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NO FUTURE : Wit. poursuit sa mue

Antoine

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Si ce pseudonyme à trois lettres ne vous parle pas, ce montpelliérain de 24 ans n’a en réalité rien d’un novice. De nature discrète, Wit. fait ses premiers pas dans le rap durant son adolescence aux côtés du toulousain Laylow. Après un premier projet commun Digital Night dévoilé en 2015, le jeune homme entame sa carrière solo, HSF et Annaba tous deux sortis courant 2016. Très productif, les EP Dawa et ONYX verront quant à eux le jour en 2017. Le CV pourtant déjà bien rempli, c’est deux ans plus tard avec le 10 titres NEO que le rappeur décroche un véritable premier succès d’estime. Tranchant sur Mama Mia, en lévitation sur Aller sans retour, Wit. fait briller son Digital Mundo et souffle un vent d’air frais sur le rap français, faisant le bonheur des auditeurs les plus curieux. S’ensuit la même année son cinquième projet SIRIUS, 6 titres consolidant son identité artistique, le très réussi morceau éponyme en fer de lance.

Et y’aura pas d’évolution tant que y’aura pas d’révolution

C’est avec une courte vidéo postée le 15 juillet dernier sur ses réseaux sociaux que le rappeur annonce son sixième disque : NO FUTURE. Placardé sur différents espaces publics parisiens, le nom du projet tire son origine du mouvement punk, mouvement s’étant approprié le slogan suite au morceau God Save the Queen du groupe britannique Sex Pistols. Cette idéologie née durant les années 70 se fonde sur des pensées anarchistes, une forte animosité contre l’ordre établi et un trait nihiliste marqué. Le titre fait d’autant plus sens de par le contexte actuel de sa sortie, empli de tensions aussi bien nationales qu’internationales, le phénomène pandémique mondial ou la répression du peuple Ouïghour pour ne citer qu’eux.

Là où NEO se terminait par un Aller sans retour, l’écoute de NO FUTURE démarre Ailleurs, plongeant l’auditeur dans une atmosphère malsaine des plus sombres, différente de ce que Wit. proposait sur les deux précédents projets. « On n’est qu’au début d’la fin, j’sais pas qui va ramasser les corps« . La noirceur du texte vient d’autant plus renforcer la couleur du disque, la musique de Wit. comme fenêtre ouverte sur le monde du XXIème siècle et ses méfaits.

J’veux rendre fiers mes ancêtres, pas mes anciennes connaissances

N’allant pas jusqu’à livrer un pamphlet pour autant, le « jeune à jamais » ajoute à sa recette une dose d’introspection, évoquant sa vie passée et actuelle tout en laissant transparaitre une forme de nihilisme quant à son avenir. « Je m’en sors sans m’en dépêtrer, je guéris par infection« . Très mélodique, la première moitié de l’écoute met en lumière le timbre vocal si singulier du montpelliérain, alternant les inflexions de voix au rythme des variations d’instrumentales (Falcon et Canyon Diablo pour ne citer qu’eux). L’écoute se trouve aussi parsemée de couplets kickés réussis, le track Fragment pour preuve.

Deux featurings se retrouvent dans la tracklist, Laylow sur Loco et Madd sur Reset. Savamment choisis, ces deux invités font partie de l’entourage du rappeur et s’intègrent pleinement dans l’univers de ce dernier. Le morceau avec l’artiste marocain constitue un mélange de langues aux sonorités orientales, les deux hommes s’avérant très complémentaires.

S’agissant des productions, ces dernières ne dérogent pas à la qualité des EP précédents, l’artiste s’étant entouré de plusieurs producteurs de confiance, les mieux à même de retranscrire son univers digital. Les ambiances sont quant à elles bien amenées, des cris démoniaques inattendus en passant par les bruits de talons faisant office de transition entre les deux parties de Loco, se mêlant même au tempo de la seconde. « J’ai su qu’il fallait leur prendre quand j’les ai vus étaler leur or« . Ce morceau en featuring avec Laylow est d’ailleurs l’un des plus représentatifs du projet, la fin de la tracklist dont il fait partie concluant le disque dans une totale dystopie. A ce titre, le son éponyme ferme brillamment l’écoute, la voix de l’artiste vide de toute émotion scandant « NO FUTURE » parmi plusieurs autres difficilement distinguables. « Les larmes sont éteintes, tu ne peux que encaisser« .

Avec son nouveau projet NO FUTURE, Wit. consolide sa place dans celui du rap français et poursuit sa mue artistique dans une direction plus que prometteuse.

NO FUTURE est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

Crédit producteurs : Farucox, Daigo, Weaky, Mingo, Persia, Seak, Rodlofl, Elk, Sectra

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Maes est de retour avec Réelle Vie 3.0

Lucas

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Presque deux ans après la sortie de son dernier album « Les Derniers Salopards », Maes est de retour et nous présente le troisième volet de sa série de mixtapes avec « Réelle vie 3.0 ».

(suite…)

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Aladin 135 et son nouvel EP X2

Lucas Ivanez

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Après un retour envisagé du Panama Bende par PLK, c’est un projet solo que nous délivre Aladin 135, qui ne prend pas de pause.

En effet, le rappeur qui représente le 13ème est très actif depuis 2020 est son très bon album Phantom. Après son EP X1 sorti plus tôt dans l’année, Aladin remet le couvert avec X2. Un 5 titre qui s’écoute tout seul. Le rappeur du Panama Bende et sa voix si spécifique est toujours aussi talentueux, que ce soit sur des prods mélancoliques ou encore de la drill.

Un format qui change

Il est clair que les LP sont majoritaires dans le rap français actuel, et ce n’est pas forcément positif. Il est commun aujourd’hui de retrouver des projets de 20 titres, si ce n’est plus lorsqu’une réédition est publiée. Ces formats, bien que pouvant être très intéressants lorsqu’ils sont bien fait peuvent être aussi plus difficiles à la réécoute à cause de leur longueur. Avec ces EP, Aladin 135 prend ce mouvement à contrepied : Le projet s’écoute en moins de 15 minutes, et peut donc s’insérer dans un trajet de métro, une pause au travail, quand on veut !

« beaucoup m’ont déçu, certains m’ont trahi, j’oublie tout au 13ème étage du tel-hô, j’préfère avancer qu’supporter leur manie, sur le rooftop je regarde le très-haut »

Ces lignes, tirées du titre « Le passé » en featuring avec Hatik représentent très bien l’évolution et le caractère musical d’Aladin. Fidèle à son quartier et à son arrondissement, il place une référence à chez lui tout en nous montrant qu’il a su prendre de la hauteur et évoluer en se consacrant à ce qui est important : Avancer, continuer dans la musique et le très-haut, donc la religion.

Le premier titre du projet « Noche« est à mettre en avant. Sur un magnifique air de piano, Aladin nous montre de quoi il est capable avec un refrain plus qu’accrocheur déjà prêt à tourner dans toutes les voitures « dans un Clio ou dans un bolide allemand » comme nous dit l’artiste.

Après deux EP de qualité, on peut se demander quelle est la prochaine étape pour Aladin 135. Va t-il sortir un long projet ? Peut-être la préparation du retour du Panama Bende après plus de 5 ans d’absence ? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, nous vous invitons à streamer X2 et à regarder le clip du titre « le passé » avec Hatik, déjà disponible.

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So La Lune ou la rue vue du ciel

AlphaKilo

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La Lune, la lune, la lune..

So La Lune est un rappeur de la région parisienne , dans la longue lignée de rappeurs originaire des Comores.

Tout comme ses compatriotes Soprano, Alonzo ou encore Rohff, Tsuki possède un don certains dans le « 8ème art ». 

En effet, le rappeur signé chez Low Wood après avoir fait parler de lui avec « Tsuki » son premier projet (retrouvez le ici https://raplume.eu/article/so-la-lune-un-premier-projet-abouti-a-decouvrir-durgence/) a fait du bruit tout au long de cette année.

 

« Ça parle pas love mais de pierres et de briques
Et quand j’suis dans la G le teu’ calé au bec
Le teuteu calé au bec et j’suis paré au pire, sa mère »

 

En 2021, So La Lune  a envoyé pas moins de six EP:

  • Théia
  • 1ère faille
  • Satellite Naturel
  • Orbite
  • Apollo 11

Et 2ème faille, sorti aujourd’hui.

Dans ceux ci, beaucoup de morceaux notables mais on choisira « Rodé » en guise de carte de visite 

Fissure de vie y en plus d’une

Sorti quasiment coup sur coup ils ont été rejoint par « 1ere Faille (L’Afar) » annoncé comme un des derniers projet avant l’album a venir « Fissure de vie« .

Le concept de fissure de vie est inhérent avec la musique si particulière que nous propose cet artiste.

Effectivement, si La Lune est si reconnaissable c’est avant tout grâce à la densité de l’univers développé dans ses œuvres.

D’abord c’est sa voix qui va attirer ou bien repousser aux premiers abords, nasillarde et blasé elle retranscrit généralement à la perfection les émotions véhiculées dans ses titres.

Et quelles émotions…

Ensuite on pénètre dans un monde où les influences et les couleurs se multiplient et s’entrechoquent, liés entre elles par So la Lune lui même, bien conscient des tumultes que cette vie entraine.

« Installez-vous, installez-vous,mettez-vous à l’aise
Ouais
On est pas pressés, y a-t-il un point par lequel vous désirez commencer ?
Euh… Non, pas vraiment
Vous en êtes sûr ? Ce n’est pas anodin ce qu’il vous est arrivé, ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est le déni.
Est-ce que vous vous rendez bien compte de ce qui vous arrive ?
Vous venez d’être diagnostiqué schizophrène »

Ce passage en introduction du projet « Satellite Naturel » est extrêmement révélateur de choses qui sont seulement sous entendus le reste du temps. Intitulé « Diagnostic » dans un projet au titre si évocateur, ce morceau semble mettre en scène une psychanalyse dans laquelle (Ver)So La Lune s’exprime dans les couplets alors que sporadiquement on retrouve des commentaires du thérapeute (sans doute aussi interprété par l’auteur de ce son).

« Heu… Ok
Avez-vous des antécédents ?
Un moment de votre vie où vous auriez ressenti je sais pas
Une fissure ? »

 

La rue vue par la Lune

Enfin on touche à ce qui fait toute la saveur de la musique de Tsuki, sa fabuleuse capacité à transmettre toute la douleur, la lassitude que Charles Baudelaire et tant de rappeur appelle le spleen.

Alors qu’on différencie généralement assez aisément les morceaux tristes de ceux qui nous donne la pêche, il existe un groupe d’artistes ayant la capacité d’opérer dans une zone grise entre ceux ci.

Ademo & NOSStromae, Oxmo Puccino, Nekfeu ou encore JUL, voila des noms qui pourrait sembler aux antipodes. Mais qui lorsqu’on se penche sur leur art partage tous la faculté à nous faire bouger les épaules même sur le(ur)s plus grands malheur tout en vous faisant ressentir la lassitude et la souffrance dans des morceaux entrainants.

Sans conteste So la Lune est de cette trempe et on a pu constaté à quel point il a réussi à affiner sa lame cette année avec ses projets accrochant aussi le légendaire Aketo, membre du groupe Sniper, à la liste de ses collaborations.

« Tu vois, j’ai passé toute l’année à faire l’rappeur, ah ouais
Dis-moi , pourquoi t’es plus pareil quand ça rapporte, ah ouais
J’suis dans le bain, je fume le blunt et j’fais des bombes
Je viens d’en bas, j’ai tous les dons, monte dans le train (Tsuki, wagon)
Mais j’ai tout vu dans la ville , donc j’vais m’poser dans la jungle
J’dors mal quand j’insulte pas la jugе , un vrai chasseur rentre pas sans la viandе »

Alors que le projet « 1ère Faille (L’Afar)«  vient de sortir, So la Lune brille encore par sa capacité à rapper la rue depuis La Lune https://youtu.be/iHTFC-3uJBc

 

En attendant « Fissure de vie » , on vous laisse découvrir So la Lune et regardez le ciel.

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