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BEN plg, pour la gloire et l’amour du rap

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BEN plg fait partie de ces artistes qui mériteraient un tel succès qu’il est difficile de concevoir qu’ils ne l’atteignent pas. Grâce à son album Dans nos yeux, le vent est peut-être en train de tourner. Le rappeur nordiste publie ainsi un deuxième projet, un peu plus d’un an après Pour la gloire.

Le voyage a débuté en avril 2020 avec le single « Ton âme », dont le clip reflétait déjà bien la proposition de l’artiste : l’authenticité. Originaire de Tourcoing, BEN incarne un rappeur fier de sa région, à l’instar des new-comers Bekar ou ZKR. Le clip, réalisé par Anastasia Salomé et Bérénice Brochard, joue sur les images bien connues du 59 : les briques rouges, la campagne, les friteries…

Le texte, lui aussi, raconte de vraies choses. Quasiment à l’opposé du rap mainstream où les mêmes sujets sont abordés sans cesse. Rien qu’avec ce premier extrait, BEN plg allie le fond et la forme en donnant un coup de fraicheur au rap français. Cette impression, c’est également celle qui domine lorsqu’on écoute le projet en entier. La track 1, « Cœur propre & mains sales » est solide et fait sans aucun doute partie des meilleures intros d’albums francophones de 2020. On y découvre un jeune adulte qui se livre quasi entièrement, sans complexe et de manière touchante. BEN choisit chaque mot avec précision et sélectionne minutieusement ses références, prêtes à parler à ses auditeurs :

Pour l’jour où on m’enterre, ça sera Salif et Niro en BO
Pas pour l’plaisir d’quer-cho mais parce qu’ils m’ont plus appris qu’tous les cours d’éco’ ou d’gestion ou d’techno’ qu’on a pu nous rabâcher

BEN plg semble être un mordu de rap, comme le laissent transparaître ses textes, où il cite diverses influences qui ont pu le guider. Outre Salif et Niro, véritables Rois sans couronne, il nomme dans le même morceau JuL et Noir Fluo, deux opposés dans le paysage du rap francophone. Et ce n’est pas tout, il évoque Rick Ross ou encore Norah Jones, nouveaux artistes qui pourraient laisser penser que le jeune artiste a grandi via différents courants musicaux. Au-delà de la musique, ce sont des éléments de culture populaire qui se retrouvent dans les couplets de BEN plg. Batman, Spiderman, Need for Speed, Derrick et même Bambi font partie intégrante de l’univers de BEN pour la gloire. Outre ces emblèmes de l’enfance qui rappellent des moments de joie (bon, peut-être pas Bambi) et à l’opposé, ce sont des mots durs qui sont parsemés durant tout le projet et qui mettent en valeur un côté très terne qui transparaît clairement dans les thèmes principaux de Dans nos yeux. Le titre de l’album est clair sur ce point : on y voit se dérouler un tas de scènes du quotidien avec les yeux d’un membre d’une famille modeste de province.

Et pour le quotidien morose, BEN plg est capable de le faire ressentir mieux que personne. À nouveau, il utilise un champ lexical bien précis qui donne des images dans la tête : misère, souffrance, larmes, divorce, détresse. Plus loin encore, c’est tout l’aspect du chômage qui est un thème récurrent dans le projet, avec la CAF, Pôle Emploi et l’Assédic. Il faut dire qu’une fois encore, BEN met un doigt sur l’un des clichés des Hauts-de-France, région métropolitaine la plus touchée par le chômage en 2020. Tout aussi présents, les médicaments comme le Neurofen, véritable symbole des anti-douleurs, mais surtout la liste présente dans le refrain de « Tramadol » qui laisse imaginer l’usage faits de ceux-ci. Le morceau pourrait presque faire penser à une consultation chez le médecin suivie d’une prescription.

Ce qui est réussi dans cet album, c’est le fait d’avoir réussi à mettre des thèmes aussi mornes dans des musiques que l’on a envie d’écouter partout. C’est notamment le cas grâce à la palette de flows utilisés par BEN, mais surtout grâce aux prod sélectionnés, majoritairement composées par Murer. Ce producteur avait déjà travaillé sur le projet Pour la gloire mais fait partie d’un duo pop ainsi que d’un groupe de rock. Et évidemment, ça s’entend dans les mélodies, allant parfois jusqu’à l’electro dans certaines sonorités. Ainsi, le projet passe de morceaux calmes et conscients à des bangers énervés dans lesquels BEN plg montre qu’il sait rapper.

Mais alors, qu’est-ce qui manque à cet artiste ? Rappeur depuis une dizaine d’années, BEN le fait plus sérieusement depuis qu’il prépare ce premier album. Pourtant, dans ses textes, on peut sentir que son but ultime n’est pas de devenir millionnaire et encore moins une célébrité. Le rap, il le fait pour lui et pour les autres, plutôt comme un mode de vie que comme un métier.

J’hésite entre EP et album, j’m’en bats les cojones de devenir une icone

D’ailleurs, un article de Rachel Pommeyrol nous apprend que le jeune artiste a créé « une association qui donne des cours de rap en prison ou auprès de personnes handicapées ». Rien d’étonnant vu la mentalité de BEN, généreux mais surtout bien conscient des réalités et du quotidien peu rose que vivent certains. Dans « Nabil », le rappeur décrit la jeunesse en galère, pas épargnée par la vie et laissée pour compte dans cette société qui semble peu adaptée.

Ce qui transparaît énormément dans ce premier album, c’est le fait que chaque morceau est unique et semble posséder sa propre histoire. BEN plg se place en livre ouvert, que n’importe qui peut consulter en écoutant l’une des tracks du projet. Peu importe où l’on commence, on tombe sur un titre fort, en particulier « Poussière », « Fantômes » ou encore « La nuit », clippé en mai 2020 et joli succès (près de 50 000 vues à la sortie du projet). Le rappeur prouve qu’il peut être brut et mélancolique, mais également enjaillé et mélodieux.

Un autre son marquant de cet album, c’est la dernière track, « Quitter la fête ». Plein de questions, de remises en question, BEN apparaît clairement et définitivement d’une des meilleures manières avec laquelle on pourrait décrire son rap : lucide. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas prêt de quitter la musique et qu’on espère l’y voir encore longtemps !

J’mens dans les Blablacar quand on m’demande mon travail
J’suis un mec normal, j’ai des rêves de gloire, ma peur du vide qui s’exprime quand j’parle
J’veux pas quitter la fête même si j’m’amuse pas, j’veux qu’tu ressentes le goût d’mon absence quand j’pars

Après avoir enchaîné les premières parties en concert, notamment celles de IAM ou NTM, BEN plg a tout pour passer à son tour sur le devant de la scène et trouver sa place dans le paysage du rap francophone dans les années qui arrivent. D’ici là, il faudra probablement plusieurs projets afin de fidéliser le public qui l’a découvert cette année, mais aussi de ramener des auditeurs à cet artiste encore trop méconnu.

Pour écouter Dans nos yeux, c’est par ici.

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IAM poursuit sa série d’EP avec “Troisième Vague”

Alexis

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IAM - Troisième Vague

Sortie sans promotion particulière, la série d’EP Vague du groupe marseillais s’agrémente de son troisième volet, presque cinq mois après sa première partie.

Le temps n’a donc aucun effet sur l’un des plus grands groupes de rap français. IAM continue d’étoffer sa discographie année après année. Après 30 ans de carrière et dix albums, l’Imperial Asiatic Men sort encore un nouveau projet tous les trois ans en moyenne ! Cette année, la formule choisie est un peu différente : trois EP (pour le moment) de 6 titres chacun.

Dévoilés depuis juin 2021 et répartis sur cinq mois, on dénombre également 9 clips réalisés jusqu’ici. Dernièrement, c’est celui d’Au Final, en featuring avec leur backeur habituel Saïd et produit par Akhenaton et Imhotep, qui a été publié.

Retour aux bases

Avec cette série de projets aux abords confidentiels, les membres d’IAM font exactement ce qu’ils savent faire. Sur les prods Boom-bap de Khéops et Imhotep, les flows d’Akhenaton et du Shurik’n glissent sur des textes techniques et sophistiqués. À noter la présence dominante d’AKH sur les trois volets, tant sur l’interprétation des morceaux avec plusieurs solo, que dans leur production et composition. 

La direction artistique des EP s’oriente donc encore vers un rap des années 1990. Leurs compositions habituelles se retrouvent dans l’identité musicale de chaque morceau ou presque, et les covers rendent hommage à leurs albums précédents. Quand celle de Deuxième vague illustre clairement le samouraï de l’Ecole du micro d’argent (1997), la Troisième vague laisse un discret petit micro sur le bas de l’illustration : celui de Rêvolution (2017).

C’est un souffle de nostalgie que nous offre le groupe en cette fin d’année, avec une suite de projets aussi légère que qualitative. Un bon compromis qui laissera un retour aux bases pour les auditeurs de la première heure. Mais c’est également une porte d’entrée pour les plus jeunes d’entre nous qui souhaitent découvrir les légendes du rap français !

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Django sort du four avec Athanor

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Un an après la sortie de S/O le Flem, véritable tournant dans la carrière de Django, le rappeur est de retour avec un premier vrai projet personnel, Athanor. Il y dévoile dix titres incisifs et plus introspectifs que jamais, alors même qu’il avait déjà évoqué sa personnalité névrosée.

Fidèle à lui-même

Même si le style de Django était difficile à cerner à ses débuts, en particulier au vu de la transition musicale entre l’EP Anthracite et le suivant, Tue-moi, Mon Amour, S’il Te Plaît, on peut dire que Django a une identité artistique plutôt bien définie depuis 2019-2020. Après quelques collaborations réussies, en particulier sur le projet S/O le Flem, Django se recentre à 100 % sur lui-même dans cet album. Au niveau des textes, on retrouve toujours de nombreuses références au cinéma, à la musique, à la mythologie, à l’univers des mangas ainsi qu’à la littérature classique. Pourtant, on sent que la plume de Django s’est acérée et qu’il arrive à se livrer complètement. Athanor est donc une véritable introspection dans la tête (et dans le corps) de l’artiste.

Au niveau de cette fidélité, on peut noter que Django a une fois encore fait appel au producteur Flem, qu’il connait depuis de nombreuses années. Les beatmakers Alpraz et Cellulaire, notamment connus pour avoir travaillé avec Doc OVG, Zeu ou encore Ashe 22, sont aussi de la partie.

Enfin en interview

Avec la sortie de ce quatrième projet, Django entre dans une toute nouvelle dimension, notamment au niveau des médias. Après être resté silencieux ces cinq dernières années, que ce soit dans la presse mais aussi sur les réseaux sociaux, il a accordé deux grosses interviews pour la promotion d’Athanor. Ainsi, il s’exprime sur différents éléments-clés de sa carrière durant le reportage Django, l’autodestruction de Booska-P. Quelques jours plus tard, il apparaît dans l’émission Le Code avec Mehdi Maïzi pour Apple Music. Les fans sont visiblement ravis d’en apprendre plus sur Django et son lourd passé.

Pour écouter l’album Athanor, rendez-vous ici !

Dans le reste de l’actualité : BEN plg et Djalito sont clairement « Les préférés de la cantinière »

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Chilla x Hatik : ils nous dévoilent « Demain »

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Après avoir teasé leur collaboration, attirant la curiosité de leurs communautés respectives, ils dévoilent (enfin) leur feat. 

Ils avaient déjà annoncé la date. Sur un post, l’artiste Chilla avait publié une photo avec en légende « Rdv vendredi Chi & Hatik ». Une collaboration inattendue pour leurs communautés mais finalement… pas tant que ça. 

Deux mondes se rejoignent

Hatik comme Chilla sont déjà très actifs depuis quelque temps.  Le premier a annoncé la sortie de son prochain album « Noyé », et la deuxième est revenu dans le game en sortant un clip récemment intitulé « Pas de limites ». 

Le point commun entre ces deux activités récentes sont l’univers profond et émouvant qui font leurs marques de fabrique. 

La collaboration entre les deux artistes n’est donc finalement pas vraiment surprenante : tous deux ont des univers similaires, où des flows mélodieux accompagnent un contenu profond et mélancolique. 

Si demain tout s’arrête,

Qu’est ce qu’il restera de moi ?

Qu’est ce qu’il restera de toi ?

Le clip intitulé « Demain » fait ressortir cet univers sombre et mélancolique. Dans une ambiance, avec motos noires et habits noirs dans la nuit noire (ouais on fait dans la rime) qui ne fait pas ressortir que le côté émotion et mélancolique mais aussi un côté badass. Leurs deux voix qui font dans la mélodie, et leurs deux sensibilités s’accordent bien. On dirait même qu’il forme une seule et même voix en reprenant le refrain. La rappeuse nous conforte dans la sensibilité et la douceur des sons qu’elle produit. 

 

Et ensuite ? Chilla n’a encore communiqué aucune date sur son prochain projet. Chilla est déterminée et compte donc faire patienter sa communauté, encore un peu, à travers de nouveaux singles efficaces.

En attendant, je vous propose de regarder le clip de « Demain » juste en dessous : 

 

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