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« Legends Never Die » de Juice WRLD : l’anxiété soignée par l’amour

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Le 8 décembre dernier, Jarad Anthony Higgins décède tragiquement des suites d’une overdose. En pleine ascension, après un 1er album “Goodbye & Good Riddance” ayant remporté un franc succès auprès du public avec le hit “Lucid Dreams”. Plus tard, un projet commun avec Future voit le jour, “Future & Juice WRLD Presents WRLD ON DRUGS”. Son 2ème album studio “Death Race For Love”, lui a fait passer une nouvelle étape, avec une floppée de hits comme “Robbery” ou “Hear Me Calling”. Un avenir radieux se dessinait pour le jeune rappeur de Chicago…

 

Validé par les plus grands, on le retrouvera même sur le dernier album d‘Eminem, avec un morceau de “kickeur”. Car oui, on lui décernera souvent le statut de meilleur freestyleur de sa génération. Jouissant d’une versatilité déconcertante, ses collaborations en sont la preuve, de Halsey à Young Thug, en passant par Lil Yachty, Ski Mask ou Trippie Redd, Juice Wrld est à l’aise sur tous les registres. Les thèmes qu’il aborde sont souvent introspectifs, il fut de ceux disant “utiliser la musique comme moyen d’expression et de partage”, entre dépression, peine de cœur, addiction, mort. Le rappeur n’hésite pas à utiliser des images fortes, sans filtre, ce qui l’a énormément rapproché de son public.  

Ce 10 juillet 2020 marque la sortie du 3ème album de l’artiste, 1er album posthume, Legends Never Die. L’album s’ouvre sur une introduction qui donne le ton de l’état de Juice, « Anxiety ». L’artiste s’adresse à l’auditeur, un moment fort pour les nombreux fans en deuil. 

Ce sentiment d’anxiété est une facette importante pour l’album, qui nous sera traité au fur et à mesure des titres. C’est sur « Conversations », que Jarad explique la spirale dans laquelle il se trouve. Entouré de flammes, allégorie de ses addictions dues à son anxiété. 

D’ailleurs, les images se succèdent, c’est dans le titre suivant qu’il se compare lui-même au « Titanic »en plein naufrage. 

“Just got a new house, gotta hide the skeletons in the closet” 

Ainsi, il développe également cette notion de réussite empoissonnée dans laquelle il y trouve son bonheur, là où ses démons naissent. 

“Kinda feels like I’m losing even though I’m winning” 

Prenant conscience de son statut, et du succès, il empile ses vices, qu’il doit combattre seul, pour pouvoir prendre le dessus, c’est ce qui empiète sur le chemin du bonheur.

C’est avec le titre « Righteous », 1er single de l’album, que Juice Wrld, amène un nouveau facteur dans sa dualité, qui est la foi. Dieu est important pour lui, d’autant plus que sa surconsommation de substances était souvent prétexte à parler de la mort.  

« We may die this evening » 

Remerciant Dieu, du talent et du succès qui lui a été conféré, il le voyait comme l’une des figures lui permettant de rester sur le droit chemin. Seulement, Juice Wrld avait également une personne qui lui permettait de combattre son mal-être, Ally Lotti, sa copine. 

C’est dans « Blood On My Jeans »qu’il explique le rôle de cette dernière, comme étant au stade de ses addictions 

“I value my relationship, it’s forever
But I’ve been cheatin’ on the drugs
Broke up with codeine, need a new plug » 

Elle est responsable d’un déclic chez Jarad, c’est avec elle qu’il entreprit d’arrêter la codéine, conscient de l’impact que cette dernière avait sur lui par le biais de l’inquiétude de celle qu’il aimait. En effet, dans son discours, le rappeur avait tendance à parler de la drogue comme d’une femme, et inversement. De l’omniprésence dans ses pensées, à sa relation avec chacun, c’est avec Ally Lotti, que la femme prend le dessus dans son discours. 

L’interlude « Get Through It », marque la jonction entre les deux grosses parties de l’album, chacune composée de 7 titres, on rentre dans la compilation plus positive, avec de l’espoir, la partie de Juice WRLD qui va au-dessus de son anxiété. 

On entre dans cette partie avec l’excellent « Life’s A Mess », en featuring avec Halsey, une artiste proche de Juice Wrld. 

Source : Instagram @iamharsey

Dans ce hit, Juice Wrld amène une théorie opportuniste, dans une écriture directe. Ici, il encourage à ne pas laisser sa dépression prendre le dessus sur soi via son expérience. En connaissance de cause, il sait que son public est proche de lui par la similitude d’un mal-être commun. De ce fait, sa régénération pourrait affecter positivement ceux qui viendront à l’écouter. 

« I remember when me and love didn’t click
Searchin’ for somethin’ real, then I found it” 

Accompagné de Marshmello sur « Come & Go », une instrumentale pop-rock qui n’est pas la seule surprise du projet, Jarad dédie ce morceau à l’amour qu’il vivait. Unique, il se différencie en tout point avec ses relations passées qui lui ont valu ses peines de cœur. Il met en perspective les deux notions présentées précédemment : sa foi et sa relation.  

“I’m thankin’ God that he made you part of the plan” 

Juice avait trouvé la recette de son bonheur, dans l’équation, il comprend que l’argent n’en fait pas partie, bien au contraire, il la range même de l’autre côté dans « Fighting Demons ». Le matérialisme, la richesse dans laquelle il se complaisait autrefois, n’avait plus rien de réjouissant pour lui.   

On ressent un recul sur sa situation dans « Wishing Well »qui prend une allure d’appel à l’aide. L’artiste y tient un discours dur avec des images fortes. En effet, le morceau sonne à contre-pied dans cette partie de l’album qui se veut positive. Ce qui rend sa théorie moins utopique, car il n’avait pas encore la prétention d’être totalement guéri. 

“This is the part where I tell you I’m fine, but I’m lying 
I just don’t want you to worry 
This is the part where I take all my feelings and hide ’em 
‘Cause I don’t want nobody to hurt me” 

Enfin, son honnêteté prend l’avantage, mais il ne fait que cacher sa mélancolie pour ne montrer que le bon côté. Ainsi, il se crée une illusion temporaire où il vivrait heureux avec sa compagne, séparé de ses addictions. Une illusion dans laquelle il serait encore parmi nous. 

Cette deuxième partie de l’opus est caractérisée par une diversité de production, comme avec « Marshmello », on retrouve aussi « Up Up and Away «  une vibe estivale qui entre en corrélation avec son envie d’évasion, qui est le résultat attendu par sa consommation de drogues. 

C’est avec cette échappatoire que s’achève la deuxième tranche du projet, nous laissant avec une espérance dont les ailes auraient été coupées. 

On rentre dans la fin de l’album, avec un bloc qui représente la partie posthume de Legends Never Die. Dans la seconde interlude The Man, The Myth, The Legendon retrouve une compilation de témoignages (Adam22, Young Thug, Travis Scott, J.Cole…), qui dépeint l’incroyable productivité et le talent de Jarad Anthony Higgins. 

Sur Stay High, on comprend le conflit interne qu’il traversait, se sentant impuissant face à sa dépendance, il aurait aimé pouvoir continuer ainsi, en sachant que ce n’était pas envisageable. 

“My girlfriend worried about me, think I’m gon’ kill myself 
Sorry, baby, I’m just really tryna feel myself” 

Le refrain de Can’t Die prend une toute autre tournure au vu de son actualité. 

“Sometimes it feels like I can’t die, ’cause I never was alive” 

Conclusion

Cet album, qui remporte déjà un franc succès chez les fans, rend le destin tragique du jeune rappeur de Chicago encore plus injuste. Sa jeune notoriété, ses diverses addictions, son amour récent… Juice WRLD est le parfait triste modèle de “mourir trop jeune”. Il était sur la voie d’une renaissance, l’évolution de son discours entre ses projets en témoigne.

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Maes est de retour avec Réelle Vie 3.0

Lucas

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Presque deux ans après la sortie de son dernier album « Les Derniers Salopards », Maes est de retour et nous présente le troisième volet de sa série de mixtapes avec « Réelle vie 3.0 ».

(suite…)

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Aladin 135 et son nouvel EP X2

Lucas Ivanez

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Après un retour envisagé du Panama Bende par PLK, c’est un projet solo que nous délivre Aladin 135, qui ne prend pas de pause.

En effet, le rappeur qui représente le 13ème est très actif depuis 2020 est son très bon album Phantom. Après son EP X1 sorti plus tôt dans l’année, Aladin remet le couvert avec X2. Un 5 titre qui s’écoute tout seul. Le rappeur du Panama Bende et sa voix si spécifique est toujours aussi talentueux, que ce soit sur des prods mélancoliques ou encore de la drill.

Un format qui change

Il est clair que les LP sont majoritaires dans le rap français actuel, et ce n’est pas forcément positif. Il est commun aujourd’hui de retrouver des projets de 20 titres, si ce n’est plus lorsqu’une réédition est publiée. Ces formats, bien que pouvant être très intéressants lorsqu’ils sont bien fait peuvent être aussi plus difficiles à la réécoute à cause de leur longueur. Avec ces EP, Aladin 135 prend ce mouvement à contrepied : Le projet s’écoute en moins de 15 minutes, et peut donc s’insérer dans un trajet de métro, une pause au travail, quand on veut !

« beaucoup m’ont déçu, certains m’ont trahi, j’oublie tout au 13ème étage du tel-hô, j’préfère avancer qu’supporter leur manie, sur le rooftop je regarde le très-haut »

Ces lignes, tirées du titre « Le passé » en featuring avec Hatik représentent très bien l’évolution et le caractère musical d’Aladin. Fidèle à son quartier et à son arrondissement, il place une référence à chez lui tout en nous montrant qu’il a su prendre de la hauteur et évoluer en se consacrant à ce qui est important : Avancer, continuer dans la musique et le très-haut, donc la religion.

Le premier titre du projet « Noche« est à mettre en avant. Sur un magnifique air de piano, Aladin nous montre de quoi il est capable avec un refrain plus qu’accrocheur déjà prêt à tourner dans toutes les voitures « dans un Clio ou dans un bolide allemand » comme nous dit l’artiste.

Après deux EP de qualité, on peut se demander quelle est la prochaine étape pour Aladin 135. Va t-il sortir un long projet ? Peut-être la préparation du retour du Panama Bende après plus de 5 ans d’absence ? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, nous vous invitons à streamer X2 et à regarder le clip du titre « le passé » avec Hatik, déjà disponible.

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So La Lune ou la rue vue du ciel

AlphaKilo

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La Lune, la lune, la lune..

So La Lune est un rappeur de la région parisienne , dans la longue lignée de rappeurs originaire des Comores.

Tout comme ses compatriotes Soprano, Alonzo ou encore Rohff, Tsuki possède un don certains dans le « 8ème art ». 

En effet, le rappeur signé chez Low Wood après avoir fait parler de lui avec « Tsuki » son premier projet (retrouvez le ici https://raplume.eu/article/so-la-lune-un-premier-projet-abouti-a-decouvrir-durgence/) a fait du bruit tout au long de cette année.

 

« Ça parle pas love mais de pierres et de briques
Et quand j’suis dans la G le teu’ calé au bec
Le teuteu calé au bec et j’suis paré au pire, sa mère »

 

En 2021, So La Lune  a envoyé pas moins de six EP:

  • Théia
  • 1ère faille
  • Satellite Naturel
  • Orbite
  • Apollo 11

Et 2ème faille, sorti aujourd’hui.

Dans ceux ci, beaucoup de morceaux notables mais on choisira « Rodé » en guise de carte de visite 

Fissure de vie y en plus d’une

Sorti quasiment coup sur coup ils ont été rejoint par « 1ere Faille (L’Afar) » annoncé comme un des derniers projet avant l’album a venir « Fissure de vie« .

Le concept de fissure de vie est inhérent avec la musique si particulière que nous propose cet artiste.

Effectivement, si La Lune est si reconnaissable c’est avant tout grâce à la densité de l’univers développé dans ses œuvres.

D’abord c’est sa voix qui va attirer ou bien repousser aux premiers abords, nasillarde et blasé elle retranscrit généralement à la perfection les émotions véhiculées dans ses titres.

Et quelles émotions…

Ensuite on pénètre dans un monde où les influences et les couleurs se multiplient et s’entrechoquent, liés entre elles par So la Lune lui même, bien conscient des tumultes que cette vie entraine.

« Installez-vous, installez-vous,mettez-vous à l’aise
Ouais
On est pas pressés, y a-t-il un point par lequel vous désirez commencer ?
Euh… Non, pas vraiment
Vous en êtes sûr ? Ce n’est pas anodin ce qu’il vous est arrivé, ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est le déni.
Est-ce que vous vous rendez bien compte de ce qui vous arrive ?
Vous venez d’être diagnostiqué schizophrène »

Ce passage en introduction du projet « Satellite Naturel » est extrêmement révélateur de choses qui sont seulement sous entendus le reste du temps. Intitulé « Diagnostic » dans un projet au titre si évocateur, ce morceau semble mettre en scène une psychanalyse dans laquelle (Ver)So La Lune s’exprime dans les couplets alors que sporadiquement on retrouve des commentaires du thérapeute (sans doute aussi interprété par l’auteur de ce son).

« Heu… Ok
Avez-vous des antécédents ?
Un moment de votre vie où vous auriez ressenti je sais pas
Une fissure ? »

 

La rue vue par la Lune

Enfin on touche à ce qui fait toute la saveur de la musique de Tsuki, sa fabuleuse capacité à transmettre toute la douleur, la lassitude que Charles Baudelaire et tant de rappeur appelle le spleen.

Alors qu’on différencie généralement assez aisément les morceaux tristes de ceux qui nous donne la pêche, il existe un groupe d’artistes ayant la capacité d’opérer dans une zone grise entre ceux ci.

Ademo & NOSStromae, Oxmo Puccino, Nekfeu ou encore JUL, voila des noms qui pourrait sembler aux antipodes. Mais qui lorsqu’on se penche sur leur art partage tous la faculté à nous faire bouger les épaules même sur le(ur)s plus grands malheur tout en vous faisant ressentir la lassitude et la souffrance dans des morceaux entrainants.

Sans conteste So la Lune est de cette trempe et on a pu constaté à quel point il a réussi à affiner sa lame cette année avec ses projets accrochant aussi le légendaire Aketo, membre du groupe Sniper, à la liste de ses collaborations.

« Tu vois, j’ai passé toute l’année à faire l’rappeur, ah ouais
Dis-moi , pourquoi t’es plus pareil quand ça rapporte, ah ouais
J’suis dans le bain, je fume le blunt et j’fais des bombes
Je viens d’en bas, j’ai tous les dons, monte dans le train (Tsuki, wagon)
Mais j’ai tout vu dans la ville , donc j’vais m’poser dans la jungle
J’dors mal quand j’insulte pas la jugе , un vrai chasseur rentre pas sans la viandе »

Alors que le projet « 1ère Faille (L’Afar)«  vient de sortir, So la Lune brille encore par sa capacité à rapper la rue depuis La Lune https://youtu.be/iHTFC-3uJBc

 

En attendant « Fissure de vie » , on vous laisse découvrir So la Lune et regardez le ciel.

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