Entretien avec Usky : « Né pour percer à l’arrache »

Moins d'un an après la saison 2, Usky clôture sa trilogie Porte Dorée. Composé de 14 titres, le rappeur indépendant livre un projet introspectif aux couleurs variées.

Nous sommes une semaine après la sortie de la saison 3 de Porte Dorée. Comment vis-tu les retours de la fin de trilogie ?

Honnêtement, je suis très content parce que c'est le projet où on a le plus de retours sur les 3 saisons confondus. A l'heure où on parle, le projet côtoie les 2 millions de stream en une semaine. J'ai réussi à mettre d'accord les auditeurs de Mojo mais aussi ceux des 2 saisons de Porte Dorée. Il réunit tous les univers que l'on a amené. Je ne te cache pas que ce n'est pas fait exprès j'évolue qu'à la vibe. Mais là, vu que c'est la fin de la trilogie, mais aussi une page qui se tourne dans ma vie d'artiste et d'homme, j'ai voulu faire ce projet spécifiquement de cette manière.

En mai dernier, tu as rempli la Boule noire. Par rapport au visuel, qu'est-ce que tu veux apporter par la scénographie dans l'univers d'Usky ?

On est en pleine préparation scénique, à savoir comment amener cet univers sur scène. Il y aura une date au Nouveau Casino avant l'été. J'espère pouvoir ensuite défendre ce show à travers plusieurs dates. Je n'ai pas envie de dévoiler des aspects de mise en scène, sois curieux, achètes ta place. La scène est un de mes atouts que je n'ai pas encore mis en avant. La Boule noire a bien marché par son aspect rock. Aujourd'hui, ça devient à la mode, ça me fait sourire. A la sortie de la saison 2, il y a eu des critiques sur cette esthétique. En 2020, tu peux amener une guitare électrique sur scène, le public l'a accepté. Ca correspond à cette ère du streaming. Tu peux changer de style d'un single à un autre, les gens ne sont pas déboussolés. Paris c'est Gotham est un bon exemple. Pour une fois, je fais un son du moment sans pour autant dénaturer la plume d'Usky. Pourtant, comme pour Talons, je ne voulais pas sortir ce morceau. C'est en écoutant les autres que j'ai changé de décision. C'est une faculté que j'ai beaucoup développé ces derniers temps, tout en apprenant à lâcher prise. J'ai beaucoup d'ambition mais je suis freiné par mon budget. J'aime l'argent uniquement pour le réinvestir dans ma musique. Il faut réfléchir à différentes possibilités pour la suite, sans y écarter les maisons de disques. C'est nécessaire de trouver les ressources pour que ça continue. Comme je dis dans Confidentiel : Né pour percer à l'arrache.

On reste dans le visuel. En s'attardant sur la pochette, les clips et la structure du projet, on a la sensation de voir un génie sombré dans sa folie.

Exactement, c'est aussi pour cette raison qu'on a changé les pochettes des deux premières saisons. On voulait mettre en avant les concepts d'Athéna, de la Porte Dorée. La pochette de la saison 3 est pleine de réflexion : comment dompter et devenir Athéna ? Je ne suis pas qu'un enfant de Porte Dorée. Avec le recul, je t'avoue que j'ai du mal à regarder la pochette de la saison 2.

Le contraste musical entre les deux dernières saisons est volontaire.

Après la  saison 2, beaucoup de questions étaient sans réponses. Je les ai trouvés en faisant la saison 3, ça m'a permis de raviver la flamme. Le remix d'Addictions a été un tournant, on a retrouvé l'énergie de Mojo. J'avais besoin de retrouver l'amour du studio.

Evoquons le projet en détails. Lors de notre première écoute, les chansons démontrent une diversité étonnante avec une constante basée sur le ressenti.

Mes premières expériences en maisons de disques m'ont fait perdre confiance en moi. J'ai écouté trop de gens qui pointaient des défauts, sans me dire que ça pouvait être des qualités. Avec la saison 3, j'ai accepté tout ça, je me refuse aux contraintes. Si j'ai envie de faire une introduction comme Silence, puis d'enchaîner avec un son intimiste comme Stone, j'ai le droit de le faire. Le rap est devenu tellement populaire qu'on a perdu la notion essentielle : l'artistique. L'indépendance permet cette liberté. Si je suis bien avec moi-même, je serai meilleur avec les autres. Usky reste confidentiel, ce n'est pas rentré dans une case. Il y a des nuances, des contradictions. 2020, tout est dans l'instantané. Même mon rapport au média a évolué, que je dénigrais avant. Le problème venait aussi de moi.

Sur la saison 3, il y a plusieurs featurings, ce qui témoigne d'une forme d'ouverture sans dénaturer ta vision musicale. Cet équilibre semble être la direction artistique de cette saison.

J'en avais marre de cet isolement chronique qui s'était installé autour d'Usky. Revenir avec Addictions était un bon signe pour la saison 3. La connexion avec K-Point vient de contacts en communs, elle s'est faite naturellement. Il y autant de variétés dans les featurings que dans les producteurs. On doit être une quarantaine à être impliqué sur ce projet !

Dans Confidentiel, tu dis "J'serai célèbre quand je serai dans le ciel". Ton discours sur ta visibilité évolue, auparavant il y avait une forme d'espoir, désormais il y a de l'acceptation.

Cette phase est aussi une référence aux évènements récents, beaucoup de jeunes rappeurs sont décédés. Aujourd'hui, les gens ont besoin d'un storytelling pour aller t'écouter. Dans mon cas, on a travaillé tellement de domaines que je me suis dit : "La seule chose qui pourrait me rendre célèbre, c'est ma mort". On a trop d'informations, le marché est saturé. Il faut une information choquante pour que les gens tendent l'oreille. Si je me prends la tête avec un rappeur, les streams vont suivre.

Lors du featuring Douce Folie avec Doxx, tu écris "Je me cache derrière carapace où les balles ne peuvent siffler". On peut y voir un double discours sur ton introspection. D'un côté, Marwen se réfugiant derrière sa carapace, et de l'autre, USKY, capable de faire "Des pluies et des cendres".

Ces derniers temps, j'ai tendance à ne plus chercher à avoir raison. Quand je vois une situation conflictuelle, je m'isole dans mon monde. C'est un travail psychologique qui m'aide beaucoup à avancer dans mes projets. Ca ne rentre pas en contradictions avec le fait que je me confie dans mes sons. Après, je suis un homme de contradictions. Je n'ai pas la science infuse, j'ai ma nature. Je peux être sympa comme je peux être exécrable. La musique est la seule thérapie qui me reste. Il ne manquerait plus que je me contienne au moment de faire un album. Pour Marwen, ça serait un échec de montrer une image qui n'est pas la mienne. Qu'est-ce qui me différencie des autres ? Ma plume. Dans la nouvelle génération, j'estime en avoir une des meilleures. Faire des topline n'est plus un problème. Je n'ai pas une voix exceptionnelle, mais j'ai le sens de la mélodie. Ces deux choses me distinguent. J'ai passé des nuits à jouer avec mon autotune. Je connais mes effets par cœur, c'est une science qui se façonne. Je n'ai pas la voix de Monsieur Nov. On a sorti Talons en version acoustique parce que je suis à l'aise, dans cette octave. Usky est un hussler, c'est un état d'esprit. Dans Stone, j'ai enlevé de l'autotune pour ressentir davantage d'émotions, de sensibilité.

Cette sensibilité crée une identité à travers les clips.

C'est dû en grande partie au travail de Baeby Mama. Pourtant, j'ai l'impression que le budget nous freine encore. On a une marge de progression. J'ai enlevé l'autotune sur les clips, pour plus d'authenticités. Notre seul clip ayant dépassé le million de vues, c'est Talons qui nous a coûté 80 €.

Ce projet marque la fin d'une trilogie, d'un tournant dans ta carrière. Quelle est ta vision pour la suite ?

J'espère sortir mon premier album en 2021. Avant ça, j'aimerai bien sortir un projet, sans être dans la continuité des Porte Dorée. Personne ne va rien me donner, on continue notre porte-à-porte. La date au Nouveau Casino est bientôt fixée. Il y a de la tristesse et de la nostalgie quand je regarde les étapes franchies pendant la période Porte Dorée. Je suis allé au bout de mon concept.