Varnish la Pisicine reprend du service.

Quatre histoires (extra)ordinaires

Un peu plus d’un an après Le Regard Qui Tue, le voilà qui sort un court métrage de 40 minutes : les contes du cockatoo. Le film est composé de quatre saynètes sans lien particulier et entrecoupé de nombreuses séquences musicales.

On débute par le récit de la rivalité entre deux stars du cinéma incarnées par Makala et Rico TK. Les (mauvais) coups derrière la nuque pleuvent. Et puis Makala rappe avec un cheveu sur la langue. Cela n’a aucun sens mais personne n’en cherche.

On se retrouve ensuite dans un conte de sorcières. Entre Cendrillon et Faust, la belle-mère du récit offre à l’héroïne, incarnée par Daya Jones, la chance d’une vie meilleure. La contrepartie ? Elle est obligée de porter un masque pour respirer. Cette saynète pleine de souffle est aussi la plus musicale.

Le troisième segment est mené par Gracy Hopkins, qu’on savait excellent rappeur mais pas comédien. Le récit s’articule autour d’une histoire de vengeance classique…si ce n’est que les harceleurs pourchassés sont trois robots aux masques en aluminium. Hommage à la SF pop recouvert d’un nappage gangsta, cet arc est le plus long.

Enfin Varnish prend la tête d’affiche pour la dernière saynète où il se trouve au cœur d’une histoire de secte et de revanche féminine.

Le bail est symétrique comme Wes Anderson

Le résultat est une fresque surréaliste animée par les claviers de Varnish. La bande originale est, sans surprise, excellente. Le cinéaste-rappeur-producteur genevois semble toujours plus à l’aise pour approfondir ses sonorités favorites. Les références qu’il explore depuis plusieurs années disparaissent derrière sa patte.

Sur le plan cinématographique, la réalisation de Varnish et Rhonny Sustrieno (assistés de Mireille Moros et Julia Chraiti), est efficace. Le cadrage, les couleurs et les mouvements de caméra parviennent à introduire l’étrange dans l’existence prosaïque des protagonistes. Sur ce point la seconde saynète en particulier est excellente.

Le déroulement des récits peut paraître décousu. On est en effet souvent perdu, surtout si on cherche à donner du sens à ce qu'on voit. C'est le risque persistant avec ce genre d’œuvres. Mais l'écriture est bonne et la trame linéaire de chaque saynète finit par être limpide.

Chacun prendra plaisir à décortiquer les cadres pour y trouver des clins d’œil. En musique comme dans le cinéma, Varnish aime créer de belles broderies faites de motifs d’horizons différents. Et on reconnait le talent du couturier quand on ne voit plus les coutures. Autant dire que Varnish est un très grand couturier.

L’humour absurde qui traverse le récit fait mouche – pour peu qu’on soit client. Et les amateurs apprécieront l’absence de morale finale. On revient alors sur le film pour y retrouver un sentiment de je m’en foutisme délicieux, à l’image de ce personnage cagoulé qui nous présente les contes.

Alors oui les contes du Cockatoo n’ira pas aux oscars. Mais Varnish approfondit son talent, toujours aussi bien accompagné. Il faudrait d'ailleurs parler des performances de nombreux acteurices dont Vanessa Mukendi, Victor Tamo, Kenny Mvila ou Verena Lopes.

Vers Genève et au-delà

Plutôt que de verser dans l'autofiction, à la manière de Nekfeu et Travis Scott, Varnish fait le choix de l'imaginaire. Il nourrit sa musique d'images.

Les contes du cockatoo n'est pas un film musical, pas un long clip. Il diverge même sur ce point du court métrage Runaway qui avait accompagné la sortie de My Beautiful Dark Twisted Fantaisy. Varnish propose un film. Et ses qualités sont à la mesure de son audace.

Petit à petit c’est une vraie école qui se forme à Genève, autour de gens de grand talent. Et c’est au fur et à mesure d’expériences comme celle-ci que la postérité , si ce n’est le succès, de ces talents va s’assurer. Autant dire que Varnish avance d'un pas de plus sur cette route vers les étoiles.

Les images sont extraites du film qui est disponible au lien suivant: https://www.youtube.com/watch?v=hjRE0UJV4pw