Boscolo Exedra : Luidji et ses démons

Une rencontre et quelques jours dans le plus emblématique des palaces niçois. Si la recette semble résumée en ces deux ingrédients, le nouvel EP "Boscolo Exedra" de Luidji n'est pas qu'un simple 5 titres prescrit à ses fans dans l'attente d'une deuxième saison. Ecrit durant les mois suivants la sortie de son premier album studio Tristesse Business : Saison 1, le rappeur revient figer sur papier ses mémoires "amoureuses", cette fois-ci naissant d'une relation aussi éphémère que la période estivale ayant accueilli son déroulement.

Si la tracklist s'avère aussi concise que la relation en constituant la trame, la presque impudeur dont fait preuve Luidji par certains moments constitue l'un des véritables points forts du disque. L'écoute captive d'autant plus que Luidji la parsème de repères aussi bien temporels que géographiques. Le projet s'ouvre ainsi sur la rencontre des deux protagonistes, paradoxalement qualifiée de Mauvaise Nouvelle par le rappeur, comme si la rupture était déjà envisagée. "Tu n’as pas la tête de ma fеmme ; Mais tu as la tête de la femme ; Avec qui je vais tromper ma femme". Côté instrumentale, les distorsions introduisant le morceau donnent l'impression d'une énième rencontre autour d'une énième valse, rencontre dont Luidji connaît déjà les tenants et aboutissants. L'artiste Nemir vient quant à lui apporter une touche de légèreté à la fin du morceau. Ce dernier a d'ailleurs confié avoir estimé - à raison - la performance de Luidji comme se suffisant à elle même. EP aussi personnel que l'album l'ayant précédé, il est donc plutôt logique de ne pas y entendre un autre artiste incarner une autre entité. Son apparition à la clôture du titre est donc d'autant plus appréciable qu'il vient reprendre le texte chanté par Luidji au refrain, ce qui a le mérite de ne pas trahir les propos du rappeur principal mais aussi rester entièrement focalisé sur son histoire.

Est-ce que tu te souviens de nous, quand on dansait au milieu du Rouge

S'ensuit Le Rouge et qu'on se le dise, nous sommes face à un gros morceau. Débutant sur les mêmes mots que le précédent titre éponyme, la rythmique est ici beaucoup plus lente, à l'image d'une danse beaucoup plus sensuelle et maîtrisée que la première. Et pour cause, l'intitulé fait directement référence à la très huppée boîte de nuit du même nom située dans le 9ème arrondissement parisien. Ce célèbre club de Pigalle connu pour ses couleurs semble donc être le lieu marquant le commencement de la relation. Si Luidji semblait garder une certaine emprise dans le premier morceau, il parait ici totalement rentrer dans le jeu de cette femme, celle-ci connaissant pourtant le background sentimental du rappeur. "Elle mе parle comme si ellе écoutait pas mes chansons ; Pourtant elle connaît mes chansons ; Et je ne mens pas dans mes... Je ne mens pas dans mes chansons". Ryan Koffi sublime une fois de plus le fond avec une forme des plus envoutantes, musicalement située entre les productions élégantes de Joji et les plus mélancoliques de Drake.

L'influence du canadien se retrouve d'ailleurs sur le delivery des premières lignes du titre suivant. Placé en plein milieu de la tracklist, Sirène se positionne comme un titre passerelle entre la rencontre parisienne et le séjour niçois. "Jolie jolie sirène ; J’aimerais qu’on s’aime ; Seulement pour le week-end". Composé de deux parties, la première exprime le désir de Luidji de quitter la capitale et de pleinement vivre sa relation naissante avant de laisser sa place à une ligne de basses pour une seconde moitié pleine d'ego-trip.

Est-ce que tu connais le Boscolo ?

Place au séjour au Boscolo dans le morceau suivant. Arrivé dans le sud, Luidji consomme cette nouvelle relation éphémère comme l'herbe qu'il fume dans la suite. La référence à la Marie-Jeanne pourrait d'ailleurs être un clin d'oeil au titre éponyme sorti en 2017. Le rappeur y révélait déjà fumer de la marijuana pour combler ses envies d'évasion. "On rit comme deux démons dans la suite" souligne aussi le basculement total de sa partenaire dans son univers, annoncé dès le premier son du projet : "Mauvaise nouvelle, si jamais le démon tourne autour d'elle".

Enfin, le cinquième et dernier morceau marque la fin du séjour mais aussi la séparation des deux protagonistes. De la fête foraine de Bandol aux séances photos improvisées à l'iPhone, Luidji ressasse les souvenirs d'une relation pourtant vouée à l'échec. La figure de la sirène y est aussi évoquée, replongeant l'artiste dans ses démons à la vue de nouvelles filles, lui qui avait pourtant fait d'elle sa nouvelle Erzulie. Les synthés utilisés à la fin du morceau par le producteur Snowdeez apportent quant à eux une ambiance nostalgique collant parfaitement au titre. Le clip vient d'autant plus renforcer la fin de la relation, ne mettant en scène aucune femme. La mise en scène de son équipe n'est d'ailleurs pas anodine, comme si les souvenirs restants étaient ceux d'un week-end entre amis, revenant à l'amour fraternel prôné sur Palace Mafia. Le track se termine par l'enregistrement d'une conversation avec la même dame avec qui il discutait déjà sur Veuve Clicquot. Lui conseillant de faire une thérapie, cet extrait confirme les propos du rappeur sur le son, conscient des torts qu'entraîne son comportement : "J'ai essayé de revenir mais tu m'as barré, dieu merci", "j'te prenais pour mon jouet, j'ai ni haine ni regret". Admettant fixer les yeux de son ex partenaire seulement pour y voir son reflet, Luidji semble d'ailleurs partager les mêmes symptômes décrits par Lomepal dans son morceau Yeux Disent. Reste à savoir si cela sera toujours le cas lors de la Saison 2.

Boscolo Exedra est disponible sur toutes les plateformes de streaming.