Nous suivre

Article

Jazzy Bazz : l’album d’une vie, le temps d’une Nuit

Antoine

Publié

le

2h du mat’, ou peut être carrément 4. Kebab dans une main, iPhone volume poussé à fond dans l’autre, je ne me suis jamais senti aussi libre que dans ces moments là. Si l’alcool participe à l’état d’euphorie de l’instant, il n’en est rien comparé à la dose beaucoup trop chargée émanant de mon cellulaire et répondant au doux nom de Nuit.

En retransmettant à la perfection la période nocturne partant du crépuscule jusqu’à la 5ème heure du matin, Jazzy Bazz semble bien avoir réalisé l’album d’une vie, le temps d’une nuit.

On décuve et on décortique ça.

Crédits : David Delaplace

 

La nuit retranscrite en musique

Cover léchée et tracklist ordonnée, le projet a tout d’un concept-album. Sur la photo, le jeu de lumières rappelle celles typiquement utilisées dans le monde festif de la nuit. Le rappeur du XIXème quant à lui vêtu de noir contraste avec ces dernières et semble représenter l’obscurité de la période nocturne, ne faisant qu’un avec la nuit.

Pour ce qui est de la tracklist courte mais efficace (12 sons), celle-ci respecte un ordre chronologique divisé en 3 parties, celle du Crépuscule avec le morceau introduisant l’album, Minuit à mi-parcours et le lever du soleil clôturant le projet avec Cinq heures du matin.

 

Jazzy Bazz, rappeur insomniaque

Si l’originalité du projet est incontestable, ce n’est néanmoins pas la première nuit blanche du Jazzy Bazz. En solo comme en groupe, le rappeur Grande Ville a toujours distillé des sonorités nocturnes dans la plupart de ses apparitions.

Avec l’Entourage, l’ultra parisien a eu l’occasion de mettre ses lunettes de soleil la nuit dans Jim Morrison et Soixante Quinze.

Dès son premier projet Sur la route du 3.14 se dégageait une mélancolie propre à cette fin de journée :

Mes vertus s’amenuisent et les étoiles saignent
Quand tard le soir j’traîne, j’essaie d’passer l’temps (Ce putain de Jazz)

Messieurs, mon précieux est dans les cieux
J’ai les yeux vers les astres, sérieux (Dans ma tête)

Tous les soirs j’me bousille mais je n’regrette que de vrais torts (3.14 Connexion)

Tard le soir, on aime s’adonner à trop d’épouvantes (La vie est un jeu)

Comme tous les soirs j’ai le spleen, envoyer le style (64 mesures de Spleen)

Les yeux rouges écarlates, rentrant d’une soirée banale
Boire et foirer sa life dans l’espoir de croiser la joie (Perfect match)

Ouais j’ai mal, mal, mal comme un jour de deuil
Tard le soir quand j’me couche seul (Seul)

Son premier album P-Town ne déroge pas à la règle, on peut notamment citer le son 3h33 mis en ligne à 3h33 sur youtube, 3.14 Boogie retraçant une folle virée en boîte de nuit ou le titre éponyme introduisant l’album et retraçant à la perfection Paris la nuit.

Je ne pouvais écrire cet article sans également citer Rouler la Nuit, ovni sorti en 2016 qui pourrait aisément être une première version d’un son initialement prévu pour l’album Nuit.

Si Jazzy Bazz développe son spleen pendant la 25ème heure, il semble cependant plus apaisé dans cet album, donnant ainsi une autre perspective à la nuit.

 

La Femme et la Ville Lumière, un amour pluriel

La femme occupe une place importante tout le long de la nuit du rappeur. Derrière l’expression de cet amour se cache néanmoins celui éprouvé pour Paris et ses recoins qu’il aime fréquenter tard la nuit.

L’âme de Paris habite dans Jazzy Bazz, et ça se ressent à travers plusieurs sons de l’album.

 

Leticia, un amour non réciproque

Monomite à la composition, tempo et flow lent, Jazzy Bazz délivre ici sa plus belle déclaration d’amour pour une femme prénommée Leticia, malheureusement non éprise du rappeur. Si l’expression de ses sentiments envers cette figure féminine est le principal moteur du morceau, ceux envers la capitale s’immiscent subtilement au sein du refrain.

Elle concentre l’attention
Qui aura celle de Leticia ?
Qui ressentira la tension ?
Comme dans les ruelles de Lutetia

Le titre du son et la manière dont Jazz Bazz pose son texte n’est pas sans rappeler Doc Gyneco qui comme lui, avait réussi dans son morceau Vanessa à exprimer ses pensées les plus sombres envers la chanteuse de Joe le Taxi sans jamais tomber dans la vulgarité.

On peut également citer le morceau Caroline d’un des piliers du rap français Mc Solaar ou encore plus récemment Erotiquement votre du rappeur belge Krisy.

 

Sentiments, le bros before hoes posé en musique

intervenant à minuit passée, le morceau retranscrit un dialogue entre deux protagonistes, le premier incarné par Lonely Band faisant part au second de sa relation avec une prostituée, ce dernier incarné par Jazzy Bazz lui témoignant de sa déception quant à son engagement avec cette femme dans le second couplet.

Si c’est une fille de joie
J’en ferais une femme de roi

L’individu en question témoigne ici de son affect pour une prostituée, situation antinomique car l’affectif n’a pas sa place dans une telle relation, les sentiments ne s’achetant pas, du moins à ma connaissance.

On était la crème des rues alentours
On avait mis le squad avant tout

On retrouve ici une référence à Paris et ses rues, exprimée à travers un refrain dans lequel les deux protagonistes s’unissent pour se remémorer leurs instants d’errance dans les rues parisiennes, avant que l’un deux rencontre cette femme et tire un trait sur ces moments d’amitié.

En résumé, l’instrumentale digne d’un Pride de Kendrick Lamar et la performance de Lonely Band sur les refrains pousserait n’importe quel auditeur à vouloir épouser une Pretty Woman à la Julia Roberts, et ça c’est fort (personnellement le morceau que je replay le plus de l’album).

 

Paris transcende aussi dans le reste de l’album

J’suis toujours dans le dix-neuvième, j’me pète toujours la tête au rhum (Crépuscule)

Boulevard d’la Villette, gros véhicule (El Presidente)

On roulera dans Paris
Lors de mes nuits d’insomnie
Quand les rues sont vides
Les néons donnent à la ville des reflets d’incendie (Insomnie)

Ça sent mon enfance quand j’repasse Rue Goubet (Parfum)

Réponds-moi, j’roule vers chez toi, je sais qu’tu crèches à Belleville (Cinq heures du matin)

Il convient aussi de mentionner le titre Buenos Aires – Paris, deux parties, deux ambiances, la première plus agressive, la seconde plus posée comme un atterrissage d’A380 sans turbulences.

Enfin le morceau Rue du soleil traite des souvenirs de ce lieu où Jazzy Bazz grattait ses premiers textes Cool Connexion avec son partenaire Esso Luxueux, sous l’oreille attentive du producteur Grande Ville Records Loubensky.

 

Parfum, la bombe olfactive du projet

Les années passent et les souvenirs s’accumulent. A travers ce son, Jazzy Bazz par la mémoire olfactive retrace avec nostalgie des souvenirs d’enfance, avec cependant un brin de tristesse à la remémoration de ces instants simples d’une période tendre de la vie d’un homme.

Des parfums qui font rejaillir des souvenirs
Des joies et des peines, des larmes et des sourires

Preuve de la force émotionnelle procurée par Parfum, le rappeur évoque d’ailleurs lors de son passage promotionnel dans l’émission La Sauce le processus unique de création du titre, ayant pleuré lors de l’écriture tel un exutoire permettant de faire le bilan sur son passé.

Des parfums qui font rejaillir des souvenirs
Ensevelis dans une mémoire qui ne demande qu’à s’ouvrir

Ce passage traduit notamment le besoin très fort éprouvé par le rappeur de lâcher prise et de se livrer sans retenue et d’une traite avec seulement un crayon et un papier tard le soir éclairé par la lune.

En comparaison avec le reste de l’album, l’instrumentale est ici minimaliste n’étant composée que d’une guitare acoustique et d’une trompette, afin de mettre en avant les paroles, élément essentiel de ce morceau basé sur l’évocation de souvenirs marquants.

 

On pourrait aussi détailler…

El Presidente où Jazzy Bazz revient prêcher la bonne parole dans le rap français entre références à The handmaid’s tale ou encore Les Amants du peintre René Magritte.

Stalker introduit par Nekfeu avec un couplet sur l’obsession et l’exposition de la vie intime sur les réseaux sociaux, sans oublier la voix suave de Bonnie Banane au refrain.

Eternité, son dans lequel on surprend le rappeur à chantonner sur une production planante de Kezo aux côtés de Nekfeu, abordant le rapport à la temporalité des éléments éphémères et la recherche d’un brin d’éternité au sein de ces derniers. Le clip sorti à la date de publication de cet article est tout autant incroyable, tourné dans une foret tout droit sortie de la planète Endor dans Star Wars, la lueur de la lune à travers la noirceur de la clairière éclairant Nekfeu tel le soleil sur Kendrick Lamar (encore lui, une des principales influences américaines du Jazzy Bazz et on le comprend) à travers les vitraux d’une église dans Humble. Réalisé par Dijor Smith, gage de qualité.

 

Après le réveil, l’heure du bilan

2 ans après la sortie de son premier album P-Town, Jazzy Bazz confirme  sa place singulière de véritable poète/rappeur français avec le second album Nuit, concept unique et réussi où des sessions nocturnes sont vivement conseillées pour pleinement apprécier et comprendre son art.

Quoi de mieux que la nuit comme sujet d’écriture de l’album d’une vie ?

L’album Nuit est toujours disponible sur toutes les plateformes de streaming.

 

Continuer de lire
Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Actus

JeanJass joue les prolongations avec « Temps additionnel »

Avatar

Publié

le

Par

jeanjass-ne-lache-pas-sa-doudoune-en-ete

Trois mois seulement après la sortie de son projet Doudoune en été, JeanJass propose deux nouveaux titres à ses auditeurs.

Doudoune en été

Très apprécié par les fans, le troisième projet solo de JeanJass est une belle réussite. Il avait déjà placé la barre très haut avec Hat Trick en 2021 et s’était montré plus productif que jamais en s’attaquant à l’aventure Zushiboyz. Avec son compère Caballero, ils livrent à intervalles réguliers des EP uniquement disponibles en version physique. Tracklists alléchantes et effet de rareté, le succès est au rendez-vous et les disques se vendent comme des petits pains.

Entre un tournage d’High & Fines Herbes et un gros freestyle pour Grünt, JJ avait donc livré en juin dernier Doudoune en été. Les 10 titres sont parfaitement calibrés. Outre ses propres instru’, l’artiste avait fait appels aux talents de Stwo (Drake, Franck Ocean, Nekfeu), Eazy Dew (Laylow, Josman, Lomepal) ou encore Dee Eye (PLK, Limsa d’Aulnay, Roméo Elvis). Il collabore aussi pour la première fois avec Youssoupha, Jazzy Bazz et Tuerie.

Pendant l’été, JeanJass s’est livré à une interview « Passion : Dinosaures », mais était surtout à l’affiche de gros festivals. Pourtant, le rappeur belge a visiblement pris le temps de concocter deux nouveaux morceaux, dans la lignée de son récent opus.

Temps additionnel

JeanJass se délecte de ses indéfectibles références footballistiques dans « 24h », dont il a lui-même composé la mélodie. « La vie est rude comme Van Nistelrooy », « J’suis en mode riche comme si j’étais Croate », que demander de plus ? Sur un rythme lent, le Carolo fait parler son écriture si unique.

Il enchaîne ensuite avec le premier featuring de la jeune carrière de Benjamin Vndredi. Le parcours musical du chanteur belge a débuté au printemps. Il a publié trois singles en solo, et le voici en bonne compagnie sur « Orly Love ». Un titre qui fait bien évidemment référence à l’affrontement le plus mythique du rap français…

On aurait pu être Kylie et Travis
Mais ça a fini en Booba et Kaaris

Avec deux couplets efficaces, JeanJass démontre une nouvelle fois sa polyvalence. Les prochains devraient se trouver sur Zushiboyz, volume 3 dont la parution est prévue avant la fin de l’année.

Pour streamer Doudoune en été : Temps additionnel, rendez-vous ici !

Découvrez également : Mairo frappe fort avec « Rap Mag »

Continuer de lire

Actus

Mehdi YZ repousse la fin de l’été avec « A7 »

Avatar

Publié

le

mehdi-yz-repousse-la-fin-de-l-ete-avec-A7

Sorti cette semaine, le clip A7 de Mehdi YZ prolonge la saison estivale avec ce visuel rafraîchissant.

Le hit de la fin de l’été

Mehdi YZ prend de plus en plus de place dans le Game, depuis son arrivée en 2018 avec une prestation remarquée lors du Planète Rap de Jul. L’histoire commence avec son titre Arrah, qui cumule aujourd’hui des millions de vues, promettant un avenir musical au jeune rookie.

Capable de rapper, de chanter, sur des thèmes plus ou moins sérieux, Mehdi YZ sait aussi soigner ses visuels, et les rendre accrocheurs. Après avoir été aperçu avec ZeGuerre, ou encore The S, on imagine quelques collaborations mettant encore un peu plus en lumière le jeune artiste.

Au quartier dans le sportback, j’ai eu comme un flashback
Sur mon scooter sans plaque, j’comptais l’bénef’ dans l’bloc

Son projet FPVS, a été bien reçu du public, et il a été défendu de fort belle manière. Place à la suite, désormais, pour le sudiste qui revient avec de nouveaux morceaux !

Dans le reste de l’actualité : « Le soleil se lèvera à l’ouest » disponible le 21 octobre

Continuer de lire

Actus

Kalash & Damso sont « Malpolis »

Avatar

Publié

le

kalash-&-damso-sont-malpolis

Après Mwaka MoonI Love YouJTC ou encore Praliné, les deux artistes francophones se retrouvent sur Malpolis.

Une connexion devenue évidente

Avec plus d’une décennie de musique dans les jambes, Kalash a toujours eu cette faculté à pouvoir se renouveler, que ce soit dans les mélodies, les flows, les thèmes abordés.

Capable de pouvoir chanter, rapper et de jongler entre plusieurs langues, le talentueux artiste aura marqué l’année 2017 avec son hit Mwaka Moon avec Damso, pulvérisant de nombreux records.

Si par la suite, le Mwaka Boss a sorti un album intitulé Diamond Rock, ce dernier n’a pas eu le même succès que son prédécesseur, malgré de nombreuses pépites !

Je porte des œillères, fuyant le monde, évitant le regard des gens
Né dans le rouge, forcément, recherche le feu vert pour partir à temps

Toujours aussi productif, Kalash aura lâché de nombreux titres en tous genres, que ce soit en solo, avec Mavado ou encore le hit Tu le sais avec Gazo ! Place désormais au début de la promo du projet avec Tombolo .

L’album est sorti le 29 Avril dernier, sur lequel on retrouve Gazo, Damso Hamza, Mavado, Wejdene et bien d’autres artistes, et qui risque bien de nous accompagner encore longtemps.

L’album Tombolo de Kalash est à retrouver sur toutes les plateformes de streaming ici.

Dans le reste de l’actualité : « Le soleil se lèvera à l’ouest » disponible le 21 octobre

Continuer de lire

Tendances