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« Adios Bahamas » de Népal : les confessions d’un Daruma

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Chroniquer l’album d’un artiste récemment disparu et déjà infiniment regretté n’est pas simple. Avant cet article, toute l’équipe de Raplume tient à rendre hommage à Népal, jeune légende du rap français, dont l’oeuvre nous accompagnera longtemps encore. Adios Bahamas est un grand album : écoutez-le et donnez-lui l’amour qu’il mérite.

 

message de Roxane, notre photographe :

À présent il y’a une étoile de plus dans le ciel. Une étoile qui a « Rien d’spécial » au premier abord, à part qu’elle brille plus que toutes les autres. Aucun mot ne pourra exprimer la puissance avec laquelle ta musique touchait nos cœurs. Et à quel point elle résonnera à tout jamais dans ceux-ci.

C’était un honneur de croiser ta route jeune légende.

 

 

Tantôt producteur, rappeur ou beatmaker, Népal aka KLM nous livre son premier album. La moitié des 2Fingz se dévoile à travers 12 titres sous le signe de la confession et de l’ambition musicale.

Sur cette pochette, nous sommes interpellé par sa sobriété ainsi que l’importante présence de la couleur blanche, celle de la pureté. De plus, l’artiste se place de 3/4 dos, tout en restant dans son anonymat sous son foulard. Cet accoutrement renvoie à une légèreté, soulignée par l’écriture manuscrite du titre.

Le projet commence sous l’eau pour émerger à la surface. Opening permet de marquer la première apparition de l’un des thèmes principaux de l’album : l’élévation. Népal nous emmène en voyage. S’élever revient à partir du point 0, à définir les bases. Ici, la suite du morceau Ennemis, toujours en feat avec Di-Meh, ironise son titre puisque les rappeurs s’accordent pour dire qu’ils n’en ont pas.

Certes, il y a une part d’égotrip, mais cela fait aussi référence à l’adversité que l’on côtoie au quotidien :

« Essaye pas d’te battre avant de connaître ton ennemi »

Question élémentaire : Qui est notre ennemi ? Est-ce vraiment l’autre ou nous-même ? Népal semble dialoguer avec son auditeur. En effet, notre ego peut nous pousser à refouler les évidences, ce qui nous amènerait à plutôt pointer les autres du doigt. Dans le titre En face, Népal continue son prêche au côté de Nekfeu, ceux-ci semblent nous aider à trouver notre ennemi :

« La vérité se trouve en face de toi »

« C’est juste en face, ouvre les yeux »

S’il y avait un miroir devant nous, nous y verrions notre la vérité. S’élever spirituellement commence déjà par se délaisser des fardeaux comme l’ego et l’adversité. Ainsi, nous accédons à la vérité qui nous indique le chemin à suivre. En effet, la réponse serait en nous, c’est celle-ci qui nous permet d’écrire notre propre Trajectoire :

« Au bord de la mer j’saurais même pas quoi y faire

J’vis mes rêves en silence et j’me prépare pour l’hiver »

Ici, Népal ressent ce besoin de vérité car il semblait obsédé par sa fin. C’est pour cela qu’il faut s’approprier sa trajectoire :

« C’est quoi la vie si j’peux pas aimer mes gens ?

C’est quoi la vie si j’peux pas élever mes sens ?

C’est quoi la vie si j’peux pas en donner un peu ? »

Au-delà de faire ce que l’on aime, le rappeur dévoile une philosophie de vie basée sur le bonheur, elle-même explicite dans le monologue de fin. Dans son cas, la moitié des 2Fingz s’enferme en studio s’il trouve une Vibe, d’autant plus s’il peut la partager avec un ami, ici en feat avec Sheldon :

« T’es responsable de c’que tu fais mais aussi de c’que tu fais aps »

Selon lui, l’essentiel est d’agir. KLM crée son art comme il crée sa Lemonade. En effet, ce qui compte, c’est le geste plus que le résultat :

« Si j’mets des switch, c’est pour le bruit, pas pour le score »

Cette citation peut faire écho à une phase d’Alpha Wann dans son morceau Turban :

« J’rate ma frappe de loin, c’est mieux que d’mettre un but de pute »

Les 2 rappeurs sud-parisiens accordent autant d’importance à l’art et sa manière. De plus, ils se rejoignent sur le message de pureté et d’élévation, incarné par l’adage solidaire de l’album Une Main Lave l’Autre pour Philly Phaal. En plus de nous emmener dans un voyage, Népal construit son album autour d’une introspection graduée dans le titre Là-bas :

« J’essaye juste de vivre, han

Avance vers la cime »

La cime désigne l’extrémité pointue d’une vague, d’une montagne ou d’un arbre. Certes, le rappeur continue son évocation de l’élévation mais il désigne aussi la chute. En effet, en se rapprochant d’une extrémité, nous nous rapprochons aussi du vide, ce qui nous demande un effort d’équilibre.

Bien qu’elle nécessite de la sagesse, l’élévation spirituelle n’est pas une fin en soi, elle doit être maîtrisée. Népal continue son message à travers le refrain de Sundance :

« Tout ça, c’est les autres

On va laisser ça aux autres

Puisque l’enfer, c’est les autres

Pourquoi vouloir faire comme les autres ? »

Avec ses paroles, KLM nous amène à réfléchir à comment écrire notre trajectoire. Pour cela, le rappeur détourne la citation du philosophe Jean-Paul Sartre, « L’enfer, c’est les autres », pour se poser la question de ses efforts d’élévation et d’équilibre : à quoi servent-ils si ce n’est pas pour notre bonheur ?

« Ce monde tourn’ra rond seulement si j’le prends à contre-sens »

En faisant référence au dicton, « ce monde ne tourne pas rond », Népal semble donner une partie de la réponse à la question du morceau précédent. En effet, non loin de l’adage « Ce monde est cruel » de Vald, le rappeur parisien estime qu’il peut, à son échelle, aider la terre à tourner dans le bon sens. Si l’on suit son raisonnement spirituel, notre élévation peut amener celle de notre entourage sans avoir besoin d’être Millionnaire. Dans le feat avec 3010, Népal avance Sans voir en dézoomant de sa perception en évoquant les saisons :

« Chaque histoire a son hiver, chaque histoire a son mystère

Le temps passe et on s’y perd, le temps passe et on s’y fait »

Le rappeur souhaite nous qu’on l’accompagne dans son élévation. Néanmoins, s’élever veut aussi dire aller vers l’inconnu. Une idée développé précédemment dans le morceau En face :

« Mais l’jour où tu décides de sauter les barrières et d’voler comme un esprit libre, tu sentiras même plus la pression »

En franchissant ce cap, s’approcher de la vérité et avoir une lucidité à toute épreuve nécessite de changer de perception, en acceptant de voir plus loin que la sienne. Ainsi, la fin du projet est marquée par des productions devenant planantes, les mélodies sont épurées.

« T’as tendance à vouloir fermer ta bouche quand tu connais la vraie puissance des mots »

Cette phase peut de nouveau faire écho à l’interlude du morceau Macro d’Alpha Wann :

« T’as passé toute une vie pour apprendre à t’taire. C’est la vérité, combien d’fois tu dis des choses, tu t’dis : Putain, merde j’aurais mieux fait d’fermer ma gueule »

Ces points communs ne sont que des interprétations, mais elles soulignent leurs obsessions pour la spiritualité. Alpha Wann désigne son amour de Dieu, Népal évoque les Daruma.

Dans ce morceau, le compère de Doums fait plusieurs références à la religion bouddhiste :

« J’ai peint l’ciel couleur lavande (hm) »

A force de prières, il atteint le stade du chakra coronal, correspondant au dernier seuil, celui du dépassement corporel. De plus, bien que Népal invite au voyage tout au long de l’album, il termine son parcours spirituel ainsi que son introspection chez lui :

« 2018 dans ma bre-ch’, regard fixé sur un daruma »

Ainsi, le rappeur le précise en faisant écho au sample utilisé dans ce même morceau :

« No change, no chance, smokin’ train in the game »

Ici, Népal peut vouloir nous dire que ce parcours initiatique est difficile, il est semé d’embûches car l’élévation demande de la maîtrise, celle de l’équilibre.

Au final, échouer n’est pas une raison d’abandonner car nous avons un impact direct sur notre Trajectoire et notre entourage que nous pouvons tirer vers le haut en fonction de nos actes. Plus qu’un album ambitieux et maîtrisé, Népal nous livre une philosophie de vie.

 

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