Rencontre avec Tsew the kid

"Toucher les cœurs c'est la mission"

Son nom pourrait évoquer un héros de western qui attaque les diligences, mais ce sont les cœurs que Tsew the kid braque avec succès. À 22 ans à peine, il maîtrise les mélodies et les atmosphères mélancoliques à la perfection. Après plusieurs EP et une récente signature chez Panenka (label de Georgio et de PLK), Tsew the kid s’apprête à dévoiler une mixtape de 15 titres, Diavolana, le 22 novembre prochain.

Quelques jours après ses deux concerts archi-complets à la Maroquinerie, nous l’avons retrouvé au MaMA festival, pour discuter de sa nouvelle mixtape, de sa relation avec son public, et de sa mission de toucher les cœurs.

J’ai l’impression que tu as d’abord été chanteur et musicien, et que l’étiquette “rap” est venue plus tard… Tu préfères qu’on te définisse comme un rappeur ou comme un chanteur ?

Disons chanteur, comme ça, ça peut englober le rap aussi, entre guillemets. Aujourd’hui, le rap ça peut être un crossover entre différents registres. Donc chanteur, ouais.

Après plusieurs EP, tu sors ton premier “gros” projet : la mixtape Diavolana, le 22 novembre. Tu as expliqué qu’en malgache, diavolana signifiait « rayon de lune », et sur le plan symbolique : une lumière synonyme d’espoir. Qu’est-ce qui t’inspire dans cette image ? Pourquoi en avoir fait ton titre ?

Au-delà du côté inspirant, c’est une philosophie de vie. C’est de la remise en question. Je me suis rendu compte qu’on était beaucoup à marcher dans le noir un peu, sans savoir où aller. Moi, avoir une lueur d’espoir, ça m’a beaucoup aidé. Donc je la métaphorise en disant que c’est une lumière, qui est au fond de tout le monde, mais qu’il faut allumer. Pour continuer un peu la métaphore, je me suis dit : c’est un peu comme un rayon de lune, en fait. Et « rayon de lune », c’est une expression pas très commune, j’aimais bien. Après j’ai cherché la traduction malgache, j’ai demandé à mon père : il m’a dit diavolana, et ça sonnait bien.

D’ailleurs, il y avait déjà une lune sur la pochette de Même les monstres rêvent d’amour, dans le cœur coupé en deux. C’est une image que tu as depuis longtemps…

Ouais, c’est un symbole récurrent.

Pour rester sur tes visuels, une autre chose que j’ai trouvée récurrente, c’est la rose. Tu as dévoilé la pochette de Diavolana récemment, très belle pochette d’ailleurs [réalisée par Fifou], et on retrouve une rose sur ton t-shirt, discrètement ; sur la pochette de Nous, c’était présent aussi. J’ai l’impression que ça fait partie de tes symboles, dans ton iconographie…

Ouais, j’ai fait exprès de garder ce petit symbole de la rose, que je métaphorise aussi un peu comme le cœur. Faut l’arroser pour qu’elle soit belle, un peu comme le cœur qu’il faut entretenir. Du coup, je voulais qu’il y ait un petit symbole d’une rose quelque part, je me suis dit « il faut que je trouve un t-shirt avec une petite rose », pour faire un clin d’œil et une petite continuité avec mon projet d’avant… Justement, comme ça, les gens qui ont écouté verront le petit clin d’œil.

Tu assumes une inspiration autobiographique pour plusieurs de tes sons, comme Cigarette par exemple. Est-ce que c’est toujours le cas, ou tu te projettes parfois dans des choses fictives ?

C’est toujours issu de la réalité. Quand je vis le truc, je ressens le truc, et après je pose des mots sur ce que je ressens. Il faut toujours que ce soit issu de la réalité. Après, ça peut être des choses que je vis, ou des choses que je vois et qui me touchent. Mais il faut pas que ce soit un truc inventé de ma propre tête.

Il y a souvent une atmosphère mélancolique dans tes sons. Est-ce que tu dirais, comme Aragon, qu’il n’y a pas d’amour heureux ?

En fait, moi je pense qu’on se voile un peu la face… Quand on tombe amoureux, ça amène tellement un sentiment euphorique, qu’on n’arrive même pas à imaginer qu’il peut y avoir des bas. Or, avec l’expérience et le recul, il faut se dire que, quand on entame quelque chose avec quelqu’un, il faut qu’il y ait des hauts et des bas, c’est ce qui fait que l’amour va se renforcer en fait. Il n’y a pas d’amour heureux : ouais, c’est vrai, mais il n’y a pas non plus d’amour malheureux. C’est ni noir, ni blanc : c’est gris.

Une de tes phrases-clefs, qui revient comme un leitmotiv, c’est « Toucher les cœurs c’est la mission ». D’ailleurs, elle réapparaît sur Foutu, le morceau qui ouvre la mixtape, comme pour annoncer le programme. En plus, le cœur est très présent dans ta scénographie : on retrouve ce fameux cœur coupé en deux, et on entend parfois des pulsations, des battements, entre les chansons. La musique, ça soigne les cœurs ?

Bien sûr. La musique, ça touche une certaine sensibilité chez la personne, du coup ça touche le cœur. C’est pour ça que je prends la musique comme une grosse responsabilité, parce qu’au niveau de ce que je veux véhiculer, je sais que quand une personne est touchée par ma musique, il faut qu’elle soit touchée positivement, qu’elle ressente ce petit espoir, qu’elle se sente moins seule, en s’identifiant. Je suis content quand ma musique touche le cœur des gens, donc toucher les cœurs c’est la mission !

En ce moment, quelles musiques (actuelles ou anciennes) touchent ton cœur ?

Kid Cudi, The Prayer. C’est drôle, mais quand j’écoute les paroles, j’ai l’impression de m’entendre parler. Il parle justement du fait que la musique, c’est une responsabilité, qu’il a l’impression qu’il a un truc à faire sur terre, et que quand il va mourir, il veut pas que les gens retiennent de lui sa façon de s’habiller ou son lifestyle, mais ce qu’il essaye de dire dans ses chansons, tu vois ? Moi je trouve ça très touchant, et ça me fait toujours quelque chose quand j’écoute ce son-là. Et aussi Linkin Park, Leave out all the rest : pareil, les paroles… C’est marrant, parce que quand j’entends ce genre d’artistes chanter ce genre de chansons, où tu sens qu’ils veulent lâcher un gros message avant de crever, ça me fait quelque chose. Moi en tout cas, j’ai ce recul-là de me dire que la musique, c’est une grosse responsabilité, et que si je fais du son, j’ai vraiment envie d’aller dans cette direction-là. Donc voilà, c’est ces deux sons-là qui m’inspirent le plus en ce moment.

Pour continuer sur cette idée de toucher les cœurs, j’aimerais qu’on parle de ta relation avec ton public. Je l’avais déjà senti sur les réseaux, mais alors en te voyant en concert, c’est vraiment impressionnant : c’est une relation très belle et très forte. Là en plus, tu fais beaucoup de scène en peu de jours : la Maroquinerie, le MaMA… Comment tu vis ça ? C’est intense, non ?

C’est intense, parce que ça me demande du temps, mais c’est pas du temps perdu. Je me donne sur les réseaux et j’essaye de répondre à un max de gens. Jusqu’à maintenant, je réponds encore aux gens, parce que j’ai souvent des beaux messages, et j’en suis content, ça fait plaisir d’y répondre. Et puis le fait d’arriver sur scène et d’être en contact direct, sans écran, avec le public, c’est un peu un accomplissement : je leur donne quelque chose, ils me donnent quelque chose, et on partage en direct. Je pense que le public l’a compris quand on s’est vu, ce qui fait qu’il y a un lien comme ça qui est fort, et qui se renforce.

Photos Roxane Peyronnenc

Merci à Tsew the kid et au MaMA festival.

Diavolana sort le 22 novembre prochain.

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