Zamdane : « Tu existes réellement quand tu existes dans la mémoire des gens »

Photo @tomhgn_
  • Donc là on se retrouve peu avant ton passage sur scène à Marsatac, tu te sens comment ?

« Moi je suis content, comme je l’ai dit auparavant, c’est une reconnaissance qu’on reçoit de la part de la ville, c’est rare qu’à Marseille on nous donne des opportunités comme ça, Marsatac en plus, c’est le plus gros festival du sud, on nous mets comme ça en ouverture dans une grosse scène, c’est incroyable. En plus moi j’suis pas Marseillais natif, mais dans mon équipe ils sont tous d’ici, et dans leur tête c’est n’importe quoi, y’a l’OM qui nous a offert un maillot et tout. »

  • Ton projet « Z » est sorti aujourd’hui, on y retrouve des musicalités très différentes, et au final, presque plus de chant que de rap, à l’opposé de ta série « Affamé », c’était le but ?

« Moi quand je sors un EP, je sors pas un EP pour faire plaisir à tout le monde, j’sors un EP parce que j’suis dans un mood, que j’aime la musique, et c’est mon deuxième.  Je l’ai fait comme ça juste parce que j’ai kiffé le faire comme ça, et je l’ai envoyé, c’est aussi simple. »

  • On retrouve beaucoup de mélancolie dans ton projet, avec des morceaux comme « Dans le noir » ou « Pour mourir » assez « négatifs », tu étais dans quel état d’esprit en écrivant ces morceaux ?

« C’est pas forcément, négatif, moi j’trouve qu’ils sont positifs, même si je vois ce que tu veux dire. En fait, ils sont plus pesants, mais c’est positif, parce que c’est pas en mode « Ouais j’suis une merde », c’est plus en mode « Ouais j’suis une merde, mais ça va aller », et c’est un peu le message que j’veux transmettre « Toi aussi t’es une merde ? Et bah t’inquiète pas ça va aller quand même ». Ça veut juste dire pour devenir la personne qu’on veut, pour devenir quelqu’un, on est obligés d’être une merde avant, sinon c’est comme un code de triche. »

  • On ne retrouve aucun featuring sur le projet, c’était voulu ? Est-ce qu’il y a des artistes avec lesquels tu te verrais bien collaborer ?

« C’est voulu, totalement. La patte du projet est particulière, j’ai pas voulu impliquer quelqu’un dans ma merde, j’envoie un projet comme ça et laisse moi dans mon délire, ça sert à rien que quelqu’un s’en mêle.

Et oui bien-sûr, il y a des artistes avec qui on veut collaborer, avec qui on va collaborer, mais pour l’instant on peut rien dire. »

  • Dans tes morceaux tu évoques souvent le diable, ou l’enfer dans plusieurs de ses aspects, c’est quelque chose qui te fait peur?

« C’est pas quelque chose qui me fait peur, c’est vrai que j’en parle beaucoup, mais parce que gros, je sais très bien où j’vais finir. » *rire*

« En vrai, j’en sais rien, mais c’est juste que, moi j’suis quelqu’un de croyant, je viens d’une famille de croyants, ils croient en tout. Et, le diable quand j’en parle, en fait je parle de l’être humain, des mauvaises actions, je parle du vice et de plein de choses. Et quand je parle de l’enfer je parle pas forcément du Jahannam, là où j’vais finir après le jugement, je parle plus de là où je vis, ce que je vis, j’ai envie de quitter l’enfer en fait. »

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  • Tu parles beaucoup de ta famille et surtout de ta mère, ils en pensent quoi de ce que tu fais?

« Moi, tu connais, je laisse ma mère un peu loin de tout ça. Maintenant elle commence à avoir les réseaux sociaux etc, elle commence à suivre, elle arrête de me soûler en mode « Oh mon fils, mon fils, mon fils », et ma mère et moi on a une relation particulière de ouf, je suis venu en France, je suis arrivé tout seul et après elle m’a rejoint. Moi j’ai aucun problème à parler de ma mère, j’suis sorti de son ventre, c’est elle qui a fait qui j’suis aujourd’hui, si j’pouvais faire un projet, qui s’appelle « Maman » et j’sors premier son « Maman », deuxième son « Maman », troisième son « Maman », je le fais, je m’en fout. »

  • Toi qui viens du Maroc, comment est perçu le rap français et ton succès là-bas ? 

« Mes gars, il trouvent que j’ai une chance incroyable, on a grandi ensemble, ils savent d’où on vient, donc le fait d’avoir appris le français, à travers le rap notamment, eux ils trouvent ça incroyable, ils sont contents pour moi dans le sens ou j’ai eu une chance qu’ils ont pas eu c’est la chance de venir en Europe. La vie de tous les Africains changerait s’ils pouvaient venir en Europe. Du coup moi j’ai eu cette chance, alors ils sont contents, en même temps ils sont là en mode « Ouais maintenant il faut pas te foirer sale bâtard », c’est des trucs comme ça. »

« Sinon le rap français, comment les marocains le voient ? Bah ils sont en mode « Eh, nous, on est plus forts ! ». »

  • Toujours concernant le Maroc, on voit une scène émerger une scène rap de plus en plus étoffée là-bas, tu en penses quoi ?

« Gros, je peux que soutenir, c’est incroyable ce qu’il se passe. C’est des gens ils donnent corps et âme sur le savoir faire et sur la compétence, parce qu’ils savent que même si ça marche et même si ils sont connus, ils auront pas forcément de retour financer. Ça veut dire que c’est des gens, ils sont juste là en mode là où on habite c’est la merde, y a pas d’industrie, mais on va être tellement forts qu’on va créer un truc, c’est impressionnant. »

  • On a eu énormément de projets qui sont sortis en France en 2019, PNL, Nekfeu… lesquels tu retiens pour l’instant ?

« Y a trois sons de PNL qui m’ont giflé incroyablement, « Au DD », « Deux frères » et « Hasta la vista », j’ai pris ma gifle. L’album de Nekfeu je l’ai pas encore écouté, y’a celui de Laylow que j’ai beaucoup écouté, mon gars Di-Meh il a sorti un sale projet, y’a plein de trucs de ouf qui sont sortis cette année, même si j’écoute de moins en moins de rap français pour être honnête, y’a toujours des gens qui sont trop forts, et que tu peux pas négliger. »

  • On passe maintenant, sur un autre type de question, je vais te donner trois punchlines, tirées de trois de tes morceaux, et je vais te laisser réagir dessus.

« J’vais pas claquer tous mes centimes, p’t-être que j’mourrai sans vivre » – Recommence

« C’est plus pour dire que la vie ça s’arrête pas à un aspect financier, quand tu fais du son, quand t’es dans cette course du business, tu vas dans des bureaux, les gens te promettent la terre, la lune et des sommes incroyables. Mais moi quand j’dis que je mourrai sans vivre, ça veut dire que, bah c’est pas tout ça, l’argent qui fait la vie, y a des gens qui ont été millionnaires, milliardaires toute leur vie et au final au moment de leur mort ils se sont rendus compte qu’ils avaient plein de regrets. Le but principal c’est pas de faire l’argent, oui c’est un objectif, faut mailler, mais c’est pas le principal, faut vivre. Si l’argent te permet de mieux vivre, bah tant mieux, mais après faut pas se faire ronger par ça. »

« Là pour pas longtemps j’suis qu’une enveloppe, l’oubli c’est la mort et ça me terrifie » – Survivant

« En fait, c’est le principe, un jour j’ai lu que tu existes réellement quand tu existes dans la mémoire des gens. C’est comme le passé, il existe, mais il existe pas physiquement, il existe parce qu’il est là dans ta tête. Quand je dis ça, déjà bah je crois en ce que je crois. Je crois que quand je vais mourir y a une autre vie qui m’attends, là j’suis qu’une enveloppe, cette vie c’est un test pour moi. Et l’oubli c’est la mort et ça me terrifie, bah parce que si tu m’oublies c’est qu’j’suis mort pour toi, je vis pas en toi. »

« La couleur de mon cœur est sombre le fond de mon âme, quant à lui, est infect » – Mémoire

« On en parlait, ça veut dire que je sais que je vais partir, malgré tout ça, mon mon âme est infect. »

  • Et sinon, est-ce que t’es heureux ?

« Ah, c’est une question complexe. Je suis quelqu’un de joyeux, mais je suis insatisfait. Je suis heureux dans le sens où actuellement dans ma vie, malgré tout ce qui peut se passer, les galères, la famille, on est joyeux, mais je suis surtout insatisfait, j’ai un grand appétit. On veut toujours plus.«

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