« Parfum » de Di#se : un hymne de l’équilibre ?

Deux ans après sa signature chez Urban, Di#se sort son premier album « Parfum ». Ce projet composé de 11 titres conclut l’année du quimpérois de 17 ans après avoir tourné du printemps à l’automne.

Au premier coup d’œil, la pochette est très sombre, intimiste. Cela se traduit par la posture de Di#se, qui semble se dévoiler en se mettant à nu, mais aussi par les couleurs, le rouge étant associé à la passion. Ici, avec le cadre intime, on peut y voir une forme de confessions. Bien que la pochette se veut simpliste, elle nous permet de comprendre que nous allons vivre l’album à travers le point de vue de Di#se.

Avec l’introduction Génie, le rappeur se veut insolent. Sortir un premier album à 18 ans après avoir signé 2 ans auparavant, le parcours n’est pas le plus commun. Dans ce titre, l’égotrip permet à Di#se d’incarner sa posture :

« J’suis d’la race des putain d’génies »

Pourtant, ce titre se contraste sur la fin, avec un début de remords :

« Désolé J’suis désolé
Tu ne raconteras pas l’histoire »

D’une certaine façon, aussi insolent qu’il souhaite l’être, le quimpérois n’arrive pas à incarner cette posture. Ce thème sera le fil rouge de l’album.

Le titre N’dolo est la continuité du précédent à travers les excuses de Di#se. Alors qu’il nous dévoile une conversation de rupture avec une désormais ex-amie, cette dernière semble réorienter sa souffrance sur Di#se, qu’elle juge être « celui qui se détruit » dans l’histoire.

Cette posture, qui semble être celle d’un Génie vu de l’extérieur, n’est pas celle ressentie par l’artiste. A ce moment-même, il brise le mythe en s’exposant dans un moment de doute :

« Tu m’en veux des couleurs que je t’ai fait voir
Des promesses que je t’ai fait croire »

Ce sont tous ces mêmes doutes qui amènent à la solitude exprimée dans Noir. Isolé parmi les autres, ce sentiment se prolonge à travers son entourage :

« As-tu une mère qui te connait mal ?
Si mal que tu ne peux rien lui dire
De moins grandes affinités avec son fils qu’avec Dieu le père
Je viendrais te voir si je peux
Que mon cœur ne regrette pas
Qu’à ta mort, je n’ai pas de honte et que mon cœur ne regrette pas »

Le Noir représentant autant l’ambiance intime de la pièce que l’état d’esprit qui va avec. Malgré ce début d’album sombre, le morceau Visage, que Di#se dédie à sa mère, ramène de l’espoir.

Bien qu’il puisse se sentir seul, le rappeur explicite sa relation fusionnelle avec cet être qui lui est cher. Pensant encore à elle dans les moments où il est supposé incarner sa posture de jeune artiste prodige :

« Quand la foule acclame mon nom,
C’est mon cœur qui pleure le tien »

Mal à l’aise à l’idée de s’ouvrir autant, l’album se poursuit avec l’énergique ###. Ce titre représente l’état d’esprit du rappeur lorsqu’il est sur scène, plein d’énergie et d’insolence :

« Numéro 1 de ma team
Numéro # de ma team »

Toutefois, il lui arrive de continuer cette posture au quotidien, étant donné que le regard des autres a évolué depuis que le quimpérois a signé en label à l’âge de 15 ans. A travers le morceau JMA, on comprend qu’il lui est difficile de trier entre les opportunistes et la volonté de tirer les siens vers le haut :

« Problèmes de dos ou de rhumatismes ?
J’en ferai mon affaire »

Ce gimmick répété tout le long du morceau traduit une obsession chez Di#se : celle d’aider les autres. Cet aller-retour permanent entre deux états d’esprit semble le faire souffrir. Le rappeur s’accroche à une forme d’idéal pour tenir le cap, dans le cas de Parfum, ce serait la femme parfaite. Seulement, autant de fardeaux pour une simple personne amène au Burnout :

« Il ne voit que Dilly D, il ne voit pas la suite quand je turn-up
Pourtant, je ne suis pas loin du burnout »

Comme précédemment dans le projet, Di#se se brutalise quand il se sent Faible. D’abord sur une instrumentale boom-bap, le morceau évolue avec les pensées du rappeur, qui s’assombrissent au fil des changements de production. Cette faiblesse inclut forcément des Lésions, conséquences de toutes les relations et déceptions évoquées dans l’album. Le quimpérois se recentre sur lui-même :

« Je suis pas devenu, j’suis né artiste »

L’artiste de 18 ans semble lucide sur ce qu’il se passe autour de lui, en acceptant ses failles :

« Chez moi, qualité n’est qu’un vice
Que je m’évertue de maquiller »

Ainsi, Di#se apprend à vivre avec ses cicatrices. Bien qu’elles les accompagnent sur scène, le jeune homme ira même jusqu’à les sublimer sur scène avec le morceau Baudelaire :

« J’suis Baudelaire, j’suis SCH »

Par cette métaphore, le rappeur s’associe à ces 2 figures, l’une pour le Spleen, l’autre pour la scène rap actuelle :

« J’suis poétique, j’suis vulgaire »

Au final, cette outro incarne le thème de l’équilibre développé tout au long de l’album, mettant ainsi fin à cet échange d’état d’esprit aussi puissant que volatile.

En résumé, cet album est un des projets marquants de cette rentrée. Très mature musicalement, Di#se sublime la mélancolie des projecteurs et le quotidien d’un jeune homme portant l’espoir des siens sur ses épaules.

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