Entretien avec Di#se : « J’ai envie de stimuler ma conception de l’art »

Après avoir passé 2019 sur les routes pour différents festivals, nous sommes allés à la rencontre de Di#se pour la sortie son premier album : Parfum.

On fait cet interview le jour de la sortie de ton album, « Parfum ». Tu passes bientôt sur la scène du MaMa festival, le 16 octobre. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

C’est étrange. Même pour l’instant, j’arrive pas trop à savoir comment je suis, mais à quelques jours de la sortie, je n’avais pas vraiment d’émotion. Depuis ce matin, j’ai les premiers retours, les gens sont assez euphoriques.

T’évoques ta posture de jeune artiste tout au long de l’album. Avec le recul, comment tu vis le fait d’avoir signé si jeune ?

Ce n’est pas une obsession pour moi. Si ça m’est arrivé, c’est que ça devait arriver. On a travaillé pour en arriver là. Chaque chemin est différent, mais si le mien devait commencer de cette manière, soit.

Artistiquement, tu désires le chemin que tu empruntes ?

Je fais des choses qui permettent de faire ce que je voulais. Il y a cette dimension de porter un message, une forme de responsabilité quand tu es artiste. Si je n’avais pas été artiste, j’aurai fait autre chose, j’espère que j’aurai pu aussi avoir cet engagement-là.

Il y a différentes couleurs musicales dans cet album, dont plusieurs titres « scéniques ». Tu as pas mal tourné cette année, notamment au Festival de Bourges. Qu’est-ce que tu retiens de cette année sur les routes ?

On a fait ce qui était prévu, avec des dates comme les Inouïs, la Rochelle ou encore Les Vieilles Charrues. Cette dernière date était spéciale, je jouais près de chez moi. Dès que le concert a commencé, il s’est arrêté de pleuvoir et 3000 personnes sont arrivées. Ça augmentait de minutes en minutes. Après, c’est un festival, beaucoup de gens sont là pour découvrir, mais y’avait une certaine partie qui était tout de même là pour nous. J’ai toujours hâte de monter sur scène.

On revient un peu plus dans l’album. Par rapport à tes influences, tu as un bagage musical assez large, autant dans la production que l’interprétation. Est-ce que tu penses aller voir encore d’autres couleurs ?

Oui, mais je ne réfléchis pas dans cet ordre-là. Si il y a autant de directions artistiques, c’est à cause de mon processus. Quand je commence un morceau, je réfléchis à la forme qui va s’adapter au fond que je veux y mettre. Ce dont je parle de N’dolo, c’est le même thème que Noir, pourtant ce sont deux couleurs artistiques. Si je débute un titre, je sais déjà comment il doit se finir. Souvent, en composant le morceau avec mes deux beatmakers, je structure la chanson dans ma tête.

Tu as eu le même rapport à la structure pour la conception de l’album ?

On avait trois morceaux qui se ressemblaient : Génie, Visage et Burnout. Après, c’est en composant d’autres titres qu’on a pris conscience du format album, c’est ce qui a donné Parfum. Le morceau éponyme est venu plus tard, c’est le plus récent dans cet album. Je suis assez fier de ce morceau d’ailleurs, en collaboration avec Laura Wamba. Mais là encore, je savais ce que je voulais qu’elle fasse, même la manière de placer sa voix.

En écoutant le projet, on peut avoir l’impression que tu te sens plus redevable envers les autres qu’envers toi-même. Tu sembles naviguer entre un mood ### et un mood Lésion. Est-ce que t’as pensé l’album autour du thème de l’équilibre ?

Ça ne m’avait pas sauté aux yeux. On a fait un album dans la vérité, mais ça traduit ce que je peux être. Il y a autre chose qui se dégage en live, mais cette énergie-là ne doit pas manger ce qu’il y a au fond. L’énergie change juste de forme. Je pense qu’en grandissant, je vais la convertir. Les morceaux seront encore meilleurs quand j’arriverai à nuancer le fond et la forme que je recherche. Je cherche quelque chose dans la musique, je ne sais pas comment l’expliquer sans que ce ne soit trop flou. J’ai envie de stimuler ma conception de l’art.

Tu abordes des thèmes universels mais de manière assez sombre. Tu évoques le Spleen de Baudelaire dans le dernier titre. Est-ce que tu as un idéal de vie ?

Oui. Si tu penses réellement en esprit, que tu n’es plus esclave des pulsions de la chair. C’est l’idéal pour tous, car tu es maître. Tu es épargné de l’orgueil. Il faut que l’esprit prenne le dessus sur ta chair pour trouver la paix. La musique, c’est juste mon tableau de bord. Parfum n’est qu’un chapitre parmi les futurs qui vont arriver. Je parle de ma vie dans mes morceaux, des choses qui me touchent, de ce que je vois et ressens. A travers les albums, on comprend la manière de penser d’un artiste. Par exemple Damso, entre Batterie faible et Lithopédion, il y a un même mood. Personnellement, je n’ai pas peur de parler de moi, d’être redondant. Je ne pense pas que j’aborderai les mêmes thèmes de la même manière. Ca fait aussi un peu partie des responsabilités d’un artiste.

C’est quelque chose que tu prends en compte en écoutant d’autre artiste ?

Beaucoup. J’aimerai que les gens apprennent à regarder au-delà. La musique fait partie de l’environnement des gens qui l’écoutent. Ça fait partie de leurs identités-même. C’est pour ça qu’il faut faire attention aux musiques que t’écoutent mais aussi à la manière dont les choses sont dites. Je préfère écouter quelqu’un qui me raconte les côtés sombres de sa vie, même si à la fin on comprend qu’il veut en sortir. C’est un mode de vie. Dans le morceau Lésions, je dis « Je n’ai pas sombré, Dieu merci, je rêve encore ». Après des morceaux comme N’dolo, Noir et encore d’autres titres sombres, je te dis de ne pas t’identifier à moi dans ce registre. Je cherche le bout du tunnel, c’est pour ça que le morceau est placé à la fin de la tracklist du projet.

Est-ce que tu peux parler des différents événements qui te concernent ?

On a la tournée des Inouïs du 8 au 12 octobre, le MaMa Festival le 16 octobre aussi. Il y a aussi une date à Quimper, dans ma ville, le 2 novembre. On a déjà rempli cette salle pour la fête de la musique. J’avoue que c’est une date que je suis impatient de faire. En plus l’album est sorti, peut-être que des gens connaîtront les paroles. C’est ça que je nous souhaite.

Photos par Roxane Peyronnec / Instagram : roxanepeyronnenc

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