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« La vie est belle » de Gambi : une folle rédemption ?

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Un an après sa signature sur le label de Warner, REC118, et des centaines de millions de streams , Gambi vient de livrer son premier projet « La vie est belle », s’attaquant directement au format album.

Au vu des morceaux sortis par Gambi, aucun signe ne présageait une introduction comme « Vivre ». Bien que l’exercice de style ne soit pas loin, le projet débute par une phase plaçant les enjeux de l’album :

« J’étais petit et j’comprenais déjà tout »

Dans cette phase, on y voit le fil rouge de l’album : celui d’une rédemption, permettant d’expliquer le côté positif du titre de l’album : La vie est belle.

Pour y parvenir, il faut un point de départ. Le rappeur fait le choix de tout dévoiler en commençant par son enfance dans un couplet d’1 minute 30 :

« Quand j’rentre à la maison, j’enlève mon sourire

J’me demande pourquoi la vie m’fait tant souffrir ? »

Ici, Gambi associe clairement la liberté à la prospérité, qu’il n’a pas connu étant enfant. Seulement, le rappeur voit l’argent comme une fin à obtenir par tous les moyens. Ce besoin viscéral vient de la condition qu’il a connue, mais surtout de ses proches qu’elle affaiblit :

« Maman j’suis désolé qu’on est vécu tout ça »

Avec ce phrasé enfantin, Gambi montre une forme de responsabilité sur leurs conditions malgré son jeune âge. Ne se limitant pas aux excuses, il se sent obligé de changer cette situation.

Néanmoins, il éprouve une nostalgie sur « Macintosh », produit par Vladimir Cauchemar. Le titre vient d’un ordinateur produit par Apple au milieu des années 80. On peut y voir un effet de réel faisant écho à l’adolescence du rappeur. Toutefois, le deuxième morceau poursuit le constat cynique de ses conditions de vies :

« C’est celui qu’à le plus d’argent qui gagne la guerre »

Sorti il y a plusieurs mois déjà, « Mégatron » de Laylow contient une phase similaire :

« C’est toujours l’plus fort qui a raison »

 

Bien qu’ayant deux schémas de vies différents, ils font le même constat unique. Cet album est construit autour de la réponse à ce constat fait par le rappeur de Fontenay-sous-Bois (94). Celui-ci continue de surprendre en proposant « Popopop« , désormais single culte ayant dépassé les 100 millions de vues sur YouTube. Avec une grosse présence et des schémas de rimes accessibles, le morceau réussit à être efficace. Idem pour « Puff puff puff »Gambi démontre qu’il est prêt à tout pour assouvir son besoin de réussite :

« Rien qu’j’ai des tics, j’recompte trois fois l’fric avant d’le mettre dans l’froc

J’compte pas sur toi, moi j’compte que mes sous, j’suis sûr de pas m’tromper »

Pourtant, loin du cliché du jeune de banlieue qui trouve dans la musique un moyen de connaître un train de vie luxueux, Gambi y voit une manière de profiter de la vie, en l’affirmant dans l’introduction de « Festival » :

« Et j’me suis longtemps questionner sur c’qu’il s’passait dans ma vie, les choix à prendre. Si on choisit pour nous ou bien pour les autres. Et en fait, avec le temps, surtout en grandissant, j’me suis dit qu’on avait qu’une vie et que j’devais la vivre à fond, tu vois. J’ai pas envie d’regretter. Et au final, j’emmerde les gens et j’m’en fous de c’qu’ils peuvent penser d’moi. J’avance et j’fais ma vie »

On peut y voir une forte authenticité à se dévoiler autant sous son aspect festif que sous son aspect viscéral. Cet équilibre permet d’aborder « Bienvenue » comme la suite des morceaux ayant placé les motivations et la quête du rappeur :

« Loin du quartier, j’les entends crier, j’ai mes lunettes Cartier posées sur le nez

J’te dis « bienvenue dans ma zone », ta morale, t’iras la faire à d’autres »

Comme le rappeur l’explique dans « Hé oh », la musique n’est pas un moyen de gagner sa vie :

« Si ça marche pas j’ai déjà coffré »

 

Cette phase prend tout son sens avec « Ouh » dans lequel il décrit son ancien train de vie, bien avant la musique et le succès qu’il va connaître. C’est d’ailleurs cet effet de routine qui fait dire à Gambi, « J’deviens fou ». De plus, le morceau résume son personnage dans les grandes lignes : une instrumentale décalée appuyée par une forte présence et des paroles où il évoque, ici, sa manière de tuer le temps pendant qu’il s’ennuyait.

Après Laylow, nous pouvons aussi évoquer PNL quant au morceau éponyme « La vie est belle ». En effet, les deux frères des Tarterets et Gambi semblent avoir la même quête de vie, construite par le même constat. Dans le couplet mythique de NOS dans « Jusqu’au dernier gramme », on peut entendre :

« Igo, la vie est moche donc on l’a maquillé »

A quelques mots près, Gambi se rapproche de cette pensée :

« On maquille nos vies pour l’embellir »

Le fait qu’une personne aussi cynique puisse dire que « La vie est belle » est un symbole fort. Ce côté décomplexé se ressent sur la suite du projet :

« J’ai les pinceaux, j’peux changer ta vie

Argent qu’un moyen pour s’en sortir, il peut enfin accéder à la liberté »

Le monde a changé, sa perception aussi. Celui qui galérait, voit maintenant « le monde qu’il [le] séduit ». C’est à partir de ce moment précis du projet que débute un arc construit autour de l’imagerie de luxe, avec « Loin d’ici », « Paris la nuit », « On s’taille » et « Côte d’Azur ». Cette série lui permet d’évoquer son nouveau train de vie où se mélange la nostalgie d’une ancienne époque et une vue imprenable en haut d’une suite à Monte-Carlo. Cette partir s’achève par l’outro : « Merci la hess ».

Dans ce morceau, Gambi semble faire écho à la vision développée par PNL dans « La misère est si belle ». Bien qu’il ne soit pas nostalgique de la pauvreté, la nouvelle perception de Gambi lui permet de reconnaître les valeurs que lui ont inculqués son environnement et ses proches durant sa jeunesse :

« J’benda, j’ai v’-esqui les bleus, loin d’eux, pour maman quand j’veux, j’peux »

Quelques années plus tard, l’enfant désolé laisse place à un homme accompli.

Très solide musicalement avec de très bons producteurs, Gambi assume le niveau de production de son projet. Il s’inscrit dans la tradition du format album avec un fil rouge. Souvent adulé, fréquemment détesté, le rappeur de Fontenay-sous-Bois a le mérite d’être authentique en se dévoilant sous tous ses aspects.

« La vie est belle » est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

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