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Peut-on faire du rap sans être dissident ?

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Imaginez un clip de rap, sans femmes qui se trémoussent, sans grosses voitures, sans bling-bling. Maintenant, un peu plus difficile, imaginez du rap sans paroles offensantes, sans gros mots, sans vulgarités. Pas facile hein. En tout cas, ce n’est pas impossible. Mais, à ses risques et périls…

 

Qu’est ce qu’être dissident ?

Au titre de l’article, on pense tout de suite au refrain du morceau « EuroTrap » de Vald qui, ironiquement, pose cette fameuse phrase : « Comment faire du rap sans être dissident ? ». Mais pourtant, vraie question. Parce que depuis des années, toute une partie de la crédibilité des rappeurs s’est basée sur ça. Pendant longtemps, dans le rap pour être crédible (voire légitime), il valait mieux parler de tes années en GAV, des millions que t’as brassés ou des meufs que t’as pécho. Mais peut-on trouver une alternative à ça, peut-on être un rappeur avec autant de poids sans cette injonction à être un rebelle sans valeurs morales ?

On appellera, dans cet article, dissidence, tout rejet (de la part des rappeurs) d’attitude de bienséance, et toute expression de rejet de l’autorité

Pause. Je sais, la question est assez large, et je sens que cela vous titille de me répondre par les codes musicaux du rap. Donc quelques disclaimers. De 1. On va uniquement se pencher sur le rap français. De 2. On va se pencher sur les lyrics et 3. On ne va pas parler du fait que la dissidence existe ou pas. On sait tous qu’elle est présente et qu’elle est inséparable du rap (due à de nombreux facteurs : origine du rap, contexte politico-social, etc…), mais la question ici est de savoir si on peut faire du rap légitimement sans cela. Autrement dit, peut-on être qualifié de rappeur en parlant de sa vie de tous les jours et sortir de ce carcan de la provocation, sans trop changer le rap ?

Revenons donc à nos petits dissidents. Bienséance, car le rappeur doit faire tout le contraire de ce qu’il convient de faire, voire du savoir-vivre. Donc, tout doit être en dehors des clous : de la façon de gagner sa vie jusqu’à la gestuelle. Et le rejet de l’autorité alors ? Car il y aussi ce code du rap qui demande (peut-être moins aujourd’hui) que l’artiste doit être contre l’autorité en place :les forces de l’ordre, le pouvoir en place etc.. 

 

Dissidence : essence du rap ou plus-value ? 

Pour comprendre le rap actuel, revenons aux origines…. 

Le rap US est, dans la culture commune, l’archétype de la dissidence. En effet, années 80, la communauté noire est en pleine lutte pour leurs droits humains et contre la ségrégation aux Etats-Unis. Un groupe de jeunes de quartiers isolés (ghettos) du Bronx regroupant une forte communauté afro-américaine, veulent se faire entendre. Et rien de mieux que des rimes, et un rythme saccadé pour marquer les esprits. Et pour cela aussi, les paroles devaient être fortes, interpeller, et… provoquer pour engendrer des réactions. 

Or, c’est ultra-giga-méga minoritaire par rapport au rap populaire à cette époque-là. 

En effet, on fantasme beaucoup sur le rap originel qui est né pour provoquer, et qui serait essentiellement venue des ghettos. Et bien, c’est en partie faux. Puisque le rap ( que l’on pouvait inclure dans la culture hip-hop dans ces années-là) était surtout là pour distraire et faire bouger la tête. Alors, dans les années 80, le rap qui a le plus de succès c’est The SugarHill Gang avec « Rapper’s Delight » , c’est Africa Bambaataa avec Planet Rock. Des sons rap avec des airs de funk, quoi ! D’où le nom RAP qui veut dire Rythm n’ Poetry.

Pareil côté français, on a Lionel D, Dee Nasty etc… Ici, ce sont des textes engagés mais bien loin du vulgaire, ou de la provoc’.

said-a hip, hop, the hippie, the hippie
To the hip hip hop-a you don’t stop the rock
It to the bang-bang boogie, say up jump the boogie
To the rhythm of the boogie, the beat

Fin des années 90, la donne change. NTM. Vous connaissez ce que signifie cet acronyme. On est dans une bascule au niveau de la forme, et de la musicalité. Les rappeurs crient fort, avec une voix rauque, et parfois même pas dans le tempo. Bref, tous les codes sur la forme musicale sont balayés. Nous sommes dans le rap dit « hardcore ». Les lyrics rejettent la société dans son ensemble, ses normes, sa politique, ses codes avec force et violence. Il mettent l’accent sur le quotidien (violence des rues, la pauvreté) et les effets du système. On bascule dans un esprit marginal, contestataire, qui inclut beaucoup de vulgarité et de rage. Mais, le message nous lâche, sur le passage, quelques phrases vulgaires. A titre d’exemple,  le clip Ma Benz avait choqué, alors qu’aujourd’hui ce serait un clip parmi tant d’autres. 

 

On parle toujours de la vie des quartiers, toujours des textes engagés mais cette fois-ci d’un ton cru, provocateur

Parce que faire du rap engagé pour qu’au final les gens ne fassent que bouger la tête, ça commençait à agacer certains artistes, qui ont décidé de passer à la vitesse supérieure. Alors, on a des NTM qui détonnent. Ce culot ayant tellement de succès, a plu au public. Un tel succès que certains ont décidé de s’en emparer, plus tard, mais pas pour les mêmes raisons… 

 

Et l’égotrip fut…. 

L’égotrip, ce concept assez tardif dans le rap. La mode de l’égotrip débarque dans les années 2005-2010. Avant le rap servait surtout à parler des autres plutôt que de soi. 

Mais qu’est-ce que l’égotrip ? C’est un terme anglo-saxon qui désigne un acte ou une démarche qui améliore ou satisfait l’égo de quelqu’un. Dans le rap, ça désigne ce style qui permet à l’artiste de faire sa promotion, de se mettre lui et/ou ses œuvres en avant, devant son public. Et parfois, pour mieux se mettre en avant, le meilleur (mais pas le plus louable) moyen est de « clasher » les autres. Ce style s’imbibe donc de provocation envers d’autres rappeurs en se proclamant LE meilleur du rap français (le Rap Game). Les rappeurs réalisent beaucoup de clashs, balancent des dossiers en utilisant des phrases chocs. Le précurseur en la matière fut le rappeur Rohff. Son identité artistique s’est basé sur l’esprit de compétition, très attaché aux valeurs de la rue, égocentrique, avec un fort besoin d’appartenir à un groupe, provocateur. Mais on ne dépasse pas les limites, les insultes sont rares, ce sont plutôt des punchlines certes assassines mais aucune vulgarité. Les morceaux les plus parlants pour illustrer cela sont les titres « La puissance » ou « je rappe mieux que toi ». 

C’est vulgaire et alors ? Comparé aux batards qu’ya dans ce monde, j’suis un mec en or

Et ce style engendra son variant : le rap gangsta. Un style de rap accès sur le bling-bling. L’objectif est de mettre en avant tout ce qui brille : le matériel, l’argent, le pouvoir, la femme-objet. Le maître en la matière est l’artiste Booba. (Attention, je ne dis pas que Booba est le variant de Rohff, je vous vois venir…).  Toute l’identité artistique est donc basée sur l’esprit capitaliste, le superficiel, le machisme, et la provocation bien sûr. Nous avons affaire ici à de la vulgarité et des rimes pauvres, puisque le message doit être cru (et pro-vo-ca-teur).  Ainsi, ce style n’a pas de priorité sur la forme, les artistes doivent juste représenter les siens. 

Ne me tente pas, j’aime trop l’oseille pour être honnête
J’suis venu vous gifler, dédicace à Bertrand Cantat
Vient faire un tour dans gamos, gamos
22 pouces, chrome, vamos, vamos
Millionnaire, comme dirait Abdel Hakim

Ces deux styles ont eu un énorme succès, et ont influencé beaucoup de rappeurs aujourd’hui qui ont mélangé les deux styles tels que Lacrim, Kaaris, Gradur, mais aussi Niska. 

 

Le rap commercial 

Avant 2010 qui marque l’avènement du streaming, les rappeurs étaient contraints de vendre des CD ou de passer leurs sons à la radio. Mais, les CD physiques sont en chute libre à cause d’internet qui se démocratise avec la plateforme YouTube. Ce qui fait qu’il ne reste plus que la radio. Mais les publicitaires sont assez réticents. Difficile de vendre du Coca à côté d’un « n**ue ta mère ». C’est ce que certains rappeurs ont compris. 

L’objectif du rap commercial est de valoriser le rap, de rester consensuel, de plaire au grand public. Par conséquent, les rappeurs insistent sur les clichés, sur ce que le public veut entendre dans un souci de justement répondre au besoin de l’auditeur. 

L’exemple le plus parlant est celui de Maître Gims. L’univers de Maître Gims repose sur une identité qui transparaît à quelqu’un qui soigne son image, qui devance la mode, (avec un brin d’égocentrisme). Nous sommes avec peu ou pas de vulgarité. La forme a la priorité sur le fond. Le rappeur privilégie donc des phrases répétitives (à la mode bourrage de crâne) qui vont dans la mélodie en suivant la tendance. Et ça marche puisque les labels acceptant de signer ce genre de rappeurs sont uniquement des majors. 

Mais fort heureusement, il y a un style de rap qui privilégie le fond ET la forme. Et oui, ça existe. Le rap dit alternatif, qui se caractérise par une démarche intellectuelle. Le concept-album prend la forme imagée d’une histoire. Il y a un début et une fin où un fil conducteur joue le rôle de lien entre chaque titre. Cette volonté de mettre le fond et la forme au même niveau. Alors, le rappeur est parfois vu comme perché, rêveur, ou révolutionnaire. Mais il y a une volonté de maîtrise de l’écriture du texte de A à Z. Rien n’est laissé au hasard, tout est voulu et contrôlé. C’est donc le rap alternatif, même si alternatif n’est pas le bon mot, puisque qu’on catalogue direct le reste comme du mainstream, et on met donc de côté ce genre, en le nommant d’alternatif.

L’exemple le plus typique est Orelsan (certes après une courte période de provoc’). Notamment avec son dernier album « Civilisations » qui est un album pensé du début à la fin, tant sur le fond que dans la forme.

Il y aussi Nekfeu, AKH, etc.. Dans un style un peu plus poétique, il y a Oxmo Puccino. Et si vous n’aimez pas la mélodie, vous pouvez toujours vous rediriger vers Kery James, Dinos, ou Youssoufa, qui ont remis au goût du jour la poésie et l’écriture dans le rap, sans que cela paraisse has been. Et si vous êtes toujours attaché à la provoc’ mais autant que ce soit bien fait, il y a Vald. Bref, tout ça pour dire que le rap s’est diversifié, et qu’il y en a désormais pour tous les goûts et toutes les sensibilités. 

Mon petit doigt m’a dit de lever celui du milieu

 

La dissidence n’est pas (plus) la norme 

La provocation n’apporte aucune plus-value à l’art musical rap.

En 2021, la dissidence ne fait plus partie de la norme musicale. Il fut un temps où le rap hardcore (donc provocateur à souhait) des années 2010 occupait une place majoritaire et était très plébiscité : Booba puis Kaaris, ensuite Gradur et Niska pour finir, étaient tous très écoutés et étaient dans le haut du panier des écoutes en streaming. Mais, en regardant de plus près ce qui s’écoute le plus sur les plateformes de streaming – tous genres musicaux confondus- nous avons en N° 1 Jul, ensuite djadja et dinaz et ensuite Ninho. Des artistes qui sont loin de ce que l’on a défini comme dissident précédemment. Ils ne revendiquent ni le rejet de l’autorité, ni la femme-objet, ni un train de vie de gangster. 90% de leurs sons parlent plutôt de leurs vies en proie au doute, à l’amour certain de l’argent, et voire même à quelques histoires de coeur. On a aussi un Orelsan qui va penser son projet comme une oeuvre artistique pensé, mesuré, millimétré du début à la fin, et qui pulvérise les scores, en étant certifié disque d’or sans même avoir sorti son album. Preuve que pas besoin d’être dissident, et provocateur pour vendre. 

En résumé, la dissidence (que nous avons beaucoup défini par le mot provocation) est un moyen qui marqué le rap au fer rouge. Elle nous a laissé quelques bangers, et a sans doute fait le rap que l’on connait aujourd’hui. Mais, la provocation a plus servi de porte-voix à l’art du rap qu’à une réel plus-value artistique et musicale. 

Malgré tout, le tableau n’est pas tout noir. En effet, si la provocation sert avant tout à attirer l’attention, elle peut alors permettre de pointer du doigt certains défauts de notre monde afin de le rendre meilleur, sur des causes jusqu’alors méconnues. Kalash Criminel le fait très bien en mettant en lumière le pillage des mines au nord Kivu, sujet presque inexistant dans la sphère médiatique.

En bref, la provocation fait partie de la nature humaine. Par conséquent, faisons preuve de stoïcisme, c’est à nous de l’apprivoiser, de l’utiliser avec modération et de définir ses limites.

 

 

 

 

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Stavo habite dans une zone à « Haut risque »

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Membre du groupe parisien 13Block, Stavo est l’un des personnages les plus appréciés du Game. Avec l’album Blo 2, le quatuor parisien aura mis la barre haute, et dont le son de Stavo avec SCH résonne encore dans toutes les têtes.

Une attitude qui fait son style

Multipliant des collaborations que ce soit aux côtés de Werrason, Le Juiice, Zesau ou Freeze Corleone, le Sevranais aura même lâché son tant attendu Don Pesos. Un titre annonciateur d’une signature chez Elektra, et donc d’une carrière solo….

Si les autres membres poursuivent aussi une carrière solo, celle de Stavo pourrait s’avérer déjà extrêmement attendu. En attendant d’en savoir plus quant à un éventuel premier album, le francilien nous envoie de nouveaux bangers solo dont il a le secret, multipliant, en parallèle les collabs !

« Déterminé et prêt les quatre saisons, c’est comme ça que ma vie, oui, je l’assaisonne
Le réseau est ouvert mais le cœur est fermé comme une pizza italienne »

Cinq mois après le dernier épisode, le membre de 13 Block réitère sa performance avec un tout nouvel inédit Haut risque, sûrement un premier single fort en attendant son premier album.

On assiste à un Stavo en très grande forme, multipliant les ad-libs tranchantes et un flow énervé comme il nous a habitué.

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TripleGo dévoile « Mes pensées »

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TripleGo revient avec un nouvel morceau, Mes pensées, où la mélancolie qu’on leur connaît adhère parfaitement aux rythmiques ensoleillées.

Après nous avoir livré deux projets en 2019 Machakil et Yeux rouges, le duo du 93 et de Montreuil TripleGo, aura livré un autre album intitulé 03 succédant à Twareg paru quelques temps auparavant.

La mélancolie sous le soleil d’été

En parallèle, Momo Spazz et Sanguee nous auront délecté de quelques morceaux que ce soit avec KingDoudou avec Petit nez, ou sur le projet d’Isma.

Incompris mais pétri de talent, TripleGo fascine par sa capacité à nous emmener dans des univers autant fantastiques que mystérieux, aussi cru que doux, le tout toujours sublimé par des prods aériennes, et planantes.

« J’suis posté sous la lune
Et j’pense à toi je m’allume
Y a ton sang sur ma plume »

Trouvant un successeur à 03 avec Gibraltar, dont la promo nous offrira, chaque Vendredi un nouveau morceau ! Laissez le cloud rap du duo vous envahir, et les émotions viendront par elles mêmes. Le duo de Montreuil revient avec une formule maîtrisée : ambiance planante pour des lyrics pleines de spleen.

L’album Yeux Rouges de TripleGo est toujours disponible sur les plateformes ici.

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So La Lune n’a jamais vu de « Fin heureuse »

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Le rappeur lyonnais So La Lune dévoile un dernier morceau, Fin heureuse, avant son premier album qui s’annonce très attendu.

Un grain de voix si particulier, un charisme, une prestance déjà confirmée, So La Lune a su envoûter et convaincre une fan base s’agrandissant chaque jour un peu plus. Multipliant les petits projets comme Theia, Satellite naturel, Orbite, Apollo 11.

C’est même avec une trilogie d’EPs Faille que l’artiste a poursuivi sa carrière. Libérant un dernier projet intitulé 27/05/2022, le rappeur a, de manière original annoncé l’arrivée de son album Fissure de vie. C’est pourquoi ce projet éclectique qui saura, une fois de plus, montrer l’étendue de la palette artistique !

Une ambiance de doutes sous la lune

Et quand on regarde le nouveau clip du jeune rappeur de la new wave, il est facile de comprendre pourquoi. Poétique, émouvant et extra-terrestre, le nouveau projet de So La Lune a tout pour plaire. Dans Fin Heureuse, on retrouve l’artiste lunaire en balade dans un paysage à la fois désertique et cinématographique, errant sur des paroles fortes en émotions.

« Et la lune se reflète sur l’eau qui dort, j’suis à Rotter
J’vais vraiment perdre la raison, dans mes rêves, sa tête et son corps sont séparés » 

Un clip léché, et dans lequel l’identité artistique de So La Lune est affirmée avec beauté. D’ailleurs, les fans qui n’attendent maintenant que la sortie de l’album Fissure de Vie ce 27 mai. Cette étape sera signifiante pour l’artiste qui fait petit à petit son chemin dans le rap game et qui dit sortir « son premier vrai projet ».

L’album Fissure de Vie de So La Lune est disponible en précommande ici.

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