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Avec Interdit, LTF le fait mieux

MC Solal

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Avec leur EP Interdit, les tontons de LTF signent enfin leur retour ! S’ils sont restés absents pendant assez longtemps, ils n’étaient pas inactifs pour autant, bien au contraire : tout au long de 2018, ils ont été très productifs en solo (Lpee, Lucci, M le Maudit…) ou en groupe (Atl4s, composé de 4 membres de LTF, dont le projet Premier quartier est sorti en mai).

Ils reviennent donc en cette fin d’année, à 9 (sans Lesram), et toujours bien entourés : Koria pour la pochette, Paul Maillot à la réalisation des clips, sans oublier Sheldon et la 75e Session.

Après un teasing façon calendrier de l’avent (1 jour = 1 rappeur du collectif = 1 vidéo de freestyle postée sur les réseaux), voici enfin venu le moment de découvrir le projet, sorti ce 30 novembre.

L’union fait la force

18, morceau dévoilé et clippé pour annoncer la sortie du projet, se construit sur un enchaînement de passe-passe en duo (Lpee et M le Maudit, Derka et Lucci, etc.), d’une efficacité redoutable : ils rebondissent les uns sur les autres, les jeux de mots sur les chiffres s’enchaînent, l’alchimie est totale. Quelques minutes suffisent à rappeler que « LTF le fait mieux« .

J’fais des classiques depuis mes 18
En 18 heures j’t’en fais 18

L’ouverture (Interdit) et la clôture (18) du projet semblent se répondre : pas seulement parce que beaucoup de choses sont « interdites aux moins de 18« , mais surtout parce que ce sont deux morceaux egotrip et agressifs (faire de l’egotrip à plusieurs, tout un programme).

Secret peut aussi se ranger dans cette catégorie : une prod sombre, des paroles qui frappent où ça fait mal, affirmant une antithèse entre le rap de LTF et celui de la concu envieuse, qui ne détient pas le « secret« .

Me parle pas d’la concurrence,
J’veux pas tirer sur l’ambulance

A noter qu’on retrouve aussi Dans le teum sur le projet, leur tube de 2017, qui annonçait déjà le scénario :

Tout niquer c’est le thème

Fragilité et mélancolie ne sont pas interdites

En 8 titres, on change plusieurs fois de mood : ce n’est pas kickage et egotrip du début à la fin. Il y a la chanson d’amour, Honey Cherry, tout juste clippée à son tour. Le titre annonce quelque chose de très sucré : miel + cerise, difficile de faire plus, sans parler de la paronomase cherry / chérie. Plus que de l’amour, c’est de l’obsession qui s’exprime, et la première couche sucrée dévoile progressivement une certaine amertume. Au fil du morceau, le doute s’installe : Honey Cherry est-elle une fille, ou une substance interdite, justement ?

Fuck l’insomnie j’ai du honey, tu m’as fait sourire tu m’as fait vomir, on discute toute la nuit le lendemain j’veux plus t’voir

Le rouge raconte la fin d’une relation, entre déception et trahison… Mais il s’agit d’une relation amicale, et non pas amoureuse, ce qui est plus original. Le début du morceau joue sur cette ambiguïté : l’autre ne répond pas au téléphone, ment, voit d’autres gens…

De toutes les espèces de putes, j’crois que t’es l’genre que j’déteste le plus

Pour une fois, on échappe au cliché des rappeurs affirmant que toutes les femmes sont des putes, merci LTF d’avoir fait une place aux putes en amitié. Beaucoup répètent « les potes avant les putes« , mais quand un pote lui-même se comporte en pute, ça donne un des morceaux les plus touchants.

Mais dans cette catégorie des morceaux plus calmes, voire planants, le plus réussi est sans doute le 3ème du projet : F… (pour Flex). Le mot est coupé dans le titre. Cela fait écho au nom du projet, Interdit : le mot flex est censuré, puisqu’il implique la consommation de substances illicites (c’est un peu le morceau « un teh dit » du projet – pardon). Mais on peut aussi y voir un jeu avec le F-word : difficile de ne pas se dire fuck quand on voit tout ce qu’on manque à force d’être flex.

J’voulais gratter, mais j’suis trop flex
J’voulais rapper, mais j’suis trop flex
On devait s’capter, on devait s’appeler
Mais j’ai zappé je suis trop flex

L’énumération de tout ce qu’on voulait / devait faire, entraîne toujours la même conclusion en épiphore (inverse de l’anaphore, donc répétition située en fin de phrase) : tout s’annule parce que « trop flex« .

Mais attention à ne pas prendre les gars de LTF pour des fragiles dépressifs : on a aussi de quoi rire dans Interdit.

Des comiques à prendre au sérieux

Tout d’abord, n’oublions que le collectif LTF, généralement désigné par cet acronyme aujourd’hui, s’appelle à l’origine Les Tontons Flingueurs. C’est le titre d’un film français des années 60, une grande comédie dont on ne compte plus les répliques cultes (Michel Audiard, plus grand auteur de punchlines du cinéma français). Quand on se réclame d’une telle référence, rien d’étonnant à ce qu’on ait de l’humour.

Ce nom originel est d’ailleurs rappelé au début de Benoît, qui est justement le morceau drôle du projet. L’intro ébauche un petit dialogue : les rappeurs sont perdus dans le 16ème arrondissement, à la recherche d’un studio d’enregistrement, et ils tombent sur un spécimen local, le fameux Benoît, qui les reconnaît et veut absolument leur faire écouter une maquette.

Ici, on repense à certains sons du projet d’Atl4s. Comme sur Rapace, on sent qu’ils aiment s’amuser à faire des voix et à imiter des personnages ridicules. Et comme sur Paris (« alors, c’est comment, j’m’appelle Benoît ou Armand ?« ), c’est le prénom Benoît qui prend cher.

A l’intérieur du cadre storytelling de ce morceau, s’insère la fameuse maquette de Benoît du 16ème, permettant à LTF de faire la satire de la jeunesse dorée parisienne : on retrouve pêle-mêle caviar et escargots, Yeezy et Canada Goose, Sarko et Copé…

Les parties dialoguées donnent une impression d’impro (« le floco n° 1… le flocosaurus rex« ) : on se retrouve à la fois face à des rappeurs sérieux dans leur art, et à une bande de potes qui déconnent en studio.

Conclusion

Si les différents membres de LTF sont bien individualisés au niveau de la voix et du style, avec des gimmicks propres à chacun, ils ont aussi une vraie identité musicale collective, et sont en osmose sur ce projet. Kickage sur prod sombre, mélodie entêtante, torpeur mélancolique… LTF sait tout faire. Si leur technique n’a jamais été aussi affirmée, on sent avant tout qu’ils s’amusent et se font plaisir, ce qui est peut-être la plus grande force de leur projet.

2k18 c’est pour eux, alors ne manquez pas la Release party à la Bellevilloise le 8 décembre, les places sont ici.

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Jazzy Bazz délivre un freestyle avant la sortie de MEMORIA

Antoine

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Quelques jours avant la sortie de son prochain album MEMORIA, Jazzy Bazz délivre un freestyle de haute volée en guise d’amuse-bouche.

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L’album MEMORIA de Jazzy Bazz est disponible en précommande en cliquant ici.

Dans le reste de l’actualité : TUNNEL, l’exposition du photographe Fifou du 21 au 23 janvier

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TUNNEL, l’exposition du photographe Fifou du 21 au 23 janvier

Antoine

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Le photographe Fifou présente cette semaine son exposition parisienne TUNNEL, aux côtés de Ciesay, co-fondateur de la marque PLACES+FACES.

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Retrouvez l’exposition TUNNEL de Fifou le 21, 22 et 23 janvier de 10h à 19h, au 7 rue Portefoin – 75003 Paris.

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Nessbeal et ZKR : Le retour du roi avec « Le Dem »

Lucas Ivanez

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« N.E.2.S is back khey, sortez les brancards »

Plus de 10 ans. Ça faisait plus de 10 ans que Nessbeal n’avait pas publié de titre. On peut donc le dire : Le roi sans couronne est de retour.

Jeudi 13 janvier. Je me balade sur YouTube, à la recherche de nouvelles pépites à écouter quand je vois une vidéo plus que surprenante : Nessbeal feat ZKR – Le dem. 

En effet, Ne2s a su se faire discret ces dernières années : Très peu présent sur les réseaux sociaux, il était difficile de suivre son actualité. Musicalement, c’était la même chose. Pas de projet publié depuis Sélection Naturelle en 2011 et après être apparu en featuring sur différents projets jusqu’en 2015, il disparait totalement des radars du rap français avant de revenir sur le morceau d’un certain rappeur marseillais : Jul. Rien que ça.

Signé chez Morning glory music, il sort donc de l’ombre et dévoile un Banger en featuring avec un autre technicien du même label, ZKR.

Du sang, des larmes, sur Dicidens j’faisais mes premiers larcins

Cette punchline du rappeur des briques rouges montre tout particulièrement l’impact que Nessbeal a eu pour les jeunes de cette génération. Bien qu’étant considéré (à juste titre) comme un « roi sans couronne » de par le fait qu’il n’ait jamais eu de réel succès commercial, Ne2s a bel et bien rencontré un succès d’estime chez tous les auditeurs du rap français de la fin des années 90 à 2011. Il était écouté dans toutes les banlieues. ZKR fais partie de cette génération qui a grandi avec Nessbeal, et donc avec Dicidens, le groupe qu’il formait avec Zesau. Du sang et des larmes faisant aussi référence à l’un des plus gros morceaux de ce groupe, en featuring avec Booba.

Le rappeur originaire du 92 découpe, plaçant des punchlines frappantes tout en gardant une voix posée, comme à son habitude. La connexion avec ZKR est plus que validée et le clip réalisé par Thibault Cadentem vaut le coup d’oeil. DJ Bellek, créateur du label Morning Glory Music a même annoncé l’année dernière qu’Ne2s dévoilerait un album dans l’année. Bien que ce ne soit pas arrivé en 2021, la sortie de ce single est sans doute annonciateur de ce projet, qui se profile déjà comme l’un des plus attendus de l’année. On vous invite donc à streamer « Le dem » et à donner à Nessbeal cette couronne qu’il mérite depuis tant d’années.

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