Limsa d’Aulnay présente sa Logique Part.1

Limsa D'Aulnay

Difficile de présenter Limsa d'Aulnay mieux que lui-même dans le premier morceau de ''Logique Part.1'' intitulé sobrement ''4 décembre'' ; mais en quelques mots :

Limsa est un rappeur d'Aulnay Sous Bois comme son nom l'indique, dont la trace audio la plus lointaine remonte à la mixtape du Label Karismatik "Brigade des Mineurs" en 2007.
Il a ensuite fait quelques apparitions en featuring et a une première fois fait parler de lui lors du Grünt#11 de Georgio en 2013, rentré dans les annales depuis.
En 2018, il envoie des singles (Lolita, Woof, FF) et il a le droit à son édition de Grünt cette année, pour la 42ème édition.
Derrière une grosse voix et un flow nonchalant se cache un technicien hors pair qui sème les punchlines dans ses 16 avec humour et finesse.

 

Logique part.1 c'est avant tout le choix de ne pas romancer la vie ; on retrouve à travers ce projet une vision aux antipodes du manichéisme, que ce soit sur lui, sa famille, le bled, la ville, l'amour, le passé ou encore le futur, tout est nuancé et toujours étroitement lier à ce qu'il a vu, sans pour autant se positionner en vérité absolu. Limsa d'Aulnay nous présente SA logique.

La seconde chose qui saute aux yeux (plus aux oreilles d’ailleurs), c'est l’amour et le respect du rap, à travers les prod' (mention spéciale pour le piano et le beat de Lost Highway), mais aussi et surtout des textes et là-dedans on sent que le rappeur Aulnaysien connait bien ses gammes : placements, parallélisme, jeux de mots, punchlines, tout est coché mais par-dessus tout c'est la cohérence et l'homogénéité de l’ensemble qui est agréable.

Logique part 1

Le projet s'ouvre littéralement avec les premières notes de "4décembre" produit par Mani Deiz et C.Cole ; le morceau nous permet alors de commencer la ballade au sein de cette œuvre.

De la naissance aux premiers pas dans le 93,

"Faut pas me presser, je chante le feu la détente, comprend que le daron dit que je ressemble à une gâchette"

de l'adolescence à la maturité,

"T'as fait du mal, tu regrettes à présent mais à seize ans t'écoutais beaucoup plus Temps Mort que ta mère"

on se rend compte que "hier ressemble à demain".

Conscient de relater le passé mais aussi le quotidien de millions de Français, le rappeur alterne entre la première et la troisième personne du singulier au milieu d'anecdotes qui cachent souvent sous leur ''légèreté“ des messages ou des valeurs lourdes de sens pour ceux qui se donnent la peine de creuser :

"On faisait des douze contre douze sur des terrains de foot qui étaient prévu pour huit mecs"

Après un drop pour le moins aérien, le MC d'Aulnay reprend la prod de volée pour rappeler qu'il ''vient d'Aulnay, d'Asb, du 9-3.6'' avant de rappeler qu'il "le répète dans chaque chanson".
Cette fierté pour sa ville ne lui a pas mis d'œillères car il rappelle que :

"Nos mères versaient des larmes, nous comme des connards c'est les cours qu'on séchait'

et qu’enfin, pour terminer ce titre, qu'il est bien conscient que :

"T'es détruit quand tu sors du Hebs, bracelet électronique pour te localiser, dis-leur qu'on est des rebeus, des tortues de mers"

Quasiment sans transition, on se retrouve "Attiré par la night" (prod. Zek), un egotrip de "woof" où le rythme va faire aux voitures le même effet que des suspensions hydrauliques.
Dans cette piste où Limsa nous explique qu'il a des désirs simples, composés de ce qu'a offrir la nuit "les sappes, les putes, la maille" il n'en oublie pas de rappeler qu'il a "du flow et du lexique" à revendre.
Morceau le plus court mais aussi le plus "détonnant" de l'EP , cette track reste pour le moins efficace et fera des émules lorsque la possibilité de faire des scènes se présentera dans le monde d'après.

"Lost highway" se pose au milieu du projet comme un OVNI, premièrement parce que l'instrumentale semble sortir tout droit de Toronto (elle est signé Goomar), et en second parce que ce son permet l'apparition du premier refrain de cet EP. Ce morceau est criant de vérité, littéralement.
Il en est même très difficile de l’analyser car sa perception variera d'un auditeur à l'autre. Mais en parallèle, c'est le premier morceau que je conseillerais d'écouter pour découvrir Limsa d'Aulnay avec "Woof" sorti courant 2018.
Je vous laisse donc le plaisir de découvrir ce morceau et je vous invite à nous faire vos retours afin d’échanger dessus.

Avant ça, je vais relever  les trois phrases qui m'ont le plus accroché :

"À ta première peine la rue t'acclame, l'amitié sponsorisée par une banane , trois couplets j'allume Paname, j'écris à Aulnay, topliné par une Kalach"

"Tous les keufs sont des haineux , tous les samedis sur paname sont ténébreux, arrêtez de me dire que tout va bien , des daronnes en gilets fluo font des émeutes"

"Déracinés comme nos darons, ici ou là-bas on sait plus c'qu'est bénéfique, le bled c'est la où on va en vacances, c'est aussi là où on va quand on fait des bêtises"

Après nous avoir présenté ses débuts, son amour de la nuit, ses réalités, Limsa d'Aulnay nous emmène "dans la street" comme dans "les coins les plus chics de Genève" où on espère qu'il avait des truffes sur sa pizza à "50balles".
Et c'est la que tout son talent s'exprime, à travers des récits du quotidien, mais avec une finesse peu commune.
À travers ses morceaux et surtout dans "Avec Moi", produit par Yung.Coeur, on s'attache au personnage, on s'implique dans sa vie du quotidien comme dans ceux qui peuplent les bons livres.
L'amour, l'amitié, la famille, le quartier... tout y passe, non sans une bonne dose d'auto dérision, avec un regard aux antipodes des moralisateurs comme on retrouvait chez les grands paroliers d'un autre temps (Nakk Mendosa, Salif, Dany Dan pour ne citer qu'eux).
Derrière le micro, aucune apologie, aucune glorification, mais encore et toujours cette recherche du récit intégré dans la réalité plutôt que visant à faire fantasmer l'audimat, la seule chose qui subit le jugement dans "Avec moi" est Limsa en lui-même où il est conscient que "faire rire résout pas les problèmes".
Le second couplet fini d'ailleurs sur un postulat, où Limsa explique que :

"En apparence j'suis toujours de bonne humeur, quand j'ai mal personne le sait. Et c'est ça qui est p't'être guez avec moi."

"Duper" produit aussi par le talentueux Zek conclu cette superbe Odyssée d'une vingtaine de minutes qu'est "Logique Part.1".
Sur une instru qui aurait fait sourire "le fantôme de Prodigy", Limsa finit tout en maîtrise, tout en contraste et en parallélisme, comme ce pote qui aime "les gros culs les gros seins, mais pas sur les grosses hun" ou bien ces jeunes "qui ne savent pas s'éduquer eux-mêmes" mais qui veulent "éduquer des pit'".
Limsa n'échappe pas à cette dualité où "il se bat comme un Homme" mais "te vanne comme un môme" et jamais loin de lui Aulnay suit "ici (à Aulnay ndlr) y a encore un mort mais ici ça fait plus la une" de sorte à ce qu'on ne sache pas si c'est le rire qui précède la lassitude ou qui lui succède.

Mon avis

Trois mots pour décrire le projet: "Logique de Woof". La première partie de Logique est un pur produit de rap, où l'écriture est mise à l'honneur et où la véracité des propos tenu se jure sur l'honneur.
L'écoute est fluide, les morceaux s'enchaînent et réussissent à faire ce qui est l'essence d'un EP, et d'un projet en général :
Ils réussissent à faire partie d'un ensemble cohérent tout en gardant leurs individualité et leur importance.

Sans rentrer dans la comparaison ''Logique Part.1'' de Limsa d'Aulnay s'impose comme un des projets forts de cette année et il y a fort à parier que la seconde partie complétera ce tout.
Mon petit doigt, celui qui pointe vers ASB, me dit que ce n'est pas la dernière fois qu'on entendra parler de Limsa d'Aulnay cette année.
Surveillez le ciel.

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