Nous suivre

Article

« La vie augmente vol.3 » d’Isha : Le peintre de son histoire

Avatar

Publié

le

Le 7 février dernier, Isha, nouvelle figure du rap belge, nous a livré le troisième opus de sa trilogie “La vie augmente”. Presque deux années se sont écoulées depuis le deuxième volet datant de 2018, une attente qui a porté ses fruits.  

Les dents sont le reflet de l’âme” ; c’est l’expression parfaite pour introduire la cover du projet. C’est la tradition, les dents du bonheur de l’artiste illustre le 10 titres, cette fois-ci, sous forme d’ossature métallique, qui annonce un projet sombre, et personnel. Le volume 3 débute avec un piano et un cracheur de feu ; Durag. Une instrumentale efficace, pas de refrain, juste Isha. L’artiste dépeint la réalité, à travers son histoire, un constat amer qui le pousse à la solitude, le prix du libre-arbitre. Un thème récurrent du projet : La solitude.

Il ne se reconnait plus dans le paysage rap d’aujourd’hui, entre les clashs futiles, le manque d’innovation et le paraître. Il va plus loin en dessinant un portrait d’une génération entière, en la comparant avec la sienne :

« On nous frappait quand on récitait mal l’Ave Maria”

“Je n’ai confiance qu’en l’élasticité du durag”

Le “je” est omniprésent, malgré le traitement de notion universelle : 

“Je suis souvent au boulot, pour chanter la misère du monde” 

Cependant, même lorsqu’il parle d’autrui, c’est à travers lui : 

“On n’a pas fait d’efforts, on s’en battait les couilles, on a raté l’école” 

Il a besoin de cette solitude, ce n’est pas un choix, c’est un mal pour un bien : 

“J’ai prévu de rester loin de vous,c’est hardcore mais je tiens debout” 

“Un ami me demande pourquoi t’éteints ton tel’ tous le temps, poto,

J’ai besoin de rester seul pour entrevoir un ciel tout blanc” 

Le ciel bleu représente la nature, la réalité, un tableau qui est souvent délaissé au profit du virtuel. La réalité devient un luxe, même en se détachant du monde, on ne peut qu’entrevoir sa beauté.  

On compte 4 feats, Green Montana, PLK, Dinos, et Sofiane Pamart au piano. Comme à son habitude, lorsqu’il collabore, Isha sait fusionner avec l’univers de son invité, et créer un terrain adéquat à chacun. Ainsi, Green Montana, pépite du 92i, et proche de l’artiste, passe « de la gova à LVA3″ et collabore avec Isha sur le morceau Bad Boy en offrant un refrain mélodieux qui crée une vibe ensoleillée.  

Le morceau Idole traite d’une idéologie propre à Isha :

“Je ne suis qu’un simple homme, je ne suis pas un exemple”

D’autant plus qu’avec Dinos, on pourrait les considérer comme les bons élèves de l’héritage du rap français, la prise de position est d’autant plus intéressante.  

“Dis à ce puriste qu’on l’emmerde” 

L’humilité, une des qualités d’Isha, proche de son entourage, et marqué par la vie, il ne veut surtout pas être vu comme une star :  

“Tellement ça m’a fait mal, vraiment, tu laisses tes frères en chien errant, quand toi t’avances à pas de géant” 

“Ne me compare pas à tous ces rappeurs, on est diamétralement opposés,

J’crois qu’il est temps de vous le signifier, j’vomis leur manque d’humilité”

L’ascension sociale et professionnelle due à la réussite peut rendre aveugle. L’artiste bruxellois tient à souligner cet aspect, qui est à l’antipode de sa nature. 

“Mon pote me dit qu’il est fier, il est content que j’ai trouvé ma voix,

Il m’explique que son destin est dans le ghetto, il vas passer ses journées là-bas » 

C’est la première fois qu’il parle d’un ami, fier et sincère. C’est de là que vient son humilité, son attache à sa vie d’avant est réel.  Cette vision rejoint une cause importante aux yeux de l’artiste bruxellois, le communautarisme. Comment ne pas parler du titre “Les magiciens”, qui revient sur l’épisode colonial, un sujet qui fait partie de sa propre histoire. C’est sur une instrumentale à sonorités africaines qu’il décrit la magie de cette événement, où les colons chrétiens, ont réussi à imposer leurs croyances chez les colonisés.

“Ils ont laissés le livre magique”

C’est un morceau très fort, qui traite d’un sujet déjà vu, d’une manière inédite.  La violence des évènements est narrée en poésie. L’atrocité prend un autre visage, on ne cherche pas à choquer pour dénoncer, le but est de transmettre la vérité. Chez Isha, le communautarisme a une définition bien particulière. Bien sûr, liée à sa propre histoire, c’est ceux qui ont souffert, ceux d’en bas. Dans le premier volet de la trilogie, il dit : 

“Mon babtou il a une tête d’escroc, tu te demandes pourquoi je l’appelle “négro” ? 

C’est parce qu’on a connu les mêmes blèmes-pro” 

Une vision qui est au cœur du feat avec PLK. Malgré leurs différences, ils se rejoignent dans un vécu similaire. Le rappeur de Bruxelles prouve une nouvelle fois qu’il est attaché à ses semblables, et qu’il élargit son champ à l’authenticité dégagée. C’est un solitaire qui se préoccupe de son entourage, comme dans Coco, un sujet sensible qu’il chante sous forme de ballade. C’est un procédé récurrent dans sa musique, il aime jouer entre les thèmes abordés et les atmosphères, par exemple, dans le deuxième opus avec Mp2m : 

“Fallait que je te le dise, ce n’est pas trop tôt, tu as pris tellement de mes potos” 

Autant dans la vente, pour ceux d’en bas, que dans la consommation pour les plus aisés, c’est un spectacle qu’Isha connait.  

“Jouissance vulgaire, souffrance humaine” 

Synonyme d’échappatoire, imaginaire comme économique, c’est une utopie néfaste, qui marche grâce à la souffrance. Il conclut La vie augmente vol.3 en compagnie de Sofiane Pamart. C’est un beau résumé de toute l’aventure de la trilogie, qui a vu son ascension :

“Mi-violent, mi-pacifique, du chagrin et du mépris, un code pénal et un fusil à pompe, j’suis Martin Luther X” 

Ici, l’artiste prend deux figures noires historiques pour exprimer son double placement, avec un but commun ; les droits de l’hommeIsha aimerait pouvoir se pardonner lui-même, mais aussi les autres, dans une vision pacifique des choses, même si cela reste impossible. Il n’y a pas de solution absolue, il faut apprendre à vivre avec ses peines, les combattre c’est assurer leur pérennité. Loin de l’égotrip, on a affaire à “un rappeur honnête.” Sa musique est un prolongement de sa pensée. C’est ainsi qu’il combat ses peines :

“J’écris pour guérir toutes mes maladies, j’suis cramé comme journal intime” 

L’efficacité de sa plume provient, en partie, de cette honnêteté, il n’a aucun problème à dévoiler ses cicatrices au grand jour. La musique est à la fois son exutoire et son défouloir.

La trilogie “La vie augmente” se conclue parfaitement bien, le projet est diversifié, avec une identité forte, c’est très encourageant pour l’album.  

Continuer de lire
Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Actus

Moha MMZ démarre fort en solo avec « EUPHORIA »

Antoine

Publié

le

Par

Connu pour sa carrière de groupe aux côtés de son acolyte Lazer, Moha MMZ débute aujourd’hui son parcours solitaire avec EUPHORIA.

Dans la musique, le passage d’un projet de groupe à une carrière solo s’avère souvent quitte ou double. Après avoir fait ses armes avec plusieurs projets de groupe, celui qui se faisait appeler Pti Moha en 2015 sur Que la mif de PNL sort aujourd’hui son premier album solo : EUPHORIA. Un nouveau challenge pour le rappeur, challenge qu’avait aussi entrepris son acolyte Lazer l’année dernière avec un EP Zéro Pression.

Respire, demain sera meilleur ou juste moins pire

Réputé pour sa maîtrise de la mélodie, le jeune homme originaire des Tarterêts n’y déroge pas et conserve toute son ADN au sein de son premier album en solitaire. Variant les ambiances et les flows, le rappeur propose également plusieurs prises de risque réussies, du refrain de DORE à celui de BUG pour ne citer qu’eux. « Toujours les mêmes pâtes dans les mêmes plats » … Imprégné de la fibre QLF, on retrouve également N.KF au mix de l’album et BBP dans certaines productions.

Au nombre de 2, les featurings savamment choisis s’intègrent sans faute dans la tracklist, que ce soit l’ensoleillé VIBES avec RKM de DTF ou le mélancolique GALERES aux côtés de Zed, membre éminent du collectif 13 Block.

Au delà des textes, son univers se révèle également via ses clips, en témoigne le dernier en date tourné dans les forêts norvégiennes, illustration de la froideur du titre CAUCHEMAR.

Très attaché à l’indépendance, Moha a fondé son label SPRT ZOO et son studio La Salle Du Temps, et a accompagné la sortie de son album d’un merchandising exclusif. Etape importante dans son parcours artistique, le jeune artiste délivre un premier album solide et prometteur à seulement 24 ans, annonciateur de belles choses pour la suite de sa carrière.

L’album EUPHORIA de Moha MMZ est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

Dans le reste de l’actualité : Jazzy Bazz revient avec Memoria

Continuer de lire

Actus

Green Montana toujours aussi efficace dans « Waldorf Astoria »

Nicolas Rispal

Publié

le

Green Montana est de retour avec « Waldorf Astoria » sept mois après la sortie de MELANCHOLIA 999, en juin dernier. Parlons-en. (suite…)

Continuer de lire

Actus

Oldpee revient encore plus « Dur »

Avatar

Publié

le

Par

À l’occasion de sa série « Binbinks », Oldpee veut marquer les esprits de ce début d’année avec le cinquième opus de la saga.

Dans ce nouveau visuel réalisé par Alan Cohen, le rappeur sevrannais continue d’affirmer son identité, à coups d’égotrip sur sonorité trap mêlés à une attitude et des flows nonchalants. La performance du rappeur doit être autant soulignée que la production minimaliste mais efficace de DJ Morex & B.A.

Si j’pose mes péchés sur la table, j’suis presque sur qu’elle s’fissure

La D.A du clip permet à Oldpee d’exprimer sa singularité, notamment par sa gestuelle. Ce visuel continue de dessiner les contours de la direction que va prendre le rappeur pour 2022. Il semble très à l’aise dans une ambiance sombre et sobre à la fois. L’aspect nonchalant de l’artiste donne du relief à des références qui se veulent plus légères :

Ca t’allume au clair de la lune

Nous pouvons également souligner la présence de Da Uzi aux côtés d’Oldpee. 3 ans après la compilation « 93 Empire », la scène sevrannaise montre sa facilité pour collaborer. Peut-on y voir un potentiel feat sur le premier projet solo du membre de 13Block ? Au final, ce visuel, avec le morceau qui l’accompagne, semble être le parfait compromis pour Oldpee. D’un côté, il ne devrait pas perdre les fans l’ayant découvert en groupe, et de l’autre côté, il affirme lentement et sûrement son attitude plus singulière.

Le morceau IGGY de Oldpee est disponible sur toutes les plateformes en cliquant ici.

Dans le reste de l’actualité : TUNNEL, l’exposition du photographe Fifou du 21 au 23 janvier

Continuer de lire

Tendances