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Rencontre avec Lpee

MC Solal

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Comme tous les collectifs, LTF compte plusieurs talents ne demandant qu’à éclore en solo. Après Lasco et après S-Cap, c’est cette fois Lpee que nous rencontrons, à l’occasion de la sortie de Amin, réalisé intégralement avec le beatmaker Amine Farsi (Lasco, DA Uzi, DTF…).

Après le très prometteur Monochrome en 2018, suivi par la sortie surprise de 3ème round cet été, Lpee nous délivre enfin les 10 titres de ce projet ambitieux et éclectique.

Ce n’est pas ton premier projet solo, mais c’est la première fois que tu fais un projet entièrement avec le même beatmaker : Amine Farsi (à l’exception du morceau bonus). D’ailleurs, une des premières phases qu’on entend sur le projet, c’est « Lpee et Amine : y a pas plus belle connexion ». Qu’est-ce que ça a changé dans ta façon de travailler ?

La particularité, c’est que Amine et moi on est voisins, donc on se voyait très souvent. Et vu qu’il avait déjà un set-up chez lui pour pouvoir travailler la musique, on a fait 25 à 30 morceaux, parce qu’on avait vraiment le temps de se voir et de travailler ensemble. Sur Monochrome, c’était différent : j’avais pas les moyens d’enregistrer, de maquetter avant, du coup sur les morceaux que j’avais enregistré, j’avais quasiment rien jeté. Sur celui-là, on a vraiment pu faire énormément de brouillons avant que ça donne Amin.

Le titre bonus a été produit par Sheldon. Il a aussi mixé le projet, je crois que tu l’as enregistré au Dojo d’ailleurs… Peux-tu nous parler de cette collaboration ?

Il a enregistré, mixé, masterisé le projet, et il aussi fait les arrangements. On était vraiment dans une bulle pendant quelques mois, à charbonner sur ce projet. Pour moi, ça paraissait tout à fait normal que Sheldon ait un titre sur le projet, parce qu’il a mis la main à la pâte, il s’est même presque placé en tant que D.A. sur certains morceaux, parce qu’il me donnait des vrais conseils artistiques. L’idée est venue naturellement, du coup on a repris le morceau de Nakk : Chanson triste, ça a donné ce morceau-là, qui est le remix du coup.

Il y a un seul beatmaker, mais ça ne vous a pas empêché d’explorer beaucoup de sonorités différentes. Si on prend un morceau comme Besame par exemple, on dirait presque une bachata, rien à voir avec 23h59, le feat avec Lasco, qui m’a fait penser à du Daft Punk dans certains passages. La prod de Tous les sens est folle aussi ! C’était votre projet de départ, de faire quelque chose de très varié musicalement ?

Oui, j’arrive pas à lutter en fait ! Des fois, je me dis que j’aimerais bien faire un projet plus homogène, mais quand je commence à explorer, à trouver des inspirations pour un projet, ça part un peu dans tous les sens. C’est aussi pour ça que j’ai fait ce morceau-là (Tous les sens), qui est très chanté, et qui explique un peu le n’importe quoi de mon processus de création. C’est comme avec Monochrome, je voulais que chaque morceau ait une couleur vraiment à part. Amine a une patte qui est plus homogène à la base, mais j’ai quand même réussi à le tirer sur Métro aérien avec un guitare-voix, sur Tous les sens avec un morceau funk… On a vraiment essayé d’explorer différents univers.

Je sais que tu n’écoutes pas que du rap : IAMDDB, Mahalia…

Je suis complètement fan de Mahalia !

En plus, tu la cites dans un son du mini-projet que tu avais sorti cet été…

Exactement !

Du coup, tous les styles musicaux peuvent t’inspirer ?

Très clairement. Tout type de sonorité en fait. Même, j’ai des amis qui sont plus branchés arts plastiques, et des fois ils me font écouter des sons qui ont été créés pour des performances de 50 minutes avec un bruit de cuillère… Et c’est des choses qui sont assez inspirantes finalement, pour se rendre compte qu’on peut vraiment faire de la musique avec rien. Du coup, franchement, j’aurais du mal à citer les influences qui m’ont amené à donner ce projet-là. Il y a tellement de choses différentes. J’essaye vraiment de m’inspirer de tout ce que j’écoute.

Ton projet s’appelle Amin. C’est un titre que tu teases sur les réseaux depuis un moment, ça fait longtemps que tu l’avais en tête ? Qu’est-ce que ça symbolise pour toi ?

J’ai eu un déclic en fait. Quand on a commencé à travailler avec Amine, on cherchait un nom de projet, et j’avais pas envie qu’on tombe dans quelque chose de trop bateau, à savoir : c’est un album commun entre un rappeur et un beatmaker, donc « Lpee et Amine présentent X projet ». Et à un moment, je me suis dit : « mais en fait, ton prénom a une symbolique énorme ! » C’était une manière de rendre hommage au beatmaker qui a travaillé sur ce projet avec moi. Et puis, on a trouvé aussi d’autres significations, à savoir le côté « béni », et nous on est très contents de pouvoir faire cette musique à temps plein… Donc voilà, c’est comme ça que c’est venu, et dès qu’on a eu ce déclic, on s’est dit que ça pouvait pas être autre chose.

Pour rester dans le domaine religieux, l’image des anges revient plusieurs fois dans le projet, notamment le couple ange de gauche / ange de droite… Pourquoi cette opposition te parle autant ?

C’est une thématique qui revient très souvent dans mes morceaux. J’en parlais déjà dans Monochrome quand je disais que je me battais avec des démons qui n’existaient même pas… En fait, je pense que ces démons-là, j’ai pas encore réussi à les chasser. Des fois, j’ai l’impression que la fatalité de la vie me pousse dans mes derniers retranchements. J’ai tout le temps eu des névroses par rapport à plein de choses : ça peut être la peur de la mort, même des relations que je peux avoir, amoureuses ou amicales… Et du coup, je trouve ça assez joli et symbolique d’en parler à travers les anges qui sont censés te protéger et ceux qui veulent te faire du mal, et la dualité qu’il peut y avoir entre les deux. C’est pour ça que ça revient aussi souvent dans mon projet.

Difficile de ne pas évoquer la pochette… Je pense qu’elle a fait réagir tout le monde. Pourquoi ce choix ?

Alors déjà, un truc que les gens ne savent pas forcément, c’est que je suis moitié algérien, et donc c’est une partie de ma culture. Et puis avec Frankie Allio, la photographe, on est tous les deux assez fascinés par la culture du kitsch etc, et c’est quelque chose qu’on retrouve énormément dans la culture maghrébine, avec la culture du fake, avec tout ce qu’on peut trouver dans les bazars et dans les souks au bled… On a voulu mettre ça en avant. On s’est dit qu’on allait s’amuser, et quitte à se lâcher, autant le faire vraiment. On s’est inspiré du photographe Hassan Hajjaj. J’ai même pu récupérer les fausses babouches Nike que je porte sur la pochette, qui sont en fait tirées de clichés qu’il avait pris. C’était aussi un petit clin d’œil à son travail. On n’avait pas du tout envie de tomber dans une espèce de plagiat ou quelque chose de trop ressemblant, mais on s’en est inspiré. Et avec le cabas puis les billets qui sortent, il y a un côté très blédard, et en même temps l’envie de réussir, le côté béni qui revient un petit peu… On s’est vraiment amusés, et on est contents du résultat. Mais on savait que ça allait faire parler !

Justement, tu parles de l’envie de réussite… Sur le projet, tu fais plusieurs allusions au chemin parcouru depuis que tu as commencé le rap, très jeune (« Presque 10 ans de placements, j’ai les techniques d’un expert »). Tu montres que le chemin n’a pas toujours été facile (cf Métro aérien), et en même temps, tu te réfères à la figure de Timothy Dexter, l’homme le plus chanceux du monde… Aujourd’hui, quel regard tu portes sur ton parcours ?

J’essaye d’être le plus honnête possible quand je regarde derrière. Parce que, évidemment, ça aurait pu aller plus vite. Il y a certainement des choses que je ferais différemment si je devais tout recommencer depuis le début. En même temps, c’est très difficile de se conditionner quand on commence la musique très jeune. Moi, j’avais aucune notion de ce que c’était vraiment le milieu : les signatures en label, l’industrie… Je pensais que si on était forts, ça marchait pour nous, tu vois. Je me suis beaucoup pris la tête sur ma musique, comment la partager aux gens… Et aujourd’hui, je pense que j’ai la place que je suis censé avoir. C’est pour ça que Timothy Dexter est assez intéressant pour moi. Malgré toutes les galères qu’on a pu avoir : les problèmes de management avec LTF, les rendez-vous en label qui se passent mal, les gens qui te tournent le dos… je me dis que si on continue de s’acharner, peut-être que la chance finira par tourner. C’est un peu le message d’espoir de ce gars : ça sert à rien de lutter plus que ça, il y a bien un jour où la lumière réapparaîtra au bout du tunnel.

Tu fais plusieurs références à l’acte d’écriture dans le projet : « Je dis tout à ma feuille, c’est la barmaid, moi le pilier de comptoir », « Chaque nuit je parle à ma feuille comme si je voulais me confesser »… Tu écris vraiment tous les jours, ou c’est une hyperbole ?

J’écris tous les jours. Je pense pas qu’il y ait un jour où j’aie pas écrit au moins une phrase quelque part, ou pensé à quelque chose que j’ai mis dans les notes de mon téléphone. Ça peut être noter des références bêtes, trouver un jeu de mots, ou des émotions qui me donnent envie d’écrire… Mais c’est vraiment tous les jours.

Comment retravailler les textes par rapport au premier jet ?

C’est assez délicat, parce que la plupart des choses que je vais écrire à chaud ne sortent jamais, en fait. Parce que j’arrive à me livrer à ma feuille, mais après me livrer à mon public via internet, c’est quand même un gros step à passer. Donc tout ce que je vais écrire quand je suis au plus bas ou qu’il y a des choses qui me torturent l’esprit, c’est rarement des choses qui vont sortir. Maintenant, avec le recul, des fois j’arrive à en parler avec plus de légèreté, et c’est souvent ces choses-là qui sont retravaillées et qui finissent dans des morceaux. Mais sinon, chez moi, tu peux retrouver des tonnes de brouillons avec des trucs très sombres.

Est-ce que ça veut dire que des morceaux comme Boom dans l’cœur ou 23h59 ont été plus durs à écrire ?

Boom dans l’coeur, oui. Parce que c’est un mélange de plusieurs histoires, mais c’est que des choses qui me concernent vraiment. Mais 23h59, c’était assez facile. On l’a fait en une semaine avec Lasco, et ça reste quand même assez fictif, ce que je raconte. Boom dans l’coeur, c’est un des morceaux que j’ai mis le plus de temps à écrire.

Tu as un morceau avec Lala Licia (Besame), qui était déjà présente sur Monochrome. Il y a vraiment un mélange des styles musicaux, et puis un mélange des langues tout simplement, qui fonctionne super bien entre vous. Tu pourrais nous en dire un peu plus sur votre façon de travailler ensemble ?

Franchement, c’est des connexions qui sont très spontanées à chaque fois. Pour Sobredosis, je voulais absolument qu’elle vienne poser sa voix. C’est moi qui ai mis en place le morceau de A à Z, qui ai écrit le refrain, qui lui ai dit que je voulais qu’elle rappe en espagnol (parce qu’elle rappe aussi en français), je voulais qu’elle amène cette touche-là. Besame, c’est une réponse à ce morceau. Sobredosis, c’est la déception amoureuse qui mène à l’overdose, et Besame c’est plus le jeu de séduction qu’on va trouver au début de la relation. On voulait faire quelque chose de plus solaire et de plus léger. Ça a été hyper simple de faire le morceau. Au début, on était un peu mitigés quant à la structure qu’on avait mise en place, et elle a vraiment apporté des conseils, elle s’est placée en tant que D.A., et ça a donné ce morceau.

Question bizarre, mais tu t’habilles comme aucun autre rappeur que je connais, t’as vraiment ton style. Je me demandais si pour toi, ça allait un peu ensemble, style vestimentaire et style musical ?

En fait, j’ai toujours été à fond sur la mode. Toutes les disciplines que j’ai pu pratiquer : la danse, le parkour, le roller en street, etc… Toute culture a un style vestimentaire. Donc pour moi, ça a toujours été ultra important. Quand j’étais petit et que je faisais de la danse, j’accordais mes lacets avec la couleur de mon t-shirt, et quand je regarde les photos aujourd’hui, j’ai honte ! Mais ça faisait partie du jeu. J’ai toujours été hyper intéressé par ça. Après, plus personnellement, j’ai toujours été quelqu’un d’assez… je dirais pas timide, mais quand même assez dans mon coin. Et la musique, au même titre que les vêtements, c’est une manière de m’ouvrir et de faire part d’un trait de ma personnalité. C’est un peu l’extravagance qui vient cacher la timidité. C’est un moyen d’expression comme un autre.

T’as déjà des projets pour la suite ?

Pour le début 2020, j’ai déjà un projet quasiment prêt, sur lequel je travaille avec différents beatmakers pour le coup. Ça s’appellera DCDM. Le but, c’est de sortir des morceaux de façon plus régulière. Ça sera 12 morceaux, un par semaine, tous clippés, et à la fin réunis sur le projet.

Merci à Lpee

Photos Roxane Peyronnenc

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Ca t’allume au clair de la lune

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