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Interview avec Gianni : « Tu ne vas pas chanter la joie quand tu vis tout le contraire dans ton quotidien. »

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Depuis plusieurs années Gianni grimpe dans l’ombre. A coup de mixtapes d’une dizaine de sons tous les 6 mois (DDM 1 et 2, Géhenne) son univers attire de nouveaux auditeurs. Avec la sortie de XXIII : bilan de vie, le jeune rappeur semble passer un palier critique et commercial.

Ethéré, dur mais réaliste, Gianni est un talent singulier et nous avons eu la chance d’échanger avec lui sur sa jeune et prometteuse carrière.

Salut Gianni. Pour commencer est-ce que tu pourrais te présenter ?

Je m’appelle Gianni, j’ai 24 ans. J’viens de Romainville (93) et Nemours (77).

Je suis né à Kinshasa, j’suis arrivé en France assez jeune, j’ai fait quelques aller-retour entre la France et le Congo pendant mon adolescence. Ma vie en France j’pense qu’elle est comme la vie de tous les jeunes, une vie classique, entre école et sport et la cité.

Au final la cité a gagné parce qu’il fallait faire des choix de vie assez rapidement quand on est livré à soit même.

T’arrives à identifier un son, un artiste ou plusieurs qui t’ont vraiment donné envie de te mettre à la musique ou juste des inspirations (en musique ou autre) ?

Je n’ai pas vraiment eu de déclic pour me mettre à la musique, ça s’est fait naturellement avec les potes de ma cité qui faisaient déjà du son.

Pour les inspirations, j’écoutais et je continue d’écouter du rap français, Sefyu, Rohff, Booba, Mac Tyer pour en citer certains. Actuellement j’écoute pas mal Da Uzi, j’aime bien ce qu’il propose.

Chez les cainri, j’écoute pas mal les sons à forte mélodie, sans prétention. Je ne comprends pas spécialement ce qu’ils disent et je ne fais pas l’effort de chercher la traduction donc je prends ce qui est international dans la musique : c’est l’émotion. Lil Wayne à l’époque j’aimais bien et Future aussi. Chez les UK j’aime bien M Huncho.

 

T’es constant dans les sorties depuis 2 ans et on sent que tu travailles vraiment pour trouver ta voie. Sur quels points en particulier tu te sens plus à l’aise aujourd’hui et qu’est-ce que tu as voulu changer ?

J’pense pas travailler pour trouver ma voie. Ton histoire et ton parcours font de toi qui tu es et t’envoient vers une direction. Je travaille pour avancer et évoluer dans cette direction.

Je pense qu’il ne faut pas stagner dans la vie. C’est important de toujours pouvoir se renouveler et proposer quelques choses en adéquation avec ce que tu vis. Et ma vie change donc ma musique change et évolue avec.

Au fur et à mesure des projets, j’pense que je m’ouvre plus sur moi-même et on entre doucement mais sûrement dans mon univers. Entre Géhenne et 23: Bilan de vie, je pense que 23 est plus profond dans le discours et la narration.

Tu penses que le Congo a une place dans ta musique ?

La culture congolaise est très axée sur la musique, donc je pense que la musicalité est assez innée chez un congolais. Mais pour ma part le Congo est quand même l’un des sujets que j’évoque souvent car c’est lié à mon vécu et à ma famille.

Dans la rythmique par contre je m’en inspire très peu.

T’es un gars qui écrit vraiment très concrètement sur des expériences de vie. T’écris beaucoup à la première personne et tu laisses aussi une vraie place à ta vision de certains états de fait : Malhonnête c’est un vrai moment de constat désabusé. Pourquoi tu favorises cette écriture ? Tu pourrais aller dans du storytelling mais c’est pas vraiment le cas, c’est pas non plus de l’egotrip…C’est une sorte de rap de rue à l’ancienne (Salif, Nessbeal, le rat Luciano…) mais très différent aussi. Je sais pas si c’est des références qui te semblent pertinentes ?

A part Salif, Nessbeal et le Rat Luciano ne sont pas de rappeurs que j’écoutais spécialement plus jeune. Y’a pas mal de gens qui me comparent au rap de rue à l’ancienne, je pense que c’est plus dans le ressenti que dans l’écriture.

À l’époque les rappeurs dressaient un constat amer de la réalité qu’ils vivaient, je pense que je suis aussi dans cette mouvance-là où je dresse un constat mélancolique et cru de ce que je vis, c’est des récits remplis de sincérité sans édulcorer la vérité.

Après ce n’est pas quelque chose que je fais de manière intentionnelle, c’est juste ma façon à moi d’écrire.

C’est d’autant plus étonnant que t’as l’air assez réservé en général ! Tu l’expliques comment ce contraste entre le toi réservé et le Gianni qui est au cœur de ses sons et de ses clips ?

La musique c’est mon exutoire. C’est le moment où je me livre le plus sur moi.

C’est vrai que dans la vie de tous les jours je suis assez réservé avec les personnes que je ne connais pas mais je pense que dans la musique c’est important d’être sincère car les gens se reconnaissent dans ces histoires et il ne faut pas raconter de mensonges.

Un des éléments hyper appréciables dans ta direction artistique, c’est les clips . Ils sont généralement magnifiques et toujours bien pensés (ndlr: les clips de promo de DDM2 présentent un concept vraiment intéressant). C’est toi qui viens avec les idées directrices ? Pourquoi tu donnes cette importance à la vidéo ?

Clairement c’est un travail d’équipe avec le label Bluesky, on essaie toujours de proposer quelques choses de différent, qui ne se fait pas souvent, et que le visuel apporte une vraie valeur ajoutée au son. Aujourd’hui avec les réseaux sociaux etc… avoir une image bien identifiée et unique ça aide à construire ton identité dans le rap.

Tu t’attaques à un champ difficile. En France le public semble vraiment résumer le rap dit « cloud » à PNL, qui sature le champ. Comment tu penses que tu peux réussir à tendre au public ce qui te différencie vraiment – parce que c’est le cas – des frangins des Tarterêts ?

PNL a réussi à ramener quelque chose de fort et d’impactant pour le rap mais je pense que chaque artiste peut amener sa pierre à l’édifice.

Les styles musicaux peuvent se ressembler et on peut ranger les gens dans les mêmes tiroirs mais je pense que l’histoire et la narration est propre à soi.

Mais on essaie beaucoup de ranger les artistes dans des cases aujourd’hui et je ne pense pas que ça soit utile.

 

On en vient à 23 : Bilan de vie.  C’est presque étonnant de faire un bilan de vie si jeune non ?

Je ne pense pas que ce soit l’âge qui te définisse mais les expériences, plus t’accumule d’expériences plus le bilan arrive tôt.

Le projet a vraiment une cohérence et un rythme qui te portent. Je trouve que c’était déjà bien le cas sur Géhenne, moins sur DDM2. T’es parti de quoi pour ce projet ? T’avais une DA en tête ?

Je n’avais pas vraiment de DA en tête, juste je sentais qu’il fallait aller plus loin dans mon univers et faire évoluer aussi ma proposition artistique tout en gardant la plume « Gianni ».

Larmes Noires a été choisi pour la promo. Y’a une raison particulière pour ça ? T’aurais pu sortir directement le feat avec Don Toliver par exemple.

Larmes Noires c’est un son que j’aime beaucoup et qui représentait assez bien l’état d’esprit du projet 23 : Bilan de vie.

D’ailleurs ce feat international c’est une expérience que t’as appréciée ? Surtout que c’est ton premier featuring non ?

Oui c’est mon premier featuring.

Ouais c’est cool se dire que sa musique réussit à plaire à d’autres artistes et qu’ils sont même intéressé de collaborer, c’est cool. Le son est bon et nos univers musicaux matchent bien donc c’est que du positif.

Tu parles encore beaucoup du fait de t’intoxiquer, surtout la fumette. Les drogues et l’alcool tu leur donnes quelle place dans ton univers ?

Ça fait partie des moments de cogitation et des moments de solitude. Mais on reste toujours lucide et conscient il ne faut pas en abuser.

« Nos rêves sont brisés mais je vais amasser », « Quand t’es dans le noir personne se précipite », « C’est plus fort que moi, je sais faire que ça, jsui doué dans le mal ». Tu restes assez pessimiste non ?

Je ne pense pas être pessimiste, je suis juste réaliste. Mon récit est à l’image de mon vécu. Tu ne vas pas chanter la joie quand tu vis tout le contraire dans ton quotidien.

Y’a vraiment peu de place dans ta musique pour l’amour. Même si là t’en parles un peu, rarement de façon positive au final…Comment ça se fait ?

Ce n’est pas un sujet qui m’inspire et dont je parle beaucoup. On préfère la loyauté à l’amour.

Inversement la mort est très présente, toujours. De façon assez peu larmoyante, juste elle est là. Tu peux en parler un peu ?

C’est un chemin que tout le monde va prendre. La mort a ce caractère assez froid et glacial qu’il ne faut pas essayer de détourner. Elle est juste là. Elle a emporté plusieurs proches et membres de la famille, on vit avec tous les jours.

Dans le dernier son quand tu dis que t’as fait tes (mauvais) choix et que plus rien ne t’appartient, que tu mériteras aucune larme si tu disparais… Tu crois à une forme de responsabilité absolue dans le fait de mal agir malgré le contexte dans lequel tu vis ?

Dans la vie on a toujours le choix de faire ou de ne pas faire. Même si la vie te mène sur une route, personne ne t’oblige à la prendre. T’es responsable de ton destin et de ce que tu vis donc t’es responsable de ta fin.

 

Finalement t’as l’impression d’avoir passé un palier avec ce projet ?

Oui, clairement. Je vois que les retours sont très bons. Je pense qu’au fur et à mesure des projets, le public apprend à me connaitre et à capter mon délire.

Les gens me demandent souvent pourquoi je fais rarement les interviews et tout. Je pense juste que toutes les réponses que les gens cherchent se trouvent dans ma musique. Et ce projet a permis de faire comprendre ça, encore plus. Il suffit juste d’écouter et tu comprends qui je suis.

Tu te vois aller où maintenant ? L’album ?

Pour l’instant on retourne au studio on continue d’enregistrer une nouvelle mixtape. Un album, seul l’avenir pourra nous le dire.

T’as des gens avec qui t’aimerait collaborer ?

Il y’a plusieurs artistes dont j’aime bien ce qu’ils proposent mais collaborer…je ne sais pas encore. Je verrais si j’ai des sons qui s’y prêtent et de quelle manière on peut faire cette collaboration.

Mais la musique ça reste de l’échange donc collaborer c’est inévitable.

Un exercice qui a une place importante dans la culture rap c’est la scène. C’est un exercice qui t’attires ou pas du tout ?

Oui, aller à la rencontre de son public c’est super important. L’échange est différent. C’est plus réel. On a commencé à en parler avec mon équipe mais avec la pandémie… On va voir comment ça évolue. Mais oui, c’est quelque chose d’important.

J’ai une question assez spécifique : dans Enfants du pays tu parles d’un drapeau noir. Tu fais référence à quoi ?

Le drapeau noir indique un territoire conquis. On peut finir sous les draps blancs mais toujours en territoire conquis et en ayant accompli sa mission.

En tout cas bravo pour le projet. Il est vraiment excellent et c’est un vrai plaisir de t’écouter. Merci pour tes réponses.

Merci à toi pour l’interview.

XXIII : bilan de vie est disponible sur toutes les plateformes de streaming. 

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Des mots avec du cœur, du rap avec les tripes. Partageur de réflexions formées à deux s/o Hereiskame.

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IAM poursuit sa série d’EP avec “Troisième Vague”

Alexis

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IAM - Troisième Vague

Sortie sans promotion particulière, la série d’EP Vague du groupe marseillais s’agrémente de son troisième volet, presque cinq mois après sa première partie.

Le temps n’a donc aucun effet sur l’un des plus grands groupes de rap français. IAM continue d’étoffer sa discographie année après année. Après 30 ans de carrière et dix albums, l’Imperial Asiatic Men sort encore un nouveau projet tous les trois ans en moyenne ! Cette année, la formule choisie est un peu différente : trois EP (pour le moment) de 6 titres chacun.

Dévoilés depuis juin 2021 et répartis sur cinq mois, on dénombre également 9 clips réalisés jusqu’ici. Dernièrement, c’est celui d’Au Final, en featuring avec leur backeur habituel Saïd et produit par Akhenaton et Imhotep, qui a été publié.

Retour aux bases

Avec cette série de projets aux abords confidentiels, les membres d’IAM font exactement ce qu’ils savent faire. Sur les prods Boom-bap de Khéops et Imhotep, les flows d’Akhenaton et du Shurik’n glissent sur des textes techniques et sophistiqués. À noter la présence dominante d’AKH sur les trois volets, tant sur l’interprétation des morceaux avec plusieurs solo, que dans leur production et composition. 

La direction artistique des EP s’oriente donc encore vers un rap des années 1990. Leurs compositions habituelles se retrouvent dans l’identité musicale de chaque morceau ou presque, et les covers rendent hommage à leurs albums précédents. Quand celle de Deuxième vague illustre clairement le samouraï de l’Ecole du micro d’argent (1997), la Troisième vague laisse un discret petit micro sur le bas de l’illustration : celui de Rêvolution (2017).

C’est un souffle de nostalgie que nous offre le groupe en cette fin d’année, avec une suite de projets aussi légère que qualitative. Un bon compromis qui laissera un retour aux bases pour les auditeurs de la première heure. Mais c’est également une porte d’entrée pour les plus jeunes d’entre nous qui souhaitent découvrir les légendes du rap français !

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Django sort du four avec Athanor

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Un an après la sortie de S/O le Flem, véritable tournant dans la carrière de Django, le rappeur est de retour avec un premier vrai projet personnel, Athanor. Il y dévoile dix titres incisifs et plus introspectifs que jamais, alors même qu’il avait déjà évoqué sa personnalité névrosée.

Fidèle à lui-même

Même si le style de Django était difficile à cerner à ses débuts, en particulier au vu de la transition musicale entre l’EP Anthracite et le suivant, Tue-moi, Mon Amour, S’il Te Plaît, on peut dire que Django a une identité artistique plutôt bien définie depuis 2019-2020. Après quelques collaborations réussies, en particulier sur le projet S/O le Flem, Django se recentre à 100 % sur lui-même dans cet album. Au niveau des textes, on retrouve toujours de nombreuses références au cinéma, à la musique, à la mythologie, à l’univers des mangas ainsi qu’à la littérature classique. Pourtant, on sent que la plume de Django s’est acérée et qu’il arrive à se livrer complètement. Athanor est donc une véritable introspection dans la tête (et dans le corps) de l’artiste.

Au niveau de cette fidélité, on peut noter que Django a une fois encore fait appel au producteur Flem, qu’il connait depuis de nombreuses années. Les beatmakers Alpraz et Cellulaire, notamment connus pour avoir travaillé avec Doc OVG, Zeu ou encore Ashe 22, sont aussi de la partie.

Enfin en interview

Avec la sortie de ce quatrième projet, Django entre dans une toute nouvelle dimension, notamment au niveau des médias. Après être resté silencieux ces cinq dernières années, que ce soit dans la presse mais aussi sur les réseaux sociaux, il a accordé deux grosses interviews pour la promotion d’Athanor. Ainsi, il s’exprime sur différents éléments-clés de sa carrière durant le reportage Django, l’autodestruction de Booska-P. Quelques jours plus tard, il apparaît dans l’émission Le Code avec Mehdi Maïzi pour Apple Music. Les fans sont visiblement ravis d’en apprendre plus sur Django et son lourd passé.

Pour écouter l’album Athanor, rendez-vous ici !

Dans le reste de l’actualité : BEN plg et Djalito sont clairement « Les préférés de la cantinière »

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Chilla x Hatik : ils nous dévoilent « Demain »

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Après avoir teasé leur collaboration, attirant la curiosité de leurs communautés respectives, ils dévoilent (enfin) leur feat. 

Ils avaient déjà annoncé la date. Sur un post, l’artiste Chilla avait publié une photo avec en légende « Rdv vendredi Chi & Hatik ». Une collaboration inattendue pour leurs communautés mais finalement… pas tant que ça. 

Deux mondes se rejoignent

Hatik comme Chilla sont déjà très actifs depuis quelque temps.  Le premier a annoncé la sortie de son prochain album « Noyé », et la deuxième est revenu dans le game en sortant un clip récemment intitulé « Pas de limites ». 

Le point commun entre ces deux activités récentes sont l’univers profond et émouvant qui font leurs marques de fabrique. 

La collaboration entre les deux artistes n’est donc finalement pas vraiment surprenante : tous deux ont des univers similaires, où des flows mélodieux accompagnent un contenu profond et mélancolique. 

Si demain tout s’arrête,

Qu’est ce qu’il restera de moi ?

Qu’est ce qu’il restera de toi ?

Le clip intitulé « Demain » fait ressortir cet univers sombre et mélancolique. Dans une ambiance, avec motos noires et habits noirs dans la nuit noire (ouais on fait dans la rime) qui ne fait pas ressortir que le côté émotion et mélancolique mais aussi un côté badass. Leurs deux voix qui font dans la mélodie, et leurs deux sensibilités s’accordent bien. On dirait même qu’il forme une seule et même voix en reprenant le refrain. La rappeuse nous conforte dans la sensibilité et la douceur des sons qu’elle produit. 

 

Et ensuite ? Chilla n’a encore communiqué aucune date sur son prochain projet. Chilla est déterminée et compte donc faire patienter sa communauté, encore un peu, à travers de nouveaux singles efficaces.

En attendant, je vous propose de regarder le clip de « Demain » juste en dessous : 

 

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