Dinos, figure de style

Analyse des meilleurs procédés rhétoriques utilisés par le rappeur dans ses textes

Certes, c’est bien connu, Dinos n’est (malheureusement) pas le rappeur le plus productif du rap game français (bien que cela soit en train de changer), cela dit, si quelque chose est indéniable, c’est qu’il fait sans l’ombre d’un doute partie des meilleurs lyricistes du game tricolore.

Comme nous vous l’avons précédemment proposé avec Nekfeu et avec Damso, nous allons, tout au long de l’article vous présenter les différents procédés stylistiques les plus utilisés par Dinos dans ses textes.

Malgré le nom de l’article, les catégories qui vont suivre ne seront pas nécessairement des figures de style précises. En effet, certains effets de style n’ont pas forcément de noms, mais restent fréquents chez Dinos

  • La polysémie 

Le recours à la polysémie (ou double-sens) est un procédé que l’on retrouve régulièrement dans le rap français, notamment chez Nekfeu.

Il va donc utiliser, un ou plusieurs mots, que l’on pourrait comprendre dans plusieurs sens. En plus de ça, il utilise souvent plusieurs mots d’un même champ lexical pour appuyer encore davantage son propos. Grâce à cet effet, il permet à la phase d’être plus percutante en formant une isotopie (procédé sémantique désignant la présence d’un même thème dans plusieurs termes).

« En panique, j’ai voulu faire une croix sur toi, mettre un voile sur mon cœur mais l’amour est un établissement laïque » – Helsinki

Pour cette phase assez incroyable dont nous avions déjà parlé dans notre analyse d’Helsinki, le procédé apparaît très clairement. C’est donc le champ lexical de la religion qui apparaît ici avec les mots « croix », « voile » et « laïque ».

Comme pour dans l’analyse d’Helsinki, nous allons décrire ces trois mots un par un.

A noter que « croix » et « voile » sont polysémiques (qui ont plusieurs sens).

  • La croix
    – La croix est le symbole du christianisme. Celle-ci est peut-être portée en pendentif sur un collier par exemple.
    – “Faire une croix sur quelqu’un” signifie renoncer définitivement à, passer à autre chose.
  • Le voile
    – Le voile islamique, ou hijab, est un couvre-chef de la religion musulmane
    – “Mettre un voile” peut signifier ici dissimuler, tenir cacher et tenir secret.
  • La laïcité
    La laïcité désigne le principe de séparation de la société civile et de la société religieuse.
    En France, elle interdit le port de signes religieux ostentatoires dans les établissements publics (et donc laïques).

Il nous explique donc que malgré le fait qu’il souhaite tirer un trait sur cette relation, l’amour l’en empêche au final. Il le qualifie « d’établissement laïque » car celui-ci n’autorise pas le port d’une croix ou d’un voile, il ne laisse donc pas Dinos passer à autre chose.

On peut donc comprendre par cette phase que les sentiments amoureux de l’homme priment sur sa volonté.

« Nous sommes l’addition de deux parfaits étrangers, nous sommes le résultat de c’que nous avons pensé. Jamais deux sans toi » – Notifications

Pour cette deuxième phrase, c’est encore et toujours le même sujet : l’amour. Mais, le champ lexical qui va nous intéresser ici est celui des mathématiques. En effet, le rappeur utilise une métaphore filée de la discipline pour théoriser la relation amoureuse qu’il décrit ici.

Ainsi, nous retrouvons les termes « addition » et « résultat » qui sont ceux avec un double sens. Grâce à ces mots, il nous décrit avec des termes mathématiques les gros traits d’une relation idyllique.  Tout d’abord donc, la rencontre entre deux étrangers, qui finissent par s’additionner, se mettre ensemble. Par la suite, tout au long de cette relation, il se rend compte que tout est exactement comme il l’avait pensé avant de ce mettre avec cette fille, c’est donc le résultat.

Enfin, pour conclure cette courte histoire, il joue avec l’expression « Jamais deux sans trois« , incluant donc à nouveau un terme reprenant des chiffres. Il la remplace par « Jamais deux sans toi« , signifiant que la fille avec laquelle il se trouve est la seule personne avec laquelle il pourrait s’additionner.

« Les disputes nous fatiguent, c’est p’t-être pour ça qu’on baille, puis l’amour rend aveugle, c’est p’t-être pour ça qu’on braille » – Comme un dimanche

Et oui, vous ne rêvez pas, encore l’amour ! Mais cette fois-ci il est exprimé avec un nouveau champ lexical, celui de la cécité.

Cette phase est constituée d’un parallélisme ; il commence en nous dictant une évidence : « Si on baille, c’est parce qu’on est fatigué« . Il fait ça pour montrer que la phase qui va suivre, en est une aussi.  Avec la même construction donc, il s’amuse ensuite du sens propre et du sens figuré de l’expression « L’amour rend aveugle« , qui signifie, de base, ne pas voir les défauts de l’être aimé.

Il nous dit, que c’est pour cette raison qu’on « braille« . C’est donc ce mot qui a un double sens : le braille est le système d’écriture utilisé pour les aveugles, revenant donc sur l’expression antérieure. Mais, le verbe brailler, conjugué à la troisième personne du singulier, s’écrit exactement de la même façon. Celui-ci signifie « crier ». Qu’il parle de crier pendant des ébats, ou, pendant une dispute (revenant donc sur la première partie de la phase), on vous laisse choisir, mais les deux pourraient coller !

« Vu d’loin le monde me parait si bien, mais quand j’me rapproche, il est maussade comme le ciel Palestinien » – Dieu est une femme

Ici, le thème n’est plus l’amour : enfin ! On a même affaire à une phase qui dénonce.

Il commence en disant que vu de loin, le monde paraît un lieu paisible et agréable. C’est un constat assez récurrent pour plein de thèmes. En effet, il est fréquent de dire que quelque chose ou quelqu’un paraît positif de loin, mais une fois qu’on l’a approché, qu’on a appris à le connaître, on y voit tout le négatif. Et c’est bien le cas ici.

Il poursuit en disant, qu’une fois qu’il s’en est rapproché, le monde paraît « maussade« , c’est-à-dire désagréable, morose, sombre. C’est un adjectif fréquemment utilisé pour parler du ciel, mais ici, il parle d’un ciel bien précis : le ciel palestinien. Et ce choix n’est pas anodin, puisque le Mossad, qui se prononce de la même manière que l’adjectif n’est autre qu’une des agences de renseignement d’Israël. Autrement dit, il nous explique que si le ciel palestinien est maussade, ce n’est pas à cause du mauvais temps, mais d’Israël et ses armées qui bombardent la Palestine.

On vous laisse quelques autres exemples sans trop de commentaires :

« Et même si le soir j’m’esquinte un peu, la vie n’est qu’une partition sans quinte, la vie est une quête mais la vie n’est qu’un jeu« 

Ici « quinte » peut représenter les quintes d’une partition de musique, ou la main au poker qui n’est donc qu’un jeu.

« Roland Garros ou l’casino, j’touche le jackpot en trois se(p)t(s)«  – Namek

Roland Garros : un match de Tennis se termine en trois sets, et le vainqueur remporte un million d’euros; le casino : on gagne le jackpot lorsqu’on voit les trois sept s’aligner : Simple, efficace.

« Vous prenez pas pour Moïse, on a dit pas les mèr(e)s » – Namek

Moïse écarte la mer, ses ennemies se prennent pour Moïse, disent vouloir écarter sa mère, bref, on vous fait pas un dessin.

  • Jeu avec expressions : 

On s’attaque désormais au procédé préféré de Dinos, ou du moins le plus fréquent. En effet, il n’est pas rare de le voir utiliser des expressions communes pour les détourner ou même pour utiliser leur sens propre (un peu une catachrèse, mais à l’envers).

Plusieurs façons donc de jouer avec les expressions dans le but de décrire une émotion, raconter une histoire, ou même créer un aspect comique.

« Mais tu sais, j’suis irrité alors parfois je pleure de trop, en vérité mes larmes ne servent qu’à irriguer ma fleur de peau » – Helsinki

Encore une fois, comme pour la catégorie précédente, on commence avec une phase tirée de Helsinki.

« Être à fleur de peau » est une expression très commune, signifiant être sensible, et donc potentiellement triste.  Il nous explique donc, en utilisant le sens propre du mot « fleur« , qu’en pleurant, en extériorisant son mal-être il tente d’aller mieux. Ses larmes donc, arrosent sa fleur de peau, pour tenter de faire retrouver à cette fleur, certainement en vain, son éclat, sa joie.

On notera aussi par la même occasion qu’on retrouve un double sens, avec le mot irrité. En effet, ce mot peut signifier aussi bien une brûlure, qu’une colère. Les larmes permettent de calmer un sentiment de colère, mais aussi d’apaiser la brûlure.

On peut noter qu’il utilise un peu « l’antonyme » de cette phase dans celle-ci:

« Je sais il pleut dans mon cœur mais les averses sont nulle part car je n’verse aucune larme » – Dieu est une femme

Il utilise aussi une image, avec la « pluie dans son cœur ».

« En fait, la vie nous a frappés en pleine figure si bien qu’de fil en aiguille on fini avec des points d’suture » – Les pleurs du mal

Avec cette phase, ils nous raconte une histoire, jouant constamment sur les sens figurés / propres des mots.

Pour faciliter la compréhension des explications nous allons expliquer les trois parties primaires de la phase une par une, soit « la vie nous a frappés en pleine figure » « de fil en aiguille » et « points d’suture« .

  • La vie nous a frappée en pleine figure : Si on prend le sens figuré ici on comprend que la vie nous a fait endurer de mauvais moments, subir de tristes événements. Mais, la personnification fait que si on prend le phrase dans son sens propre, on comprend que la vie nous a tout simplement mis un coup de poing.
  • De fil en aiguille : C’est donc une expression bien connue qui est utilisée ici, signifiant « peu à peu« , « progressivement« . Si on prend le sens propre, il peut parler de la formation d’un point de suture, pour soigner le coup de poing reçu plus tôt.
  • Points de suture : La vie l’a tellement blessé qu’il fini avec des points de suture, donc, soit de vrai point de sutures, car il a vraiment reçu un coup de poing, soit c’est une métaphore qui désigne l’état intérieur de la personne, blessée, puis soignée, après avoir vécu plein de mauvais moment.

Pour résumer, la phrase peut se comprendre dans deux sens :

Un sens figuré : Nous avons connu des moments compliqués, et progressivement, on fini blessé et on se soigne.

Un sens propre : Nous avons reçu un coup de poing, on fini blessé et progressivement, on se soigne.

Bien évidemment, le sens à retenir est le sens figuré, mais la construction remarquable de la phase fait que nous pourrions très bien prendre la phase au pied de la lettre et la comprendre au sens propre.

« La nuit j’m’exile les yeux ouverts, engloutis dans mes draps, cherchant l’sommeil c’est Morphée qui s’endort dans mes bras » – Prieuré de Sion

Pour cette phase, l’explication est assez simple, mais l’effet n’en reste pas moins remarquable. Il détourne l’expression bien connue « Être dans les bras de Morphée« , Morphée étant le dieu des rêves dans la mythologie Grec, cette expression signifie simplement s’endormir. Dinos a tellement de difficulté à s’endormir, fait tellement face à l’insomnie, que c’est le Dieu des rêves lui même qui s’endort dans ses bras.

« Dans cette course contre la montre, on rêve de recoudre le temps perdu avec les aiguilles d’une Rolex » – Dieu est une femme

Pour cette phase assez complexe donc la construction pourrait nous rappeller celle tirée de « Les pleurs du mal« , il va s’amuser avec le champ lexical de la temporalité.

Il commence en nous décrivant la vie en générale comme étant une « course contre la montre« . L’expression de base sert à décrire une activité qui doit être effectuée de manière urgente, on comprend donc ici qu’il décrit la vie comme quelque chose de stressant, qui nous force à agir vite.

Il poursuit avec deux éléments évoquant la temporalité : « Le temps perdu » (à courir contre la montre) et « Les aiguilles d’une Rolex« . Il nous explique donc, que dans cette vie de stress, le but final n’est rien d’autre que la richesse, représentée par la Rolex, symbole du luxe.

Ce qui est marquant dans cette phase, c’est qu’il inclut dans ces expressions le champ lexical de la couture,  ce qui permet d’imager au sens propre son propos, notamment avec la polysémie du mot aiguille (aiguilles de couture/aiguilles de la montre). En effet, à l’image d’un vieux vêtement troué, puis recousu, l’argent, la richesse, seraient les aiguilles, la solution pour réparer une vie, passée à courir après la richesse elle-même.

Comme d’habitude, si vous n’en avez pas eu assez, on vous laisse d’autres exemples : (Il y’en avait vraiment beaucoup, on a laissé les plus intéressants !)

« Tu sais là d’où j’viens, les voix s’élèvent et l’enseignement s’achève une fois qu’l’élève dépasse le mètre 80″ – Les pleurs du mal

L’expression « l’élève dépasse le maître« , dépasser le maître 80, devenir adulte, bref vous avez compris!

« Certains disent que la vie coûte cher, et moi j’dis qu’elle n’a pas d’prix » – Paradis en fer

Avec un parallélisme, il contredit deux expressions, si pour certains la vie coûte cher, pour lui elle n’a pas de prix, rien ne vaut la vie.

« Mais tu sais, avec des Si on referait les partitions » – Quelqu’un de bien

Oui, il joue avec la polysémie d’un mot, encore. L’expression « avec des « si » (la conjonction) on refait le monde » devient « avec des Si (la note de musique) on referait les partitions« .

« J’ai du mal à m’faire à l’idée que t’es parti éternellement, maintenant tu sais pourquoi j’tire une gueule d’enterrement » – Paradis en fer

Ici, si il a l’air triste, si il tire une gueule d’enterrement, c’est car il a réellement vécu l’enterrement d’un proche.

« Sachez que dans ma vie, le mal a pris l’ascendant, j’vais m’ouvrir les veines, mais y a pas d’quoi s’faire un sang d’encre » – Paradis en fer

« Se faire un sang d’encre » : être inquiet; s’ouvrir les veines : saigner, vous commencez à comprendre le principe…

« T’as même brisé mon cauchemar, dans lequel on emménage, et on s’prend la tête parce que je veux un chat et qu’t’en veux pas » – Helsinki

En temps normal, on brise un rêve, mais, il aimait tellement la personne que même les cauchemars avec sa bien aimée étaient beaux.

« J’rêv’rai d’être l’Homme de Vitruve pour oublier qu’le bonheur coûte un bras » – Comme un dimanche

L’Homme de Vitruve, réalisé par Léonard Da Vinci possède quatre bras. Donc, si comme le dit l’expression le bonheur coûte un bras, c’est plus facile d’en abandonner un quand on en a quatre.

  • Références :

Dinos est un artiste qui aime beaucoup imager ses textes, ce qui entraîne inévitablement le recours à de nombreuses références donc à des métaphores et des comparaisons, qui ont pour but d’appuyer le propos en le concrétisant, ou, parfois, en le dotant d’une tonalité comique. A noter que ce procédé est aussi souvent l’occasion pour les rappeurs d’étaler leur culture et leurs connaissances sur un sujet donné.

« Comme Caitlyn Jenner, on a grandi sans règles » – Presque célèbre

Pour cette première référence, il joue avec la polysémie (oui, encore !) du mot « règle ». En effet, Caitlyn Jenner (anciennement William Bruce Jenner) a subit une opération pour devenir une femme. Autrement dit, Caitlyn a grandit sans règles (sans menstruations), tandis que Dinos a grandit sans règles (sans ligne de conduite).

« J’suis obscur, j’dors que d’un œil comme Jean-Marie Le Pen« 

Cette fois-ci, il va jouer avec le sens propre et le sens figuré d’une expression (oui, je sais).

« Ne dormir que d’un oeil », signifie dormir à moitié, être capable de se réveiller en cas de danger. Méfiant, Dinos ne s’endort donc que d’un oeil, comme Jean-Marie Le Pen, sauf que pour lui, c’est au sens propre car il ne lui en reste tout simplement qu’un.

« J’ai tendu la main, j’ai fini Theodore Bagwel depuis j’suis comme Zidane : j’sais plus où donner d’la tête » – Namek

Dans la série Prison Break (**SPOILER**) le personnage Théodore Bagwel perd une main. Il joue encore une fois avec le sens propre et le sens figuré d’une expression, cette fois-ci « tendre la main« , qui signifie apporter son aide. Avec cette métaphore, il explique qu’en apportant son aide, il a fini déçu, sans reconnaissance.

Il ajoute une autre référence à la fin de la phase, jouant, à nouveau sur une expression « Ne plus savoir où donner de la tête », signifiant être débordé. Il fait donc une comparaison avec Zidane, qui, en 2006, ne savait pas non plus où donner de la tête…

« Si tu m’portes l’oeil j’te Fetty Wap » – Fetty Wap

L’expression porter l’oeil à quelqu’un signifie lui souhaiter malheur. Ici, il s’amuse encore une fois avec le sens propre de l’expression. En effet, Fetty Wap est un chanteur qui a pour particularité de n’avoir qu’un oeil (comme quoi Dinos semble avoir une passion pour les borgnes !). Il nous dit donc avec ce néologisme que si on lui porte l’oeil, si on lui souhaite malheur, il fera perdre à la personne son oeil…

« J’rallumerai son cœur car j’illumine mon siècle comme Montesquieu » – Rétrograde

Dinos compare ici les valeurs qu’il véhicule à travers son rap au savoir que Montesquieu transmettait à ses lecteurs à travers ses œuvres. Il explique que leurs textes ont un point commun ; ils apportent du positif à leur époque en éclairant leurs fidèles lecteurs/auditeurs. Dinos serait alors l’équivalent de Montesquieu en son siècle, qui avait bousculé les mœurs et dénoncé les dérives de l’Occident dans Les lettres persanes ainsi que théorisé sa philosophie du fonctionnement de la justice dans De l’esprit des lois, deux de ses œuvres majeures. On notera aussi le petit jeu de mots entre le verbe « j’illumine » et le « siècle des lumières », qui parlent tous deux de lumière.. au sens figuré!

« J’suis grave ailleurs, le prof de philo a demandé : Qui est Socrate ?, moi j’ai répondu : C’est Mac Tyer » Déclenche l’alarme

Le rappeur fait ici une jointure assez inattendue entre deux cultures opposées ; la culture antique riche de ses multiples penseurs, auteurs et philosophes et la culture «  »urbaine » » englobant le rap français et ses auteurs. L’un des plus connus d’entre eux est Mac Tyer, ancien membre du groupe Tandem et encore actif dans le game, il est figure incontournable du 93, qui a évidemment fasciné le jeune Jules originaire de La Courneuve. De l’autre côté, Socrate, l’un des plus grands si ce n’est LE philosophe de l’Antiquité, celui qui est tout simplement à l’origine de la discipline philosophique telle qu’on la pratique encore aujourd’hui. Quel est le rapport entre les deux ? Leur prénom : le philosophe né en 428 avant J.C comme le rappeur né en 1979 à Aubervilliers s’appellent tous deux Socrate.

« J’me prends pour Raymond DevosRien, plus rien, plus rien, multiplié par 3, ça fait rien de neuf » – Presque célèbre

Raymond Devos était un humoriste, qui adorait jouer avec les mots, Dinos s’en inspire d’ailleurs beaucoup. Ici il reprend son sketch « Parler pour ne rien dire« . D’ailleurs, cette référence n’est pas anodine, car Dinos dit lui même en interview être un grand fan de l’humoriste. On peut même trouver certaines ressemblances dans leur manière de jouer avec les mots…

 

Encore une fois, pour ne pas surcharger l’article, on vous laisse avec d’autres exemples, moins développés :

« Mes souvenirs s’rembobinent comme le ferait un VHS, mais mon cœur reste neutre comme la Suisse, comme un PH 7 » – Spleen

La Suisse durant la guerre, c’est neutre, un PH 7, aussi.

« J’suis Verlaine avec des grillz, j’suis Baudelaire en Off-White. Le premier des perdants n’est rien d’autre que le deuxième, les gens ne naissent pas mauvais nan, ils le deviennent » – Sinéquanone

Pour ces métaphores, pas de commentaire particulier, on a juste trouvé le procédé et l’image sympathique !

« Ils ont pas cru en moi, j’vais rafaler leur bas d’caisse, ‘vont tomber de haut comme Tony dans le final de Scarface » – Comme ça

(**SPOILER**) Dans la scène final de Scarface, Tony Montana meurt sous les balles et tombe de ses escaliers pour atterrir dans la piscine.

  • La religion : critiquer la vie / société avec la croyance

Désormais, nous allons parler de quelque chose qui s’éloigne d’un procédé stylistique classique, mais plutôt d’un thème récurrent chez Dinos : La religion. Encore plus précis que ça, nous allons voir comment il procède pour en parler. Souvent, lorsque la religion est évoqué, il s’en sert pour critiquer une action, une généralité chez l’homme (que ce soit pour lui même, pour la société en général ou pour des personnes ciblés).

Pour faciliter la compréhension on va utiliser un petit code couleur : Référence à la religion / critique de la société 

« On a peur de Dieu, t’as peur de perdre des followers » – Flashé

Pour cette phase, Dinos va utiliser un parallélisme pour mettre en opposition les gens comme lui, qui ont la foi, et les gens qui ont pour seul objectif d’avoir un maximum de followers sur les réseaux sociaux.

Ici, bien qu’il utilise le pronom personnel « Tu », c’est bien à toute une génération qu’il s’adresse. Il critique la société actuelle qui  semble se préoccuper uniquement de sa présence en ligne.

En comparant Dieu, qui, que l’on soit croyant ou non reste un mot, quelque chose de fort et les followers frontalement avec ce parallélisme, il accentue encore plus le ridicule de vouloir à tout prix augmenter sa popularité sur les réseaux sociaux.

« La nuit, je regarde le ciel comme si j’étais Galilée, et je regrette de temps en temps de ne pas avoir prié, car tu sais, j’appelle le ciel seulement quand j’n’ai pas pied » – Comme ça

Cette fois-ci, Dinos critique ses propres agissement. Il commence sa phrase en parlant du ciel dans un sens plus scientifique, astrologique, en faisant une comparaison avec Galilée, l’astronome Italien.

Ensuite il parle du ciel, dans un sens biblique. Il nous dit donc regretter de ne pas prier assez, mais surtout, de prier seulement quand il a besoin d’aide, quand il est en difficulté.

On vous laisse d’autre exemples :

« Celui qui agit mal n’est pas puni dans l’immédiatC’est pourquoi les humains sont prêts à commettre tant de mauvaises actionsOn dit aussi que, parfois pour punir les hommes, Dieu leur donne ce qu’ils veulent et j’pense qu’il m’a rendu service en me donnant ce que je voulais pas » – Presque célèbre

« C’est quoi l’plus lourd entre un kilo d’péchés et un kilo de bonnes actions ? » – Quelqu’un de mieux

« Séparé dans l’bien, unis dans l’mal, tu t’rends compte, on n’a pas l’même Dieu mais on a l’même Diable »  –Plaque diplomatique

« Si tu poses des bombes pour Dieu, j’préfère pas savoir c’que tu peux poser pour Satan » – Dieu est une femme

« Si j’vois une étoile filante, je n’aurai qu’un vœu, c’est d’savoir pourquoi il n’y a qu’un ciel pour plusieurs dieuxLe ciel nous rattrapera, ils ont crucifié le Christ, mais ils paniquent à chaque fois qu’ils entendent : Allahu Akbar » – Dieu est une femme

« Lucifer m’attrape et on papote dans l’lit, puis comme d’hab j’retrouverai la foi une fois la capote remplie » – Dieu est une femme

« J’irai sûrement au paradis parce que l’enfer j’y suis déjà » – Paradis en fer


 

Ce ne sont que des exemples de procédés récurrents dans les textes de Dinos qui vous ont été présentés ici.

Ce ne sont pas les seules, il en existe encore d’autres, mais il est impossible de tous les réunir. Pour ne pas surcharger l’article, on vous en propose deux autres, sans détailler les citations :

  • Parallélisme

Figure de style qui consiste en répétition d’un morceau de phrase semblablement construit et d’une longueur similaire (forme AB/AB), l’effet désiré est souvent la mise en évidence du deuxième morceau de la mesure, qui se veut déroutant et/ou plus marquant.

« J’connais pas grand chose en médecine mais j’sais que j’saigne, j’connais pas grand chose à l’amour mais j’sais que j’t’aime » – Placebo

« Comment serait ton rire sans fossettes, comment serait ma vie sans problèmes ? » – Coco

« Mieux vaut garder tes conseils,  c’est la nuit qu’on saigne. C’est pas la vie qu’on aime, c’est la vie qu’on mène » – Sophistiqué

« J’voulais tellement leur plaire que j’ai oublié d’être moi. On fait c’qu’on veut pas c’qu’on peux, on fait c’qu’on peux parce qu’on l’veux » – Rétrograde

« Les humains pleurent mais ils s’habituent à tout, les humains pleurent car ils n’connaissent pas l’amour » – Donne moi un peu de temps

« Si j’étais l’avenir j’crois qu’j’serais un nous, si j’étais une arme j’crois qu’j’serais l’amour » – Notifications

  • Les répétitions et les anaphores

Pour cette partie, nous avons décidé de réunir de procédés différentes, qui se ressemblent : les répétitions et les anaphores.

Une répétition, c’est simplement la répétition d’un même mot, quant à une anaphore, c’est également la répétition d’un mot ou groupe de mots mais en début de phrase.

Ce sont deux procédés que Dinos utilise beaucoup pour appuyer et rythmer son propos. En effet, les répétitions donnent une structure au texte.

Répétitions:

« Maman venait nous chercher dans la nuit sombre, elle a pas souri depuis longtemps, alors, le bonheur, nous ferons sans. Elle croit qu’j’ai pas vu quand elle pleurait, mais je pleurais quand elle pleurait » – Hiver 2004

« Ralenti par le doute mais rien n’pourra m’empêcher de continuer ma route. Un peu de trafic sur mon chemin, quelques accidents sur mon chemin, mais souviens-toi qu’j’suis sur le bon chemin » – L’aurore

« J’aimerais qu’tu m’expliques pourquoi tu perds ton temps à plaire aux autres, pourtant les autres ne t’plaisent même pas, pourquoi ne passes-tu pas à autre chose ? » – Coco

Anaphores:

« J’veux de l’or pour ma mère, j’veux du love pour moi-même, j’veux qu’tu dormes sur ma peine » – Placebo

« Un peu d’oseille, un peu de toi, un peu de haine, un peu de joie, un peu de elle, un peu de moi, un peu de peine, un peu d’émoi » – Spleen

« J’vois la paix dans la guerre, j’vois la joie dans la peine, j’vois la lumière dans le noir. J’vois d’l’espoir dans tes yeux, j’vois de l’eau dans le feu, j’vois la chaleur dans le froid, et j’vois mon reflet dans une flaque d’eau, j’ressemble à ces gens que j’n’aime pas trop » –Rétrograde

  • Conclusion

Sachant manier les mots à la perfection, il s’amuse donc avec la langue française comme le faisait Raymond Devos dans un autre registre. Si on parle beaucoup de rappeurs comme Oxmo Puccino, Nekfeu, Alpha Wann ou encore Lino quand on évoque la qualité d’écriture dans le rap français, il ne faut pas oublier Dinos, qui, indéniablement se classe aujourd’hui parmi les meilleurs dans ce domaine. L’attente d’Imany pourrait d’ailleurs presque être excusée par la qualité incroyable des textes de la totalité des morceaux qui accompagnent l’album.

Si, à l’époque de son EP « Apparences » la forme semblait largement être privilégié au fond, aujourd’hui, sa technique a pris un autre niveau, et le fond comme la forme lui permettent de nous proposer des textes transcendants.

Bien-sûr, il ne faut pas s’arrêter à l’écriture, et explorer son attirail rythmique et musical. Et, pas de soucis à se faire de ce côté là non plus puisque c’est un artistes capable de varier son flow et la musicalité de ses morceaux avec une facilité déconcertante, il nous l’a d’ailleurs encore prouvé pour la réédition de Imany.

Pour la suite, on attend donc avec impatience « Taciturne » le prochain album de Dinos, à paraître (normalement) courant 2019…

 

  • BONUS :

Alors, oui, si Dinos fait indéniablement parti des plus belles plumes du rap français, il aime bien s’amuser autrement avec la langue française… on vous laisse des petits exemples classés en deux catégories:

Son humour parfois limite limite :

« T’as l’boule rempli de résidus de trucs sales, heureusement qu’la raie du cul ne tue pas » – Majin

« J’ai toujours pas l’mis-per, faut pas t’fâcher ma belle, n’aies pas peur, si y’a les contrôleurs, on leur montre comment t’as rasé ta schneck » – Majin

« J’rêve d’épouser Janet Kyle, vivre de viande et d’eau fraîche et d’lui mettre d’la crème chantilly sur les lèvres » – Dans ma tête

« J’aime pas l’théorème de Thalès mais j’crois qu’c’est réciproque » – Déclenche l’alarme

« Arrête de courir après l’bus, j’suis pressé, j’veux pas qu’tu montes » – Dans ma tête

Son amour pour les radars routiers :

« J’aimerais t’aimer mais mon cœur cassé est inutile comme ralentir après s’être fait flashé » – Sophistiqué

« Flashé, flashé, flashé, flashé, la route est pleine de paparazzis » – Flashé

« Périph’, moto, radar, photo » – Argentique

 

Article écrit par Alvaro & Flavie.

Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed
Plus d'articles
Ces sons qui nous ont tous fait réfléchir