Le beatmaking francophone

de l'ombre à la lumière

 

Aujourd’hui lorsque l’on écoute du rap, on se limite au rappeur et à l’effet que sa musique nous procure à travers ses textes, sa voix ou encore son flow. Sur un son, on voit toujours le nom de l’artiste et le nom de la musique en question, avec parfois un autre nom (voir plusieurs) en plus pour montrer quel artiste est en featuring. Cependant, est mis entre parenthèses sous le format suivant : (Prod by xxx), le nom du beatmaker qui a composé l’instru sur laquelle a posé le rappeur. Si peu de gens y faisaient attention auparavant, aujourd’hui ces noms revenant de plus en plus souvent sont mis plus en avant, et attirent l’attention de plus de monde.

En effet, dans une musique de rap on met la plupart du temps en lumière le rappeur, c’est « sa » musique. Mais on parle quasiment jamais du travail de l’ombre derrière, qui constitue depuis toujours l’entièreté d’un son, et qui contribue tout autant au développement et à la diversification du rap de nos jours.

Une musique est créée grâce à un rappeur, mais aussi un ingénieur du son qui va être appelé pour faire du « mixage », c’est le fait d’appeler un expert du son pour mettre dans un équilibre harmonieux tous les éléments sonores et vocaux d’un son. Il va régler tout ce qui concerne le volume des sonorités entre autres afin de donner une cohérence musicale au morceau. Il peut aussi faire du « mastering » après le mixage afin d’apporter des corrections sur les effets utilisés, sur le plan dynamique et spectral du son.

Dans l’aspect plus artistique, on peut avoir un auteur derrière un son, qui écrit les paroles d’une musique et qui propose cette « maquette » à l’artiste, il devient dès lors un interprète.

Cependant, c’est bien quelqu’un d’autre qui va nous intéresser. Celui qui, tout comme le rappeur, utilise toute sa créativité. C’est une personne (ou groupe de personnes) qui va occuper une place importante dans la création : le beatmaker.

Un beatmaker, qu’est-ce que c’est ?

Cette instrumentale en fond que vous entendez derrière un rappeur, cette mélodie qui se mélange à celle de sa voix, celle-ci est produite par le beatmaker. On pourrait aussi parler de « compositeur » pour un terme plus général dans l’industrie musicale. Il peut aussi faire des « Top Lines« , c’est-à-dire fredonner une mélodie sans paroles (en « yaourt », avec des sons simplement), un flow que va suivre ensuite un rappeur. C’est bel et bien lui, qui va être le point de départ, l’origine absolue de la création d’une musique, puisque son inspiration va créer une mélodie, puis une instrumentale complète, pour enfin avoir un rappeur qui pose dessus.

Une instru ? Un beat ? Une prod ? Qu’est-ce que c’est vraiment ?

Vous devez bien savoir ce qu’est une instrumentale globalement, pour résumer c’est une musique, une mélodie harmonieuse créée par le beatmaker, encore dépourvue de paroles, sur laquelle vient ensuite écrire puis chanter/rapper un artiste.

Pour aller plus en profondeur dans la description, et pour ceux qui ne font pas vraiment attention en écoutant leurs musiques préférées, voici comment se déconstruit une instrumentale de rap (de quoi est composé une instru) :

  • Une mélodie, abrégée en  « mélo » par les beatmakers, qui va être omniprésente tout au long du son. Elle peut être réalisée par un piano, une guitare ou une flûte par exemple, mais elle peut aussi provenir directement des logiciels de beatmaking avec des sons « électroniques ». Plusieurs mélodies peuvent être superposées, mais la mélodie principale parmi les autres est appelé un Lead. Cette mélodie va être soit jouée avec des accords (des notes jouées simultanément), soit en arpège (des notes jouées successivement).

Une alternative à la création mélodique, les beatmakers peuvent utiliser un Sample étant par définition une séquence tirée de tout type de musique ou de vidéo, un extrait d’une mélodie ou d’un bruitage etc … À ne pas confondre avec des Loops, qui eux sont des mélodies jouées avec des notes inchangeables, (alors qu’un sample peut se référer à un son, pour ensuite créer une mélodie avec nos propres notes). Il existe aussi des loops de drums, proposant une séquence rythmique de percussion.

  • On peut aussi ajouter à la mélodie un Pad, une sonorité qui va donner une ambiance au son.
  • La Percussion (une batterie finalement, les instruments provenant de celle-ci sont aussi appelés des Drums) obligatoire bien sûr, avec des :
  • Kicks, ou la Grosse caisse, le « boum », qui donne un rythme à la musique. Il peut notamment aider à se retrouver dans les temps d’une musique.
  • Snares, ou la Caisse claire, en contre-temps du kick et/ou à la suite de ce dernier
  • Claps, généralement placé après un kick, c’est ce son qui s’apparente au bruit d’un battement de mains (vous pouvez le faire vous-mêmes en tapant dans vos mains)
  • Hats, ou Charley, une paire de cymbales, qui va être utile pour créer des Hi-Hats (High-Hats), cette répétition de petits sons aigus en continu ou des Open Hats
  • La fameuse Basse, la 808 comme elle est surnommée. Utilisée notamment pour un style plus Trap et pour jouer des notes très basses en accompagnement, tout en suivant les notes de la mélodie, c’est ce bruit sourd pendant un refrain qui tape dans les écouteurs ou les enceintes. Généralement placée en même temps que les kicks, on peut aussi la faire « slider » (la faire monter dans les aigus). L’avènement de l’ajout de cette basse marque un changement entre l’époque des prods « Boom Bap » et la Trap d’aujourd’hui puisqu’elle a changé la rythmique des percussions, et ralenti les BPM (Battements Par Minutes) des instrus en général.

Trois composantes essentielles dans une instrumentale type Rap : une mélodie (ou plusieurs), de la percussion et une basse. D’autres éléments sont importants pour ensuite faire une « bonne » production, telle qu’un bon réglage des BPM ou par l’ajout d’effet qui modifie le son.

Plusieurs logiciels de beatmaking existent tels que Ableton, Cubase, Pro Tools, ou encore Garage Band, mais celui le plus souvent utilisé par les beatmakers est FL Studio.

Maintenant que vous savez tout cela, vous ferez plus attention et vous devriez avec le temps arriver facilement à décomposer un son lorsque vous l’écoutez.

Les beatmakers francophones, qui sont-ils ?

Voici une liste non-exhaustive de quelques beatmakers connus dans le milieu du rap :

Junior ALaProd

Résultat de recherche d'images pour "junior alaprod"« Junior ALaProd et non il y a rien de nouveau »

Véritable créateur pour faire des instrus « dansantes », qui bougent, il sait faire des prods rythmés avec de l’AfroTrap, ou de la Trap. Il a travaillé avec de nombreux artistes tels que MHD, Siboy, Benash, ou encore Shay, Damso, PLK ou Columbine. Il a notamment été sur le freestyle Booska-P en 1 heure de PLK : Émotif

Quelques sons venant de lui ou sur lesquels il a travaillé : Thibaut Courtois (Shay, avec Heezy Lee, Seysey et Le Motif), Dix Leurres (Damso), Bella (MHD), Carton rouge (Lorenzo), Mobali (Siboy, avec Heezy Lee, Le Motif et Sany San Beats)

Eazy Dew

Image associée

« Eazy Dew pétasse »

Beatmaker originaire de Paris, il est le fameux beatmaker de Josman, il est notamment présent sur la grande majorité des sons de son dernier album J.O.$. Mais il a aussi collaboré avec d’autres artistes tels que Lomepal, Caballero et JeanJass, Veerus, Krisy, ou encore Laylow.

 

Quelques sons produit par Eazy Dew : Dans le vide, Loto, XS (Josman), 70 (Lomepal), Sur mon nom (Caballero et JeanJass)

 

 

Seezy

« Fuck It’s Easy » ou … « Fuck It’s Seezy » Résultat de recherche d'images pour "Seezy"

Seezy, ou de son vrai nom Samuel, est sûrement l’un des plus prisés du moment, l’avant-tout beatmaker de Vald a connu une ascension fulgurante dans le rap. Ayant seulement 21 ans, il a déjà collaboré avec de nombreux artistes tels Ninho, Damso, Sofiane, Columbine, Niska, ou plus récemment YL. Au départ fan de rock, il se caractérise par des instrus dans un style très Trap, avec des Drums qui tapent fort et du bounce, il trouve aussi son inspiration dans le style du Rap US notamment du côté d’Atlanta.

Quelques sons produit par Seezy : Désaccordé, Eurotrap (Vald), Vitrine (Vald, Damso), Lundi (Sofiane), Laisse pas traîner ton fils (Ninho), Adieu Bientôt (Columbine)

Pyroman

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« Pyroman »

Le beatmaker guadeloupéen a fait énormément de bangers en très peu de temps et collabore avec Kalash, mais aussi Niska, Dosseh, Shay, Alkpote, Lorenzo, Siboy ou encore Timal.

C’est une véritable machine à tubes, puisqu’il a produit la majorité des sons les plus écoutés des ces deux dernières années, il n’y a qu’à voir ceux cités ci-dessous (pour ne citer qu’eux).

 

 

 

Quelques sons produit par Pyroman : Mwaka Moon (Kalash, Damso), Réseaux, Salé (Niska), Smog (Damso), Le Code (SCH), Fume à fond, Tu le C (Lorenzo)

 

Double X

« Double X on the track bitch »

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Pour changer, voici un duo de beatmakers qui est tout simplement l’un des meilleurs de ce qui ce fait à l’heure actuelle dans le style Trap ou le R’n’B. Que ce soit dans la mélodie ou dans la rythmique, ils savent tout faire et ont sorti beaucoup de tubes en travaillant notamment avec Damso, SCH, Niska, Maes ou encore Marwa Loud, Lartiste et Dadju.

Quelques sons produit par Double X : Macarena, Feu de Bois, Mosaïque Solitaire (Damso), Morpheus (SCH), Billets Verts (Maes), Bad Boy (Marwa Loud)

Hugz Hefner

« Hugz t’es en feu sur celle-là ? »

Image associée

 

Le beatmaker incontournable de Nekfeu, du $-Crew ou encore de Sneazzy, une inspiration débordante pour des prods somptueuses qui ont donné des classiques des rappeurs parisiens. Il a notamment produit la grande majorité des sons du dernier album du $-Crew « Destins Liés« .

 

Quelques sons produit par Hugz Hefner : Égérie, Saturne, Martin Eden, Reuf (Version Five) [Nekfeu] ; Skurt Cobain, Ouais Mec (Remix) [Sneazzy, Nekfeu] ; Évite la (Sneazzy) ; On va le faireJ’aurais pas dû ($-Crew)

Katrina Squad

« Katrina Squaaad »Résultat de recherche d'images pour "Katrina Squad"

Un autre groupe de beatmakers, cette fois-ci non pas un duo mais un groupe de quatre beatmakers toulousains : DJ Ritmin, Ace Looky, Farid NextLevel, et Guilty. Principalement en collaboration avec SCH, avec qui ils ont travaillé sur son premier projet A7, et son dernier album JVLIVS, ils ont aussi produit pour Ninho, ou encore PLK et Kaaris.

 

Quelques sons produit par Katrina Squad : A7, Gomorra (SCH) ; Prêt à partir (SCH, Ninho) ; Hier (PLK, SCH) ; Polak (PLK) ; Mamacita (Ninho) ; Dozo (Kaaris)

Pour vous aider à les reconnaître, faites attention au « Tag » ajouté sur les prods. C’est une petite voix prononçant le nom du beatmaker, ou une très courte phrase avec une voix modifiée ou non, on peut considérer cela comme une « signature« .

Vous l’avez probablement déjà remarqué, mais toutes les citations mises en avant dans chacune des présentations des beatmakers qui vous ont été faites ci-dessus sont en fait leur Tag, vous pourrez les reconnaître très facilement sur ce site :

 

Genius – Tags des beatmakers de rap francophone

 

Mentions honorables bien sur à tous les beatmakers francophones regorgeant de talent tels que l’excellent producteur belge Ponko, ou encore DSTProd, Tommy Beats, Benjay, Heezy Lee ou encore Skread le fameux beatmaker d’OrelSan. Il y a beaucoup de beatmakers francophones très talentueux aujourd’hui, et il est difficile de tous les nommer. Vous pouvez les retrouver aussi par le lien montrant le Tag de chacun ci-dessus.

Comment se développe le beatmaking en France ?

Tous ces beatmakers ont déjà prouvé l’étendue de leur créativité, et pourtant certains ne s’arrêtent pas là et sortent de leur zone de confort. En effet, si la plupart restent dans le beatmaking, d’autres s’aventurent dans d’autres domaines tout en restant dans le rap, et quelques uns rappent notamment.

Le Motif par exemple a déjà sorti un projet, Pompe EP en collaboration Junior Alaprod. Lui qui a travaillé avec Shay ou encore Dosseh, il a aussi sorti quelques singles en 2018 tels que Ciel, Lundi et Ode à l’eau de vie.

D’autres ont par exemple deux noms d’artistes différents, c’est le cas du beatmaker/ingé son De La Fuentes que l’on connaît notamment sous son nom de rappeur Krisy. Ayant produit Paris c’est Loin de Damso et Booba, il a sorti en solo quelques projets comme en 2017 avec Paradis d’amour qui inclut Érotiquement vôtre.

Un dernier exemple qui est celui de Richie Beats, qui a notamment produit Pinocchio de Booba, Damso et Gato Da Bato, Laisse Aller de Nekfeu ou encore d’autres morceaux d’Ateyaba ou Dinos, il s’est mis à rapper sous le nom de Skreally Boy. Il a sorti quelques singles et featuring avec Mac Tyer sur Trop fraîche ou Deen Burbigo sur Chillin’ .

En 2018, il a notamment participé à notre mixtape Plume sur la track 10 : #NoStress, que l’on vous invite à (ré)écouter : Plume.

Par ailleurs, on peut aussi souligner le fait que quelques rappeurs savent produire des instrus et en ont déjà créé, l’exemple de Krisy qui a posé sur une prod du rappeur belge JeanJass est un bon exemple d’échange des rôles sur Vol vers. Dernièrement, nous avons eu Hamza par exemple qui a co-produit quelques sons sur son dernier album Paradise, il a notamment été beatmaker et rappeur du son 50x.  Josman aussi a posé sur sa propre instru et donné un titre que beaucoup ont apprécié à savoir … J’aimeBien!.

L’exemple le plus concret est celui de Columbine, leur création artistique reposant entièrement sur le groupe sur beaucoup de plans et notamment sur celui de la production musicale puisque Foda C ou encore Lujipeka créent leurs instrus et rappent ensuite dessus. Ils ont produit eux-mêmes leurs classiques comme Les Prélis, Pierre Feuille Papier Ciseaux ou encore Rémi. Cependant, quelques beatmakers les ont accompagné comme Saavane, KCIV ou Skuna. Encore dans leur dernier album Adieu Bientôt ils ont continué à produire, ainsi que leurs beatmakers, mais ce n’est que depuis ce projet qu’ils ont fait appel à d’autres noms du moment comme Seezy, Junior Alaprod ou encore Ponko.

YouTube

Si le chemin entre le beatmaking et le chant comporte des passerelles, d’autres beatmakers se lancent aussi sur YouTube à l’image de sûrement l’un des plus connus : Pandrezz, qui tient une chaîne YouTube de 200 000 abonnés et balaye tous les sujets possibles autour du beatmaking. Le YouTubeur se lance même des défis, comme produire des instrus en un temps donné etc … il a notamment invité Seezy sur sa chaîne pour cela. Pandrezz a aussi sorti quelques instrus type Lo-Fi, il a d’ailleurs déjà collaboré avec nymano ou j’san.

Il propose aussi des tutoriels dans le beatmaking pour aider des jeunes découvrant le domaine à se lancer. Mais ce n’est pas le seul à proposer ce genre de contenu, à l’image d’Alex Beat Genius, YouTube permet donc aussi de développer le beatmaking par cette aide généreuse.

Remarque : Quelques sites ou beatmakers professionnels proposent des Drums Kits (gratuits ou payants) pour aider les amateurs, ce sont des packs composés de samples de Kicks, de Snare etc … mais aussi parfois de loops et de samples mélodiques.

Plus récemment, un beatmaker bien inséré dans l’industrie, puisqu’il a collaboré avec PLK, Sadek ou encore SCH sur Poupée Russe et Pharmacie : Kezah, a lancé sa chaîne en octobre 2018 et invite quelques YouTubeurs pour créer des instrus.

Twinsmatic, le duo parisien qui est présent sur l’album Trône de Booba (Drapeau Noir, Ridin’, 113), travaille aussi avec Damso sur NMI et Autotune (il leur fait référence dans Macarena en disant « On l’a fait sans autotune sur une prod de Twinsmatic« ), Take A Mic sur Blessure d’Amour, Ash Kidd, Dosseh pour ne citer qu’eux. Ils ont sorti leur EP Nowhere en 2015, et se sont fait connaître sur YouTube par leurs remixes de sons de Drake, Beyoncé, Lana del Rey ou encore un excellent remix de Tempête de Nekfeu.

 

 

YouTube est une plateforme où se développe beaucoup le beatmaking puisque l’on peut y trouver aujourd’hui énormément de « Type Beat » : des instrus produites par des beatmakers lambdas, qui créent des prods dans un style particulier pour se rapprocher de celui d’un rappeur. Ce sont aussi des productions sans droits d’auteurs, elles sont donc par conséquent aussi gratuites (d’où les notations « [FREE] » dans le nom des Type Beat) et n’importe qui peut librement poser sa voix sur ces prods. Beaucoup de rappeurs écoutent ce genre de Type Beat pour ensuite trouver de l’inspiration.

Un style s’est particulièrement détaché sur cette plateforme qui est celui du Lo-Fi, la vidéo du Règlement à ce sujet résume parfaitement bien ce qu’est le Lo-Fi et le succès de ce style qui en a découlé. Un rap calme, reposant, mélodieux, le regretté XXXTENTACION était un adepte de ce genre d’instrumentale. En France, Doxx pose sur beaucoup de Type Beat style Lo-Fi.

Remarque : Doxx, Tengo John, et Tsew The Kid ont tous les trois déjà posé sur un même Danier Caesar Type Beat dans un style Lo-Fi, qui est celui de J Grooves :

 

Un seul Type Beat a donné naissance à trois sons différents :

 

Doxx – Attends

Tengo John – Mind / L (feat. Enchantée Julia)

Tsew The Kid – Dream (ft. Ria Est) AMV

Enfin, YouTube est aussi une vraie « banque de sample » pour les beatmakers. Il est simple de trouver ce que l’on veut en terme de sonorités sur YouTube, si l’on veut reprendre une musique d’animes japonais comme dit précédemment, ou une musique de jazz, une musique de film … tout est possible pour sampler ce que l’on veut, et YouTube regorge de sonorités convoitées par les beatmakers.

Le dernier son cité de Tsew The Kid, étant un AMV, un Anime Music Video, mélangeant un son de rap et des scènes d’animes japonais, est une source d’inspiration aussi pour beaucoup de beatmakers qui reprennent des Opening ou des OST d’anime japonais, ils créent un « sample » et ajoute une rythmique rap par dessus, ce qui donne souvent des instrus Lo-Fi ou très Trap. Quelques exemples d’instrus sont cités dans l’article sur le lien qui unit l’univers Japonais à celui du Rap.

Un site très intéressant à ce sujet qui retrace le cheminement d’une musique, du sample qui a été utilisé pour la créer, et encore pourquoi pas un autre sample qui a été utilisé pour créer ce dernier, on peut remonter jusqu’à loin dans le temps grâce à ce site : WhoSampled

Il témoigne de l’influence d’un beatmaker sur un autre, une chose aussi qui peut contribuer à son inspiration, et ce de manière même inconsciente.

Quelques tremplins

SoundCloud est une plateforme de renommée mondiale, elle est simple et très utilisée par les beatmakers experts ou débutants afin de proposer leurs productions aux auditeurs. C’est un bon moyen pour un jeune rappeur pour lancer ses premières instrus. Aujourd’hui, il existe de très jeunes beatmakers qui arrivent à se faire un nom dans le milieu grâce à ce genre de plateforme.

Il est même possible qu’un rappeur pioche une instru d’un jeune beatmaker sur SoundCloud (ou une autre plateforme) puis rap dessus sans jamais se rencontrer, et ce jeune beatmaker découvrira un peu plus tard ce son à la radio : c’est un moyen pour un beatmaker de se forger un nom très simplement.

XXXTENTACION, avant que sa notoriété explose, était très présent sur SoundCloud et posait sur des instrus notamment de type Lo-Fi.

On peut aussi ajouter à SoundCloud d’autres plateformes telles que BeatStars, site sur lequel tous les beatmakers peuvent proposer leurs instrumentales, mais ici contre rémunération.

A titre d’exemple, Unzaffed, un jeune beatmaker bordelais de 17 ans qui a réalisé avec Denza la prod de Madrina de Maes et Booba. Seulement 17 ans et pourtant, il a produit l’un des plus gros succès de 2018.

De même, Josh Rosinet, un véritable prodige du piano, tout juste bachelier en 2018, a composé la fabuleuse mélodie du dernier grand succès de Dosseh : Habitué.

Comme quoi le talent n’a pas d’âge même à l’international, Nick Mira qui a produit Fuck Love de Trippie Redd et XXXTENTACION, ou encore récemment Lucid Dreams de Juice WRLD, n’a aussi que 17 ans, et bel et bien réalisé des tubes mondialement connus.

Mais alors, pourquoi nos beatmakers francophones talentueux n’ont-ils pas de visibilité ?

Le problème du beatmaking francophone réside essentiellement sur ce plan médiatique, là où l’on a beaucoup à envier de nos confrères américains qui eux, sont tout aussi connus que les rappeurs.

« Je veux avoir un peu cette image du beatmaker américain. Le mec arrive en studio, on dirait que c’est lui le rappeur, c’est un truc de malade. Metro il arrive en studio, c’est la folie, c’est même plus l’artiste qu’on regarde, c’est Metro » – Seezy, dans son passage avec Vald dans La Sauce (OKLM)

Le développement de la notoriété des beatmakers doit se faire grâce à ceux qui aiment et écoutent du rap, en leur accordant un peu plus d’importance et d’attention sur leur travail. Que ce soit dans leurs productions où il faut tendre l’oreille, au-delà de la voix du rappeur, pour relever tous les éléments qu’a utilisé le beatmaker en question. Cependant, pour se mettre directement plus en avant, certains beatmakers lancent leur propre projet, dans lesquels ils invitent différent rappeurs à poser sur leurs instrus, où la plaque tournante du projet est le compositeur.

A titre de comparaison, prenons comme exemple le projet solo du grand beatmaker américain dont parlait Seezy : Metro Boomin, qui a déjà sorti des projets et des collaborations notamment avec 21 Savage. Travaillant aussi avec les Migos, Travis Scott, Kanye West ou encore Future, il est à l’origine du succès mondial Mask Off.

En 2018, il a sorti l’un des projets les plus écoutés de l’année à savoir son album : Not All Heroes Wear Capes, avec une tracklist plus qu’alléchante composée de Travis Scott, Young Thug, 21 Savage, Gucci Mane, Drake, Gunna, Offset, Kodak Black, Swae Lee, WizKid et aussi J Balvin.

De plus, ce projet ayant eu l’effet d’une bombe puisqu’il marque le retour de Metro Boomin, lui qui avait annoncé avoir mis un terme à sa carrière en avril 2018 avant de revenir avec ce projet en novembre. L’effet ayant été immédiat, puisque cet album a été streamé des millions de fois.

En France maintenant, quelques beatmakers font la même chose et pourtant, seuls les passionnés de rap ont connaissance de ces derniers, tandis que ceux qui écoutent du rap par plaisir n’en ont pas forcément entendu parler.

C’est le cas de Myth Syzer, qui a déjà collaboré avec Jazzy Bazz, Hamza ou encore Damso sur Périscope. Il a pourtant sorti en 2018 deux projets : Bisous (27 avril), et Bisous Mortels (30 novembre), sont invités Jok’Air, Roméo Elvis, Hamza, Ateyaba, Alkpote, Take A Mic, Lino, 13 Block ou encore Di-Meh. Le premier étant plus typés dans un mélange de rap et de variété, lui qui aime particulièrement ce style, accompagné de Bonnie Banane ou Oklou, il a aussi posé sur ses prods avec les rappeurs invités : il était donc rappeur et compositeur de son propre projet. Bisous Mortels quant à lui étant bien plus « Trap« .

Très polyvalent donc, il s’insère de plus en plus au devant du rap en France, grâce à son ambition et son investissement dans ses créations, il a la main sur tout ce qu’il fait jusqu’à même diriger ses clips.

Myth Syzer est un artiste très talentueux, et pourtant n’a pas la reconnaissance médiatique d’un rappeur puisqu’il a été dans « l’ombre », derrière la prod d’un son. Il est donc difficile de passer de l’état de beatmaker, à un statut équivalent à celui d’un rappeur.

Un certain Ghost Killer Track est dans la même situation, il a sorti en 2018 son second projet Slimer Alchemist 2 où il a invité Haristone, Alkpote, Leto, Cheu-B, Youv Dee, Lord Esperanza, Nelick, ou encore le rappeur espagnol Kidd Keo.

Tous deux n’ont pas connu le même succès en France que Metro Boomin aux Etats-Unis, et c’est encore et toujours une question de reconnaissance, de par les médias qui n’écrivent pas toujours sur eux, ou les auditeurs qui ne les connaissent pas où ne préfèrent que prêter attention au travail du rappeur. C’est ici, que les américains ont encore une longueur d’avance sur l’œil que l’on a sur le rap, nous ne l’explorons pas encore sous tous les angles.

Pour montrer encore jusqu’où va le talent de nos francophones, voici quelques exemples qui pourront en surprendre plus d’un puisqu’ils collaborent avec des artistes américains et témoignent d’un véritable essor du beatmaking francophone :

  • Ikaz Boi, très proche de Myth Syzer, qui a notamment travaillé pour Hamza, Ateyaba ou Damso sur Nwaar Is The New Black, ou Baltringue, il a aussi sorti un projet solo en 2018 : Brutal. Même année, il produit avec WondaGurl pour Quavo, membre des Migos, sur le son RERUN, en featuring avec Travis Scott, ce qui témoigne de sa progression en saisissant cette chance.

 

  • Pyroman, dont nous avons cité le nom tout à l’heure, a produit en 2017 avec Djo Watt le son Perry Aye du groupe A$AP Mob, avec en interprète Playboi Carti, A$AP Nast, A$AP Rocky pour le groupe, puis en featuring un certain Jaden Smith.

 

  • Mr.Punisher, qui est à l’origine de 4G de Booba, ou encore Jamais de Gradur, il a collaboré aussi avec Kaaris, Alonzo, Take A Mic, Dosseh, Mac Tyer, Ateyaba ou Lefa. Il a eu l’opportunité de se montrer aux US puisqu’il a travaillé sur le son Diego de Tory Lanez, avec aussi Ozhora Miyagi, un producteur belge qui collabore avec Dosseh, Alonza, Booba, Caballero et JeanJass, mais aussi A$AP Ferg. Il a aussi travaillé avec Mr. Punisher sur Quand on était mômes de SCH.

 

  • Richie Beats, le beatmaker/rappeur que l’on a pris comme exemple auparavant, sa prod Mortal Kombat a été utilisé pour le freestyle de Drake Behind Barz pour Link Up TV, quelques jours après la sortie de son album Scorpion.

 

  • Chapo, membre du groupe de producteurs Narcos, a produit pour Lil Uzi Vert (Wit My Crew x 1987), les Migos (Take her), Chief Kiff (3), Young Thug (All The Time) … et pourtant, il est bien français puisqu’il vient de Guadeloupe, et a produit Papa Allo d’Alonzo, pour la MZ, Kalash, Alkpote et Damso (avec Heizenberg sur le son Ipséité).

 

  • CashMoneyAP, un beatmaker français, qui a travaillé avec Young Thug, Ski The Mask the Slump God (BabyWipe), Lil Skies (Nowadays), Desiigner, Tory Lanez, Juice WRLD ou les Migos, il a produit avec Hitamaka Pineapple de Ty Dolla $ign en featuring avec Gucci Mane et Quavo. Il est très connu aux Etats-Unis par les américains, et pourtant peu le connaissent en France et ce, malgré le fait qu’il ait collaboré avec Djadja et Dinaz, Moha la Squale (T’étais où ? / Rémi sans famille), MMZ (Bulma).

CONCLUSION

Même s’il y a sûrement des personnes passionnées à qui nous n’apprenons pas grand chose, cet article a pour but de vous avoir donné un maximum de connaissances sur les beatmakers francophones, qui demeurent encore de nos jours dans l’ombre des rappeurs, alors qu’ils sont tout aussi talentueux et créatifs. Sans eux, il n’y aurait rien, ils sont logiquement indispensables musicalement et ce rôle n’est pas restitué pareillement sur le plan médiatique, ils ne sont que peu mis en avant, les médias parlent très peu d’eux et ceux qui écoutent du rap sans forcément s’y intéresser en profondeur ne les connaissent donc pas.

Cependant, même s’ils restent toujours dans l’ombre, cette tendance change de plus en plus aujourd’hui puisque les fans de rap commencent à connaître un peu les noms de quelques beatmakers, les médias parlent un peu plus d’eux et ils sont invités pour des interviews.

Si l’on veut contribuer à changer cela, en leur accordant la reconnaissance qu’ils méritent, il suffit de s’intéresser un peu plus à leur travail, en reconnaissant leur Tag, ou en décomposant leurs prods dans les sons que vous écouterez désormais. Ces beatmakers, qui collectionnent aussi disques d’or et disques de platines des rappeurs avec lesquels ils ont collaboré, nous pouvons leur donner de la notoriété simplement en les reconnaissant et en constatant la qualité de leurs instrus et donc, leur talent. Sans négliger, bien entendu, le travail d’autres personnes derrière un son ou un album tels qu’un directeur artistique ou un ingé son. On dit que le beatmaker fait 50% du travail, mais c’est faux, ils sont très importants c’est un fait, mais c’est avant tout un travail d’équipe où il ne faut pas chercher à savoir à qui « appartient » un son.

Pour commencer, vous pouvez par exemple vous pencher sur ces formats de vidéos sur YouTube réalisés par différents médias, avec du contenu très intéressant qui vous proposera de connaître un peu plus les beatmakers et notamment la façon dont ont été produits quelques sons du moment :

 

MOUV’ – La Prod

RIFFX – 3 Minutes à la Prod

Booska-P – Hitmakr

OKLM – 10 ans 10 beats 

OKLM – Focus : Beatmakers (il y en a quelques uns dans la playlist)

Le beatmaking francophone étant en pleine expansion, est-ce que dans les années à venir nos beatmakers auront la même reconnaissance que les rappeurs ? Rien n’est moins sûr, seul le temps nous le dira.

Pour terminer cet article, en ce qui concerne Raplume, nous tenons à remercier encore une fois Ritchie Beats aka Skreally Boy d’avoir participé à notre projet Plume, nous lui envoyons encore et toujours de la force. Son dernier projet « Karma 2 » est disponible partout.

Votre rédacteur tient aussi une chaîne SoundCloud très active que vous pouvez consulter ici.

Plus sérieusement, nous avons en nos rangs un rédacteur qui fait du beatmaking depuis bien plus longtemps et qui va prochainement sortir une mixtape, vous pouvez le suivre sur SoundCloud sous le nom de Jeune Orlan ou sur Twitter.

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