La variété du rap : le Japon #2

On se retrouve pour la suite de la chronique La Variété du Rap, si vous n’avez pas lu le premier article de celle-ci, on vous invite à aller y jeter un oeil, surtout pour les plus footeux … La variété du rap : le football #1

 

Nous vous disions que le rap s’adressait de prime abord aux jeunes, et que le monde auquel appartenait les jeunes renfermait ce qu’ils aimaient et ces domaines aussi bien différents les uns des autres tendaient à se mélanger, en exerçant leur influence. En l’occurence, on vous disait que le football avait une influence sur le rap, mais aussi que le rap avait une certaine influence sur le football. Cependant, ce n’est pas le seul domaine qui a influencé le rap, il y en a d’autres, ce qui démontre que le style musical qu’est le rap est aujourd’hui l’un des plus versatiles.

 

Cet article portera sur un tout autre thème : l’influence de la culture japonaise dans le rap et plus particulièrement l’art du manga. La différence avec le football porte sur le fait que l’influence n’est pas réciproque. Seul la culture japonaise (surtout les mangas mais aussi animes, éléments typiques du pays etc …) s’est vraiment invitée dans le rap, mais alors pourquoi cette culture japonaise apparaît dans le rap moderne ?

Sans doute que cela vient des points communs qui co-existent entre ces deux domaines distincts, les passerelles sont faciles entre les formes de l’art. Comme le football, le manga est très apprécié des plus jeunes et c’est son apparition fulgurante en France dans les années 1990 qui va être le point de départ. Ce qui lie particulièrement le rap et le manga est ce que l’on pourrait, tout d’abord, voir comme un cliché : la violence. Mais … c’est un fait, qui est cependant plutôt exagéré par les gens ce qui a conduit au stéréotype.

Le rap a bien des tendances violentes, avec parfois des paroles qui ne nécessitent pas de lire entre les lignes pour comprendre la haine d’un rappeur vis-à-vis de quelqu’un ou quelque chose, en utilisant des procédés vulgaires, c’est très utilisé dans le Gangsta Rap. Cette violence est présente dans le manga, où l’on retrouve parmi les séries les plus célèbres des combats, de la colère et du sang. Certes, cela existe bel et bien dans le rap et le manga, mais ça n’est en aucun cas une généralité. La violence est un moyen qui permet de dénoncer dans le rap, sans scrupule pour que les visés ne puissent pas faire l’oreille sourde. Alors que les parties violentes d’un manga ne sont pas plus choquants que d’autres films violents par exemple, pour lesquels aucune critique n’est portée. (On vous invite fortement à regarder la vidéo du Règlement à ce sujet dans sa vidéo sur les 4 Pires clichés sur le Rap, celui-ci étant le second)

 

Autre point commun que l’on peut attribuer est le terme de shōnen qui signifie « adolescent » en japonais. Il est utilisé dans le manga car il correspond à une catégorie de manga : le shōnen, du même nom, qui se caractérise par une intrigue tournée autour de celle d’un jeune garçon (ou d’un groupe) dans laquelle nous allons le voir grandir à travers toutes ses aventures. C’est une quête initiatique comprenant des valeurs morales tels que l’amitié et l’esprit de groupe, où les protagonistes doivent se surpasser. C’est quelque chose que l’on peut appliquer aux rappeurs puisque ce sont eux-mêmes des shōnen finalement, ils se construisent et s’améliorent chaque jour depuis leur adolescence et se forge une expérience dans le milieu en traversant des obstacles et aussi en passant des étapes dans leur carrière.

 

Ce mélange est représentatif du rap moderne puisque le manga apporte une culture en plus aux rappeurs à citer dans leurs paroles, qui rend leurs  punchlines encore plus percutantes…

 

C’est pourquoi, on vous propose plusieurs exemples qui témoignent de l’influence du Japon dans le rap, avec plusieurs artistes pour lesquels la culture japonaise est récurrente dans leurs sons.

 

Les pionniers

 

Qui sont ceux qui ont emmenés le manga dans le rap français ? Parmi eux, on peut citer tout d’abord dans les années 1990 IAM ou encore Doc Gynéco (encore !). Epoque à laquelle la plupart des jeunes passait leur temps devant le Club Dorothée, c’est dans cette génération que beaucoup de rappeurs d’aujourd’hui ont grandi avec notamment Dragon Ball, Goldorak ou encore Ken le survivant.

 

« Comme Végéta, le super guerrier de l’espace, j’ai une mauvaise réputation et un coeur de glace » – Doc Gynéco, Est-ce que ça le fait

 

C’est d’ailleurs parce qu’il était fan du Club Dorothée que Booba a choisi son nom, en hommage à Bouba, qui est une série d’animation japonaise. Il fait donc parti de cette génération.

 

Tengo John

 

Décidément, il est partout ! Aussi présent dans le précédent article de la chronique sur le football, Tengo John est sans doute le rappeur qui représente le mieux le rap moderne, grâce à sa palette de couleur très variée. En effet, la culture japonaise occupe une grande place dans ses textes. Son pseudo encore montre cela, c’est un numéro 10 avec le « Ten » dans « Tengo », mais ce n’est pas le seul élément qui a donné naissance à ce nom puisque Tengo est le nom d’un personnage tout droit tiré d’un roman de l’auteur japonais Haruki Murakami de sa trilogie 1Q84 qui a particulièrement plu au rappeur.

C’était une des couleurs dans sa mixtape Multicolore, la culture japonaise forme un élément majeur de l’oeuvre de Tengo John, et ce, dans la majorité de ses musiques en général. On retrouve parmi les morceaux les plus représentatifs :

Printemps : saison de renouveau très appréciée au Japon (il cite notamment les cerisiers du Japon, qui sont typiques de la culture)

Geisha : qui est une femme japonaise raffinée qui se consacre à l’art traditionnel de son pays

Trois Sabres Pt.III : son dans lequel les paroles sont pleines de références au Japon, la première partie du clip est d’ailleurs avec un fond au décor du Japon, des temples, il est habillé en kimono avec des sabres japonais

Tengon : qui est un jeu de mot entre son nom Tengo et Gon, le personnage principal du shōnen Hunter X Hunter.

Voici quelques citations, on vous invite à aller écouter ses sons pour en découvrir encore plus :

 

« Trois sabres à la Roronoa, bandeau frontal de Konoha » – Trois Sabres Pt.III

En référence à Zoro Roronoa et ses sabres (qui sont des armes typiques japonaises pour les samouraïs et les ninjas), l’un des protagonistes du manga One Piece, et Konoha le village dans Naruto où ce dernier et les personnages principaux portent un bandeau typique du village qui est donné aux ninjas.

 

« Ce sera pas grand chose mais j’aurai mon château ambulant » – Printemps

En référence au célèbre anime japonais Le Château Ambulant de Miyazaki

 

« J’ai qu’un seul père c’est le ciel, si tu veux son nom c’est Tengoku
Ma puissance est démentielle, l’arc-en-ciel a genre la même force que San Goku » – Trois Sabres Pt.III

En référence à Dragon Ball, et le personnage principal qui est San Goku

 

« Souvent j’fume la purple, devant Hunter X Hunter » – Tortank

Ici, il fait sans doute référence d’une façon très bien tournée à Morau, qui est un Hunter professionnel dans le manga HxH, l’une de ses facultés étant le Deep Purple, qui est aussi une référence au groupe de rock du même nom, qu’il active en fumant une pipe géante

 

 

« Digne descendant d’la famille Zoldik mon hatsu se fortifie j’électrise l’atmosphère » – Tengon

Encore une référence à Hunter X Hunter et plus particulièrement à Kirua Zoldik, fils d’une lignée familiale d’assassins. Son hatsu (forme du pouvoir du Nen dans le manga) prend une forme électrique (après les décharges qu’il a reçu étant plus petit selon lui).

 

 

 

PNL

 

Comment ne pas les citer dans un tel article ? On aurait aussi pu les mettre dans le #1 de la chronique puisque les punchlines footballistiques, ce n’est pas ce qui manque chez eux (avec le fameux « Ma frappe il y a personne qui l’arrête, pénalty je souris au gardien, Igo il y a Mowgli dans l’arène, ciseau retourné comme Papin« ) . Cependant, à l’image de Tengo John, ils unissent aussi le foot et le manga dans leurs sons, et c’est le second qui parait être le plus intéressant.

En effet, c’est un thème que l’on retrouve très souvent chez eux. L’exemple le plus concret semble être leur son Onizuka qui déjà par le nom est tiré du manga GTO soit Great Teacher Onizuka. Ce son est tourné autour de la vie du protagoniste lorsqu’il était encore un chef de gang, qu’il rodait à moto dans la ville, en étant proche des Yakuzas, la « mafia japonaise ».

 

Quelques citations d’Ademo et N.O.S :

 

« La street c’est fou, j’fais le tour de la ville, Onizuka
Comme Yakuza, comme GTO » – Onizuka

 

« Ce soir la Lune rougit, j’pète niaks vers Itachi » – J’suis QLF

Ils font ici une référence à Naruto en citant l’un des personnages principaux Itachi, mais aussi à la Lune rouge ou plutôt le Mugen Tsukuyomi, qui est un genjutsu plongeant le monde dans une illusion, dans un rêve même qui retire leur chakra.

 

 

Le clip de Tchiki Tchiki a d’ailleurs tout simplement été tourné au Japon, avec des temples, des rues, des magasins locaux ou encore des sabres. On se demande comment ils se sont débrouillé, puisque Ademo parle pas vraiment la langue.. :

 

« Eh, j’parle pas tching tchong tchang tching tchang »

 

Par contre on a toujours des références :

 

« Troisième œil comme Tenshinhan
Joue, j’suis vif comme Nakata »

Tenshinhan étant un personnage de Dragon Ball, Nakata est quant à lui une légende du football japonais (on retrouve leurs thèmes abordés : football et Japon ici mélangés)

 

« Ouais j’suis dans la vallée d’Hyrule »

N.O.S. fait référence ici au célèbre jeu vidéo japonais The Legend of Zelda, Hyrule constitue le royaume dans lequel est détenue prisonnière Zelda, la princesse que doit sauver le héros, Link.

 

Lonepsi

 

Le rappeur-poète fait partie intégrante des meilleurs exemples que l’on peut vous citer puisqu’il a une culture très diversifiée que ce soit dans la littérature, la musique ou encore la culture étrangère, en l’occurence celle du Japon. Même s’il est d’origine latine (argentin et italien) et qu’il nous a fait ressentir cela avec le refrain en espagnol dans Neruda, la culture asiatique porte une place qui semble être plus grande dans ses textes. Il a un monde unique, que l’on reconnait très facilement lorsque l’on plonge dans celui-ci.

Pour vous illustrer au mieux son goût pour la culture japonaise, il semble qu’il aime plus les animes au détriment des mangas, il a souvent dit être un grand fan des films de Hayao Miyazaki, soit l’un des plus grands dessinateurs et réalisateurs d’animes, il est à l’origine de plusieurs animes cultes de l’histoire de l’animation japonaise tels que : Le Voyage de Chihiro, Le Château Ambulant, ou encore Le Tombeau des Lucioles. Il est notamment le co-fondateur du fameux Studio Ghibli avec Isao Takahata qui a créé la majorité des meilleurs animes. Selon Lonepsi, tous ses films sont des chefs d’oeuvres pour leur univers, leurs musiques et leurs dessins.

 

En terme d’exemples, voici tout d’abord la pochette de son album Sans dire adieu sorti en janvier dernier, dans laquelle il a voulu montrer son goût pour l’animation. Celle-ci est d’ailleurs dessinée par son frère Manuel Gargiulo, aussi belle que poétique :

 

 

C’est aussi le cas pour la cover de son dernier EP Kairos, qui signifie « moment opportun » en japonais, ce mot a cependant une origine grecque puisque c’est un concept qui permet de situer les événements dans le temps. L’image est aussi dans un style d’animation japonaise.

 

 

Un morceau retient l’attention quand au sujet que l’on aborde, La traversée du temps. C’est un hommage direct au film réalisé par Mamoru Hosoda du même nom, adaptée de la nouvelle de Yasutaka Tsutsui. Musique dans laquelle on voyage dans le monde l’artiste comme toujours.

 

« Si je pouvais remonter le temps comme Makoto, serais-je encore mélancolique ou mécontent ? »

 

Makoto étant le personnage principal du récit.

 

Enfin, on peut aussi citer Le pays de ma chambre, qui est un son qu’il a composé en une nuit. Le clip est intéressant puisqu’il s’agit d’un passage en boucle d’un anime : The Garden of Words, (anime avec une qualité d’animation dans les dessins époustouflante), où l’on voit le protagoniste Takao, qui travaille dans son coin pour sa passion, la cordonnerie. La chambre est un lieu spécial pour Lonepsi, puisque c’est dans la sienne qu’il créé.

 

 

Haristone

 

On va s’intéresser à son dernier projet OFF dans lequel 3 morceaux montrent que Haristone est lui aussi un rappeur avec des texte influencés par l’univers du manga. En effet, on a tout d’abord le son Nuage Magique qui fait tout simplement référence au Nuage Magique de Goku dans Dragon Ball. C’est une métaphore puisque le texte tourne autour du fait qu’il n’écoute pas les critiques, qu’il est « au-dessus » de tout ça, comme s’il était justement sur son Nuage Magique.

 

 

Petit coeur  pourrait être une référence à DBZ encore puisqu’il s’agit du nom donné à Piccolo dans le manga, aussi appelé parfois Satan Petit Coeur. Cependant, il fait référence à d’autres oeuvres :

 

« Mon rebeu la rue la meilleure des éducatrices
J’y survis comme si j’étais Ken, mon rebeu »

Phrase tournée pour Ken le survivant, manga des années 1990-2000

 

« J’ai hérité du feu de mon frère
Partit beaucoup trop tôt tout comme Ace et Sabot
J’arrive avec tous mes nakamas »

Il s’agit là d’une métaphore filée avec One Piece avec Ace et Sabot qui sont les grands frères du personnage principal Monkey D. Luffy, suit ensuite une seconde :

 

« Comme Trafalgar ou Zoro j’manie le katana
Avec les rapport humains j’étais naif
Aussi fidèle au mien que Bellamy
Puis quand j’me doutais de rien on me l’a mise »

Trafalgar et Zoro Roronoa étant aussi des protagoniste du manga culte, ils manient le katana mais aussi le sabre. Alors Bellamy est un serviteur, il s’identifie à lui aussi comme étant quelqu’un de fidèle, comme l’est Bellamy avec Doflamingo.

 

Dernier exemple, qui est le son le plus représentatif de la présence du manga chez Haristone : Sanji. Du nom, c’est une référence aussi à One Piece, qui est le cuistot de l’équipage de Luffy, d’où le refrain :

 

« Pour l’instant j’suis dans la cuisine comme Sanji »

 

« J’me salis pas les mains
J’ai les pieds plus aiguisés qu’un coup d’schlass »

Sanji n’utilise que ses pieds pour se battre, c’est un combattant redoutable pour cela d’ailleurs. Il n’utilise pas ses mains, qu’il préserve exclusivement pour sa cuisine.

 

Il nous donne à nouveau une référence à Dragon Ball Z :

 

« Sur mon dos, j’les entends parler beaucoup
Pendant c’temps j’m’entraîne comme Vegeta et Goku »

 

Goku et Vegeta étant sans doute la rivalité la plus célèbre de l’histoire du manga, aussi citée par PLK dans Du mal : « Moi vs moi c’est San Goku face à Vegeta ». Ils s’entrainent souvent si ce n’est pas tous les jours, tandis que Goku aspire à devenir le guerrier le plus puissant de l’univers, la motivation de Vegeta ne se repose que sur le fait de devenir plus fort que Goku, c’est ainsi que les deux personnages s’améliorent.

 

« Potion magique dans mon saké »

Sa potion magique est une métaphore bien-sûr, il doit surement parler de sa lean qui revient souvent dans ses textes (il a surement dû en consommer lorsqu’il était sur son « Nuage magique » d’ailleurs aussi) qu’il dissimule dans son saké qui est un alcool japonais à base de riz, c’est une référence à un élément culturel du Japon, une boisson coutume, ce qui montre l’influence de la culture japonaise en elle-même.

 

« J’suis un kaizoku »

Il s’identifie à un pirate (donc kaizoku en japonais) comme dans One Piece.

 

Nekfeu

 

Cet article n’aurait pas même la même valeur si on le le citait pas. En effet, le rappeur parisien est sans aucun doute celui qui démontre le mieux la culture japonaise dans son art. Au-delà du name-dropping, ce que font la plupart des rappeurs en s’identifiant à des héros de manga ou en les citant pour une punchline plus piquante, la culture japonaise a toujours été omniprésente dans ses sons. En effet, celui qui disait lire des Dragon Ball dans les rayons d’Auchan avec Bertrand Charmeroy étant petit (ndlr vidéo Europe 1), a toujours apprécié les mangas. Comme quoi, il n’y a pas de hasard puisque son vrai prénom est Ken, le même nom que le héros du célèbre manga Ken le survivant. Cette influence japonaise chez lui est très présente au point qu’il pourrait avoir une signification dans le nom de son label. Ce n’est pas certain mais Seine Zoo, qui fait référence donc à la Seine pour Paris, sa ville, et le Zoo qui est un adjectif qui se réfère à une bande de quartier adepte du désordre, mais on peut l’entendre d’une seconde façon puisque c’est un homonyme de Senzu, qui est le nom japonais du haricot magique dans Dragon Ball.

De plus, c’est lui qui est déguisé dans le clip de Fausse Note avec son groupe le $-Crew :

 

Son masque est une référence à Tokyo Ghoul puisque Ken Samaras est transformé en Ken Kaneki, le protagoniste du manga.

 

Quelques citations de Nekfeu en référence au manga :

 

« Nek le Fenek a le M sur le front, un peu comme Mathieu Chédid
Végéta, Ikki, Kirua, Nek le Fenek !
Sasuke, Wolverine, Akira, Nek le Fenek ! »  Nek le Fenek

Beaucoup de références en un si petit passage ! Le M sur le front qu’il compare au chanteur M, est aussi le M sur le front de Majin Vegeta ou encore Majin Buu dans Dragon Ball Z, symbole du sorcier Babidi qui utilisé la technique Madoshi pour posséder les mêmes Vegeta et Buu.

Il cite beaucoup de personnages comme Vegeta (Dragon Ball), Ikki (le chevalier Phénix de Saint Seiya), Kirua (Hunter X Hunter), Sasuke (Naruto) et Akira (protagoniste du manga qui porte son nom : Akira).

 

« J’suis comme Broly, j’deviens paro dès qu’ça parle de carotte » Le Horla

Broly étant un des plus puissants guerriers saiyen qui apparait tous les 1000 ans dans Dragon Ball Z, il déteste Goku et devient vigilant quand il entend Kakarot surnom donné à Goku où il y a jeu de mots puisque Nekfeu parle de « carotte » (mot présent dans « Kakarot », Goku ayant d’ailleurs une tenue de combat orange comme la carotte) mais ici avec une connotation sur l’argot de l’arnaque, il est sur ses gardes en ce qui concerne les douilles.

 

« Vu qu’elle sentait la mangue je l’ai prise par derrière comme un manga » Time B.O.M.B.

Il dit vrai puisque le manga sous forme écrite et dessiné, se lit bien « par derrière ». Autrement dit, il faut le commencer par la face arrière du tome, que l’on considèrerait, en temps normal, comme la fin d’un livre.

 

« Pour la coke j’ai le nez de Krilin »

Krilin dans Dragon Ball, n’a pas de nez …

 

« Mon passeport est couvert d’encre comme le dos d’un Yakuza »

Les Yakuzas étant un clan, une mafia japonaise avec comme signe d’appartenance de nombreux tatouages dans le dos, à l’encre comme son passeport tamponné. Il a donc beaucoup voyagé …

 

« Élevé parmi les loups
J’me sens comme Princesse Mononoké » Doux ft. A2H

 

Pour l’anime Princesse Monoké, tout droit sorti du Studio Ghibli, un autre chef d’oeuvre de Miyazaki.

 

En ce qui concerne l’animation japonaise en elle-même, on peut penser que le clip Plume du Nekfeu témoigne de cette influence culturelle sur ce qu’il créé avec un clip dans une ambiance zen où l’on suit un corbeau dans son voyage dans différents mondes animés. Réalisé par Juliette Clausse, le clip est aussi original que parfaitement représentatif du son. Cette musique a influencé le nom de notre mixtape d’ailleurs … :

 

 

Esquimaux montre aussi bien cela, des couplets avec quelques mots en japonais par Népal avec peut-être même un clin d’oeil au rappeur japonais KOHH. Népal aussi d’ailleurs aime la culture japonaise, on le voit dans ses textes, mais aussi dans le clip de Rien d’Spécial où il se promène dans les rues du Japon, et aussi le son Fugu, le fameux « poisson-ballon » réputé au Japon, connu pour son excellent goût mais aussi pour le fait qu’il peut être toxique s’il est mal préparé. (En parlant de Nekfeu, un rappeur auquel on peut penser puisqu’il lui ressemble dans le style, c’est Django, qui lui aussi fait énormément de références à la culture japonaise).

 

Si l’on devait vous présenter qu’un seul son à titre d’exemple, ce serait bien Nekketsu. De par le titre, un nekketsu est un genre du shōnen avec des caractéristiques semblables : quête du héros avec ses amis, ayant ou non des pouvoirs ou des qualités lui permettant d’atteindre son objectif à travers une grande aventure. Le jeu de mots est encore présent, avec le son « Nek » que l’on entend dans Nekketsu mais aussi dans Nekfeu. Element majeur du son : il est en featuring avec Crystal Kay, une chanteuse japonaise qui a notamment fait les Opening et Ending de nombreux animes et mangas comme FullMetal Alchimist par exemple. Un refrain en japonais et des références à cette culture, le son est parfait pour illustrer l’influence du Japon dans le rap :

 

« Héros de ma vie, maintenant auteur »

Dès le début du son, il transpose sa vie dans un univers de manga dont il est le héros

 

« J’met les bouchées doubles, fidèle au bushido »

Le bushido est un code moral des samouraïs.

 

« Maintenant je vis mes rêves comme si j’avais invoqué Shenron »

Shenron est le dragon que l’on peut invoquer en réunissant les 7 boules de cristal dans Dragon Ball Z, il peut exaucer trois de nos voeux, pour vivre nos rêves.

 

« Je vis ma vie comme un shōnen »

« Moi j’suis comme Goku j’ai le coeur souffrant »

Dans Dragon Ball Z aussi, Goku souffre d’une maladie du coeur qui sera guéri par Trunks du futur.

 

« J’relève la visière de ma casquette, la lune est rougeoyante »

Si vous avez bien appris des choses tout à l’heure, il est possible que vous ayez déjà fait le lien. C’est bien une référence au Mugen Tsukuyomi dans Naruto.

 

Le manga est donc un thème important dans l’art de Nekfeu, à un point tel que l’Outro de Nekketsu, et aussi de son album finalement, est en japonais avec Crystal Kay qui lui dit :

 

 « Hayaku Tōkyō ni kite
Tanoshimi ni matteru yo ! »

Qui donne en français …

(Re)Viens vite à Tokyo
Je t’attends avec impatience

 

Quelques jours après la sortie de Cyborg, Nekfeu a bien rejoint Crystal Kay au Japon et s’y est même isolé pendant presque plus d’un an. De quoi se ressourcer et aussi … préparer un album ? Qui sait ? Nous aussi on a le droit de rêver de son retour ! Après tout, Feu se terminait bien sur le morceau « Être Humain ? » et « Humanoïde » peut être considéré comme une réponse, étant la première track de Cyborg. De plus, l’album en lui-même peut être une réponse aussi puisque Nekfeu se questionne sur l’être humain en général dans cet album. Le fait que Cyborg se termine par Nekketsu, cela pourrait être un élément précepteur d’un album tourné autour de la culture japonaise pourquoi pas ? Quoi de mieux pour le faire en allant y vivre isolé 1 an pour s’inspirer de la culture locale ?

 

 

Derniers exemples

 

Les AMV (Anime Music Video) sont très utilisés par les fans de rap et de manga/animes qui montent leurs sons préférés sur des extraits de manga et ou de dessins animés, ce qui a été fait beaucoup de fois pour XXXTENTACION (paix à son âme).

Doxx, le rappeur de Thionville, aime aussi l’univers japonais et à l’image son idole qui l’influence toujours qui est XXXTENTACION, il a déjà fait des AMV pour les clips de ses premiers sons avec des dessins animés connus (La Panthère Rose, Regular Show etc …) mais aussi des animes japonais comme en témoigne son clip pour C’est ça l’idée avec des extraits de The Garden of Words.

 

Le clip de My World de JUL est animé dans un style DBZ dont le rappeur est le super-héros, avec le signe JUL en guise de Kamé Hamé Ha

 

 

Demi Portion est aussi un fan de Dragon Ball, comme on le voit à travers son album Dragon Rash

 

 

Mais aussi ce son, il suffit juste d’écouter les paroles et de regarder pour comprendre :

 

 

OrelSan, de son nom qui est un mélange d’Orel (Aurél, diminutif d’Aurélien, son prénom) et San qui signifie en japonais « monsieur », un adjectif très utilisé en suffixe d’un nom au Japon en signe de politesse envers les autres, il a d’ailleurs fait un son qui a pour titre ce mot dans son dernier album La fête est finie. Lui aussi aime beaucoup le manga :

 

« Ensuite j’me branle machinalement et j’lis des Hunter X Hunter » Courez Courez

 

 

Le manga pour lui est une passion, à un point qu’il incarne la voix française de Saitama du récent anime One Punch Man. Il a notamment été interviewé sur ce thème :

 

 

 

Par ailleurs, on peut constater que toute l’imagerie autour de son album La fête est finie est influencé par la culture japonaise puisque OrelSan est habillé en kimono noir avec un sabre dans le dos, il est en ninja.

 

 

Youv Dee est aussi un grand fan de manga et surtout de One Piece. En effet, le membre de l’Ordre du Périph se nomme Monkey Dee Youv sur les réseaux sociaux et a sorti Berry qui est une référence direct au manga puisqu’il s’agit de la monnaie utilisé dans leur monde. Opening est l’intro de son album Gear 2, les Opening sont les génériques au début des manges et il l’a nommé ainsi plutôt que « Intro » ou « Introduction » comme les autres rappeurs. Ici il est sur une prod tout droit tiré du jeu vidéo Pokémon, c’est la musique qui retentit lorsque l’on rencontre un pokémon sauvage. Un univers très japonais pour lui aussi.

 

« Brigade fantôme c’est les Dalton » Berry

La Brigade fantôme est un groupe de méchants dans Hunter X Hunter.

 

Youssoupha a aussi utilisé une instru qui semble ressembler à une piste de la SoundTrack de Death Note dans Irréversible. On en est un peu plus sur pour Black M par contre, d’ailleurs ses amis du Wati B Dadju et Abou Tall qui formait le duo The Shin Sekaï, ce nom provient du Nouveau Monde (The Shin Sekaï se traduisant par le Nouveau Monde en français) dans One Piece.

 

 

Pour rester un peu dans le Wati-B, Maitre Gims aime la culture japonaise lui aussi, comme le prouve tout d’abord ce son …

 

 

Mais l’originalité du membre de la Sexion d’Assaut réside dans le fait qu’il est bel et bien le premier rappeur français … a créer son propre manga. En effet, en 2017 il a alors été annoncé que le rappeur a signé collaboration entre lui et la maison d’édition Glénat, pour créer un manga avec Jean-David Morvan et le japonais Tamura Yoshiyashu. Le manga s’appellera Devil’s Relics et sortira le 31 octobre prochain, les premiers dessins paraissent vraiment intéressants :

 

 

 

Conclusion

 

On peut bel et bien dire que la culture japonaise a influencé le rap français de par ses nombreuses références en terme de punchlines surtout en citant des mangas, mais aussi des animes, avec des clips animés dans un style japonais, avec la culture japonaise en général et notamment les clips tournés au Japon, les références aux coutumes ou aux éléments traditionnels de cette culture, ou encore même avec des des célèbres jeux vidéos japonais, les jeux vidéos étant aussi très produits au Japon et très apprécié. Tous ces éléments constituent la culture même du Japon.

 

Il serait impossible de vous citer absolument tous les artistes faisant des références liées à la culture japonaise ou au manga, aujourd’hui la majorité des rappeurs en font et cela a d’ailleurs donné naissance à de nombreuses vidéos ressassant des punchs sur le manga, des freestyles sur un manga en particulier (Dragon Ball Z, One Piece … on vous laisse juger) des analyses, des articles, y compris celui-ci. D’ailleurs, Maxime Masgrau est un dessinateur à découvrir puisqu’il relaye l’actu rap en dessin, le manga dans le rap a fait qu’il a eu de l’inspiration pour transposer le rap FR dans le monde de Dragon Ball pour Booska.

 

Pour finir, on vous laisse avec quelque chose à découvrir pour ceux qui ne connaissent pas. C’est un son de Bouchées Doubles, en featuring avec … Vegeta.

 

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Lucas

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