Beeby et Furlax gèrent la « Hotline »

Être enfermé chez soi n'a pas semblé si terrible que ça pour le rappeur d'Aubervilliers, Beeby, et pour le producteur / beatmaker et artiste, Furlax, qui, en l'espace d'une semaine ont bouclé un EP en commun nommé "Hotline".

Riche d'une expérience en solo plus que complète - sa discographie comportant plus d'une dizaine d'EP et de mixtapes (Le $aigneur et sa réédition, les 3 volets de 4 saisons , Mala 800 / Orion ou encore Genesis l'année dernière) - on retrouve dans ce projet tout ce qui caractérise le $aigneur; le tout sublimé par Furlax, dont les prods dépeignent la toile de fond et nous intègrent dans cet univers.

L'EP comporte (seulement) 4 titres, tous composés et mixés par Furlax et avec ceux-ci, il réussi à faire une démonstration du caractère éclectique de son art, sans jamais perdre le fil conducteur ni ses touches personnelles.

Il commence avec le "Bouton Vert'', qui n'est autre que la version instrumentale d'une collaboration plus ancienne de Beeby et Furlax "Mobile". On enchaîne avec "No Service", un banger à la mélodie aérienne qui permet au TripleDollarBoy de s'exprimer librement. Impossible de rester de marbre en écoutant celui-ci tant l'énergie qui en découle est communicative. La plume n'est d'ailleurs pas non plus mise de côté sur ce track :

"Foncedé le temps que j'amasse ; faut des thunes, west, la con d'ta race ; fini l'iencli devant le palace, maintenant je veux vivre dans le palace''

On nous offre une belle vision de Beeby , ses actes et par extension sa musique ("Palace" est un des sons que Beeby a sorti il y a 1 an dont la punchline du dessus fait référence), qui comme souvent mari egotrip et remise en question.

La chanson suivante nous accueille avec des sub' incroyable et une petite flûte, le titre "Money Call" commence avec :

"J'ai cassé des portes les 2 couilles en mains, ça prend du temps mais jsuis tranquille au moins"

Comme intro d'un morceau dans lequel l'argent est bien évidemment au centre du débat, mais davantage pour constater les chemins qui mène à la réussite et les sacrifices nécessaires que pour le glorifier et l'établir comme fin en soi, il ouvre le second couplet avec :

"J'suis comme grand mère, j'serai debout, wesh, tant que j'serai pas en terre

Les parents stressent, j'ai mis études entre parenthèses

On s'bat, on fête pas, pour les thunes en quarantaine

Non, non, négro, j'pense qu'à l'oseille, j'pourrai jamais, jamais pas en faire"

On peut comprendre ces phases comme la liste des sacrifices à faire pour l'argent: les études, la famille et même parfois sa vie.

La dernière chanson de cet EP commence sur une guitare aux sonorités asiatiques, un beat boom bap dans lequel on sent que Furlax a préféré un enchaînement fluide des différents instruments plutôt qu'une superposition de ceux-ci. Le rythme de la boucle une fois imprimé dans nos esprits, le $aigneur rentre sur l'instrument et le discours exprimé dans le refrain semble témoigner de la colère de ce dernier à patienter sur la Hotline, se rassurant tant que possible en rappelant que "du péché de trahison" il reste "immaculé"

Pourtant le constat sur les deux premières mesures du couplet ne semble pas être à la fête :

"J'vais parler de c't'année, j'lui mettrais pas un piédestal

J'suis dans faille spatio-temporelle où j'fais que stagner"

Il remet aussi en doute la chasse perpétuelle à l'argent qu'il expliquait déjà dans "Money call" :

"J'veux brasser jusqu'à c'que j'ai pas ied-p

Et vas-y ça y'est, tous les jours, j'me prends la tête juste pour des numéros

Mais bon pour vivre tu crois qu'faut pas yer-p' ?

Qui a dit qu'cette vie n'est pas laide ?"

Le morceau et le projet finissent sur une note, qui semble plus être là pour lui que pour l'auditeur, mais qui fait le pont, encore une fois, entre les différents messages du rappeur : la course à l'argent l'élévation, la spiritualité et le rapport aux autres humains.

"La vérité putain ça picote, faut dire qu'les temps sont crades

Pour réussir préfèrent lécher des chibres

Mes négros savent, seulement l’élévation, j'préfère laisser les chiffres"

Le point de vue du $aigneur

J'ai contacté Beeby sur sa "Hotline" : à ma grande surprise, aucune musique d'attente, on ne m'a pas redirigé vers un service. On a pu échanger pendant un bon moment sur le projet, ce qui m'a permis de faire un résumé de ce qui s'est dit durant l'échange et d'apporter des précisions sur les choix dans cette œuvre.

Évidemment nous avons directement abordé le sujet qui fâche en lui demandant son morceau préféré du projet : il a tranché assez aisément  pour "Bouton rouge", "parce qu'il reste un amoureux des lyrics et de rap avant tout''.

On a ensuite enchaîné sur le futur du projet, à savoir des éventuels futurs visuels, car on sait que c'est un point qui lui tient à cœur. "No service, sûrement après la fin du confinement.", il est vrai que le morceau est un bangers qui dégage une énergie propice aux soirées d'été ; il a enchaîné en disant "qu'il y aura sans doute des surprises d'ici là, j'ai du mal à rester en place et je me sens productif en ce moment."

On a discuté du projet un peu plus en profondeur, sur son ressenti, sa vision de l'EP et les clefs de compréhension. "C'est vraiment ma vision d'une "Hotline" en vérité, ça commence depuis son téléphone (ndlr bouton vert est issu du morceau "Mobile") et c'est là que la galère commence : on te met en attente ou bien ça te répond pas, tu connais. Le langage universel c'est l'argent et y a que quand il appelle que la discussion se fluidifie faut croire. Puis, généralement, une fois que l'argent a plus rien à dire suffit de presser le bouton rouge''.

Musicalement parlant, Beeby a beaucoup appuyé sur la vision humaniste de ses textes, peu importe le style de la prod. Il insiste sur le fait de poser sur des instrumentales de tout types car chacune offre une vision différente de ses messages.

Mais alors, pourquoi avoir choisi de collaborer avec Furlax ? Le rappeur nous répond que ce dernier en avait simplement "[...] marre que je pose pas sur des bangers. C'est mon binôme depuis  trois ans, on fait tout ensemble. Le confinement m'a donné une excuse pour lui prendre son temps alors qu'il prépare un projet de son côté (ndlr : il va sortir un nouveau titre en feat avec Baek sous peu nommé ''Lucifer'')." Lorsqu'il il s'agit de Furlax, le rappeur ne lésine pas sur les compliments : "à titre personnel, je pense que c'est un des meilleurs beatmaker de France... il a réussi à retranscrire les différents univers que je voulais faire cohabiter dans le projet ! ''

Pour terminer la discussion, on lui a posé la traditionnelle question : quelle est sa line préférée sur le projet ?

"Fuck un avocat, je défends mieux ma défense que tous tes libéraux''

Mais Beeby rajoute : "après, les gens choisiront la-leur en vérité, comme toujours."

 

 

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