Les autres bastons du rap !

Vous l’aurez certainement remarqué par vous même au fil de mes articles, 97% de mes préoccupations rapologiques se résument à B2o, le reste étant consacré à réaliser des articles non rémunérés pour Raplume. C’est donc tout à fait logiquement que j’ai été happé par l’émulation qu’il y a eu autour du (présumé) combat de l’année entre Kaaris et Booba, tout comme vous j’ai mon favoris, tout comme vous je prie pour que Mohamed Henni commente le match, mais pas tout à fait comme vous je me suis aventuré à imaginer d’autres « combats » en octogone ou pas qui pourraient avoir lieu entre vos rappeurs préférés.

Voici donc ma chronique, de cette sombre soirée de « bagarre », qui prendra place un certain 20 janvier 2020, au Luxembourg.

C‘est dans une salle pleine à craquer que se dérouleront les joutes tragiques de ma chronique, une salle louée au dernier moment par Cyril Hanouna et AKH (toujours dans les bons coups celui-là) promoteurs de l’événement.
Le contrat renvoyé par Kaaris s’étant perdu en chemin entre Mulhouse et Pointe-à-Pitre, a mis beaucoup de temps à arriver à Miami, très exactement 07 mois et demi. La traduction des documents ayant encore fait perdre 4 mois aux équipes de Booba, les organisateurs du combat se sont vu obligé de déléguer une partie des préparatifs pour être dans les temps.

Seth Gueko s’est occupé de la barbac’ à l’entrée, Alpha 5.20 du merchandising t-shirt, et Rohff a écoulé ses stocks de téléphones « haut de gamme » aux supporters de Kaaris.
Mais le plus gros du travail a été confié aux meilleurs; c’est ainsi qu’une équipe détèr de mec du 91 a été montée, dirigée par Abdel Hamid et Seydou les organisateurs historique de tournois de foot en ‘Île de France’, cette team de choc a fait des miracles et est parvenue à rester dans les délais. Certes la sono grésille un peu (une partie du budget ayant servi à retaper l’appart de « Tata Zoulikha »), la disposition des sièges est assez approximative et il y a beaucoup trop de chihchas, mais le rendu finale est plus que satisfaisant.

Une réussite en somme, et c’est dans un salle de 60.000 personnes en surchauffe que le premier combat s’apprête à avoir lieu.

Bigflo & Oli vs RK.

Vous pouvez ici admirer les compétences Photoshop exceptionnelles de l’auteur.

C‘est notre combat d’ouverture, le combat de rookie, celui que personne n’attend. Bigflo & Oli vs RK pour le titre du rappeur que l’on aime détester :

Sans surprise, nos deux rappeurs toulousains font leur entrée dans l’arène accompagnés de leur papa, guitare à la main, il la tient tout de même par le manche, annonçant la violence des événements à venir. RK lui débarque tout seul, son disque de platine sous le bras, il nargue Deen Burbigo et Disiz présents dans la salle.

Quelques échanges de quolibets, des regards noirs de part et d’autre, l’atmosphère est brusquement plus lourde. IbraTv l’arbitre de la soirée explique les règles à nos deux champions, autrement dit aucune règle sauf l’interdiction catégorique de faire intervenir sa fanbase si elle est mineure.
Gros coups durs pour nos deux protagonistes, la déception se lit sur leurs visages, mais qu’à cela ne tienne, ils sont déjà sur place, autant faire le spectacle.

Bigflo lance les hostilités en premier, mais contre toute attente, il s’auto-tabasse ! Oui l’adolescent de vingt cinq ans (vous avez bien lu, c’est aussi l’âge d’Sch) se prend par la moustache et s’inflige de lourds (tout est relatif) coups de poings dans le visage, Oli d’abord désarçonné par la technique de son frère, se joint à lui pour le soulever, leur papa atterré en profite pour balancer les premières notes de chansons qu’il a écrit il y a de cela 20 ans : en effet le succès n’attend pas !

RK à l’autre bout du ring ne perd pas son sang froid, tamponnements de sourcils rapides, il check ses ventes en streaming, encore 4000 équivalents streams écoulés pour le mois de janvier, c’est toujours plus qu’Alpha Wann.

Alors qu’il remet à jour ses statistiques, un nouvel arrivant fait son entrée dans l’octogone, tout le monde pense que c’est un « catcheur« , avant de se rendre compte qu’il s’agit de Kalash Criminel, soutien inattendu des deux frangins.

Il fonce sur RK et en deux trois mouvements arrive à le plier en 8 sans casser ses lunettes ! Une prouesse qui épate les spectateurs, dubitatifs au départ, ils sont désormais sous le charme et entonne à l’unisson, « Tac, Tac, Tac, Sauvagerie ! »

Le cagoulé tout en « esprit » a fait fureur, la salle est conquise, Mohamed Henni, son tacos à peine entamé fait des saltos arrière, en criant : « nul le TFC ! nul, nuuul ! ». Annonçant par conséquent la victoire de Kalash Criminel qui n’était pas du tout prévus au programme.

Nekfeu vs Guizmo.

La tension est montée d’un cran, le public d’abord réticent est désormais conquis par l’événement, attentif il scrute silencieusement la suite des hostilités.

Le présentateur (Mohamed Henni les amis, pour ceux qui le connaissent pas, vos grands mères les tournesols, qui bicravent des parasols), donc le présentateur je disais appelle nos deux protagonistes pour la prochaine confrontation, c’est ainsi que Nekfeu entouré de ses sbires basanés pénètre dans l’arène, instantanément avalanche de cris stridents, de larmes et de petites culottes sur le ring, Nekfeu de son coté lance des crachats furtifs à ses groupies, rien y fait, elle sortent des pochons fraîchement vidés pour recueillir le fluide corporelle de leur artiste préféré.

À l’autre bout de la salle, Guizmo reçoit les derniers conseils de Bigflo toujours sonné par les uppercuts qu’il s’est auto-balancé, les anciens compères semblent prêt à en découdre, l’arbitre s’occupe des dernières vérifications, puis après avoir échangé avec Nekfeu, lui passe le micro pour quelques mots.

Retournement de situation de dernière minute : le fennec refuse le combat !

Incompréhension totale dans la salle, Rohff lui ne semble pas surpris par ce refus, le reste de l’assistance est abasourdi, ‘Mohamed Henni’ casse deux écrans de retransmissions, et ‘Killumlinati‘ assure à qui veut l’entendre qu’il était au courant, qu’il avait annoncé ce refus par le suppôt de Satan dans l’une de ses vidéos. ‘Le règlement‘ sort discrètement de la salle un peu honteux.

Nekfeu lui est de marbre, avec aplomb, il s’empare du micro et annonce : « Arigato sama Ibra Tv, konichiwa à vous tous mes frères et sœurs, le pouvoir de l’amitié et de l’amour est plus fort que tout, il y a du bon en chacun de nous, les tentatives de l’oligarchie de nous monter les uns contre les autres échoueront, levons-nous devant ce mépris de classe, boycottons… », le rappeur du S-crew est arrêté net dans son élan par Ibra Tv, plaquage au sol, clé de bars, soumission, notre arbitre ne tolérera aucun dépassement. Il appelle ensuite ses camarades tchétchènes qui feront évacuer Nekfeu en toute délicatesse.

Guizmo lui est désemparé, il vient de voir son buzz défiler devant ses yeux, il quitte alors le ring sans que personne ne le calcule, une habitude depuis quelques années.

Après nos deux premières rencontres fort intéressantes, Ibra Tv annonce une interlude musicale et appelle Angèle et Eddy de Pretto sur scène, rien a voir avec le rap me diriez-vous, mais allez expliquer cela aux producteurs et autre annonceurs, qui assurent que c’est bel et bien dans le thème.

Les gens présents sur place commencent à quitter leurs sièges pour aller chercher des bières quand tout a coup Sadek se jette au milieu de la scène, perruqué et affublé d’une magnifique chemise hawaïenne, il veut absolument se battre contre un random spectateur, de préférence celui avec qui il s’est déjà fritté il y a de cela quelques mois, la sécurité intervient, mais rien n’y fait, il brandit sa chemise en défiant l’assistance : « tu ne pourras plus me faire le coup du t-shirt sur la tête ‘Idioto’! Viens te battre maintenant si t’es un homme »

Non sans mal, les cousins tchétchènes arrivent à l’éjecter de l’estrade laissant le champ (ou chant) libre à nos deux artistes « urbains » pour assurer leurs prestations (incluant entre autre, Angèle exécutant ses danses de la gêne).

Shy’m autre artiste « urbaine », sera invitée par nos deux chanteurs, et interprétera son nouvel album 100% hip-hop, demandera ensuite un tête à Damso avant de se jeter dans la foule. Un spectacle formidable, possible grâce à la diversité qu’a su apporter l’ouverture du rap ses dernières années.

Après cette interlude assez surprenante, Mohamed Henni reprend le micro, mise 1500 E sur Benevento et annonce la poursuite des festivités :

Fif Booska-P vs Mehdi Maizi.

Combat en théorie improbable, si il a bel et bien lieu c’est que Mehdi Maizi fervent représentant de « l’esprit hip-hop » aura été poussé à bout, aidé, il ne faut pas se le cacher par les réflexions faites par Hype avant chaque enregistrement de ‘La Sauce’, à base de « J’aurais pas kiffé frère, faut que tu défende le gang, 92i khouya, t’es Bylka ou t’es pas Bylka ? Même Zizou aurait réagi à cela ! ». Ce dernier argument étant déterminant au changement de position du désormais charismatique chroniqueur « chauve » (ça se passe en 2020, et le temps aura fini son oeuvre).

Si Hype insiste tant, c’est que ‘Amad‘ de Booska-P aura franchit une nouvelle ligne, après son mensuel : « nous faisant mieux que notre concurrent direct, avec 4.859.369 vues… », sans name-drop OKLM, en 2020 lors d’une de ses vidéos « bilan du mois », il s’attaquera frontalement à la web-radio, plus particulièrement à leur série de ‘freestyles'(?) pré-enregistrés, persuadé d’avoir inventé le concept, il réclame au choix : des royalties ou une dédicace de Booba à Booska-P.

Au vu de l’impossibilité d’arriver à un accord, les deux teams choisiront leur champion, et c’est ainsi que nous auront droit à un combat très approximatif entrecoupé d’anecdotes sur Salif, Dany dan, et Laurent Bouneau !
Ça sera finalement un match nul, et trois heures de sieste pour toute la salle. Très belle performance.

Sneazzy vs Bilal Hassani.

Sujet sensible.

Tout l’enjeu de ce combat étant de réhabilité la virilité du Maroc dans le monde, autant vous dire que ce fut mal parti.

Bilal d’entrée de jeu invoque la carte « followers » (Le boss raplume lui invoque la carte ‘pasdamalgame’), déferlement sur le ring de twittos filtre snap on fleek en PP. D’abord hésitants devant SNZ, il font vite fi du passé et s’apprêtent à le défoncer.

Sneazzy contre attaque avec l’atout « antisémite », ressortant de vieux tweets de Bilal Hasani contre l’état sioniste. Explosion dans la salle, des agents du Mossad emballe Bilal au cinquième « i » de son « Bonsoir Pariiiii… ».

Ce fut propre et rapide, tout le monde applaudi l’efficacité des intervenants. Très logiquement IbraTv leur octroie cette victoire méritée.

Alors que l’ambiance est bouillante, que l’audimat de C8 bat des records, que Cyril Hanouna achète sa 5ème île dans le pacifique, beaucoup d’autres escarmouches auront lieu en cette soirée; il y aura notamment le combat opposant SCH à Lacrim, qui choisiront le concours de coiffure pour régler leurs comptes. Le 1 vs 15 entre Lartiste et Marwa Loud. Et enfin Momo Henni qui défiera deux mecs de Narbonne et la buraliste en tong.

Mais j’ai préféré faire abstraction de tout ce ‘Gloubiboulga‘, pour vous parler du combat que tout le monde attend, le « main event », celui pour qui les gens se sont déplacés ! Non il ne s’agit pas de la rencontre Booba – Kaaris mais du légendaire « Alkpote vs Lord Esperanza ».

Lord Esperanza vs Alkpote.

Le choc des titans peut enfin avoir lieu, Alkpote et son crâne luisant font leur entrée en premier, des « zeta putes » fusent de tout les cotés, Alk se contente de balancer des « plus haut, plus haut » en indiquant du doigt le ciel.

Lord Esperanza arrive « on fleek », comme la sortie de son titre « B3LIEVE », ce soir c’est sa soirée, et il usera de toutes les techniques pour en sortir victorieux.

Les deux contenders se checkent, échangent avec l’arbitre, et se préparent à donner au peuple ce qu’il réclame : autrement dit, du sang et des phases chelous sur les mamans.

C‘est l’aigle de Carthage qui commence, il entonne des multi-syllabiques tout droit sorties des enfers, le Lord ayant pourtant tenté d’apprivoiser cette technique redoutable, lui l’enfant du grec salafiste en kimono, mais face à un tel niveau, il ne peut rien faire, il est instantanément pris de spasmes foudroyants, Alk l’enchaîne avec des métaphores sexuelles zoophiles, dixit « On va t’fister l’cul avec le museau d’un labrador ». L’exécution est parfaite, les spasmes se transforment définitivement en crise d’épilepsie généralisée.

Le combat semble alors déséquilibré, c’était sans compter sur l’arme secrète du redoutable rappeur moustachu (Lord Esperanza), d’un geste fluide il sort son iPhone X et met en haut parleur son interview avec Thinkerview.

Cinquante quatre minutes de philosophie, d’analyses géopolitiques pertinentes et de réflexions approfondies sur l’état de notre monde.
Son adversaire (Alk) est désarçonné, il tente désespérément ses meilleures punchlines au hasard, à coup de «J’t’absorbe avec ma queue comme Cell», « Dans ta tuyauterie j’éjacule du Destop », et enfin le légendaire « Tu n’es qu’une simple pute, je baise des doubles putes méga triple pute, quadruple nano pute».

Le Lord solide sur ses appuis ne flanche pas, et renchérie avec des conseils sur le gaspillage alimentaire, c’est toute la salle qui est en PLS désormais, Ibra Tv dans un dernier souffle, met fin au supplice et annonce la victoire de Lord !

Éclatante, surprenante et totale. Il est en cette soirée du 20 Janvier 2020 couronné au sommet du Rap Game francophone ! Bravo à toi LORD !

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