Pekahach : « Je veux qu’on ait l’impression d’effectuer un voyage dans ma tête en écoutant le projet »

Entretien avec le rappeur parisien à l'occasion de la sortie de DMT

Après son excellent projet sorti en 2019, Pekahach revient avec du neuf et livre DMT (pour Dans Ma Tête), 6 titres qui permettent de comprendre ce qui traverse l'esprit de ce jeune rappeur parisien à l'univers si unique. Alors qu'il a donné le ton avec les deux premiers extraits, "Bubble" et "Rockstar", le reste de la tracklist permet de structurer le tout et d'y voir plus clair. À l'occasion de la sortie du projet, Raplume a eu l'occasion d'interviewer l'artiste et d'échanger sur ses nouvelles créations !

Raplume : Salut Pekahach ! Le public ne te connaît pas encore, tu pourrais te présenter ?

Pekahach : Salut ! Moi, c’est Pekahach, je suis un rappeur parisien. Je fais du rap depuis un moment mais je m’y suis mis sérieusement en 2017. Si je devais me définir, je dirais que je suis un mec curieux, j’essaye de mettre le plus de diversité possible dans ce que je propose. J’ai déjà sorti un projet en 2019 et je suis de retour ce 9 décembre avec DMT.

 R. : En mai 2019, tu as sorti 23, un EP de 7 titres qui montrait déjà tes différences facettes. Tu en tires quel bilan aujourd'hui ? 

P. : Franchement, c’est un super projet et pour moi, ce fut un très bon exercice. J’ai pu voir dans les retours ainsi que les chiffres ce qui plaisait le plus dans ce que je peux proposer. Au-delà de tout ça, c’est vraiment ma première fois. Dans le sens où tout ce que je sais faire dans la musique et dans ma façon de créer un projet, c’est grâce à 23. C’est la première fois que je me suis essayé à chanter mais aussi à envisager une thématique pouvant comprendre plusieurs visions. Avant ça, je ne réfléchissais pas trop au lien qu’il pouvait y avoir entre mes sons dans un projet ou non. C’est vraiment le projet qui m’a fait grandir au final !

 Pour ce nouveau projet, il y a une construction très claire, une première pour toi. D'où vient cette volonté de structure dans l'enchaînement des morceaux ?

 Je ne voulais rien laisser au hasard dès le départ. Pour moi, l’enjeu, c’était de me prouver que je pouvais arriver à un produit final abouti ainsi qu’accessible. De plus, la thématique fait que je voulais vraiment qu’on ressente une unité entre tous les sons. C’est un challenge que je me suis lancé en quelque sorte et je pense l’avoir relevé. À part l’ambition personnelle, je voulais vraiment que lorsque quelqu’un écoute le projet, il le voit comme un ensemble, surtout pas comme plein de morceaux mis bout à bout juste pour faire joli. Bien sûr, je voulais aussi qu’il soit accessible et pour ça, il fallait que je fasse ressortir la thématique de façon claire mais pas grossière.

Pour parler de la structure, j’avais fait un premier essai dans 23 en essayant de créer en musique le storytelling de mon année. Ici, avec DMT, je voulais que lorsqu’on écoute le projet, on ait l’impression d’effectuer un voyage dans ma tête. Tu peux y voir les parties sombres, joyeuses et les questions que je me pose. Mais je voulais aussi donner une fin à ce voyage, j’ai eu l’idée d’effectuer un atterrissage dans "LVR" qui signifie "la vie réelle". À ce moment-là, on n'est plus dans ma tête : on est revenu dans le monde réel. 

Tu bosses avec Charlotte Josenhans pour tout l'aspect visuel de tes œuvres. Qu'est-ce qu'elle apporte et en quoi l'image est importante dans la musique aujourd'hui selon toi ?

Aujourd’hui, l’image est essentielle car elle transmet ta vision de la vie pour moi. Maintenant, ce n’est pas possible de faire juste de la musique. Le visuel du son, c’est ce qui va aussi le faire vivre. La musique ne se suffit plus à elle-même. Après, sans un bon morceau, tu ne peux pas avoir un visuel hyper accrocheur. Tout va ensemble à différents degrés de valeur. 

Grâce à Charlotte Josenhans, j’arrive à tirer le maximum de cette vision. De plus, je suis présent à chaque fois. C’est un besoin pour moi d’être là à chaque moment de la création d’un visuel. C’est obligatoire, ça me permet de vivre ma musique d’une autre manière. En plus de ça, j’ai une énorme confiance en elle donc je sais que dans tous les cas son travail coïncide toujours avec ma vision et j’imagine que pour elle c’est pareil. Elle me permet d’avoir une identité visuelle professionnelle. Gros s/o à elle pour tout son travail !

Le titre Dans ma tête est assez clair : tu te livres tout au long du projet sur toi et tes ambitions, mais aussi sur ta vision de l'industrie musicale. C'est un truc qui t'inspire dans ton écriture ?

Étant indépendant dans ma musique, j’émets un avis d’un point de vue extérieur. Personnellement, j’ai l’impression d’évoluer en marge de l’industrie musicale, n’étant pas affilié directement à tout cet organisme. Bien sûr que c’est une inspiration pour moi, pas forcément celle qui est prédominante mais elle est présente. Vis-à-vis de mon projet, j’avais l’impression que je me devais d’une certaine manière d’émettre mon avis sur tout son fonctionnement. Comme tu l’as dit, je me livre donc je me devais de me livrer sur ma vision de l’industrie de l’art que je pratique. 

Depuis le début, tu bosses à fond avec le producteur 116BEAU. Comment ça se passe pour les sons ? Vous travaillez ensemble en studio ou il t'envoie des prods ? 

Pour commencer c’est vraiment le producteur avec lequel je me sens à l'aise. Se sentir libre avec l’entourage avec lequel on bosse, ça change tout. D’après moi les sons qu’on bosse ensemble c’est une vision de la musique qui mélange la mienne et la sienne. On bosse toujours ensemble personnellement comme avec Charlotte Josenhans, j’ai besoin d’être là à chaque étape de la création que ça soit lors de la production ou du mix et du master. C’est vital pour moi. Ça fait de grosse session lorsque je vais au studio ça me permet de vivre pleinement ma passion. En tout cas c’est comme ça que je l’interprète.

De plus, je n’ai pas de mal à me remettre en question et lui n’hésite pas à me dire ce qu’il pense lorsqu’on bosse un son ensemble. C’est grâce à lui que j’ai pu tenter des placements ou timbres de voix différents sans être forcément complexé quand je prends une voix aiguë ou chante. En quelque sorte je n’aurais pas pu évoluer s’il n’y avait pas eu cette connexion entre lui et moi. 

Avec le morceau "Comme eux", on sent qu'il y a une volonté de se détacher des artistes mainstream et de ce qu'ils dégagent. Mais quels sont ceux qui t'inspirent dans leur attitude ou dans leur musique ?

Pour les artistes qui m’inspirent dans le monde de la musique, il y a Alpha WannJosman ou plus récemment Isha pour ne citer qu'eux. Dans les trois cas, je suis inspiré par leur évolution ainsi que la façon dont elle s’est formée. 

Pour Alpha Wann, on voit tout de suite que pour lui, le rap, c’est pas juste une passion, c’est essentiel. On peut qu'applaudir son évolution, il a peaufiné son style de rap jusqu’à la perfection et parvient à mettre d’accord tout le monde sur le fait qu’il a du talent. C’est une ambition pour moi de réussir sans pour autant faire ce qu’on attend de moi ou changer pour la mode du moment. J’aime faire du rap et je n’entends pas changer ma manière de faire pour un buzz éphémère.

Pour Josman, je suis un fan de la première heure. Je trouve qu’il avait du talent dès les premiers sons que j’ai pu écouter. Par la suite après avoir imposé son style. D’après moi, il a toujours voulu innover et je me retrouve beaucoup dans cette volonté de toujours se renouveler. 

Pour Isha, c’est un artiste qui me fait toujours ressentir une émotion à chaque écoute même si j’ai déjà écouté mille fois le son ! Je suis admiratif de son art de la formule. Il peut se retrouver sur des sons très turn up comme des sons plus calmes et d’autres plus conscients sans que tu te dises qu’il se force. Tout a l’air fait avec une envie incroyable qui donne l’impression que c’est facile pour lui. 

Après c’est que mon avis, en tout cas j’ai pour ambition de faire de même dans ma musique je veux qu’on ressente cette envie. Ces artistes m’inspirent beaucoup dans ma vision de la musique et comme ces trois rappeurs, je travaille ma musique à fond. J’essaye d’être le plus maniaque possible, de rien laisser au hasard comme eux d’après moi. 

Dans le clip de "Rockstar" sorti cet été, on a pu observer une évolution capillaire "en direct". Comment ça s'est passé pour tourner ça ? Et qu'est-ce que ça signifie ?

Haha, franchement, c’était dur de dire adieu à tous mes cheveux. Mais pour moi, je devais le faire après tout, ça s’est décidé sur un coup de tête. Je me suis dit pourquoi pas partager ce moment avec ceux qui m'écoutent. On a fait ça l’été dans une forêt pour qu’on soit libre dans l’espace qui encadre le clip. Et puis mon pote s’est fait plaisir.

La signification du changement capillaire, c’est vraiment montrer un changement de mentalité, une ambition qui se fait de plus en plus pressante. Pour moi, c’est un peu comme si j’étais passé à 200 % alors que j’étais à 90-100 % avant ça. Et puis, c’est aussi pour marquer un tournant entre 23 et DMT. Même si je reste le même qu’avant avec plus d’envie de réussir et d’expérience personnelle, c’est tout. 

Avec le confinement, la manière de bosser de certains artistes a évolué. De quelle façon tu travailles ta musique ? 

Franchement, le confinement, c’était une pause. Ça m’a permis de travailler ma patience. J’ai pu prendre du recul sur mon projet pour être sûr du choix de la direction de la thématique. Je l’ai pris comme un temps qui me fut bénéfique au final. J’étais lancé sur mon projet et peut-être trop centré sur lui, j’ai pu respirer et prendre du recul. Ça m’a permis de savoir exactement ce que je voulais faire. 

Par rapport à ma musique dans le sens enregistrement et création. Ça m’a permis de peaufiner les textes qui n’étaient pas encore enregistrés mais aussi d’en écrire des nouveaux. Par exemple pendant le premier confinement, j’ai écrit « Quelque part ». Bizarrement, ça m’a fait un bien fou, c'était un défouloir pendant une période de confinement. Après par contre, je n’allais pas au studio et n’ayant rien chez moi me permettant d’enregistrer je pouvais qu’attendre et peaufiner en prévision. Lors du second confinement, j’avais déjà fini le projet donc je me suis laissé vivre tout en écrivant ce qui arrivera après DMT

Tu prévois quoi pour la suite ?

Là tout de suite, on bosse sur un clip de DMT. La suite, elle n’est pas encore totalement écrite mais j’aimerais donner un volume 2 à DMT. Pour ça, faut que je prenne le temps de vivre. À part ça, il y a deux-trois projets super cool en création. En tout cas, c’est sûr on peut compter sur moi pour 2021 !

Un énorme merci à Pekahach pour son temps. Il est désormais temps de foncer écouter DMT en streaming en cliquant ici !