Rencontre avec Sheldon

"Lune noire, c’est un projet qui est dans mon ADN"

Vous ne le savez peut-être pas, mais vous connaissez forcément Sheldon. Figure emblématique de la 75e Session (on vous invite d’ailleurs à regarder le passionnant docu de Nova), producteur de génie, il a travaillé avec Nepal, Sopico, M le Maudit, et bien d’autres rappeurs de la nouvelle génération (voir notre interview de S-Cap).

Mais Sheldon n’est pas qu’un homme de l’ombre : c’est aussi un rappeur, dont le dernier projet, Lune noire, est sorti fin septembre, après 3 ans de travail. Objet passionnant et énigmatique, cet album est une oeuvre totale : les morceaux racontent une histoire aux allures de conte futuriste, qui est également mise en BD, et a donné naissance à un jeu (tout est sur www.lune-noire.com).

C’était donc l’occasion de rendre visite à Sheldon au Dojo, pour tenter de découvrir la face cachée de Lune noire.

Avant Lune noire, il y a eu les 4 « quarts de lune » et le prequel, donc 8 morceaux en tout dans lesquels on avait déjà des personnages et des éléments de l’histoire. Du coup, quand on écoute l’album, on a l’impression d’un puzzle qui s’assemble. Ça fait combien de temps que tu as cette histoire en tête ?

Ça fait trois ans, le temps que j’ai mis à faire Lune noire, mais c’était pas une histoire qui était dans ma tête avant. La volonté, c’était d’écrire une histoire, et elle est venue assez naturellement. Je suis parti faire une première résidence, j’ai écrit mon histoire comme un scénariste de BD plus que comme un rappeur : j’ai vraiment écrit la trame, que j’ai slice en morceaux. L’histoire elle est née à ce moment-là. Tout le côté méta qu’il y a autour (les quarts de lune, le prequel, le jeu vidéo, la BD…) il est venu après, c’est des trucs qu’on a construit autour.

C’est une oeuvre extrêmement structurée : l’intro, l’outro, les 4 interludes… mais aussi l’effet de boucle avec le codex et les définitions (du chaos à l’ordre, qui annonce un nouveau chaos). C’est un challenge, dans l’industrie musicale actuelle, où on écoute beaucoup les sons en playlist, et où il y a plus de mixtapes que d’albums ?

C’est un truc que j’avais envie de faire une fois, et je te dis la vérité : je sais pas si je le referai. Quand tu fais un truc comme ça, tu sais ce que tu fais : tu sais que ça va pas marcher. Moi j’avais une volonté de faire ça, parce que les artistes ou les créations qui me parlent le plus, c’est souvent des trucs qui sont dans des métavers comme ça, sur plusieurs supports, où tu sens que tu peux te perdre dedans, que tu peux écouter plusieurs fois et découvrir des trucs. C’était pas vraiment un challenge, dans le sens où je l’ai fait naturellement, parce que j’avais envie de le faire ; mais je savais très bien qu’en le faisant et en sacrifiant 3 ans de ma vie à faire ça, marketing-ment parlant, je me tirais une balle dans le pied. Maintenant, quand t’as envie de faire un truc comme ça, tu le fais pas forcément pour que ça marche : tu le fais pour qu’il existe.

Pour rester dans la structure, j’aimerais qu’on parle un peu des interludes : ils sont vraiment parlés, pas rappés ni chantés. Je me demandais d’où c’était venu : t’avais juste besoin de faire des ponts entre les morceaux, ou bien il y avait une volonté d’avoir une figure de conteur ?

Le truc, c’est que quand j’ai terminé la toute première version de Lune noire, j’en étais content dans le sens où je savais que j’avais mon produit brut, mon histoire et tout, mais je me suis bien rendu compte que plein de gens captaient pas l’histoire, même des proches qui avaient assisté au processus. Je trouvais ça gênant : quand tu racontes une histoire, tu la racontes pas que pour toi. Du coup, les interludes, c’est une idée de Shien [rappeur qu’on retrouve en feat sur l’album] à la base. Il a écrit les premiers interludes qu’il a enregistrés lui-même ; mais il a une voix très grave, très austère : je trouvais que c’était pas forcément le plus pertinent. Du coup, on a demandé à mon papa de faire les interludes, c’est lui qui parle en fait. Je crois que moi dans le fond, même si j’étais pas trop conscient de ça au début, je voulais que ça soit un truc proche de moi. Tout l’héritage heroic fantasy, jeux de rôle, culture bande dessinée, c’est un truc qui vient de mon daron. Pour moi, il y avait aussi toute une boucle affective à recréer avec ce truc-là. Mon père me soutient énormément dans ce que je fais, mais c’est pas forcément un mec qui kiffe le rap. Donc il y a plein de choses que je fais qui lui sont étrangères. Des fois, il se prend des morceaux de RPG, des trucs méga turn-up, il capte rien, il me dit « pourquoi t’insultes tout le monde ? ». Avec Lune noire, j’avais l’occasion de faire un truc qui était plus proche des miens. Et aussi, quand j’ai commencé Lune noire, un des premiers objectifs c’était de faire un disque que ma petite sœur pourrait écouter (elle avait 13 piges quand j’ai commencé). Pour revenir aux interludes, je pense que j’avais besoin que ce soit mon papa qui fasse ce truc-là. J’étais méga tendu, parce que mon daron il écrit des nouvelles, il a écrit beaucoup de scénarios de jeux de rôle quand il était jeune, c’est un mec qui dessine des cartes… enfin qui fait plein de trucs beaucoup plus pointus que moi dans ce domaine. Et du coup, j’avais méga chaud de son regard et de comment il allait approcher le truc. On a fait une écoute en studio du projet. Je pensais vraiment qu’il allait venir, qu’on allait écouter deux-trois morceaux, qu’il allait esquiver doucement, et qu’on allait juste partir déjeuner tous les deux. En fait, il est resté scotché dans le siège, il a écouté tout le disque et il a trouvé ça vachement bien ; moi j’ai été hyper touché, du coup je lui ai proposé de participer. Il a été méga chaud, on a fait tous les interludes en une après-midi. C’était marrant à faire, et en plus on s’est rendu compte que c’était vraiment un élément qui fluidifiait la narration.

C’est intéressant ce que tu dis sur ton père et sur ta sœur, parce qu’on rejoint un peu la fonction originelle du conte, qui est de rassembler les gens autour d’une histoire…

De toute façon, Lune noire, ça a été conçu comme un conte, c’était vraiment l’idée. Je me suis basé sur les principes du conte pour rendre une histoire vraiment accessible. La seule différence, je dirais, c’est que j’ai essayé d’enlever un maximum les notions de morale. J’ai voulu éviter qu’il y ait une vision toute tracée du truc à la fin, où on dit : lui il est méchant, lui il est gentil.

Tout est fait pour nous immerger dans le monde de l’histoire, notamment grâce aux atmosphères sonores (les bruits des oiseaux, de l’épée, des pas qui résonnent dans le château…). C’était indispensable pour toi ?

C’est une idée qui m’est venue de disques que j’avais quand j’étais petit, qui étaient un peu les prémices des livres audio pour les enfants. Je me rappelle, j’avais des contes de Robert Desnos, des trucs de Raymond Queneau, Le Petit prince… Et il y avait beaucoup de sons comme ça, pour propulser les enfants dans des histoires plus grandes qu’eux, pour qu’ils puissent être réceptifs. C’est venu assez naturellement. De toute façon, c’est un projet qui est dans mon ADN. Tous les trucs que j’ai fait dans ce projet, je les ai faits parce que ça me paraissait naturel, en fonction de mon background… Je pourrais me faire piéger sur plein de trucs, mais pas sur la sincérité que j’ai mis dedans. Donc ce truc d’ambiances sonores, ça faisait écho aux trucs que j’écoutais quand j’étais petit, et puis tout simplement, je trouvais ça joli.

Dans l’histoire que tu racontes, on voit comme une symbiose de plusieurs mythes, plusieurs références, par exemple Le Cycle d’Elric pour l’épée, Harry Potter pour le gamin découvrant et apprenant à maîtriser ses pouvoirs, Isaac Asimov pour les lois de la robotique, etc. T’avais l’idée de créer un nouveau monde original en assemblant différents trucs que tu kiffais ?

En fait, quand tu regardes ce que je fais en dehors de Lune noire, les couplets que je rappe, ils sont toujours blindés de références. Dans un seize classique, j’ai toujours mille pouvoirs différents issus de mille persos auxquels je me suis découpé quand j’étais plus petit, ou même maintenant. Sur Lune noire, j’avais la volonté de pas sur-référencer, mais le truc c’est que je peux pas m’en empêcher. En fait, Lune noire, c’est un recraché de toute la culture pop que j’ai ingurgitée depuis que je suis petit. Donc il y a ces trucs d’heroic fantasy, Le Cycle d’Elric, le projet s’appelle Lune noire à cause d’une bande dessinée qui s’appelle Les Chroniques de la lune noire, qui était vachement présente dans mon enfance, parce que mon père et mon oncle la lisaient. Et il y a plein d’autres trucs : on m’a souvent dit Astro Boy, Full Metal Alchemist aussi… Il y a tout ça, parce que c’est des trucs que j’ai lus et que j’ai kiffés, et que je m’en nourris. Mais j’ai pas eu la volonté de calquer une histoire. Si tu lis Les Chroniques de la lune noire, ça a rien à voir, y a aucun élément commun. Par contre, j’aime bien que les gens qui partagent le même background que moi puissent s’identifier rapidement. Des fois, ça complique un peu le truc pour les autres, mais j’ai pas l’impression que ça t’empêche de comprendre l’histoire. J’aime bien avoir ce truc-là qui fédère les gens qui me ressemblent autour de moi.

Dans cette création d’univers, tu pourrais avoir envie de pousser le délire encore plus loin ? Je pense par exemple à Tolkien qui a créé des langues, des cartes…

La carte, je l’ai faite, au début. Mais ça, c’est des vieux réflexes de scénarios de jeu de rôle. Je pense que Tolkien, pour tous les gens qui sont pris comme ça d’univers fantastiques, c’est une méga référence, parce que la force de travail est démentielle, et qu’elle a inspiré tous les gens qui ont fait des méta derrière. Le mec était dingue, c’est un truc qui me parle forcément. Après, j’avais pas non plus envie que Lune noire ce soit toute ma vie. Maintenant qu’il est sorti, il y a peu de chances que je réécrive dans cet univers. Mais par contre, Tolkien, c’était une méga source d’inspiration sur comment tu peux faire des liens entre plein de choses, et comment tu apportes du crédit à un monde qui n’est pas crédible.

On a l’habitude de considérer que les contes et légendes, au-delà de leur fonction divertissante, font réfléchir et apportent un enseignement. Tu disais tout à l’heure que tu avais voulu éviter la morale à la fin de l’histoire. Mais est-ce que t’as voulu te centrer sur le plaisir de l’histoire à 100%, ou est-ce que tu voulais quand même dire quelque chose à travers ?

À partir du moment où tu racontes une histoire aussi longue, tu dis un truc, même si t’es persuadé de vouloir rien dire : si tu dis pas quelque chose sur le monde, tu dis quelque chose sur toi, et si tu dis quelque chose sur toi, tu le dis en répercussion du monde qui est autour de toi, donc tu dis quelque chose sur le monde. C’est hyper perso comme projet, j’y ai mis vraiment de moi, donc je pense que je dis un truc. Je parle d’acceptation, toute façon c’est l’histoire de ce gamin qui se fait accepter nulle part, qui s’en prend plein la gueule un peu partout où il va, donc qui a pas forcément les bonnes réactions… tout ça entraîne une surenchère permanente, qui l’emmène jusqu’à la solitude. L’histoire, c’est que le gamin finit par rester piégé, condamné à passer la fin de sa vie tout seul. Donc oui, je dis quelque chose. Après, j’ai essayé de faire en sorte que ce truc-là soit pas sous forme de morale, dans le sens où tu peux le prendre ou le rejeter. Il y a rien dans Lune noire qui t’oblige à penser que ce que je dis, c’est juste.

Il y a une guerre entre les humains et les robots dans ton histoire : à cause d’une panne de courant, les robots deviennent inutilisables et sont mis au rebut : ils refusent, se rassemblent et s’organisent. Dans la préface du Cycle des Robots, Asimov parle de Frankenstein en disant qu’il y a toujours un schéma où la créature se retourne contre son créateur, et que lui n’avait pas du tout voulu faire ça avec les robots : dans ses histoires, ils ne sont pas forcément méchants. Et puis, au-delà de la fascination pour les innovations technologiques, les histoires de robots permettent de dire des choses à propos de la société. La guerre humains/robots que tu as imaginée, est-ce qu’elle cache quelque chose ?

Mes robots, ils sont pas méchants. Parce que je voulais pas qu’il y ait de méchants, je voulais sortir de ce schéma shōnen que je lis tout le temps, où t’as toujours des méchants hyper balèzes, des gentils qui doivent devenir plus balèzes que les méchants pour les niquer, puis les méchants qui reviennent encore plus balèzes… Une espèce de crescendo, pour arriver nulle part. Par contre, ce qui pour moi est une réalité dans le monde dans lequel on vit, c’est pas forcément gentils contre méchants, mais c’est quelque chose contre quelque chose, parce que du conflit, il y en a tout le temps. Mes robots sont pas forcément méchants, par contre ils sont discriminés. Après, on peut y voir les parallèles qu’on veut, avec la haine raciale, avec l’homophobie… Mais en fait, c’était surtout l’idée de dire : une fois que t’es mis à l’écart, qu’est-ce qui te reste ? Parce que la source du conflit, pour moi, souvent c’est ça : à un moment, on décide de faire sans une partie des choses qui existent (que ce soient des humains, un pays…). C’est souvent comme ça qu’une guerre démarre. Moi, plus que l’oeuvre de l’homme qui se rebelle contre son créateur, je visualise le truc comme un trait humain méga présent : tu crées quelque chose et tu t’en désintéresses très vite. Pour moi, c’est pas forcément Frankenstein qui, à un moment, vrille et décide de se retourner contre son créateur ; c’est plus que tu crées les robots, parce qu’à un moment t’en as besoin, pour avancer plus vite, mais en fait, le moment où t’en as plus besoin, qu’est-ce que tu fais de toute cette masse que tu as créée ? Ils se retournent pas vraiment contre les humains : simplement ils sont là et ils existent. C’est en fait une entreprise des humains, de faire la guerre aux robots : c’est eux qui décident de détruire ce qu’ils ont créé.

Quand ton héros rencontre les humains, c’est lors du carnaval. Le carnaval, symboliquement, c’est intéressant : au-delà du déguisement, à l’origine, il y a l’idée d’un « monde à l’envers », où tout s’inverse (on met son pantalon à l’envers, les hommes se déguisent en femmes et vice-versa, l’ordre hiérarchique est aboli…). Donc ton héros, quand il arrive dans le monde, c’est un monde à l’envers. Et ton image de la lune noire, c’est aussi une image d’inversion d’une certaine manière. Il y avait la volonté de faire un peu un monde à l’envers du nôtre ?

Il y a un processus de dualité dans Lune noire, tout le temps. Parce que le gamin, il sait pas se positionner. Il y a rien qui dit que c’est un humain en fait. Dans les clips et la BD, il est représenté comme un petit blond, ce qui fait que les gens l’identifient comme ça, mais en fait il n’y a rien qui oblige le gamin à être un humain. Du coup, il y a ce processus de dualité : quand il arrive chez les humains, il voit des trucs qui lui ressemblent plus ou moins. Comme lui, il a déjà sa jambe de bois et son bras en ferraille, il est rejeté, parce qu’il est différent. Et chez les robots, pareil, il se retrouve pris dans le processus robotique où personne calcule personne, il est complètement transparent. Mais chez les humains aussi finalement : le seul moment où il arrête d’être transparent, c’est avec Marilyn, c’est le seul personnage humain qui le calcule dans tout le récit. Donc il y a cette dualité dans le personnage dès le départ : est-ce qu’il est un robot ou un humain, dans ce monde ou en dehors de ce monde… J’aime bien les symboles non-expliqués. J’en parle très peu, de la lune, finalement. Elle est là, c’est la pochette du projet, mais il y a très peu de moments où je lui attribue des pouvoirs ou un rôle. Elle est là comme une espèce de surveillance permanente du monde, mais elle est noire, donc c’est déjà pas une lune ; et puis le monde il est trop petit, donc c’est déjà pas un monde. Ce truc de dualité, il est partout. Après, pour le carnaval, la nuance que je mettrais, c’est que je pense qu’il y a un truc plus personnel là-dedans : le phénomène de réunion, qui peut assez vite me monter à la tête. J’aime faire la fête, mais avec les miens : j’ai du mal avec les grosses réunions, ce truc de la fête et de la surenchère humaine tout le temps. Petit, je me suis déjà retrouvé dans des trucs genre les fêtes de Bayonne là, des espèces de trucs horribles avec plein de gens, et déjà petit, je captais que c’était pas mon délire, le côté « on est 6000, on boit, à la fin y a 17 viols, plus personne sait comment il s’appelle ». Je suis pas loin d’adhérer à ce truc de dire que quand on commence à être trop, en général c’est là qu’on devient bien cons. La volonté dans Carnaval, c’était surtout de montrer que c’est très compliqué quand il y a beaucoup de monde, pour trouver sa place.

Dernière question : et toi, qu’est-ce que tu entends quand tes yeux sont fermés ?

Pendant 3 ans en tout cas, j’entendais Lune noire… En fait, ce truc-là, « dis-moi ce que t’entends quand tes yeux sont fermés », c’était une formule qui était dans un morceau qui est pas sorti, avant que je commence Lune noire. Je la trouvais chouette, et en fait elle est venue s’intégrer au point d’être partout dans le projet, parce que pour moi, une oeuvre de fiction complète, c’est ça. Il y a souvent cette espèce de parallèle qu’on fait, que j’ai toujours trouvé un peu pourri, où on dit « la lecture c’est mieux, parce que c’est une projection de l’imaginaire », mais en fait, t’es jamais dans les yeux de la personne d’à côté, donc quand tu regardes un film, en fait, c’est hyper autoritaire de dire « je vois la même chose que la personne à côté de moi ». Dans la musique, je trouve que c’est encore plus présent. En plus je suis ingénieur du son, et quand tu te confrontes au point de vue des artistes et à ce qu’ils veulent, tu te rends compte que personne entend la même chose, que le même élément peut être entendu de 15 façons différentes. Je pense qu’une oeuvre, elle finit par prendre du sens au moment où tu la vois plus en fait. C’est-à-dire que tu la vois, tu la subis, et après, la digestion que t’en fais, c’est ton cerveau qui travaille sur l’oeuvre qui n’est plus là. Mais en fait, n’importe quoi c’est pareil : que tu sois en train de regarder une toile de Picasso ou d’écouter un morceau de Jul, l’intellectualisation que tu fais du truc, elle se fait après. Et donc c’était ça en fait, « quand tes yeux sont fermés » : qu’est-ce qui reste de ce truc une fois qu’il est plus là. Pour le gamin, c’est pareil : le moment où il ferme les yeux, c’est le moment où il n’y a plus que lui, où sa vérité à lui peut jaillir. Moi c’est pareil : ma vérité à moi peut jaillir quand j’ai fini de regarder un truc.

Photos Roxane Peyronnenc

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