussi à chaque croisement « suivre le soleil », qui était optimiste et la faisait rêver. Lomepal nous décrit cette folie comme « belle », et rend évidente sa folie : « Ils disent qu’elle était folle, sans blague« .

La folie de Jeannine, que la mère de Lomepal avait acceptée, et que Lomepal désacralise, n’est pas considérée comme quelque de chose de négatif sur leur vie, au contraire : celle-ci a permis au rappeur de réaliser ce projet, lui-même dit qu’elle lui a transmis cette folie. Les génies sont aussi souvent fous, à l’image de Vincent Van Gogh ou encore Isaac NewtonAristote nous affirmait la chose suivante : « Il n’y a pas de génie sans un grain de folie« .

On peut considérer Lomepal comme un « savant fou », des mots très souvent rapprochés dans l’humour, alors qu’ils ne sont pas si éloignés. Un « génie incompris » et fou vraisemblablement :

 

« Je sera jamais compris, et je l’ai compris quand j’étais encore un môme. Sauf que maintenant je me sers de mon cerveau disloqué, pour devenir l’artiste le plus puissant de France, chaque nouveau concert je rentre un peu plus en transe »

 

Cette folie se transmet peut-être de génération en génération, puisque sa mère étant une artiste aussi dans la peinture, celle que Lomepal « enjambait sur le sol » dans Flip, cette folie subsiste sûrement toujours à travers l’esprit artistique qu’ont Lomepal et sa mère, rendant leurs oeuvres toujours plus belles.

 

« Tout le monde est zinzin dans ma famille »

 

Le fait de révéler cette particularité sur sa famille, cette tare héréditaire, et de nous parler directement de la folie de sa grand-mère sur cet album montre qu’il se dévoile un peu plus à nous ce projet, il nous laisse le connaître sur ce plan, mais ce n’est évidemment pas le seul.

 

La mélancolie, l’idéal féminin inaccessible

 

Une autre facette que Lomepal ne nous a jamais vraiment dévoilée sur sa vie sentimentale. On a souvent eu droit à un homme joueur avec les filles, plus dans la séduction (avec Danse) à vouloir multiplier les conquêtes d’un soir, ou des relations à court terme (avec Yeux Disent), mais il y avait toujours un côté plus positif dans ses relations, plus optimiste. Mais on a pu avoir un avant-goût de lui sous un autre angle dans Flip avec Bécane, un morceau rempli de nostalgie et de regrets pour une fille. Dans cet album, on a droit à un Lomepal dans ce mood-là, plus pessimiste dans ses relations. Bien sur, Lomepal nous a aussi proposé des morceaux rythmés, très rappés comme 1000°C, Ma Cousin avec à l’intro Di-Meh ou encore La Vérité. Mais dans la globalité de l’album, il est très mélancolique et il s’avère qu’il ne cherche plus à errer de fille en fille et en a marre de la solitude, mais il cherche désormais à combler un vide qui n’a jamais été vraiment rempli, un besoin jamais assouvi puisqu’il s’agit de rencontrer une femme, une vraie, pour avoir une relation amoureuse.

 

« Je veux juste une âme sœur »

 

Pour comprendre pourquoi cette prise de conscience a surgi, il faut aller trouver la vraie nature de Lomepal. Comme il le démontre par moment, au fond de lui c’est un romantique, un rêveur qui « se fait des films« . Il a été déçu par l’amour et est passé malgré lui, du désir amoureux au simple désir charnel.

Afin de mieux comprendre cela, il faut lire ce passage dans Évidemment, on peut aussi apprendre que son rapport aux gens n’a jamais été très bon :

 

« J’fais que déconner pardon, chaque semaine, je couche avec une nouvelle fille que j’connais pas
Est-c’que j’essaie d’me venger, d’me venger de toutes ces années où j’plaisais moins aux filles qu’les mecs dérangés
Où j’me sentais partout étranger, où j’servais qu’à nourrir leur égo quand ces pétasses jouaient
Aujourd’hui, c’est moi qui monte les étages ou elles
Bon d’accord, j’étais consentant quand j’rentrais dans leur spirale
C’était toujours mieux que d’être invisible
Maintenant, j’ressens plus rien, j’m’intéresse plus qu’à leur physique et tous les soirs le diable me rend visite
Fini les grosses garces trop fausses gamin, j’étais tellement bête
J’veux un Oscar pour chaque film que j’me suis fait dans la tête, merde
Avant j’étais un peu froid, maintenant j’le suis complètement, c’est trop tard pour combler l’manque »

 

Les filles ont toujours été un thème récurrent chez Lomepal, mais surtout sur le plan du jeu de la séduction. Ici on plonge directement dans quelque chose de plus introspectif, une face cachée pleine de désespoir en amour. Dans son message à lire pendant l’écoute de Dans le livret, il dit avoir rencontré une fille et l’avoir embrassé avant qu’elle ne s’en aille car elle avait déjà quelqu’un dans sa vie, et il a suffit d’un baiser pour que Lomepal nous transcrive cette histoire dans le second couplet de Dave Grohl, ce qui témoigne son envie de trouver cette femme, mais aussi du fait qu’il n’y arrive pas : il a beau essayer, mais en vain.

Il y a une idée de fatalité dans tout cela, toutes ses relations ont toujours menées à un échec et Trop Beau est un morceau qui entretient cette idée-là dans ses paroles. Au niveau musical, le piano est souvent utilisé, c’est l’instrument le plus choisi quand on veut créer une ambiance mélancolique, avec une mélodie triste et des notes graves où les aigus retentissent grâce à des violons au refrain. Ce procédé musical est souvent utilisé pour signifier une fin malheureuse ou dans un scénario catastrophe impossible à résoudre. Ici, l’utilisation de cet instrument renvoie à l’idée de fatalité. Sur cette mélodie, Lomepal se résigne et se fait à l’idée que cette relation ne menait à rien.

 

Nos deux corps pourraient mourir j’ai déjà fait le deuil. Maintenant pars loin de moi une larme cachée dans l’œil.

Notre histoire n’aurai jamais pu finir dans le calme et la tendresse, je te déteste comme cette phrase qui dit : « c’était trop beau pour être vrai »

 

Cette expérience que s’est forgée Lomepal et qui lui laissait un goût amer dans l’idée qu’il a de la gente féminine, il l’applique dans ses nouvelles relations, même lorsqu’elles démarrent de la meilleure des façons comme dans le second couplet de Beau la folie :

 

« Cette fille c’est ma vitamine D, je l’ai attendu comme juillet. On s’aime et on s’attire je viens de comprendre pourquoi on dit « des aimants », mais c’est trop beau pour être vrai, on se détestera forcément »

 

« Trop beau », c’est la seconde fois qu’il utilise ce procédé pour qualifier ses relations. Il a idéalisé la femme qu’il recherche.

À la fin du morceau Dave Grohl aussi : « Et c’est toujours la même chose« , chaque fois le même schéma dans toutes les relations de Lomepal : drague > histoire plus ou moins longue > fin, il y a toujours une fin, mal vécue puisque triste, c’est quelque chose qu’il ne veut plus.

Dans le second couplet, qui raconte son histoire d’amour d’été, il pensait une nouvelle fois avoir rencontre « la bonne » et met en avant le fait qu’ils se ressemblaient, qu’il l’aimait. Pour illustrer cette histoire, il emploie une métaphore filée sur le champ lexical de l’environnement marin : il veut la rattraper par tous les moyens jusqu’à même « inventer le crawl » mais finalement un océan les sépare : elle a déjà quelqu’un. Retour au point de départ pour Lomepal.

 

Cet album nous rend compte aussi du fait que Lomepal, en se dévoilant à nous, a voulu essayer en quelque sorte de déballer son sac, il avait beaucoup de choses à dire et ce projet a un effet cathartique. Si lui-même disait qu’il aimait voir ses fans « Tout lâcher » en concert, il l’a fait à son tour à travers cet album et en abordant ce sujet, il se purge de toute la passion qu’il a accumulée. Même s’il demeure encore réservé pour aller plus loin dans l’introspection, il avoue indirectement qu’il demeure dans un tourment.

 

« Je n’avouerais jamais que certaines de mes propres émotions m’effraient »

 

On a eu droit à Caballero sur Flip avec le morceau Ça compte pas, place à JeanJass avec X-men. Le rappeur belge donne une performance de haut niveau sur le son et nous donne avec Lomepal une vraie leçon de vie pour nos relations amoureuses qui tournent mal. Ils critiquent la trop grande fierté d’un homme envers sa compagne, et prône l’humilité en les faisant redescendre de leur piédestal. Dans cette histoire, la femme n’est pas sans tort puisqu’elle fréquentait un autre homme, et s’en est allée avec lui ayant marre de sa relation, tandis que JeanJass essaye de nous faire relativiser.

 

Il y a tout de même un point positif en amour pour Lomepal, et ce point est Le vrai moi. En effet, ce morceau est aux antipodes de ce qu’il a pu nous proposé : on a affaire à un homme amoureux, émerveillé et calme, et ce grâce à une femme qui lui a permis d’enfin se découvrir. Elle a visiblement été la résolution à tous ses problèmes et remplace les médicaments, c’est elle qui le soigne de son malheur. Tout cela souligne l’importance qu’accorde Lomepal à une relation sérieuse, il aimait tellement cette fille qu’il avoue l’aimer plus que Dieu, ce qui constitue un blasphème.

 

« J’t’ai aimée plus que le créateur
Je brûlerai sûrement pendant des mois
Mais comment pourrais-je avoir peur
Maintenant que j’ai connu le vrai moi ? »

 

Lomepal se dévoile donc un peu plus à nous en ce qui concerne sa vie amoureuse et sur sa famille, mais il en vient aussi à nous parler de lui et de sa vie en général. Il n’était pas très sociable et se sentait même « invisible », il ne nous avait encore jamais avoué cela, on avait pour habitude de le connaître plus qu’à l’aise avec les filles (même si en relation sérieuse c’est plus compliqué). Il se livre à nous à travers différents morceaux, notamment Évidemment où il est très facile de s’identifier, tandis que Plus de larmes nous renvoie plus de tristesse et de sincérité avec une élocution mélodieuse.

Le lendemain de l’orage peut s’interpréter aussi comme un morceau dans lequel Lomepal nous parle de lui, dans le couplet notamment. Cependant, le refrain nous montre qu’il a grandi (lui qui a récemment eu ses 27 ans et parle quelquefois de son âge dans ses musiques) mais on peut aussi penser qu’il parle pour sa grand-mère : une personne âgée qui a un entourage qui lui a été néfaste. Ce son vient directement à l’opposé de Mômes dans lequel il nous dit qu’il est « encore un môme« .

 

D’autres thèmes encore

 

Sa famille

 

La folie et la mélancolie étant les deux thèmes les plus présents sur cet album, ils constituent la plaque tournante du projet, mais Lomepal aborde d’autres sujets, certes moins en profondeur, mais ils reviennent assez souvent.

 

Tout d’abord, on apprend beaucoup de choses sur la famille de Lomepal. En effet, si on connaît maintenant un peu mieux sa grand-mère ainsi que sa mère, le morceau Beau la folie nous révèle pas mal de chose au sujet de ses proches.

Dès le début, Lomepal nous dit qu’il a 3 soeurs, que sa famille est un peu « zinzin« , ou encore que sa grand-mère est décédée à la suite d’un cancer. Cependant, il nous donne des informations négatives quant à sa situation familiale puisqu’il n’a « pas vu sa grande-soeur depuis 10 ans« . De plus, il entretient une mauvaise relation avec son grand-père :

 

« Grand-père a détruit ma mère et ma grand-mère avant elle (Fuck that nigga)
J’ai jamais eu d’amour pour lui, j’ai toujours fait semblant à Noël »

 

On comprend que son grand-père est une mauvaise personne pour lui mais pas seulement, puisqu’il semble avoir été néfaste pour sa mère et sa grand-mère, sa famille en général aussi d’ailleurs puisque Lomepal la qualifie de « malsaine ». L’image que renvoie son grand-père est totalement l’inverse de celle de sa grand-mère : tandis que l’un est une mauvaise personne et nuisible pour l’ensemble de sa famille, l’autre (certes folle) a l’image que l’on a de la grand-mère de base qui est gentille, généreuse et qui a une influence positive sur ses enfants.

De plus, on en apprend un peu plus sur ses parents aussi dans le son Le vrai moi où il compare son cœur brisé à ses parents séparés.

Entre une sœur avec qui il est en froid depuis 10 ans, un grand-père malveillant et des parents séparés, Lomepal n’a pas toujours eu grand chose finalement.

Mais alors, que reste-t-il à Lomepal ? Sur qui peut-il compter ?

 

Ses amis

 

« Trois sœurs, pas d’frères, heureusement Dieu a créé les amis »

 

Pour ceux qui le suivent sur les réseaux sociaux, on constate que Lomepal est très souvent avec ses amis. Toujours accompagné de Yassine et l’Ordre Collectif, proche de Roméo Elvis, ils sont très présents dans sa vie (d’ailleurs il est parti en vacances à l’Île Maurice accompagné de son grand ami qui est le fameux Caballero avant la sortie de l’album), à tel point qu’il les encense dans certains passages, et surtout dans le son Cinq Doigts où il parle beaucoup de ses amis. On retrouve Philippe Katerine une nouvelle fois, après son invitation dans le Planète Rap de Lomepal :

 

« J’ai même pas besoin de faire semblant de croire que tous mes amis sont remarquables »

 

Conclusion

 

Lomepal est définitivement au devant de la scène des meilleurs artistes francophones du moment avec cet album : un nouveau projet abouti musicalement, qui confirme la tendance. Si on pouvait douter qu’il soit parmi les meilleurs, c’est désormais un fait.

Est-ce que Lomepal a fait mieux en 2018 avec Jeannine qu’en 2017 avec Flip ? On ne peut pas comparer les deux projets évidemment, seul le temps nous dira si Jeannine est bien reçu du grand public, même si ça a l’air très bien parti. Cependant une chose est sûre, Lomepal a beaucoup évolué sur le plan musical ainsi que sur son style.

C’est un artiste versatile, avant-gardiste, qui peut aussi bien chanter que rapper, il contribue au mouvement de diversification du rap en France qui prend place depuis quelques années, un rap moderne caractérisé par son style, qui a été travaillé et terminé : des couplets rappés ou des refrains chantés, il sait tout faire, et ce sur des beats planants, mélodieux, avec un zeste de folie ajouté à cela, et on reconnaît Lomepal.

Pour son second album, il nous délivre une véritable introspection avec aussi un côté assez purgatoire, il a en quelque sorte « Tout lâch[é] » lui aussi puisque ce projet lui aura servi d’exutoire. Les morceaux sont remplis de sincérité, que ce soit sur les femmes, sa famille, ou sa vie en général. Il lui a aussi permis de se trouver musicalement, mais aussi dans sa vie dans laquelle il était tourmenté :

 

“Un pied dans les flammes, un autre dans la glace

Séduit par les extrêmes, j’ai trouvé ma place”

 

Alors finalement, nous n’avons qu’une chose à dire : merci Jeannine.

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